Edith Stein, en religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix, née le à Breslau, ville silésienne du royaume de Prusse dans l'Empire allemand, et décédée le à Auschwitz, est une philosophe et théologienne allemande d'origine juive devenue religieuse carmélite.

Née dans une famille juive, elle passe par une phase d'athéisme. Étudiante en philosophie, elle est la première femme à présenter une thèse dans cette discipline en Allemagne, puis continue sa carrière en tant que collaboratrice du philosophe allemand Edmund Husserl, le fondateur de la phénoménologie. Une longue évolution intellectuelle et spirituelle la conduit au catholicisme auquel elle se convertit en 1921« Devenue catholique, Édith Stein se considère toujours comme appartenant au peuple juif » ; voir également l'exemple de Jean-Marie Lustiger : « Toute sa vie, il explique que son christianisme n'a jamais signifié un renoncement à son identité juive ».. Tout en s'attachant à la spiritualité de Thérèse d'Avila, elle enseigne alors et donne des conférences en Allemagne, développant une théologie de la femme, ainsi qu'une analyse de la philosophie de Thomas d'Aquin et de la phénoménologie avant d'être interdite d'enseignement par le régime national-socialiste en 1933.

Elle demande à entrer au Carmel de Cologne, où elle devient religieuse sous le nom de Sœur « Thérèse-Bénédicte de la Croix ». Pour épargner sa vie, elle est transférée en 1938 au couvent d'Echt aux Pays-Bas. Arrêtée en tant que juive par la SS, déportée le , puis internée au camp d'extermination nazi d'Auschwitz, elle y meurt à le « pour son peuple »Marike Delsing, témoin de la scène, a transmis ses dernières paroles..

Elle est canonisée le par le pape qui la nomme « Philosophe crucifiée »Joachim Bouflet, Edith Stein : philosophe crucifiée, Presses de la Renaissance, 1998, ., avant de la proclamer le à l'ouverture du synode des évêques sur l'Europe, co-sainte patronne de l'Europe avec Brigitte de Suède et Catherine de SienneLettre apostolique en forme de «» pour la proclamation de Sainte Brigitte de Suède, Sainte Catherine de Sienne et Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix co-patronnes de l'Europe..

Biographie Enfance et études Son père, Siegfried Stein (1844-1893) est commerçant en bois dans une scierie. Il épouse le Augusta Courant (1849-1936), et s'installe à Gleiwitz (Haute-Silésie), où naissent leurs six premiers enfants dont trois meurent en bas âge : Paul (1872-1943, mort au camp de concentration de Theresienstadt) Selma (1873-1874) Else (1876-1954) Hedwig (1877-1880) Arno (1879-1948) Ernst (1880-1882)..

En 1882, la famille s'installe à Lublinitz, où Siegfried fonde sa première entreprise avec l'aide de sa belle-famille. C'est une période difficile pendant laquelle l'aide familiale lui permet de ne pas sombrer dans la misère. C'est là que viennent au monde les cinq derniers enfants dont un mort-né, du couple Stein : Elfriede (1881-1942, morte en camp de concentration) Rosa (1883-1942 qui rejoint au carmel sa sœur Edith et meurt avec elle à Auschwitz) Richard (1884, mort-né) Erna (1890-1978) Edith (1891-1942).

thumb|Maison de famille d'Edith Stein à Wroclaw.

Edith Stein naît le à Breslau, jour de l’expiation, le Kippour Uitgeverij De Moas et Waler Drten, Aus dem Leben einer jüdische Familie. Das Leben Edith Steins: Kindheit und Jugend, Verlag Herder, Fribourg, Bâle, Vienne, 1985, ., ce qui la rend particulièrement chère à sa mère, juive pratiquante.. Son père, Siegfried Stein, meurt d'une insolation quand Édith n'a pas encore trois ans. Sa mère, femme très pieuse, doit alors subvenir aux besoins de sa famille et diriger l'entreprise familiale. Cette lourde tâche demande beaucoup de rigueur et de travail, discipline qu'Augusta Stein essaie de transmettre à ses enfants, ainsi que sa foi juive. Edith Stein raconte d'ailleurs que comme elle est la dernière de sa famille, c’est à elle qu'il revient, d'après la tradition juive libérale, de poser les questions liturgiques lors des fêtes juives, questions qui donnent lieu à des explications plus complètes par le célébrant.

Edith Stein entame sa scolarité à l'école Victoria en 1896, année où, pour la première fois en Prusse, les filles sont autorisées à passer le baccalauréat. Elle se retrouve très vite dans la classe supérieure. Une camarade de classe dit d'elle : Posselt, Teresia Renata, Edith Stein, eine grosse Frau unseres Jahrhunderts, Nuremberg, 1952.. À partir de treize ans, elle commence pour Kippour à jeûner jusqu'au soir, suivant la tradition juive. Elle conserve cette pratique même lorsqu'elle quitte sa famille et ne prie plus..

thumb|gauche|Edith Stein (en 1920). À partir de 1904, les filles sont admises au lycée. Toutefois, arrivée à l'adolescence, Edith Stein refuse d’aller au lycée et demande à arrêter ses études en 1906 à l'âge de quinze ans. Elle part dix mois à Hambourg aider sa sœur Else qui vient d'avoir un enfant. C'est à cette époque qu’Edith Stein cesse de prier. : .

En , elle revient à Breslau. Elle retrouve un grand appétit de savoir et, alors qu'elle a quitté le collège volontairement, se remet avec brio aux études. Elle rattrape rapidement son retard et intègre le lycée en . Pendant cette période, Edith lit et étudie beaucoup. Elle affirme plus tard que , Stein Edith, Welt und Person. Beitrag zum christlichen Wahrheitsstreben, Herder Freiburg, 1962, .. C'est pendant cette période qu'elle commence aussi à découvrir la philosophie et notamment la lecture de Friedrich von Schiller, disciple d'Emmanuel Kant.

Edith Stein prend alors un engagement politique, en devenant membre de la section locale de « L'Association prussienne pour le vote des femmes ».. Elle soutient, avec sa sœur Erna et ses amies, l'aile la plus radicale du mouvement féministe autour d'Anita Augspurg, d'Hélène Stöcker et de Linda Gustava Heymann. (L'aile est radicale dans le sens où elle réclame une égalité totale entre hommes et femmes.)

Édith Stein obtient son baccalauréat avec succès en 1911 et décide de poursuivre des études universitaires en philosophie.

La philosophe thumb|Plaque commémorative d'Edith Stein à Prague.

Université à Breslau Edith Stein est persuadée que . Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. .. Elle entame alors de brillantes études à l'université de Breslau, aidée par l'argent (plusieurs milliers de marks) légué par sa grand-mère Johanna Stein.. Elle décide d'étudier de nombreuses matières : les langues indo-européennes, l'allemand ancien, l'histoire du drame allemand, l'histoire de la Prusse et de Frédéric le Grand, l'histoire de la constitution anglaise, la philosophie de la nature, l'introduction à la psychologie, l'initiation au grec ancien. Édith Stein étudie particulièrement l'histoire, se considérant comme « passionnée aux événements politiques du présent considérés comme l'histoire en devenir » Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965, .. Elle tire de cette période de sa vie les nombreux exemples historiques qu'elle utilise par la suite dans ses conférences. Elle étudie aussi la psychologie auprès de William Stern., et la philosophie dispensée par Richard Hönigswald. C'est au cours de ces études de psychologie qu'elle se déclare athéeDéclaration d'Edith Stein faite à Philomene Steiger en 1918, soulignée dans sa thèse en 1916 où elle affirme que .. Son ami d'études, Georg Moskiewicz, qui étudie la psychologie avec elle, lui parle en 1912 de l'orientation philosophique nouvelle que présente la phénoménologie d'Edmund Husserl. Elle décide alors de l'étudier et se trouve séduite par le procédé de réduction phénoménologiqueLa réduction phénoménologique, ou épochè phénoménologique, consiste dans . Voir .. C'est cette découverte qui la pousse à aller à Göttingen..

Elle participe aussi à deux associations Edith Steins Werke VII. Aus dem Leben einer jüdischen Familie - Das Leben Edith Steins; Kindheit und Jugend Louvain/ Freiburg, Nauwelaerts/ Herder, 1965. . : la première est l'association Humboldt d'éducation populaire, qui donne gratuitement des cours de soutien scolaire à des ouvriers et des employés. Elle y donne des cours d'orthographe. La seconde est une association de femmes, visant à l'égalité des sexes et organisant des petits débats. Elle fait la connaissance à Breslau de Kaethe Scholz, une enseignante qui anime des cours de philosophie auprès de femmes. Son exemple inspire Edith Stein dans la fondation de son « Académie » en 1920.

Études à Göttingen Edith Stein poursuit ses études à Göttingen, où elle suit, à partir de 1913, les cours du philosophe Leonard Nelson, de l'historien Max Lehmann (élève de l'historien Leopold von Ranke), dont Edith Stein se dit « la petite fille spirituelle ».. Grâce à son ami Georg Moskiewicz. Edith Stein est acceptée dans la Société de philosophie de Göttingen, qui rassemble les principaux membres de la phénoménologie naissante : Edmund Husserl, Adolf Reinach, et Max Scheler principalement. De ces rencontres, elle garde une correspondance personnelle et approfondie avec Roman Ingarden, Hans Lipps, Alexandre Koyré, parmi les plus importants. Elle fera par la suite connaissance de Dietrich von Hildebrandt, et surtout d’Hedwig Conrad-Martius, de Théodor Conrad, qui deviendront des amis très proches.

Edith Stein décide alors de préparer son examen d'État, première étape avant la thèse. Elle suit les conférences de Max Scheler, juif converti qui organise ses allocutions à partir de son nouvel essai intitulé « Le formalisme en éthique et l'éthique matérielle des valeurs » (1913-1916), et à la lecture duquel Édith Stein trouve de nombreuses inspirations pour ses travaux sur l'empathie. Malgré de grosses difficultés, elle poursuit ses études avec l'aide de Reinach. L'examen est prévu pour .

Première Guerre mondiale Lors de la Première Guerre mondiale, Edith Stein a et décide de retourner à Breslau. Dans l'immédiat, elle veut servir et aider de son mieux. Elle fréquente un cours d'infirmière. Pour elle, ce sont des temps difficiles.

Elle écrit : « Quand la guerre sera finie, si je vis encore, je pourrai à nouveau penser à mes occupations personnelles ».. Elle retourne à Göttingen pour passer son examen d'État, passe les épreuves et, début janvier, obtient le diplôme avec la mention « très bien ».

À la suite de son examen, elle postule à nouveau à la Croix Rouge, et elle est envoyée à l'hôpital militaire de Mährish-Weisskirchen, en Autriche. Elle soigne les malades du service des maladies infectieuses, travaille en salle opératoire, voit mourir des hommes dans la fleur de l'âge, issus de toute l'Europe de l'Est. Cette expérience la marque profondément. C'est une sorte d'expérience pratique d'empathie : comment communiquer avec des hommes dont on connaît peu la langue ?

Elle obtient la médaille de la bravoure pour son dévouement.. Épuisée, elle est invitée à rentrer chez elle et n'est plus rappelée.

Thèse de philosophie Par la suite, elle décide de se consacrer sérieusement à sa thèse. Elle fait désormais partie du cercle intime de ses maîtres. Son ami Adolf Reinach, au début de la guerre de 1914Adolf Reinach, Œuvres complètes, ., se convertit au protestantisme, envisagé simplement, selon son propre aveu, comme une transition du judaïsme au catholicisme. Il est baptisé le . Édith Stein côtoie de plus en plus de chrétiens dans le cercle de philosophes.