vignette|redresse=1.0|alt=Photographie en couleurs de la façade de villa Marlier| La villa Marlier à Wannsee où s'est déroulée la conférence en . vignette|redresse=1.0|alt=Photographie en couleurs d'intérieur de la villa Marlier|Intérieur de la villa Marlier.
La conférence de Wannsee (en allemand : Prononciation en haut allemand (allemand standard) retranscrite selon la norme API.) réunit dans la villa Marlier à Berlin, le , quinze hauts responsables du Troisième Reich, délégués des ministères, du parti ou de la SS, pour mettre au point l'organisation administrative, technique et économique de la « solution finale de la question juive », voulue par Adolf Hitler et ensuite mise en œuvre, sur ses instructions, par Hermann Göring, Heinrich Himmler, Reinhard Heydrich et l'un des collaborateurs de ce dernier, Adolf Eichmann.
Au moment où la conférence se tient, la Shoah a commencé depuis déjà plusieurs mois : la déportation des Juifs du Reich a commencé ; après le déclenchement de l'invasion de l'URSS, les exécutent les Juifs par centaines de milliers depuis ; le centre d'extermination de Chełmno est en activité dès et d'autres centres d'extermination nazis sont en construction ou en projet.
Convoquée et présidée par Heydrich, la conférence, dont le secrétariat est assuré par Eichmann, dure moins de deux heures. Si elle est brève et n'est pas marquée par des décisions fondamentales, elle constitue, pour la plupart des historiens, une étape décisive dans la réalisation de la Shoah, en entérinant d'une part le contrôle total de la SS sur la mise en œuvre de l'extermination du peuple juif, d'autre part le rôle de Heydrich en tant que maître d'œuvre dans le processus destructeur, puis en obtenant la collaboration sans entraves et le soutien sans faille de l'ensemble de l'appareil de l'État et du parti nazi. Son importance est confirmée par l'existence de plusieurs monographies.
La villa Marlier où eut lieu la conférence est un lieu de mémoire.
Contexte Mesures antisémites du régime nazi avant-guerre La conférence de Wannsee ne peut être isolée du processus d'exclusion de la société et de stigmatisation de la population juive, à l’œuvre dès l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, et qui s'amplifie jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.
vignette|Publication de la loi sur la protection du sang et de l'honneur allemand, l'une des trois lois de Nuremberg, au .|alt=Première page de la publication de la loi sur la protection du sang et de l'honneur allemand au Reichsgesetzblatt.
En effet, dès , les Juifs sont, à quelques exceptions près, exclus de la fonction publique par la loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933 et son règlement d'application. Avec l'adoption des lois de Nuremberg, le et les décrets d'application lui faisant suite, les Juifs ou demi-Juifs () sont catégorisés sur une base légale, privés de leur citoyenneté, déchus de la plupart de leurs droits et chassés d'un nombre croissant de professions ; mariages et relations sexuelles entre Juifs et sont interdits et deviennent des délits. Le durcissement de cette politique se poursuit en 1937 et 1938, avec la confiscation des passeports des Juifs allemands, le début de l'élimination des Juifs de la sphère économique, l'interdiction de prénoms « juifs » et l'exclusion de sphères de plus en plus étendues de la vie publique, économique et sociale.
La nuit de Cristal des et marque une étape cruciale dans la radicalisation antisémite : outre les violences physiques et les destructions matérielles à grande échelle sur tout le territoire du Reich, elle est suivie, fin 1938 et courant 1939, par toute une série de mesures qui excluent de jure et de facto les Juifs de la société civile et par l'aryanisation forcée des entreprises et commerces juifs. Pour Raul Hilberg, à la veille du déclenchement du conflit, la population juive du Reich et du protectorat de Bohême-Moravie est soumise à des conditions de vie qui correspondent à une ghettoïsation, même s'il ne s'agit pas encore d'une concentration dans des quartiers enclos de murs, selon un processus en cinq étapes : .
Déportations, ghettoïsation et assassinats de masse
Avec l'invasion de la Pologne, deux millions de Juifs tombent aux mains des Allemands, dont la politique et les actions antisémites se durcissent. Dans le sillage des troupes combattantes, les constitués par Reinhard Heydrich procèdent au massacre systématique des Juifs, des communistes et des membres de l'intelligentsia, du clergé et de l'aristocratie. Comme l'indique Heydrich, en réaction aux protestations de certains généraux de la Wehrmacht, . Les tueries s'accompagnent d'un vaste processus de déportation, de concentration et de ghettoïsation : à partir du , débute un vaste mouvement forcé de la population juive : les Juifs des territoires polonais incorporés au Reich, mais aussi les Juifs et Tziganes du Reich sont déportés vers le Gouvernement général de Pologne, ce qui finit par susciter de vives protestations du gouverneur général Hans Frank, débordé par l'ampleur des déportations. Les ghettos se mettent en place tout d'abord dans les territoires incorporés dès , et se multiplient au cours des mois suivants (Łódź en , Varsovie en , Cracovie en , Lublin en , etc.).
vignette|redresse=1.2|alt=|Membres d'un Einsatzkommando abattant une femme juive portant son enfant dans les bras, dans la région de Kiev .
Au cours de l'invasion de l'Union soviétique, se retrouvent, au fil des avancées des armées allemandes, sous la domination nazie. Formés dès le , soit avant l'invasion, quatre suivent la progression de la Wehrmacht et commettent des massacres à grande échelle qui visent, selon Heydrich . Les tueries se concentrent rapidement sur les Juifs, tout d'abord sur les adultes de sexe masculin, puis à partir d', à l'ensemble de la population juive, sans distinction de sexe ou d'âge et sans aucun lien avec une éventuelle fonction au sein du parti communiste.
Le , Adolf Hitler prend la parole lors d'une réunion au sommet, à laquelle assistent notamment Hermann Göring, Alfred Rosenberg, Hans Lammers, Wilhelm Keitel et Martin Bormann, et où est abordée l'administration des territoires soviétiques occupés. Pour Hitler, les territoires à l'ouest de l'Oural doivent devenir ; il poursuit en déclarant que .
À cette époque, Heydrich a mis en place et commande les qui ont entrepris l'assassinat en masse de la population juive des territoires récemment conquis en Union soviétique. Selon Rudolf Lange, commandant de l' qui opère en Lettonie, ses ordres portent sur une solution radicale du problème juif : l'exécution de tous les Juifs.
Les premiers centres d'extermination nazis sont planifiés ou démarrent leurs activités au cours du dernier trimestre de 1941 : la décision de créer le centre d'extermination de Bełżec est prise en ou en et les premiers gazages au centre d'extermination de Chełmno ont lieu le . Avant la conférence, les massacres systématiques de Juifs ont donc commencé à grande échelle depuis plus de six mois sur le territoire polonais précédemment occupé (de à ) par l'Union soviétique et sur le territoire conquis dans cette même URSS depuis . En sont également victimes, en , les Juifs allemands déportés à Kaunas (Lituanie) et à Riga (Lettonie).
Planification de la conférence
vignette|redresse|gauche|alt=Photographie en noir et blanc de Hermann Göring, au premier plan, avec Paul Conrath .|Göring en uniforme d'apparat levant son bâton de , suivi du Paul Conrath .
Le , Göring signe un document rédigé par Adolf Eichmann sur instruction de Heydrich, document présenté comme un ordre à ce dernier qui étend les pouvoirs qui lui ont été confiés le pour résoudre le problème juif par l'émigration ou l'évacuation, via les centrales pour l'émigration juive compétentes pour l'ensemble du Reich et le protectorat de Bohême-Moravie. À cette époque, Göring est le personnage le plus puissant du régime nazi après Hitler : il est le seul à avoir reçu le grade spécifique de et est désigné comme le successeur du ; Heydrich est au faîte de sa puissance : bras-droit de Himmler, directeur du RSHA, gouverneur de facto du protectorat de Bohême-Moravie, il a aussi autorité sur les . Il se voit chargé de faire tous les préparatifs nécessaires pour résoudre la question juive dans l'ensemble des territoires sous contrôle allemand, de coordonner la participation des organisations dont les juridictions sont concernées et de soumettre un projet global pour la ().
Selon Adam Tooze, qui examine notamment les impératifs économiques qui sous-tendent l'extermination des Juifs, , le manque criant de main-d'œuvre dans l'industrie de l'armement allemande rend nécessaire le recours à des millions de travailleurs forcés provenant des territoires occupés ; nourrir de manière satisfaisante ces travailleurs, ainsi que la population allemande et celle des pays occupés à l'ouest, plus privilégiés comme la France et les Pays-Bas, nécessite une réduction drastique des bouches inutiles aux buts du Reich, dont les millions de Juifs sont, aux yeux de l'idéologie nazie, l'exemple le plus caractéristique.
Dès , la plupart des responsables nazis est avisée de l'intention d'Adolf Hitler d'expulser tous les Juifs d'Europe vers les territoires de l'Est et de les y faire assassiner. La décision génocidaire antérieure à la conférence de Wannsee, vraisemblablement prise par Adolf Hitler entre la fin 1940 et le début 1941, est généralement acceptée par les historiens de la Shoah. Le , Himmler rencontre Hitler et note dans son carnet de rendez-vous : . Le , Wilhelm Stuckart, secrétaire d'État au ministère de l'Intérieur, déclare à l'un de ses fonctionnaires que .
vignette|redresse=0.8|alt=fac-similé de lettre de Reinhard Heydrich à Martin Luther| Lettre de Reinhard Heydrich à Martin Luther, l'invitant à la conférence de Wannsee.
Le , Heydrich, représentant de Himmler en son absence, ordonne à Eichmann d'envoyer une invitation pour une réunion prévue le au , adresse d'une villa, au bord du lac à l'extrémité ouest de Berlin. Le texte de l'invitation précise que . Heydrich tient notamment à ce que soient invités des représentants d'institutions avec lesquelles la SS a rencontré des difficultés et à ce que le ministère des Affaires étrangères soit représenté par un haut responsable. Il joint à cette invitation une copie de la lettre de Göring du pour souligner son autorité en la matière.
Les développements du début de perturbent les plans initiaux. Le , l'Armée rouge lance une contre-offensive à Moscou, mettant fin à la perspective d'une conquête rapide de l'URSS ; le , les Japonais attaquent les États-Unis à Pearl Harbor, entraînant l'intervention directe des États-Unis dans le conflit, contre le Japon à partir du , puis contre le le . Certains invités de la réunion participent à ces préparatifs, et le , Heydrich reporte la réunion, sans déterminer de nouvelle date. Au début du mois de , Heydrich envoie de nouvelles invitations à une réunion fixée au . Toujours selon lui, l'objectif initial de la conférence de Wannsee ne porte que sur la déportation des Juifs du Reich ; ce n'est qu'après le discours d'Adolf Hitler du que Heydrich a pu élargir le thème de la réunion pour la consacrer à la solution finale de la question juive..
Le lieu de la conférence est changé pour une villa au 56-58 Am grossen Wannsee, une rue résidentielle tranquille, à Wannsee. La villa Marlier, construite en 1914, a été acquise par la SS en 1940 pour être utilisée comme un centre de conférence.
Participants
Selon le dictionnaire de la Shoah, .
Comme il s'agit d'une réunion destinée à discuter de la mise en œuvre d'une décision déjà prise au niveau politique, dont l'étendue est vaste, les invités de Heydrich sont, à l'exception d'Eichmann et du , parmi les plus hauts fonctionnaires du Reich ; .
Participent à la conférence : Reinhard Heydrich, SS-, directeur du RSHA et adjoint direct de Himmler, qui préside la réunion ;