Les monnaies grecques antiques sont un témoignage à la fois abondant et varié de la civilisation grecque. Apparue en Asie Mineure à la fin du , la frappe monétaire est rapidement adoptée par les Grecs et se développe dans l'ensemble de leur sphère d'influence, de l'Égypte à l'Espagne en passant par la mer Noire.
Techniques de fabrication
Fabrication
La première étape de fabrication de la monnaie consiste à obtenir des métaux précieux. Le premier utilisé chronologiquement pour frapper monnaie est l'électrum, un alliage d'or et d'argent ; les monnaies d'or et d'argent apparaissent vers 550 av. J.-C. et celles de bronze, tout à la fin du .. Le métal doit être raffiné pour parvenir au titre requis. Aux époques archaïques et classiques, on utilise des métaux de très bon aloi, supérieur à 980/1000.. À l'époque hellénistique, les métaux sont souvent altérés ; ainsi, les monnaies d'argent des Séleucides et des Ptolémées atteignent jusqu'à 50 % de cuivre au Ier siècle av J-C ..
Le métal est ensuite débité en flans, qui supporteront la frappe. Plusieurs techniques peuvent être utilisées pour ce faire. Les plus anciennes monnaies retrouvées sont de forme irrégulière et bombée ; ce sont probablement de grosses gouttes de métal en fusion versées sur une surface plane et laissées à refroidir.. Il est également possible, comme c'est le cas à Athènes, de découper en rondelles, avec des cisailles, une barre de métal préalablement façonnée au marteau ; le flan est ensuite aplati à coups de marteau. La forme rectangulaire de certaines pièces indo-grecques s'explique probablement par une variante de cette méthode, consistant à découper le flan dans une tôle de métal. La technique la plus répandue consiste à fondre le métal dans des moules. On en a retrouvé des exemplaires en calcaire à Paphos, qui permettent de couler « en chapelet » : les cavités sont reliées par de petits canaux. Une fois le métal refroidi, il faut couper puis limer les bandes de métal qui relient une pièce à l'autre. Beaucoup de pièces présentent des petits défauts (tenons de coulée mal limés, barbes sur la tranche, bourrelets) qui permettent d'identifier la technique utilisée pour la production des flans.
Une fois le flan formé, il convient de le peser. Pour les monnaies d'or, et sans doute aussi d'argent, le contrôle se fait pièce par pièce ; les monnaies de bronze sont pesées en vrac : on vérifie simplement le nombre de pièces correspondant à un poids donné.. Les pièces trop lourdes sont rognées.
Les pièces thumb|left|upright=0.6|Revers d'un tétradrachme corinthien, vers 515 av. J.-C. : empreinte d'un carré en creux.
La frappe recourt à des matrices gravées en creux, les coins, qui portent les types (motifs) monétaires. Pour chaque pièce, il en faut deux, l'un de droit, formant l'avers, et l'autre, le revers. Quelques inventaires mentionnant les outils du monnayage montrent que le nombre de coins de revers est plus élevé que celui des coins de droit, parce que leur usure est plus importante.. Peu de coins ont été conservés à l'époque moderne : ils étaient détruits après usage pour éviter le faux monnayage, ou regravés pour réutilisation. En outre, il apparaît difficile de départager les exemplaires authentiques des faux antiques ou modernes, utilisés pour produire des imitations de pièces antiques. Au début du , le faussaire Constantin Christodoulos a ainsi réalisé plus de 500 types monétaires, dont une partie des coins, retrouvés en 1991, restent aujourd'hui dans des mains privées.
Les coins sont en bronze, en acier ou en fer. Leur gravure requiert un savoir-faire certain, puisqu'il s'agit de réaliser en creux, sur une surface réduite et sans outil de grossissement optique, un type monétaire parfois très complexe. Très peu d'artisans signent leur œuvre ; le principal cas connu est celui d'Euainétos, auteur d'un type de décadrachme d'argent représentant la tête de la nymphe Aréthuse entourée de dauphins. Le type monétaire choisi par le pouvoir émetteur est d'une grande stabilité à travers les époques et laisse peu de latitude d'expression au graveur. Les cités reprennent leur épisème (signe distinctif) : la chouette pour Athènes, la pomme (mēlos en grec) pour l'île de Mélos, Pégase pour Corinthe, l'épi de blé pour Métaponte, la tortue à Égine, etc. À l'origine, seul le coin de droit (dormant) est gravé. Le coin de revers (mobile) est un simple poinçon, destiné à bien maintenir le flan en place pendant la frappe. ; son empreinte est généralement une sorte de carré en creux, caractéristique des pièces archaïques. Une préoccupation similaire explique probablement l'apparition du grènetis (cordon de petit grains en relief qui entourent la pièce) sur le droit : il s'agit d'empêcher la fuite du métal sur les côtés.
En plus du type principal, beaucoup de monnaies portent de petites marques en creux. Les graffitis, inscrits ou gravés à la main, sont probablement des marques de propriété ajoutées par le propriétaire sur des pièces destinées à être thésaurisées. En revanche, les estampilles sont imprimées d'un coup de poinçon ; les motifs varient de formes simples (croissant de lune, croix) à des éléments décoratifs élaborés (triskèles, têtes humaines, etc.). On ignore leur fonction exacte ; peut-être étaient-elles utilisées par des changeurs ou des comptables.
La frappe thumb|Nomos d'argent de Métaponte, vers 470-440 av. J.-C. ; droit : épi de blé en haut relief, revers incus.
Les monnaies grecques sont frappées, le moulage restant exceptionnel. Le coin de droit (dit aussi coin dormant ou pile) est enchâssé dans une enclume. Le monnayeur tient dans la main gauche (s'il est droitier), le coin de revers (coin mobile ou trousseau), qui est de même diamètre que la pièce à produire, et dans la main droite un marteau. La frappe consiste donc à placer un flan sur le coin dormant, à positionner le trousseau sur l'autre face, puis à frapper. Dans quelques cas particuliers, surtout en Grande Grèce, les coins sont gravés en relief, ce qui produit des monnaies portant une empreinte en creux ; on parle de monnaies incuses. Plusieurs cités assez proches, Tarente, Métaponte ou Sybaris, ont ainsi produit des pièces présentant le même type sur les deux faces, l'un en relief, à l'avers, et l'autre en creux dit « incus », au revers.
L'opération requiert un certain soin de la part du monnayeur : d'abord, il faut bien aligner l'axe du coin de revers sur celui de droit. Ensuite, la frappe à proprement parler exige force et précision, d'autant qu'un seul coup n’est pas toujours suffisant pour obtenir une bonne empreinte. Si le flan ou le coin de revers glisse pendant la frappe, la monnaie porte deux empreintes (voire plus) légèrement décalées.. Si le coin de revers n'est pas bien vertical, la frappe risque de déplacer le coin de droit : le type est alors décentré. On dit qu'elle est tréflée. Il arrive aussi, mais plus rarement, qu'une pièce reste collée au coin de revers à l'insu du monnayeur et vienne poinçonner le flan suivant, qui se retrouve accidentellement incus.
L'époque archaïque
L'apparition des pièces de monnaie
thumb|Broches (obeloi) en fer provenant de l'Héraion d'Argos, ayant probablement une fonction monétaire. Musée numismatique d'Athènes. thumb|left|Statère d'électrum avec un phoque, Phocée, vers 620- Staatliche Münzsammlung, Munich.
Avant l'invention des pièces de monnaie plusieurs choses ont pu servir d'intermédiaire d'échanges et d'étalon et de réserve de valeur, c'est-à-dire les fonctions économiques d'une monnaie. Dans les épopées homériques, la valeur est souvent mesurée en têtes de bétail, qui servent aussi de moyen de paiement. Dans les premiers textes de lois connus provenant de Crète, la valeur des amendes est exprimée en chaudrons de bronze (objets qui servent souvent d'offrandes aux dieux). Il est possible que les broches en bronze et en fer qui se retrouvent sur des sites archéologiques depuis les débuts de l'âge du fer remplissent certaines fonctions de la monnaie, leur nom grec, obeloi, désignant par la suite un type de pièce de monnaie (l'obole), et que des sortes de lingots ou globules de métal non marqués aient également eu un usage similaire. Ces biens semblent employés, dans le contexte des communautés civiques, pour des récompenses de concours, des dots, des amendes, plutôt que pour des transactions. La valeur des objets en métal est alors directement liée à leur poids, comme cela est courant dans les civilisations antiques (la monnaie « pesée »). Il n'existe manifestement pas encore d'instrument d'échanges standardisé, de telle sorte que n'importe quel objet en métal peut potentiellement servir de moyen de paiement.
thumb|left|Statère en argent de Crotone, v. 530-500 av. J.-C. Altes Museum.
La situation évolue quand les premières pièces de monnaie frappées par une autorité officielle apparaissent, probablement en Asie Mineure dans la seconde moitié du . L'origine la plus communément admise est le royaume de Lydie, en accord avec la tradition antique, mais les cités grecques de la région l'adoptent dans la foulée. Les plus anciens trésors monétaires connus proviennent de l'Artémision d'Éphèse (voir plus bas). Cette forme de monnaie se diffuse en Grèce, Égine en émettant, en argent, dès 580-570, puis Corinthe, Athènes et d'autres juste après, en Grande Grèce, en Cyrénaïque, à Chypre. À la fin de la période archaïque, environ une centaine de cités frappent des pièces de monnaie, surtout en argent, avec des types les identifiant (la tortue d'Égine, la chouette d'Athènes, le phoque de Phocée, etc.), selon des étalons divers.
Les causes de l'apparition des pièces de monnaie frappées et de leur diffusion rapide sont discutées. L'explication la plus intuitive pour un Moderne est leur intérêt pratique comme intermédiaire d'échanges. Il a été objecté à cela que les plus anciennes dénominations ont une valeur trop importante pour un tel usage, mais on a relevé la présence de petites dénominations se prêtant mieux à un emploi dans les échanges locaux en Asie Mineure dès le milieu du , et dans les autres cités grecques par la suite. La circulation de pièces de cités réputées pour leur rôle commercial (Égine) dans des régions éloignées de leur lieu d'émission résulte probablement d'opérations commerciales. Parmi les explications alternatives, plus en lien avec le domaine politique, il est envisagé que les premières pièces aient été un moyen de paiement standardisé pour les dépenses publiques, notamment le règlement des salaires de mercenaires par les rois de Lydie, ou pour l'exercice de fonctions publiques dans les cités (services politiques, militaires, judiciaires). Sans être forcément révolutionnaire, l'introduction de la pièce de monnaie frappée facilite assurément les échanges, sa diffusion rapide semblant refléter le fait qu'elle répond à une demande dans un monde méditerranéen de plus en plus connecté et prospère. Elle offre une manière très pratique de mesurer et de comparer la valeur de biens ou de services.
En Asie Mineure thumb|Statère d'électrum ionien, vers 600-580 av. J.-C., droit : tête de cheval
La monnaie de type grec naît en Asie Mineure à la fin du Les Grecs eux-mêmes en attribuent souvent l'invention aux Lydiens, I, 94 ; Xénophane de Colophon cité par Julius Pollux, Onomasticon, IX, 83., dont la capitale, Sardes, est traversée par le fleuve Pactole, qui charrie naturellement de l'électrum.