[Traité des divers arts] est le titre d'un ouvrage du premier quart du Il est donc contemporain des plus anciens vitraux connus dans le monde, ceux de la cathédrale d'Augsbourg, exécutés vers 1100..., consacré aux techniques de l'art et composé par un prêtre du nom de Theophilus Presbyter (Théophile le moine). Selon certains historiens il ne ferait qu'un avec Rugerus (Rogkerus ou Roger) un orfèvre, moine bénédictin du monastère de Helmershausen, sur la Diemel, en Saxe, car la partie des arts du métal est très développéeRoger de Helmershausen est réputé pour un autel portatif (vers 1100) conservé dans le trésor de la cathédrale de Paderborn.. Cependant cette confusion des personnes est encore discutée. L'ouvrage est parfois nommé De diversis artibus ou encore Diversarum artium schedula« COULEURS, histoire de l'art - Techniques et traités au Moyen Âge » (Universalis).

Théophile

L'auteur de la compilation Lumen animæPublication en 75 chapitres par Matthias Farinator († 1505 ou 1508) un religieux viennois en 1477, est le premier qui fait mention de Théophile. Il rapporte qu'il a reçu le Schedula d'un monastère d'AllemagnePréface de l'édition l'Escarpolier, p. LVIII : De quodam monasterio Alemanie quidam libri delati sunt, videlicet : Archita tharentinus de eventibus de natura, Alkabicius in perspectivis, Theophilius in breviario diversarum artium, fontinus in descriptionibus universi.. Le Lumen animæ compte quarante-deux extraits où apparaît Théophile.

La localisation germanique de l'auteur est renforcée par quelques détails du texte. Par exemple au chapitre XXX du livre I, le mot huso, latinisation du mot allemand hansen, désigne un esturgeon, alors qu'il existe en latin acipenserJules Labarte, Histoire des arts industriels au Moyen Âge..., Volume 1, p. 154-155.. D'autres mots apparaissent : Fornis (XXI, livre I), Ziduar (XXXVI, livre III), en allemand Zidwar, Meizel (LXXI, idem), ciseaux, qui renforcent les idiomatismes de cette origine allemande.

Composition

Le En voici l'incipit : est le premier du genre à traiter des arts visuels, mais il ne les traite pas tous (il manque la sculpture). S'il est le plus méthodique, il est trop incomplet pour être utilisé pour l'enseignement : il semble être destiné à l'usage des clercs et n'est pas l'œuvre d'un pictor doctus, mais d'un clerc Doris Oltrogge, op. cit. p. 34 (cf. liens).. Il révèle surtout de très bonnes connaissances pratiques manifestement puisées dans expérience personnelle de Théophile ; pour la première partie par exemple, dans les ateliers d'enluminure de l'Allemagne du nord-ouest. Les sources sont néanmoins diverses et la part de compilation provient de l'Antiquité par les écrits de Pline, jusqu'aux civilisations artistiques byzantine et musulmane.

L'ouvrage est composé de trois livres, tous précédés d'une introduction littéraire et moralisanteLouis Grodecki, p. 345 Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1976). Il commence par des conseils sur l'art de fabriquer les couleurs pour la miniature et la peinture murale et contient les premières mentions de la peinture à l'huile, dont on se servait peu encore, n'ayant pas trouvé le moyen de faire sécher rapidement la composition. Le deuxième est consacré à l'art du vitrail. Le dernier, de loin le plus important, est consacré au travail des métaux, des pierres précieuses, de l'émail et de l'ivoire, avec un chapitre introduisant à la facture de l'orgue.

En ce qui concerne son plan, le Schedula diversarum artium recouvre exactement celui d'un traité anonyme portant sur des méthodes d'alchimie de l'antiquité tardive, le Mappæ clavicula auquel le a ajouté quelques recettes techniques issues de France et d'AngleterreÉd. Thomas Phillipps, Mappae Clavicula, a Treatise on the Preparation of Pigments During the Middle Ages, in Archaeologia 32, 1847, p. 183-244. . Il est à l'origine d'échange de recettes durant tout le Moyen Âge tardif, il n'est donc pas étonnant qu'il serve de modèle à Théophile.

L'esprit du diversis artibus est typique de la pensée médiévale. L'artiste y est considéré non comme un auteur, mais comme le moyen de l'accomplissement d'une œuvre. L'art qui remontant au péché originel, ne trouve sa justification que dans la glorification de l'Église et dans un but de contemplation mystique. L'œuvre d'art est un devoir envers DieuPour les implications théologiques et les arguments qu'utilise Théophile, voyez John van Engen, Theophilus Presbyter and Rupert of Deutz : the manual arts and benedictine theology in the early 12th century, Viator 1980 et Bruno Reudenbach, Ornatus materialis domus Dei. Die theologische Legitimation handwerklicher Künste bei Theophilus, In Studien zur Geschichte der Skulptur im 12. und 13. Jh. éd. H. Beck, K. Hengevoss-Dürkop. Frankfurt 1995.. Les introductions de chaque livre reflètent l'attitude de l'artisan devant la scientia Dei, le « but ultime ».

Suivant l'innovation introduite par Hugues de Saint-Victor dans le Didascalicon, Théophile poursuit l'introduction des arts mécaniques au sein de l'étude médiévale et sa justification théologique. Mais il ne présente que trois des métiers, parmi les sept arts mécaniques d'Hugues (Didascalion, partie II ch. 22, consacré à la vaste discipline intitulée Armatura).

L'art de la peinture De temperamentis colorum, 38 chapitres.

Théophile traite directement du travail et non de la préparation des couleurs ou des matériaux ce qui ne vient qu'ensuite. Sans prétendre être exhaustif, il consacre treize chapitres (très courts) en tout au traitement des chairs et spécialement du visage, puis un seul aux vêtements (assez long), etc. L'auteur l'affirme clairement : la peinture doit commencer par la créature humaine (humana creatura) à l'instar de la création elle-même. Référence à Genèse I, 28. Et spécialement le visage qui en est la partie la plus importante. L'homme est créé ad imaginem et similitudinem Dei c'est-à-dire à l'image et ressemblance de DieuJohn van Engen, Theophilus Presbyter and Rupert of Deutz : the manual arts and benedictine theology in the early 12th century, Viator 1980, p. 147-163..

Le chapitre XXIV traite de la manière de poser l'or et l'argent. C'est à partir du que l'influence byzantine apporte les couleurs et l'or dans les enluminuresAndré Béguin, Dictionnaire technique de la peinture, 2001, t. 1, p. 441. Voir aussi l'article Dorure, p. 387.. Mais les rehauts d'or ou d'argent n'apparaissent qu'au . A l'or était parfois substitué de l'étain coloré au safran (Ch. XXVI). La poudre (ou la feuille d'or), de ces précieux métaux était posée sur le parchemin, après avoir recouvert la place d'un mélange de vermillon, de cinabre et de blanc d'œuf (clarea) pour le fixer et lui donner de l'éclat, c'est l'assiette.

Le chapitre XXX explique comment moudre l'or pour les livres et faire le moulin. Le chapitre XXXIII dévoile les techniques flamandes de moulage de l'or avec du mercure. Le chapitre XXXVIII est consacré aux colles utilisées pour ces métaux.

À noter que certaines informations manquent pour réussir les préparations indiquées. Par exemple la préparation d'un liant à partir du blanc d'œufQui se trouve dans un ouvrage anonyme connu à l'époque, le De Clarea.

L'art du verre peint De arte vitriaria, 31 chapitres.

Comme dans la partie précédente, les techniques sont décrites et conditionnées par leur emploi pour la production d'un objet. Le verre était originellement vert ou opaque. Pour le colorer, les maîtres verriers ajoutaient de l'oxyde de fer ou de cuivre. Le cobalt d'où étaient extraits les oxydes, n'était à l'époque produit qu'en Bohême ou justement en Saxe.

Chapitre XXVIII : De gemmis picto vitro imponendis (De la pose des pierres précieuses sur le verre peint). Les procédés décrits sont originaux et contraires à ceux constatés sur les vitraux de l'époqueLouis Grodecki, 1976.

Le schéma du vitrail est tracé sur une table enduite de craie.

L'art du métal De arte fusili, 96 chapitres.

Traite des instruments liturgiques, calices et patènes, outre pailles liturgiques, passoires, burettes et encensoirs ; puis sommairement les reliquaires, les crosses et les couvertures de missels ainsi qu'à la fin, orgues et cloches. Allant du plus important théologiquement, au plus accessoire.

Dans le chapitre consacré à la fonte des cloches, Théophile décrit en détail le procédé de moulage dit à cire perdue. La technique consiste en un moule d'argile à la forme de la cloche où est éventuellement gravée une inscription, et une chape extérieure toujours en argile mais renforcée de bandes de fer. La cire s'écoulait à la base du moule. Après les avoir bouchés avec de l'argile, on coulait le bronze (78 % de cuivre et 22 d'étain environ).

Certains procédés de ce livre dérivent de pratiques superstitieuses voire magiques, lorsque par exemple il requiert l'utilisation du sang de chèvre (ch. 20) et de l'or espagnol (ch. 47). Ces recettes apparaissent déjà dans le Mappæ clavicula, chez Héraclius ou des sources plus anciennes encore, telles Pline l'Ancien (Naturalis Historia XXXVIII, 59).

Publication

Redécouvert vers 1774 par Lessing alors qu'il travaillait à la bibliothèque de Wolfenbüttel, sa première partie fut publiée à Londres en 1781 par Rudolf Erich Raspe dans son A critical essay on oil painting, et intégralement par Lessing la même année à Brunswick (fondée sur les manuscrits de Wolfenbüttel et Leipzig).

En France, il fut traduit et publié par de l'Escalopier en 1843, avec une introduction de Joseph Marie Guichard et en 1851 par Migne au sein de la Nouvelle encyclopédie théologique (vol. 12), avec des notes de Jean-Jacques Bourassé. Une nouvelle traduction est parue chez Émile Paul en 1924.

Manuscrits Complets Amiens, Bibliothèque municipale Ms. Lescalopier 46 (1520-1540). Composé de 86 pages de papier, 195 × 137 mm. Une seule colonne de 26 lignes environ. Dresde, Bibliothèque d'État de Saxe, Ms. B 183 (Provient d'Altzelle, env. 1200). Gravement endommagé en 1945. Leipzig, Bibliothèque universitaire, Ms. 1157 (olim 1144) (1300-1340). 72 feuillets de parchemin, 280 × 250 mm. Sur deux colonnes de 59 lignes. Écrit pour la Maison Dominicaine de Leipzig. Il est accompagné de texte de travaux médicaux d'Alchindus, Aegidius et Galien, le De mineralibus d'Albert le Grand, ainsi que quelques commentaires d’Albert sur Aristote. Le Schedula intervient au troisième rang. Vienne, Bibliothèque nationale, Codex 2527 & Codex 51 (1120-1140)Une reproduction des pages du manuscrit de Vienne (1r).. Le codex 2527 présente seul le texte de Théophile, contrairement à tous les autres manuscrits. Composé de 117 feuillets de parchemin, 125 × 75 mm. Une seule colonne de 20 ou 21 lignes. Wolfenbüttel, Herzog August Bibliothek, Codex Guelph Gudianus lat. 2° 69 (86-114v - première moitié du )Une reproduction des pages du manuscrit Wolfenbüttel (fol. 86r - première page du Schedula et 89v). Composé de 115 feuillets de parchemin, 205 × 285 mm. Sur deux colonnes de 38 lignes. Associé à un texte de Vitruve De architectura (1r-85v).

thumb|alt=page du manuscrit|Première page de la préface de Schedula diversum artium, BnF, Ms. lat. 6741.

Partiels Bruxelles, Bibliothèque Royale, Ms. 10147-58 Cambridge, University Library (Trinity College), Ms. 1131 = Ms. Ee. 6. 39 (Origine Lincoln, Angleterre, ). Composé de 149 feuillets de parchemin, . Une colonne de 28 lignes. Extraits du livre I et III. Associé à deux traités sur l'agriculture et la médecine, Palladius, Opus agriculturae (3r-104v) et Macer, Liber de viribus herbarum (106r-131v). Florence, Biblioteca Nazionale, Ms. Palat. 951 (1r-11v - ou à Naples). Composé de 143 feuillets de papier, . Le Schedula est suivi, jusqu'au 41v, de deux autres traités sur les métaux, ce qui semblent former un ensemble. Le reste comprend notamment deux ouvrages d'Aristote et divers copies anonymes.