Tout s'effondre (titre original : Things Fall Apart), auparavant intitulé Le monde s'effondre dans la première traduction française, est un roman de l'écrivain nigérian Chinua Achebe.

Publié en 1958, le roman raconte la vie précoloniale dans le sud-est du Nigeria et l'arrivée des Britanniques à la fin du . Il est considéré comme l'archétype du roman africain moderne en anglais, l'un des premiers à être acclamé par la critique mondiale. Le livre est étudié dans les écoles à travers l'Afrique et il est largement lu et étudié dans les pays anglophones du monde entier. En 1962, ce premier roman d'Achebe a été publié au Royaume-Uni par William Heinemann Ltd. Tout s'effondre est le premier ouvrage de la collection African Writers Series de Heinemann.

À travers le destin d'Okonkwo, un notable de son clan, Chinua Achebe évoque le choc culturel qu'a représenté pour les autochtones l'arrivée des Britanniques chez les Igbos, à la fin du et la colonisation du Nigeria par les Britanniques. Presque coupés de l'extérieur, les habitants de la forêt équatoriale pouvaient imaginer un monde à leur image, fait de multiples dieux, de culte des ancêtres, de rites et de tabous. L'irruption des Européens et de leur religion, le christianisme, bouleverse toutes les croyances traditionnelles, d'où le titre du roman (tiré d'un poème de Yeats). Cependant, Chinua Achebe n'idéalise pas le passé. C'est parce que son meilleur ami a été victime d'un sacrifice humain que le fils d'Okonkwo rompt avec les pratiques de son village, ouvrant ainsi une brèche dans l'unité du clan.

Tout s'effondre a eu une suite, Le Malaise (1960), écrite à l'origine comme deuxième partie d'une œuvre plus vaste avec Flèche de dieu (1964). Achebe affirme que ses deux romans ultérieurs (1966) et (1987), bien qu'ils ne présentent pas les descendants d'Okonkwo, sont les successeurs spirituels des romans précédents de la chronique de l'histoire africaine.

Résumé

Partie 1

Le protagoniste du roman, Okonkwo, est célèbre dans les villages d'Umuofia pour ses talents de lutteur, battant un lutteur surnommé Amalinze le chat (parce qu'il ne tombe jamais sur le dos). Okonkwo est fort, travailleur et s'efforce de ne montrer aucune faiblesse. Il veut faire oublier le souvenir de son père Unoka, de ses dettes impayées, de sa négligence envers sa femme et ses enfants, et de sa lâcheté à la vue du sang. Okonkwo travaille à bâtir sa richesse entièrement seul, car Unoka est mort d'une mort honteuse et ne lui a laissé que de nombreuses dettes. Il est aussi obsédé par sa masculinité, et tout petit compromis à ce sujet est rapidement renié. Par conséquent, il bat souvent ses femmes et ses enfants, et il est méchant avec ses voisins. Sa volonté d'échapper à l'héritage de son père le conduit à être riche, courageux et puissant parmi les gens de son village. C'est un leader de son village. Il a atteint une position dans sa société pour laquelle il s'est battu toute sa vieAbiola Irele, « The Crisis of Cultural Memory in Chinua Achebe's Things Fall Apart », African Studies Quarterly, Volume 4, Issue 3, Fall 2000, pp. 1–40..

Okonkwo est choisi par les anciens pour être le gardien d'Ikemefuna, un garçon exigé par le clan comme accord de paix entre Umuofia et un autre clan après que le père d'Ikemefuna ait tué une femme umuofia. Le garçon vit avec la famille d'Okonkwo et Okonkwo s'éprend de lui, même s'il ne montre pas son affection pour ne pas paraître faible. Le garçon admire Okonkwo et le considère comme un second père. L'oracle d'Umuofia finit par déclarer que le garçon doit être tué. Ezeudu, l'homme le plus âgé du village, avertit Okonkwo qu'il ne doit pas participer au meurtre du garçon parce que ce serait comme tuer son propre enfant. Cependant, pour ne pas paraître faible et féminin aux autres hommes du village, Okonkwo ignore l'avertissement du vieil homme et frappe lui-même le coup mortel alors même qu'Ikemefuna lui demande de le protéger. Pendant plusieurs jours après avoir tué Ikemefuna, Okonkwo se sent coupable et triste.

Peu après la mort d'Ikemefuna, les choses commencent à mal tourner pour Okonkwo. Sa fille Ezinma tombe malade et on craint qu'elle ne meure. De plus, lors d'une salve d'armes aux funérailles d'Ezeudu, l'arme d'Okonkwo explose accidentellement et tue le fils d'Ezeudu. Okonkwo et sa famille sont envoyés en exil pendant sept ans pour apaiser les dieux qu'il a offensé

Partie 2

Pendant qu'Okonkwo est en exil à Mbanta, il apprend que des hommes blancs vivent en Umuofia avec l'intention d'y introduire leur religion, le christianisme. Au fur et à mesure que le nombre de convertis augmente, l'emprise des Blancs augmente et un nouveau gouvernement est mis en place. Le village est forcé de répondre par l'apaisement ou la résistance à l'imposition de la société naissante du peuple blanc.

Partie 3

De retour d'exil, Okonkwo trouve son village transformé par la présence des hommes blancs. Après qu'un converti a commis un acte odieux en démasquant un ancien qui incarne un esprit ancestral du clan, le village riposte en détruisant l'église chrétienne locale. En réponse, le commissaire de district représentant le gouvernement britannique fait emprisonner Okonkwo et d'autres dirigeants autochtones en attendant le paiement d'une amende de deux cents cauris. Malgré les instructions du commissaire de district de traiter les dirigeants d'Umuofia avec respect, les agents du tribunal autochtones les humilient, en leur rasant la tête et en les fouettant. En conséquence, le peuple d'Umuofia se rassemble enfin pour ce qui pourrait être un grand soulèvement. Okonkwo, un guerrier de nature et intransigeant sur la coutume et la tradition umuofiennes, méprise toute forme de lâcheté et préconise la guerre contre les hommes blancs. Quand les messagers du gouvernement blanc essaient d'arrêter le rassemblement, Okonkwo décapite l'un d'eux. Parce que la foule permet aux autres messagers de s'échapper et ne se bat pas aux côtés d'Okonkwo, ce dernier se rend compte avec désespoir que le peuple d'Umuofia ne va pas se battre pour se protéger. La réponse de sa société à un conflit, qui pendant si longtemps était prévisible et dicté par la tradition, est en pleine mutation.

Lorsque le chef local du gouvernement blanc, Gregory Irwin, vient chez Okonkwo pour le traduire en justice, il découvre qu'Okonkwo s'est pendu pour éviter d'être jugé dans un tribunal colonial. Parmi son propre peuple, le suicide d'Okonkwo a terni sa réputation et son statut, car il est strictement contraire aux enseignements des Igbos de se suicider.

Le commissaire du district, qui s'intéresse aux mœurs primitives des Africains, pense que l'histoire d'Okonkwo fera une bonne page dans son livre, ou peut-être un bon paragraphe.

Personnages Okonkwo : Personnage principal, guerrier respecté du village d'Umuofia, travailleur acharné et mari de trois femmes. Son gout pour la force le conduit à être brutal envers ses proches et incapable d'exprimer de l'amour. Unoka : Père d'Okonkwo, homme paresseux et rêveur, musicien avant tout. Il meurt endetté auprès de tous et ne peut rien léguer à ses enfants. Son fils Okonkwo lui vouera une haine féroce et ne cessera de vouloir se détourner de son mauvais exemple. Première femme d'Okonkwo : Elle n'est jamais mentionnée par son prénom à travers le roman, seulement en tant que mère de Nwoye. Nwoye : Fils ainé de Okonkwo, toujours très triste que son père ne sache pas témoigner de l'affection à sa famille. Il devient proche d'Ikemefuna et est très affecté lors de son meurtre. Cet événement en particulier le poussera plus tard à se convertir au christianisme au grand désespoir de son père. Ikemefuna : Fils adoptif de Okonkwo, offert par un village voisin pour préserver la paix. Bien que son père adoptif eut beaucoup d'affection pour lui, il accepta de le sacrifier sur demande des anciens du village. Obiageli : Sœur de Nwoye. Fille d'Okonkwo et de sa première femme. Ekwefi : Deuxième épouse d'Okonkwo. Elle eut du mal à obtenir un enfant et fit pas moins de neuf fausses couches. Ezinma : Fille unique d'Ekwefi et d'Okonkwo. Très intelligente et intuitive pour son âge. Elle aime appeler sa mère par son prénom. Ojiugo : Troisième épouse d'Okonkwo. Ses premières apparitions laissent penser qu'Okonkwo aime passer ses nerfs sur elle. Nkechi : Fille d'Ojiugo et d'Okonkwo. Uchendu : Oncle d'Okonkwo, frère de sa mère. Il accueille Okonkwo à Mbanta pendant son exil. Il est décrit comme d'un âge avancé et d'une grande sagesse. Amikwu : Cousin d'Okonkwo, fils d'Uchendu.

Agbala : Oracle du village d'Umuofia. Nwakibie : Homme au titre et au rang social le plus élevé d'Umuofia. Il aide Okonkwo à démarrer dans la vie en lui offrant des bulbes d'ignames. Ezeani : Prêtre de la déesse de la terre du village d'Umuofia. Ogbuefi Ezeudu : Doyen d'Umuofia. Obierika : Meilleur ami d'Okonkwo au village d'Umuofia. Obierika s'occupera de ses terres pendant son exil.

Contexte

Le titre anglais, Things Fall Apart, est une citation de The Second Coming, un poème de W. B. Yeats.

La plus grande partie de l'histoire se déroule dans le village fictif d'Iguedo, qui fait partie du clan Umuofia. Umuofia est située à l'ouest de la ville actuelle d'Onitsha, sur la rive est du fleuve Niger au Nigeria. Les événements du roman se déroulent dans les années 1890. La culture représentée, celle du peuple igbo, est semblable à celle d', le lieu de naissance d'Achebe, où les gens parlant l'igbo vivaient dans des groupes de villages indépendants dirigés par des aînés. Les coutumes décrites dans le roman reflètent celles du peuple Onitsha actuel, qui vivait près d'Ogidi, et avec lesquelles Achebe était familier.

Choix de la langue

Achebe a écrit ses romans en anglais parce que le langage écrit standard igbo a été créé en combinant différents dialectes, créant ainsi une forme écrite artificielle. Dans une interview accordée en 1994 à The Paris Review, Achebe déclarait : « La forme du roman semble aller de pair avec la langue anglaise. Il y a un problème avec la langue igbo. Elle souffre d'un héritage très grave qu'elle a reçu au début de ce siècle de la mission anglicane. Les autorités ont envoyé un missionnaire du nom de Dennis, Archidiacre Dennis. C'était un érudit. Il considérait que la langue igbo - qui comptait plusieurs dialectes - devrait en quelque sorte fabriquer un dialecte uniforme qui serait utilisé pour l'écrit pour éviter tous ces dialectes. Parce que les missionnaires étaient puissants, ce qu'ils voulaient faire, ils le faisaient. C'est devenu la loi. Mais ce dialecte uniforme et artificiel ne peut pas chanter. Il n'y a rien que tu puisses faire pour le faire chanter. C'est lourd. C'est lourd. C'est en bois. Il ne va nulle part »Brooks, Jerome, "Chinua Achebe, The Art of Fiction No. 139", The Paris Review No. 133 (Winter 1994)..

Le choix d'Achebe d'écrire en anglais a suscité la controverse. Alors que les critiques africains et non africains s'accordent à dire qu'Achebe a modelé Tout s'effondre sur la littérature européenne classique, ils ne s'entendent pas sur la question de savoir si son roman soutient un modèle occidental ou, en fait, s'il le subvertit ou le confronteBooker (2003), p. 7.. Achebe continue de défendre sa décision : « L'anglais est quelque chose que vous passez votre vie à acquérir, donc ce serait stupide de ne pas l'utiliser. Aussi, dans la logique de la colonisation et de la décolonisation, c'est en fait une arme très puissante dans la lutte pour récupérer ce qui était à vous. L'anglais était la langue de la colonisation elle-même. Ce n'est pas simplement quelque chose que vous utilisez parce que vous l'avez de toute façon »Sickels, Amy. "The Critical Reception of Things Fall Apart", in Booker (2011)..