Les personnes LGBT+ au Portugal ont obtenu une reconnaissance de leurs droits depuis 1982.

L'histoire des LGBT+ au Portugal a surtout été dominée dans une autre partie de l'histoire par l'idéologie chrétienne de l'Église catholique romaine, qui caractérise la sexualité comme un acte indissociable de la procréation, ce pour quoi toutes les autres activités sexuelles sont vues comme désordonnées. À partir du , l'Inquisition portugaise s'est même chargée d'enquêter, de juger et de condamner au bûcher les sodomites. Cette vision moraliste de la sexualité s'est maintenue jusqu'à la fin du , malgré la décriminalisation qui a eu lieu antérieurement, ce qui explique que la grande majorité des homosexuels ont préféré se cacher des yeux de la société.

De nos jours, la société portugaise en est venue à réduire progressivement la discrimination sur le motif de l'orientation sexuelle, tant sur le plan social que sur les plans politique et légal, surtout parmi les couches les plus jeunes de la population. L'homosexualité commence à être considérée de plus en plus comme une variante parmi d'autres de la sexualité humaine, de la sphère intime et personnelle de chaque individu, et en grande partie libre de connotations d'ordre moral.

Le vendredi , le parlement portugais a adopté le projet de loi du gouvernement socialiste, légalisant ainsi le mariage entre personnes de même sexe.

Histoire

Antiquité romaine

Les Romains apportèrent, en plus des autres éléments de leur culture, leur morale sexuelleEugene Rice, Rome: Ancient, glbtq, 2004, consulté le 14 avril 2007 (en anglais).

Arrivée du christianisme La morale romaine avait déjà changé vers le , ce qui explique qu'Ammien Marcellin critique durement les coutumes sexuelles des Taifali, une tribu barbare située entre les Carpates et la mer Noire, qui pratiquait la pédérastie de style grecSpencer, Colin, Homosexuality. A history, 1996, Londres, Fourth Estate, 1-85702-447-8. En 342, les empereurs Constantin II et Constant II introduisirent une loi pour punir l'homosexualité passive, sans doute par castration, loi qui fut étendue en 390 par Théodose , qui faisait brûler tous les homosexuels passifs, puis en 533 Justinien punissait tout acte homosexuel de castration et du bûcher; loi qui fut durcie en 559Aldrich, Robert (Ed.), Gleich und anders, 2007, Hambourg, Murmann, 978-3-938017-81-4.

On a donné trois raisons pour ce changement d'attitude. Procope de Césarée, historien de la cour de Justinien, considérait que ces lois étaient sous-tendues par des motifs politiques, puisqu'elles permirent à Justinien d'éliminer des ennemis politiques, de confisquer leurs propriétés, alors qu'elles n'eurent aucune influence sur l'homosexualité dans le peuple. La deuxième raison, qui a sans doute le plus de poids, serait l'extension du christianisme au sein de la société romaine, qui commençait à reprendre le paradigme chrétien selon lequel la sexualité devait servir exclusivement à la reproduction. Enfin, on invoque la pression reproductrice sur les individus à cause des épidémies, associée au stoïcisme de l'empire.

Wisigoths

Les peuples germaniques dénigraient l'homosexualité passive et les femmes, qu'ils plaçaient au même niveau que les faibles et les esclaves, et glorifiaient la camaraderie guerrière entre les hommes.

Durant le Haut Moyen Âge, les attitudes face à l'homosexualité en vigueur sous l'Empire romain se maintinrent en grande partie. L'un des premiers corpus de lois à considérer comme un crime l'homosexualité masculine fut le Liber Iudiciorum (ou Lex Visigothorum), qui fut promulgué au Spain, glbtq, 14 avril 2004, consulté en 2007 (en anglais). La loi wisigothe contenait dans ce code (L. 3, 5, 6)châtiait la sodomie par l'exil et la castration. La sodomie incluait tous les crimes sexuels, parmi lesquels l'homosexualité masculine, la sodomie (hétérosexuelle et homosexuelle) et la zoophilie. Le lesbianisme n'était considéré comme « sodomie » que s'il mettait en jeu des instruments phalliques .

Le premier roi à imposer la peine de castration pour l'homosexualité fut Chindaswinth (642-653)Thompson E.A., Los Godos en España, 2007, Alianza Editorial, Madrid, , . En 693, Égica ordonna aux évêques de réexaminer la question de l'homosexualité. Réunis au XVIe Concile de TolèdeIgnacio Olagüe, 2004, "La evolución de las ideas en la Península Ibérica: el cristianismo trinitario", La evolución islámica en occidente, consulté en juillet 2007, les prélats confirmèrent le châtiment ordonné par Chidaswinth, ajoutant cent coups de fouet et la tonsure, et l'exil devait être perpétuel.

Période musulmane La brillante civilisation d'Al-Ándalus se montra très tolérante au sujet de la sexualité, au contraire de ses voisins chrétiens du nord, à l'exception d'un intervalle entre les almoravides et les almohadesLes informations de cette section proviennent en grande partie de "La escondida senda": homosexuality in Spanish history and culture de Daniel Eisenberg. Plus d'information sur Homosexualidad en la Edad Media española de Jaime Montes Norniella. De manière paradoxale, le Coran interdit l'homosexualité, mais les sociétés musulmanes, tant sur la péninsule ibérique que dans le reste du monde musulman, ne suivaient pas cette règle. Dans la Risala fi-l-Fiqh, un recueil de droit islamique élaboré par Ibn Abî Zayd Al-Qayrawânî (922-996), spécialiste du fiqh à l'école Maliki, on dit que l'homme qui coucherait avec un homme adulte et consentant, provoquerait la lapidation des deux hommesIbn Abi Zayd Al-Qayrawani, Compendio de Derecho islámico, Edición de Jesús Riosalido, Madrid: Editorial Trotta, 1993 ; ..

De grands hommes d'État comme Abd al-Rahman III, Al-Hakam II, Hicham II et Al Mutamid Ibn Abbad eurent de jeunes hommes pour amants. Au point que, pour assurer sa descendance, il fallut déguiser une jeune femme en garçon pour séduire Al-Hakam II. Ces coutumes s'étendaient à la noblesse et aux hautes classesDaniel Eisenberg (1999), "Homosexuality in Spanish history and culture", consulté le 30 avril 2007..

Pour se faire une idée du contexte, Abdelwahab Bouhdiba décrit la situation suivante dans son livre La Sexualité dans l'Islam. Aux alentours de Cordoue, dans les grands jardins appartenant aux palais et aux grands propriétaires, et même aux monastères chrétiens, se jouaient des pièces de théâtre, des chants et des danses. Lors de ces fêtes, une forme libérée de sexualité, tant hétérosexuelle qu'homosexuelle, régnait, parfois avec la présence de prostitués des deux sexes. De fait, à une époque, la prostitution masculine était réputée mieux payée que la féminine.

Des textes condamnaient aussi l'homosexualité et Ahmad al-Tifachi (1184-1253) dans son Nuzhat-al-Albab (Les Délices des cœurs) raconte que les hommes qui cherchaient d'autres hommes de leur âge avaient la vie courte, étant donné qu'ils risquaient le vol et l'assassinat. Les contes inclus dans le Nuzhat-al-Albab peuvent servir à prouver que l'attitude de la société islamique envers l'homosexualité était alternativement positive, négative ou indifférente. Selon Colin Spencer, les trois attitudes différentes ont pu coexister à la même époque.

Le lesbianisme était également répandu, surtout dans les harems, bien que les relations étaient gardées secrètes, pour éviter qu'elles soient récupérées dans des intrigues politiques. Quelques femmes provilégiées d'Al-Ándalus avaient accès à l'éducation et il existe deux anthologies modernes de poésie écrites par des femmesGarulo, Teresa, Diwan de las poetisas de al-Andalus, Madrid: Hiperión, 1986.Subḥ, Maḥmud [Sobḥ, Maḥmud], Poetisas arábigo-andaluzas. ed, Granada: Diputación Provincial de Granada, 1994., dans lesquelles l'amour entre femmes est traité comme allant de soi.

Moyen Âge Après son indépendance du royaume de Léon en 1128, le Portugal maintint la législation médiévale, d'influence wisigothe, comprenant les châtiments de castration, d'exil et de confiscation des biens pour le délit de sodomie. La législation fut renforcée au par le roi Alphonse IV de Portugal, qui spécifiait que les accusés de sodomie, à la différence des accusés pour d'autres délits, ne pouvaient chercher refuge dans les églises. en 1499, le roi Manuel de Portugal ajoutait que les femmes prises en flagrant délit d'actes homosexuels devaient aussi être châtiées"Portugal", encyclopédie glbtq.com.

Plusieurs rois portugais sont soupçonnés d'avoir eu des relations homosexuelles. Le scandale causé par les relations d'Alphonse IV de Portugal avec les frères italiens Juan et Antonio Conti fut tel que le Conseil d'état l'obligea à les expulser du paysTorrão Filho, Amilcar, Tríbades Galantes, Fanchonos Militantes, Edições GLS, 2000, .

Le code pénal de 1852 ne mentionnait pas les relations homosexuelles, grâce à quoi elles n'étaient pas illégales.

Au éclatèrent quelques scandales, comme en Angleterre avec Oscar Wilde ou en Allemagne avec Philipp zu Eulenburg ou Krupp), mais leurs conséquences et leur traitement n'eut rien de commun avec ces affaires. La première affaire fut celle de , marquis de Valada, arrêté en 1880 pour avoir commis "des actes libidineux répréhensibles sur un soldat" au premier étage du numéro 63 de la rue Travessa da Espera Arlindo Camillo Monteiro, Amor sáfico e socrático - Estudo médico-forense, Anjos Teixeira, Instituto de Medicina Legal de Lisboa, 1922.. L'affaire inspira le caricaturiste Rafael Bordalo Pinheiro, mais aussi un spectacle représenté entre 1885 et 1887 au théâtre de Rua dos Condes, en plus des deux romans d'Abel Botelho (, premier roman portugais sur le thème de l'homosexualité) et d'Concerning the Eccentricities of the Marquis of Valada: Politics, Culture and Homosexuality in Fin-de-Siècle Portugal, Robert Howes, Sexualities, Vol. 5, No. 1, 25-48 (2002), consulté le 20 janvier 2009.. Le marquis se réfugia dans sa maison de famille de la haute aristocratie et ne subit aucune suite. Un peu plus tard, il se compromit dans un autre scandale lorsqu'un des jeunes qui l'avait séduit dans la rue tenta de le voler, l'incident se terminant avec l'intervention de la police. Une deuxième affaire fut celle du vicomte de X, qui s'adressa à la police pour récupérer une montre en or dérobée lors d'une de ses aventures dans le monde homosexuel.

Egas Moniz, le neurologue Prix Nobel de physiologie ou médecine, a aussi abordé le sujet dans son ouvrage A vida sexual (1901). Moniz considérait l'homosexualité comme une maladie mentale et une perversion, .

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