Les Terres australes et antarctiques françaises, abrégées par l'acronyme TAAF, sont un territoire d'outre-mer français et constituent une collectivité sui generis située en outre-mer créée par une loi du . Elles sont mentionnées dans l'article 72-3 de la Constitution française. Les terres australes françaises, qui font partie TAAF, permettent à la France d'être le premier producteur mondial de légineFranceAgriMer, Étude de marché pour valoriser la légine (Dissostichus eleginoides) sur le marché français et européen, 2023, 49 p., un poisson à très forte valeur commercialeInspection générale des affaires maritimes, Mise en place d'un contingentement pour la pêche à la légine dans les Terres australes et antarctiques françaises, rapport n° 2023-M-001-04, 2023. Il s'agit également de la principale ressource financière propre de ces territoiresPréfet, administrateur supérieur des Terres australes et antarctiques françaises, « Réponse aux observations définitives de la Cour des comptes », 2022.

Ce territoire comprend actuellement cinq districts très différents :

Les trois districts historiques des Terres australes françaises sont l'archipel Crozet, les îles Kerguelen, les îles Saint-Paul et Amsterdam. Ils accueillent aujourd'hui la plus grande réserve naturelle de France et l'une des plus grandes aires marines protégées du monde. Ces îles et leurs territoires maritimes ont été inscrits liste du patrimoine mondial de l'UNESCO le ..

La terre Adélie correspond à la portion du continent Antarctique revendiquée par la France. La souveraineté française s'exerce sur ce district dans le contexte du traité sur l'Antarctique signé à Washington en 1959 qui établit un « gel » des prétentions territoriales et affirme la liberté de la recherche scientifique sur tout le continent. La présence de la France doit donc être compatible avec les exigences du traité qui a été complété en 1991 par le protocole de Madrid sur la protection de l'environnement et qui fait de ce continent une « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ».. Les îles Éparses de l'océan Indien sont des îles tropicales situées autour de Madagascar. Ce district a été ajouté aux TAAF en 2007.

En dehors de quelques brèves tentatives de colonisation, aucune portion du territoire n'a eu de population permanente, ni indigène, ni civile française, mais une présence humaine continue (logistique, scientifique ou militaire) y est assurée grâce à du personnel relevé régulièrement.

Géographie Localisation Les TAAF sont toutes situées dans le sud de l'océan Indien ou, pour la terre Adélie, dans le secteur de l'océan Austral situé directement au sud de l'océan Indien à la longitude de l'Australie. Les îles Éparses de l'océan Indien sont proches de Madagascar, de Mayotte et de l'union des Comores ; et toutes les autres îles se trouvent au sud-est de Madagascar (les plus proches de La Réunion) et des Mascareignes (dont Rodrigues et Maurice).

À l'exception des îles Éparses de l'océan Indien, il s'agit de terres très éloignées à la fois des régions habitées et entre elles :

+ Principales distances entre La Réunion et les districts lointains des TAAFDistances orthodromiques arrondies à la dizaine de km la plus proche, calculées avec l'outil bibmath.net La Réunion (Saint-Pierre) 21° 20′ S 55° 29′ E   Crozet (Alfred-Faure) 46° 26′ S 51° 51′ E   Amsterdam (Martin-de-Viviès) 37° 48′ S 77° 34′ E   Kerguelen (Port-aux-Français) 49° 21′ S 70° 13′ E   terre Adélie (Dumont-d'Urville) 66° 40′ S 140° 00′ E

Les TAAF comportent de côtesIGN Magazine page 9.

Trois des cinq districts des Terres australes (archipel Crozet, îles Kerguelen, îles Saint-Paul et Amsterdam) sont caractérisés par leur environnement océanique et leur géologie volcanique : les îles Saint-Paul et Amsterdam sont situées sur la dorsale est indienne ; l'archipel Crozet sur un plateau océanique sur le flanc est de la dorsale ouest indienne ; les îles Kerguelen sur un vaste plateau asismique entre les deux branches de ces dorsales.

Districts

Ce territoire est actuellement composé de cinq districts : les trois districts historiques des terres australes françaises (îles Kerguelen, archipel Crozet, îles Saint-Paul et Amsterdam) découverts et rattachés à la France aux auxquels s'ajoutent depuis 1949 le district antarctique de la terre Adélie, puis depuis 2007, le district des îles Éparses de l'océan Indien. Si la souveraineté française sur les terres australes n'est pas contestée, les cas de la terre Adélie et des îles Éparses de l'océan Indien restent plus complexes. Sur le plan administratif ces cinq districts ne sont pas des collectivités de niveau inférieur mais des circonscriptions déconcentrées.

Nom du district administratif Base permanente / chef-lieu Effectif moyen d’hivernage Superficie (km) ZEE (km) Archipel Crozet Base Alfred-Faure 18 352 Îles Kerguelen Port-aux-Français 45 Îles Saint-Paul et Amsterdam Martin-de-Viviès 29 66 Îles Éparses de l’océan Indien (*) — — 44 (contestée) Terre Adélie (*) Base antarctique Dumont-d’Urville 25 (non reconnue) TAAF — 140

Terres australes françaises Les terres australes françaises, à ne pas confondre avec les îles Australes de Polynésie française, forment trois districts sur lesquels la souveraineté française est universellement reconnue : les îles Kerguelen, découvert en 1772 par Yves Joseph de Kerguelen de Trémarec qui en prend possession au nom du royaume de France et le baptise France australe - Institut polaire français - Archipel de Kerguelen - Le 12 février 1772, dans le sud de l'océan Indien, Yves-Joseph de Kerguelen de Tremarec aperçoit une terre où il croit voir le continent Austral, et lui donne le nom de « France australe ». Il fait débarquer un marin pour prendre possession du territoire au nom du roi.. La souveraineté de la République française est réaffirmée officiellement en 1893 face aux prétentions britanniques et australiennes. L'archipel fait partie de la plaque antarctique. l'archipel Crozet, découvert en 1772, par Marc Joseph Marion du Fresne qui en fait alors une possession du royaume de France. Comme les îles Kerguelen il fait partie de la plaque antarctique. les îles Saint-Paul et Amsterdam sont découvertes en 1522, par Juan Sebastián Elcano alors membre de l'expédition de Fernand de Magellan. La seconde est appelée Nieuw-Amsterdam, nom également donné par les colons néerlandais à l'actuel quartier de Manhattan à New-York. Elles passent définitivement sous souveraineté française en 1892. Elles font partie de la plaque antarctique, à la limite de la plaque australienne.

Les terres australes sont ravitaillées par le Marion Dufresne 2 qui assure l'ensemble de la logistique ordinaire de ces trois districts. Elles sont protégées dans le cadre de la réserve naturelle nationale des Terres australes françaises.

Îles Éparses de l'océan Indien Le district des îles Éparses de l'océan Indien est composé d'îles, îlots et atolls tropicaux pour la plupart situés dans le canal du Mozambique. Ajouté en 2007, il ne forme administrativement qu'un seul district composé de l'atoll Bassas da India, de l'île Europa, des îles Glorieuses, de l'île Juan de Nova et de l'île Tromelin. Les îles Éparses de l'océan Indien — Bassas da India, île Europa, îles Glorieuses, banc du Geyser, île Juan de Nova et île Tromelin — comportent : de superficie (terres émergées) ; de lagons ; de zones économiques exclusives (ZEE) ; une riche biodiversité et aucun habitant.

Bien que situées en zone tropicale, les îles Éparses de l'océan Indien : Bassas da India, île Europa, îles Glorieuses, île Juan de Nova situées dans le canal du Mozambique et île Tromelin à l'est de Madagascar ont été intégrées au territoire des Terres australes et antarctiques françaises en application de l'article 14 de la loi 2007-224 du et conformément au de cet article qui a rendu leur intégration effective dès la promulgation de la loi. Ce rattachement a été justifié par les modalités de gestion de ces îles inhabitées, d'intérêt stratégique, halieutique et scientifique, similaires avec la gestion de celles situées plus au sud dans l'Océan Indien.

Les îles Éparses de l'océan Indien constituent depuis lors le cinquième district des TAAF. Le chef de district est basé à Saint-Pierre-de-la-RéunionArrêtés 2007-18 bis et 2007-18 ter du 23 février 2007. Auparavant, les îles Éparses de l'océan Indien étaient administrées séparément au nom de l'État par l'administrateur des îles Éparses de l'océan Indien dont la charge était confiée (par nomination du ministère des Outre-mer) au préfet de la Réunion (les îles Éparses de l'océan Indien n'ont jamais fait partie du territoire de la Réunion depuis la création de ce département d'outre-mer) puis à partir de 2005 au préfet des TAAF. Les îles Éparses de l'océan Indien font partie des territoires où la souveraineté française est contestée par trois États voisins : la république de Madagascar qui revendique l'atoll Bassas da India, l'île Europa, les îles Glorieuses et l'île Juan de Nova ; l'union des Comores qui revendique (outre Mayotte) les îles Glorieuses, et la république de Maurice qui revendique l'île TromelinSarah Bos, « Les îles revendiquées de l'Océan Indien », dans La Croix du 17 janvier 2017 - ..

Terre Adélie

Le district de la terre Adélie est constitué d'une portion du continent antarctique. Découverte par Jules Dumont d'Urville en 1840, et son second, Gaston RocquemaurelHubert Sagnières « Routes Nouvelles, Cotes Inconnues » Flammarion, 2023, , la terre Adélie est l'unique district antarctique français. Cette portion antarctique est associée aux terres australes en 1949. La souveraineté française n'est pas universellement reconnue sur ce territoire qui est administré dans le cadre du traité sur l'Antarctique. Certains États ne reconnaissent par principe aucune revendication territoriale sur l'Antarctique. Elle abrite la base antarctique Dumont-d'Urville située sur l'île des Pétrels et gérée par l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor. La France maintient une présence continue sur la terre Adélie depuis le , date de la fondation de Port-Martin la première base antarctique française, soit avant la signature () et l'entrée en vigueur () du traité sur l'Antarctique.

Faune et flore Avifaune thumb|Des manchots royaux en TAAF. La moitié de la population mondiale de sept espèces ou sous-espèces d'oiseaux marins vit ou survit dans les TAAF. L'archipel Crozet et les îles Kerguelen sont parmi les plus riches du monde en oiseaux avec respectivement 34 et 33 espèces nidificatrices en communauté les plus diversifiées au monde et avec des effectifs atteignant plusieurs millions d'oiseaux (25 millions d'oiseaux nidificateurs rien que pour l'archipel Crozet). Le record de biomasse d'oiseau y a été établi : on y compte soixante tonnes d'oiseaux au kilomètre carré.

Les manchots sont les plus connus et les plus nombreux. Quatre espèces dominent : le manchot royal, le manchot papou, le gorfou sauteur et le gorfou doré (ou macaroni) en colonies de dizaines voire centaines de milliers d'individus.

Au moins huit espèces d'albatros y vivent ainsi que 25 espèces de pétrels, des cormorans, skuas, goélands, sternes, damiers du Cap, etc. dont deux espèces moins dépendantes de la mer : les chionis et les canards d'Eaton (endémique). D'Amsterdam dépend la plus grande population d'Albatros à nez jaune de l'océan Indien au monde ainsi que la seule population d'albatros d'Amsterdam, espèce endémique au bord de l'extinction (cf. liste rouge de l'UICN) et dont les quarante derniers couples ne se reproduisent que sur le plateau des Tourbières à une altitude de . Diverses sous-espèces sont endémiques à ces îles comme le cormoran des Kerguelen.

Mammifères marins vignette|gauche|Un blanchon de Weddell, en terre Adélie.