L'insurrection de Kościuszko est un soulèvement patriotique dirigé par Tadeusz Kościuszko en 1794 pour libérer la république des Deux Nations (Pologne et Lituanie) de l'occupation russe à la suite de la guerre russo-polonaise de 1792 et du deuxième partage de la Pologne en 1793.

L'insurrection, lancée en à Cracovie, est vaincue en octobre-novembre, s'achevant par le massacre de Praga, qui va longuement marquer la mémoire polonaise. Kosciuszko est fait prisonnier en 1795. Le troisième partage de la Pologne a lieu, qui la fait disparaître en tant qu'État.

Contexte : du premier au deuxième partage de la Pologne (1772-1793) Après le premier partage de la Pologne en 1772, le gouvernement de Stanislas II Auguste a procédé à des réformes, qui culminent avec l'adoption de la constitution du 3 mai 1791. Mais, l'opposition d'une partie de la noblesse, liguée dans la confédération de Targowica, et celle de la Russie aboutissent à la guerre russo-polonaise de 1792.

Durant cette guerre, le rôle du général de division Tadeusz Kościuszko est important. Fort d’une expérience de six années (1777-1782) de combats durant la guerre d'indépendance des États-Unis, auréolé de gloire en Pologne comme à l'étranger, notamment aux États-Unis et en France, il reçoit du roi la croix Virtuti Militari.

Néanmoins, la guerre s'achève par un échec polonais du fait du ralliement de Stanislas II à la confédération de Targowica, et à l'ordre qu'il donne d'arrêter le combat. En , la Russie et la Prusse effectuent le deuxième partage de la Pologne, annexant la moitié de son territoire de 1791. La constitution est abrogée dans ce qui reste du pays, dont le roi est mis sous tutelle.

Les préparatifs de l'insurrection (fin 1792-mars 1794) Kosciuszko et le groupe des patriotes de Leipzig Les patriotes ne renoncent cependant pas à leurs plans pour sauver l’État. Kosciuszko se joint à un groupe de patriotes réfugiés à Leipzig (notamment Hugo Kołłątaj et Ignace Potocki) et un plan de soulèvement est mis sur pied.

Kosciuszko, qui a été fait « citoyen d'honneur de la France » le , se rend pour une mission diplomatique à Paris, où il séjourne de la fin de 1792 à l'été 1793. Lorsqu'il arrive, il trouve un bon accueil auprès de la Convention, alors dominée par les Girondins. Mais les choses évoluent défavorablement en 1793 avec le soulèvement de la Vendée (mars) et la formation de la première coalition, la trahison de Dumouriez (avril), la chute des Girondins (juin). Les Montagnards (Danton, Robespierre), très réalistes en matière de politique étrangère, n'ont pas une grande sympathie pour la Pologne et sont aux prises avec une situation militaire très critique qui ne prendra fin qu'au printemps 1794.

Kosciuszko rentre donc à Leipzig au cours de l'été 1793 sans avoir rien obtenu. Il envoie tout de même un autre délégué à Paris, Franciszek Barss, qui, durant l'année 1794, y fondera une organisation, l'Agence (Agencja).

Le groupe de Varsovie Durant cette période, un groupe de conspirateurs s'est formé à Varsovie, incluant les généraux DzialynskiIgnacy Działyński (1754-1797) et Madalinski, le colonel JasinskiJakub Jasiński (1761-1794), Stanislas SoltykStanisław Sołtyk (1752-1833). (député de la Grande Diète), Joseph PawlikowskiJózef Pawlikowski (1767-1829). (journaliste), André KapostasAndrzej Kapostas (1757-après 1796), banquier et écrivain, Charles ProzorKarol Prozor (1759-1841)., un magnat lituanienListe dans : Cambridge History of Poland, page 157..

En septembre, Kosciuszko vient en Pologne pour conférer avec les conspirateurs locaux. Il se rend compte que la situation est difficile pour les patriotes et souhaiterait ne pas déclencher l'insurrection trop rapidement.

Un changement important est le remplacement, à la fin de l'année 1793, de l'ambassadeur de Russie, le général SieversJakob Sievers (1731-1808), par le général Igelström, dont l'attitude va être beaucoup plus dure envers les autorités polonaisesCambridge History of Poland, page 159. Selon l'auteur, ce remplacement correspondrait à la perspective d'un partage complet de la Pologne.. Au début de 1794, des arrestations commencent à avoir lieu. Le groupe de Varsovie est obligé de cesser ses activités. De plus, les puissances partageantes exigent la démobilisation de la moitié des soldats de l'armée polonaise (qui serait ramenée à Cambridge History of Poland, page 159. Igelström prévoit une réduction à , mais avec une transition à pour la Pologne et pour la Lituanie.) et leur incorporation aux armées d'annexion.

L'expédition de Madalinski (mars 1794) Le , le général Madaliński, commandant de la brigade de cavalerie de Grande-Pologne () stationnée à Ostrołęka, au nord de Varsovie, décide de désobéir à l'ordre de démobilisation et d'amener ses troupes à Cracovie, lieu prévu par Kosciuszko pour le départ de l'insurrection.

Il a avec lui environ un millier de soldats, ainsi que des volontaires nobles et paysans. Passant à l'ouest de Varsovie, il traverse des régions occupées par l'armée prussienne, avec laquelle il a deux accrochages mineurs. Le , poursuivi par une partie de la garnison russe de Varsovie, il arrive à Końskie, près de Kielce, à environ au nord de Cracovie.

Le est le jour où Kosciuszko, ayant appris ce mouvement (qu'il n'a pas décidé lui-même), arrive à Cracovie afin de lancer l'insurrection de façon plus générale.

Déroulement 300px|vignette|Tadeusz Kościuszko prêtant serment, par Franciszek Smuglewicz. 400px|vignette|La Bataille de Racławice, par Jan Matejko. vignette|Exécution des traîtres, par Jean Pierre Norblin de la Gourdaine.|337x337px vignette|Kościuszko à la Bataille de Maciejowice, par (Kościuszko y fut blessé et fait prisonnier).|323x323px

Les débuts victorieux (mars-avril) La proclamation de l'insurrection (24 mars 1794) Tadeusz Kościuszko, profitant de l'absence de garnison russe, vient à Cracovie où il reçoit l'allégeance du commandant de la division de Petite-Pologne, le général Wodzicki.

Le , Kosciuszko lance le soulèvement en prononçant un discours solennel sur la place principale (rynek) de la ville. Sa proclamation doit tenir lieu de loi fondamentale pour la durée des combats ; assumant les pouvoirs de commandant en chef de toutes les forces polonaises, il prête serment de fidélité au peuple et à ses intérêts en promettant .

vignette|gauche|L'acte de mobilisation de Kościuszko le 24 mars 1794|266x266px

À la date de la proclamation, la Russie a en Pologne et dans la zone annexée au deuxième partage. La Prusse a en Pologne. L'armée polonaise a au total dispersés dans le pays ; plus qui se trouvent dans la zone d'annexion russe, en passe d'être intégrés dans l'armée russeCHP, page 160..

Kościuszko émet pour la Petite-Pologne un ordre de mobilisation d'un fantassin pour cinq foyers (équipé d'une carabine, d'une pique ou d'une hache) et d'un cavalier pour cinquante foyers. L'état-major de Kościuszko estime que la mobilisation de tous les hommes valides âgés de dans l'armée d'insurrection lui permettrait de rassembler .

Les difficultés à se procurer suffisamment d'armement classique font que beaucoup d'unités vont être formées de volontaires armés de faux transformées en piques (la lame montée dans le prolongement du manche) : ils sont appelés les faucheurs (kosynierzy). En effet, Kosciuszko, tenant compte de certaines théoriesCHP, page 161. L'auteur évoque deux auteurs : « Folard » et « Lloyd ». mises en pratique dans l'armée révolutionnaire française, accorde une grande importance aux assauts massifs à la baïonnette (ou à la pique).

La bataille de Racławice (4 avril) La tsarine Catherine ordonne alors au corps du général de division d'attaquer Cracovie.

Le , les deux armées se rencontrent près du village de Racławice, situé à au nord-est de la ville. Dans ce qui est maintenant connu sous le nom de bataille de Racławice, Kościuszko réussit à l'emporter sur un adversaire supérieur en nombre et mieux équipé. Après la bataille, les forces russes se retirent, mais celles de Kościuszko sont trop faibles pour entamer une poursuite et les chasser de Petite-Pologne.

Bien que l'importance stratégique de la victoire de Racławice soit faible, elle a un grand retentissement politique : la nouvelle de la victoire se propage rapidement, incitant d'autres régions de Pologne à rejoindre l'insurrection. Début avril, les forces de l'armée polonaise stationnées dans la région de Lublin et en Volhynie rejoignent les rangs de Kościuszko.

Le soulèvement de Varsovie (17 avril) Un groupe patriotique se reforme à Varsovie au début d'avril, autour de Thomas MaruszewskiCf. pages pl et en Tomasz Maruszewski (1769-1834) et de Jean KilinskiCf. pages pl et en Jan Kiliński (1760-1819).. Kilinski, artisan cordonnier, est particulièrement influent dans le peupleCambridge History of Poland, page 162. et représente une tendance démocrate de l'insurrection.

La ville de Varsovie abrite alors une garnison polonaise de , commandés par le général et une garnison russe de (restant après le départ des unités poursuivant Madalinski) ; les Prussiens ont à proximitéCHP, page 162..

Le , l'ambassadeur IgelströmCf. page , qui est aussi commandant en chef des troupes russes stationnées en Pologne, lance une opération de police contre les partisans de KosciuszkoHenry Smith Williams, The Historians' History of the World, The Outlook Company, 1904, Google Print, ; les Russes essaient aussi de neutraliser la garnison polonaise, en s'emparant de l'arsenal, situé rue MiodowaAnna Radziwił et Wojciech Roszkowski, Historia 1789-1871, Varsovie, 2000. Il en résulte un soulèvement contre la garnison russe, sous la direction de , alors que le roi Stanislas II Auguste reste indécis.

Les insurgés sont aidés par une erreur d'Igelström qui a choisi pour mener son action le Jeudi saint, jour où de nombreux soldats russes se rendent à l'église pour l'office sans prendre leurs armes. D'autre part, très rapidement, les premiers insurgés bénéficient de l'aide de la population qui vient à leurs côtés lorsqu'ils attaquent en de nombreux points de petits groupes de soldats russe.

Après deux jours de combats intenses, les Russes, qui ont perdu entre sur les de la garnison, quittent la ville.

Le massacre de soldats russes désarmés allant assister au service de Pâques sera par la suite considéré comme criminel par les Russes et cela sera utilisé plus tard comme argument pour justifier les actes de vengeance commis pendant le siège de Varsovie.

Une fois l'insurrection maîtresse de la ville, des institutions sont mises en place. Le , un conseil est mis en place : le Conseil provisoire du duché de Mazovie, dont le président est Ignace Zakrzewski, maire de Varsovie en 1792, fonction dont il avait été démis au début de la guerre russo-polonaise. Cet organisme, concernant en principe la province de Varsovie, la Mazovie, sera absorbé le par le Conseil national suprême, directement lié à Kosciuszko.

Dans l'ensemble, le conseil provisoire est dominé par des modérés, proches du roi Stanislas Auguste ; celui-ci ne s'oppose pas à l'insurrection, mais les principaux protagonistes du soulèvement de Varsovie se trouvent marginalisésCambridge History of Poland, page 163..

Le soulèvement dans le grand-duché de Lituanie (22 avril)

Dans la nuit du 22 au , des insurgés dirigés par et par Karol Prozor1759-1841. Cf. pages polonaises Karol Prozor et Insurekcja wileńska. prennent le contrôle de la capitale du grand-duché, Wilno (aujourd'hui Vilnius), en neutralisant la garnison russe commandée par le général Nicolas ArsenievNikolaï Dmitrievich Arseniev (1739-1796). Cf. page anglaise Nikolay Arsenyev. Il reste prisonnier jusqu'à la fin de l'insurrection.