Le ouadi Hammamat (en / vallée des bains) est un oued du désert Arabique, situé à environ cent-dix kilomètres à l'est de Qena en Égypte. Connu depuis les débuts de la civilisation pharaonique, le ouadi Hammamat a été exploité pour ses mines d'or et surtout pour ses carrières de grauwacke, appelé « Pierre de Bekhen », pendant des millénaires. En plus de cela, le ouadi avait une position stratégique car il ouvrait l’accès à la route caravanière de Coptos vers la mer Rouge, soit la voie la plus directe entre la vallée du Nil vers la mer Rouge, d'où son nom de « Rô-hanou » (« débouché des flots ») en égyptien ancien.
Description Géographie Le ouadi Hammamat est un oued de la chaîne des collines de la mer rouge (ou chaîne Arabique), dans le désert Oriental de l'Égypte. Il est situé à quatre-vingts kilomètres de la vallée du Nil, directement à l'est de Kift. Le nom actuel a été donné par les explorateurs européens au d’après le nom du puits présent dans la vallée (Bir el-Hammamat). Jusque là, le oued était connu des habitants des environs comme le ouadi el-Kafr et seul le puits portait le nom de Hammamat.
vignette|gauche|redresse=1.5|Plan du ouadi Hammamat. Le ouadi Hammamat forme une gorge naturelle de six kilomètres de long entre les montagnes de Jabal el-Hammamat à l'ouest, Jabal Rasfah au nord, Jabal Shahimiyyah au sud et de Jabal el-Sid à l'est (la « montagne d’argent et d'or » des anciens égyptiens). Les deux extrémités du oued sont Bir el-Hammamat, à l’ouest (), et Bir el-Fawakhir, à l’est (). Le ouadi Hammamat étant situé sur la partie occidentale de la chaîne Arabique, dans le bassin versant du Nil, il est naturellement incliné de l'est vers l'ouest. Bir el-Fawakhir est situé à quatre-cents mètres au dessus du niveau de la mer et Bir el-Hammamat à trois-cent-vingts mètres. Bir el-Hammamat marque l'intersection du ouadi Hammamat avec le ouadi Um Had tandis que Bir el-Fawakhir marque l'intersection du ouadi Hammamat avec le ouadi Fawakhir au nord-est et avec le ouadi el-Sid au sud-est. De plus, le ouadi Hammamat rencontre aussi d'autres vallées dans sa longueur: le ouadi Attala () et le ouadi Masaq el-Baqr () au nord et le ouadi el-Chagg au sud ().
Géologie vignette|droite|redresse=1.0|Front de taille dans la grauwacke du ouadi Hammamat. D'un point de vue géologique, le ouadi Hammamat est composé de différentes formations géologiques qui expliquent la grande variété de couleurs que l'on retrouve sur les roches de la vallée : roche siliciclastique d'Hammamat (précambrien supérieur). Cette formation inclut trois types de roches sédimentaires siliciclastiques: du grauwacke (une variété de grès de couleur gris-vert et occasionnellement gris sombre ou gris-violet), de la mudstone ardoisière (nuances de violet, vert et gris) et de la brèche verte (un conglomérat de galets et de cailloux – principalement des fragments de roche magmatiques – enchâssés dans une matrice gris-vert). Ces trois variétés de roche sont légèrement métamorphisées. À distance, elles apparaissent toutes d'un gris brunâtre foncé. grès nubien (crétacé supérieur). Cette formation contient un type de grès de teinte brun clair mais sujet à la patine du désert. granite de Fawakhir (précambrien supérieur). Cette formation contient un granite de couleur gris clair à gris-rosé, traversé par d'abondantes veines de quartz. Ces veines présentent souvent une minéralisation d'or et de sulfure (dont l'argent). Vue de loin, cette roche présente une teinte allant du rose au rouge pâle, avec les veines de quartz teintées de rouge brunâtre en raison de l'oxydation des minéraux. serpentinite d'Atalla (précambrien supérieur). Cette formation inclut de la serpentinite (tachetée vert foncé et gris foncé) et un peu de gabbro (gris-vert foncé) légèrement métamorphisé. Ces roches présentent une couleur brun rosé lorsqu'elles sont observées de loin en raison de la météorisation. Certaines veines de quartz aurifère et sulfuré du granite de Fawakhir se prolongent dans la serpentinite d'Atalla. roche volcanique de Dokhan (précambrien supérieur). Cette formation inclut du tuf rhyolitique (brun clair) et dans une moindre mesure de l'andésite et de basalte (gris foncé). Ces roches peuvent être légèrement métamorphisées. Elles présentent une teinte brun rosé vue de loin en raison de la météorisation.
La roche siliciclastique d'Hammamat est largement majoritaire et forme le cœur de la vallée (d'où son nom) tandis que les autres formations se retrouvent plutôt à ses extrémités. Les roches contenant de l'or se retrouvent à l'extrémité est de la vallée et plus à l'est dans la montagne dans les oadis Fawakhir et el-Sid. C'est pour cela que le ouadi Hammamat a surtout été exploité comme carrière de pierre tandis que l'exploitation aurifère s'est concentrée dans les oadis Fawakhir et el-Sid. De nos jours, les estimations vont de 1,7 à 9 grammes d'or par tonne de minerai au ouadi Fawakhir et de 4 à 28 grammes par tonne au ouadi el-Sid. Le minerai extrait dans le ouadi el-Sid a une teneur en métal précieux de 80% d'or et 20% d'argent.
Route Coptos-Myos Hormos En plus de permettre l’accès aux mines des ouadis Fawakhir et el-Sid, le ouadi Hammamat fait partie depuis l’antiquité d’une voie de communication importante entre la vallée du Nil et la mer Rouge. Cette route traversait la chaîne Arabique d'ouest en est depuis Coptos (l'actuelle Kift) jusqu'au port de Myos Hormos (l’actuelle Al-Qusair). La route s’appelait Hodos Myshormitikè aux époques hellénistique et romaine. De nos jours, on désigne souvent par commodité toute cette route comme le chemin du Ouadi Hammamat car le ouadi marque le début du chemin à travers les montagnes. En vérité, le Ouadi Hammamat ne représente qu'une petite portion de quelques kilomètres d'un tracé total de 183 kilomètres.
vignette|gauche|redresse=1.8|La route vers Myos Hormos. Depuis Kift (Coptos), la route chemine à travers une série de ouadis à faible altitude (ouadi el-Matula, ouadi Rod 'Ayid, ouadi Kwei), passant par les site de El‑Matula, Laqeita (Phoinikôn), et El‑Muwayh (Krokodilô). La route continue ensuite dans les montagnes à travers le ouadi Hammamat puis le ouadi el-Fawakhir. Le chemin continue vers l'est et emprunte le passage le plus difficile du tracé : le col d'El Rieh, situé à 534 mètres au dessus du niveau de la mer et qui marque la ligne de partage des eaux entre le bassin versant du Nil et celui de la mer Rouge. La route passe ensuite par El‑Zarqa (Maximianon) puis rejoint le long ouadi Abu Ziran. Le ouadi Abu Ziran passe par El‑Hamra puis tourne vers le nord, cheminant à travers plusieurs montagnes de plus haute altitude dont le Jabal Umm 'Aradah, le Jabal Ba'anib et le Jabal al-Murr. Après Bir Sayyala, la route tourne brusquement à droite vers le sud-est. Le chemin continue à travers le ouadi el-Haramiya, en longeant le Jabal Dawwi au nord. La route passe par El-Iteima (Dawwi) puis tourne vers l'est à Bir Beidah. Le chemin continue vers l'est à travers le oadi Ambagi puis le oadi Quseir el-Qadim, jusqu’à finalement atteindre Al-Qusair (Myos Hormos).
Cette route est l'une des voies les plus directes et les moins compliquées entre la vallée du Nil et la mer. Elle est relativement aisée car elle passe à travers des oueds dont les fonds sont plats et dont le sol de sable et de gravier est bien tassé. La route évite les passages d'altitude (un seul col à passer à seulement cinq-cents mètres d'altitude) et le passage entre les vallées ne présente pas de difficulté particulière. Le temps de trajet a été calculé à six jours, pour un total de trente-trois heures de marche, ce qui correspond assez bien au témoignage de Strabon au .
Inscriptions rupestres En plus de son intérêt en tant que carrière et route caravanière, le Ouadi Hammamat est également remarquable pour son colossal corpus d'inscriptions rupestres. On a en effet retrouvé environ sept-cent-cinquante inscriptions dans la vallée, incluant textes et images. On y trouve aussi bien des inscriptions officielles et religieuses que des graffitis, écrites en hiéroglyphe, hiératique, démotique ou grec, sculptées ou peintes à même la roche. Les inscriptions datent de toutes les époques de l'Égypte antique depuis la période archaïque. La plupart des inscriptions sont concentrées autour de la principale carrière de grauwacke : la « montagne de Bekhen » ou « montagne pure » ().
Histoire Sous l'administration pharaonique Les carrières de pierre ouadi Hammamat sont restées en opération presque sans interruption durant toute l'Égypte antique. De nombreux vestiges de l'activité des carrières et des inscriptions rupestres ont été découverts sur ce site. Parmi ces textes, on trouve des rapports d'expéditions très détaillés, gravés en hiéroglyphes sur la roche de l'oued, ou encore des prières et des remerciements adressés aux divinités, le plus souvent à la triade de Coptos : Min, Isis et Horus, Min étant le patron de Coptos et le protecteur des pistes caravanières et des expéditions lointaines.
L'activité des carrières du ouadi Hammamat a débuté il y a 6000 ans durant la période prédynastique égyptienne. L'utilisation la plus ancienne connue du grauwacke et de l'ardoise de la vallée était pour la fabrication d'objets en pierre (palettes à cosmétiques, billes, bracelets et récipients) de la période prédynastique et de la . Durant l'Ancien Empire, le grauwacke des carrières du ouadi Hammamat a commencé à être utilisé pour la construction d'éléments de grande taille comme des statues ornementales, des stèles et des sarcophages. Dès cette époque, les pharaons organisent de grandes expéditions vers le ouadi Hammamat en vue de collecter des ressources dans le oued ou plus loin vers la mer Rouge. Les expéditions de l'Ancien Empire pouvaient déjà impliquer des milliers d'hommes comme aux plus grandes heures du Nouvel Empire. L'Ancien Empire voit également débuter l'exploitation des mines d'or dans les vallées voisines du ouadi Hammamat.
gauche|vignette|redresse=1.2|Tracé de la route vers la mer Rouge par le ouadi Hammamat. À l'Ancien Empire, le ouadi Hammamat devient une voie essentielle vers la mer Rouge à travers le désert oriental depuis Coptos. La route permet ainsi l'accès aux mines de galène de et au Pays de Pount via la mer Rouge. Coptos est située sur la boucle que fait le Nil vers l'est autour de Qena, et donc à l'endroit où le Nil est le plus proche de la mer. La ville est donc devenue un point de départ majeur pour le expédition vers la mer Rouge. Coptos dispose de chantiers navals qui fabriquent des pièces de bateaux, celles-ci étant transportées jusqu'à la côte et assemblées sur place. Néanmoins, durant toute l'époque pharaoniques (avant l'époque ptolémaïque), il n'existe qu'un seul port en dur sur la côte de la mer Rouge dans le sud de l’Égypte : Mersa Gaouasis. Bien que le passage par le ouadi Hammamat pour atteindre le port de Mersa Gaouasis depuis Coptos est attesté par une source historique, il ne devait pas s'agir là d'un chemin habituel. L'accès le plus direct vers Mersa Gaouasis est en effet le ouadi Qena qui permet d'économiser plusieurs jours de marche par rapport au ouadi Hammamat. La route du ouadi Hammamat devait donc plutôt déboucher sur un des ports intermittents de la côte, aux environs d'Al-Qusair où sera plus tard construit le port de Myos Hormos, vingt-six kilomètres au sud de Mersa Gaouasis. Quoi qu'il en soit, l'importance de ces routes était telle qu'au premier millénaire avant notre ère, la mer Rouge était appelée « mer de Coptos ».
Durant la Première Période intermédiaire, le contrôle du ouadi Hammamat fait l'objet d'un conflit entre les villes de Thèbes et de Coptos, qui tourne à l'avantage de la première, dirigée par Antef l'Ancien.