John Dee ( – 1608 ou 1609) est un célèbre mathématicien, astronome, astrologue, géographe et occultiste britannique. Il a consacré une grande partie de sa vie à l’étude de l’alchimie, de la divination et de l'hermétisme.
Il a ouvert la voie à l’étude des sciences et de la magie au moment où l’on commençait à différencier ces deux notions. Réputé comme l’un des hommes les plus cultivés de son époque, il a donné des cours à l’université de Paris devant des salles combles alors qu’il n’était âgé que d’une vingtaine d’années. C’était un ardent défenseur des mathématiques, un astronome réputé et un expert en navigation. En effet, il a lui-même formé la plupart des hommes qui dirigèrent les expéditions des Grandes découvertes de l’Angleterre ; on lui doit le terme d’Empire britannique. Dans le même temps, il s’impliqua dans la magie dite judéo-chrétienne (quoique la religion chrétienne soit foncièrement incompatible avec toute forme d’ésotérisme ou d’occultisme) et dans l'hermétisme, consacrant le dernier tiers de sa vie à l’étude exclusive de ces dernières. Pour Dee et ses contemporains, ces recherches constituaient des aspects distincts d’une vision du monde cohérente.
Biographie Frances Yates divise la vie de Dee en trois parties : chef de file de la Renaissance élisabéthaine (1558-1583), mission continentale (1583-1589), disgrâce et échec (1589-1608)Frances Yates, La Philosophie occulte à l'époque élisabéthaine (1979), trad., Dervy-Livres, 1987, ..
Dee jeune (1527-1558) Dee est né à Tower Ward, à Londres. Son nom dérive du mot gallois du signifiant noir. Son père, Roland Dee, était marchand, membre officiel de la cour d'Henri VIII. Dee fit sa scolarité à la Chantry School de Chelmsford (devenue de nos jours la King Edward VI Grammar School), puis – de 1543 à 1546 – à St John’s College, Cambridge. On remarqua très vite son potentiel, et il participa à la création du Trinity College. À la fin des années 1540, il voyagea en Europe, étudia à l'Université de Louvain puis à Bruxelles et donna des cours sur Euclide à Paris. Il étudia avec Frisius et devint un ami intime du cartographe Gérard Mercator. Dee revint en Angleterre, rapportant avec lui une importante collection d’instruments mathématiques et astronomiques. En 1552, il rencontra Jérôme Cardan à Londres : ils s’associèrent afin d’étudier une machine à mouvement perpétuel ainsi qu’une gemme censée avoir des vertus magiquesDe Vita Propria (Ma biographie), Gerolamo Cardano, traduction anglaise de Jean Stoner, New York, 2002, p. viii.
En 1554, Dee refusa une chaire de mathématiques à l’université d'Oxford soit parce qu'il souhaitait se consacrer à ses écrits et espérait une place à la courFell Smith, Charlotte, 1909, John Dee: 1527 - 1608, Londres, éd. Constable and Company, soit parce qu'il trouvait que l’université insistait plus sur la rhétorique et la grammaire (ces deux dernières associées à la logique formant le Trivium académique) que sur la philosophie et la science (le plus complexe Quadrivium composé de l’arithmétique, de la géométrie, de la musique et de l’astronomie). En 1555, Dee devint membre d'une corporation de commerçants, la Worshipful Company of Mercers, à la suite de son père.
La même année 1555, il fut arrêté et accusé d’avoir « calculé » les horoscopes de la reine Marie et de la princesse Élisabeth ; en ce qui concerne Marie, les accusations furent aggravées, allant jusqu'au chef de trahison. Dee comparut devant la chambre étoilée, la Camera Stellata (tribunal du Palais de Westminster) et réussit à se disculper en partie, à condition de subir un examen religieux pratiqué par le prêtre catholique Edmund Bonner (ce dernier étant tristement célèbre pour son rôle dans la persécution des hérétiques sous le règne de Marie). Il est possible que la manie qu'avait Dee de cultiver le mystère autour de ses activités ait envenimé les choses. Cet épisode sombre ne fut que le plus dramatique d'une série d’attaques et de calomnies auxquelles il n'allait cesser de devoir faire face. Quoi qu'il en soit, il réussit une nouvelle fois à se disculper et même à devenir un proche de Bonner.
En 1556, Dee présenta à la reine Marie un projet de création d’une bibliothèque nationale ayant comme vocation la conservation de livres anciens et de manuscrits. Ce projet n’ayant pas été retenu, il décida d’étendre sa propre bibliothèque, de sa maison à Mortlake (un village du Surrey proche de la Tamise, et actuellement, dans le borough londonien de Richmond upon Thames). Il accumula sans cesse des livres et des manuscrits récupérés en Angleterre et sur tout le continent européen. Sa bibliothèque devint un véritable centre d’apprentissage hors des universités et attira de nombreux érudits et étudiants.
Dee chef de file de la Renaissance élisabéthaine (1558-1583)
Quand, en 1558, la reine Élisabeth accéda au trône, Dee devint son conseiller personnel en science et astrologie. Il choisit lui-même la date de son couronnement. Des années 1550 à 1570, il fut conseiller de navigation lors des Grandes Découvertes, et fut le premier à utiliser le terme d’Empire Britannique. En 1577, il publie General and Rare Memorials pertayning to the Perfect Arte of Navigation, une étude dans laquelle Dee décrit sa vision d’un empire maritime et d’une emprise territoriale anglaise sur le Nouveau Monde. Il s’associa avec Humphrey Gilbert et Sir Philip Sidney. On a une carte polaire exécutée par Dee en 1582..
En 1564, Dee écrivit une œuvre hermétique, le Monas Hieroglyphica (La Monade Hiéroglyphique), une interprétation cabalistique complète d’un glyphe qu’il créa lui-même. Ce glyphe était censé exprimer l’unité mystique de toute création. C’est un travail qui a été très apprécié des contemporains de Dee, mais la perte de la tradition orale du cercle de Dee en fait de nos jours une œuvre difficile à interpréter.
En 1570, il publia une Préface Mathématique à la traduction anglaise des Éléments d’Euclide, dans laquelle il souligne l’importance des mathématiques et leur influence dans les arts et la science il recommande Vitruve et sa théorie architecturale, Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim et sa philosophie occulte (1533), Albrecht Dürer et sa théorie des proportions (1561). Destinée à un public autre que les Universités, ce texte devint le plus célèbre et le plus fréquemment imprimé. Dee édita cette même année avec Federico Commandino d’Urbino une version traduite de l’arabe du traité perdu d’Euclide sur La Division des surfaces.
Dee s’est marié trois fois et a eu huit enfants, dont l’aîné, Arthur Dee, est devenu lui aussi un alchimiste et un auteur hermétique. John Aubrey, un biographe, donne la description suivante de Dee : « Il était grand et mince. Il portait sa robe comme un artiste, les manches évasées et fendues… un teint blanc et sanguin… une longue barbe blanche comme du lait. Un homme très charmant ».
Dee en mission continentale (1583-1589)
Vers 1579, Dee devint de plus en plus insatisfait de son avancée dans l’apprentissage des secrets de la nature. Il se tourna alors davantage vers le surnaturel, afin d’acquérir la connaissance. Il essaya principalement d’entrer en contact avec les anges en utilisant une boule de cristal qui servirait d’intermédiaire entre lui et les anges. Il eut recours à divers médiums : Barnabas Saul (), Edward Kelley (de 1582 à 1589), le prince polonais Albert Łaski, son propre fils Arthur, un certain Bartholomew Hickman (jusqu’en 1607). Le , Dee rencontra Sir Edward Kelley (1555-1595), de son vrai nom Talbot. Ce dernier, clerc de notaire douteux, alla chez Dee avec un mystérieux livre sur la transmutation des métaux en or, et avec un échantillon de poudre rouge qu’il prétendait être de la poudre de projection. Ses qualités exceptionnelles de médium ont tôt fait de convaincre Dee d’utiliser ses services.
John Dee, ses deux médiums (Kelley, Albert Łaski), et leurs familles respectives partirent en 1583 pour la Pologne. Ils sont reçus à Prague par l’empereur Rodolphe II de Habsbourg, l’empereur des alchimistes, protecteur de Dürer, Arcimboldo, Tycho Brahé, Kepler et de nombreux autres. Dee revient en 1589, sans Kelley, qui meurt en tentant de s’échapper des geôles de l’empereur Rodolphe II après n’avoir pas réussi la transmutation des métaux dont il clamait connaître les secrets.
Dee en disgrâce et échec (1589-1608)
Dee revient à Mortlake six ans plus tard et découvre que sa bibliothèque a été ravagée et que la plupart de ses précieux objets ont été volés. Il demande l’aide d’Élisabeth, qui, en 1596, le nomme directeur de Christ’s College, à Manchester (aujourd’hui la Manchester Grammar School), où, parfois, il sert de conseiller pour des cas de sorcellerie et de possession démoniaque. Cependant, il est maintenant vu comme un magicien diabolique et se fait détester de ses pairs. En 1598, il retourne dans sa vieille maison de MortlakeJohn Dee, Diary for the years 1595-1601, éd. John Bailey, 1880.. Élisabeth meurt en 1603, le roi James I, opposé à tout ce qui est relié au surnaturelJames I d'Angleterre, Daemonologie (1587), in The Damned Art, éd. S. Anglo, Londres, 1977, ., ne lui offre aucune aide. Dee vit ses derniers jours à Mortlake, dans la misère. Il meurt en 1608 ou 1609. Il n’y a aucune trace de sa tombe ou des registres de l’état-civil.
Accomplissements Pensée Dee était un homme chrétien, pieux et vertueux. Dans une partie de ses manuscrits publiés par Méric Casaubon dans A True and Faithful Relation of Dr. Dee and Some Spirits - 1659, il est désigné et confirmé élu de Dieu (avec Kelley). Les anges lui enseignent le langage des nombres et la clé du savoir ; de cette influence, Dee pensait que les créations de Dieu étaient "chiffrées". Selon l’hermétisme, Dee déclare que l’homme a en lui le potentiel divin qui s’exerce à travers les mathématiques. Sa magie angélique basée sur la numérologie et son travail sur les mathématiques appliquées (la navigation) sont des compléments - non paradoxales, à la philosophie. Les anges déclarent que l'apôtre Paul fut justifié parce qu'il mourut comme un serviteur de Dieu mais non à cause de sa prédication (Paul was justified because he died the servant of God, and not for his preaching sake, ). C'est dans cette période que la reine Élisabeth fait brèche avec l'Église romaine (catholique), et l'autorité des papes, pour former la première Église protestante. Les lettres de Paul étant le fondement de l'Église catholique. Le but de Dee était d’apporter au monde une religion unifiée dans l’essence de la théologie pure des anciens.
En une lettre de John Dee adressée à Sir William Cecil présente ces thèses :
Tout est Unité, créée et soutenue par l’Unique à travers ses Lois. Ces lois sont enseignées par les Nombres-Sons au même titre que les écrits. Il existe un art combinatoire des lettres hébraïques qui les rend valentes avec le Nombre, de telle façon que de profondes vérités se révèlent concernant la nature de l’Unique et Ses relations avec l’être humain. L’être humain est d’origine divine. Même s'il a été créé à partir de la poussière suivant la Genèse, il a l'essence du génie stellaire, ainsi que tous les êtres et choses créées, provenant de l'Unique. Il est essentiel de régénérer l’essence divine à l’intérieur de l’être humain, et cela peut être réalisé par les pouvoirs de l’intellect. Dieu se manifeste par les intentions des émanations, et l’être humain doit se dédier à l’étude de la divine sagesse pour affiner entièrement son être, et par la communion des anges eux-mêmes pouvoir entrer en présence de Dieu. Une compréhension des processus naturels (visibles ou non) rendrait l’être humain capable d'influer sur ces processus à travers les forces vertueuses de sa volonté, son intelligence et sagesse. L’Univers est un modèle ordonné de correspondance: chaque chose de l’Univers possède un ordre, une correspondance empathique et force stellaire en relation avec les autres et forme un ensemble uni.
La monade hiéroglyphique (1564)