La Biélorussie ou le Bélarus.Bruno Cadène, « Bélarus ou Biélorussie ? Une question très symbolique, un enjeu démocratique », France Culture, 14 août 2020., en forme longue la république de Biélorussie ou la république du Bélarus. (en et , en et ), est un pays d'Europe orientale sans accès à la mer, bordé par la Lettonie au nord, par la Russie au nord-est et à l'est, par l'Ukraine au sud, par la Pologne à l'ouest, et par la Lituanie au nord-ouest.

Le pays, vaste plaine au climat continental, est couvert à 40 % de forêts, dont une forêt primaire abritant des espèces animales disparues du reste de l'Europe. Les principales ressources du pays, au sous-sol pauvre, sont l'agriculture et l'industrie. Dans le Sud du pays se trouve la région historique de Polésie, dont la partie orientale, difficile d'accès, surtout pour les étrangers, reste contaminée par les radiations de l'explosion en 1986 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, de même que le nord de l'Ukraine.

La Biélorussie, peuplée de en 2020, connaît une des densités de population les plus faibles du continent : . Les Biélorusses vivent majoritairement en milieu urbain ; les plus grandes villes du pays sont Minsk (la capitale), Homiel (ou Gomel), Hrodna, Mahiliow (ou Moguilev), Brest (anciennement Brest-Litovsk), Vitebsk et Babrouïsk.

Le pays fait partie du foyer d'origine des langues slaves. Son territoire fut autrefois inclus dans de grandes puissances : la Rus' de Kiev, le grand-duché de Lituanie, la république des Deux Nations, l'Empire russe puis l'Union des républiques socialistes soviétiques. Au sein de cette dernière, la Biélorussie fut l'une des républiques soviétiques. Elle fut très durement éprouvée lors de l'invasion allemande pendant la Seconde Guerre mondiale. Après 1986, elle fut l'une des zones les plus touchées par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Elle devint indépendante lors de la dislocation de l'URSS, en . En 1994, Alexandre Loukachenko est élu premier président de la République, poste qu'il occupe encore en . Les relations avec la Russie sont très étroites, notamment linguistiquement et économiquement ; les deux pays ont même envisagé de s'unir.

Dans les années 1990, comme son voisin russe, la Biélorussie a adopté l'économie de marché, mais a limité la privatisation de son industrie et de son agriculture, évitant ainsi d'importer ses tracteurs, ses réfrigérateurs et ses produits agricoles : les inégalités y sont moins fortes qu'en Russie. La Biélorussie a ainsi conservé un système d'État-providence reposant notamment sur la gratuité de l'éducation et de la santé. En , la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan forment une union douanière, supprimant notamment les contrôles à leurs frontières communes.

La Biélorussie est l'un des derniers régimes autoritaires d'Europe. La vague de démocratisation des pays d'Europe centrale et orientale consécutive à la chute des régimes communistes en Europe a été réprimée dès 1992, sous la présidence de Stanislaw Chouchkievitch. Le président Loukachenko, ainsi que la majorité de ses proches collaborateurs, sont interdits de visa au sein de l'Union européenne et aux États-Unis en , en raison de pratiques politiques qualifiées de dictatoriales et répressives. Mais l'Union européenne abandonne ces sanctions en 2016, en raison de la guerre russo-ukrainienne et du rôle médiateur qu'y a joué la Biélorussie. À partir de l'été 2020, en raison de sa réélection avec un score de 80 % considérée comme entachée de lourdes fraudes, Alexandre Loukachenko fait face au soulèvement d'une partie de sa population, qui manifeste régulièrement et massivement son mécontentement.

En 2021, la Biélorussie met en place des vols et des déplacements internes pour faciliter le transit de migrants vers l'Union européenne, d'abord vers la Lituanie, puis vers la Lettonie et la Pologne, menant à une crise frontalière avec l'Union européenne. En , le dictateur Loukachenko fait servir son pays de base arrière à l'armée russe pour l'attaque militaire de l'Ukraine par la frontière nord de cette dernière.

Toponymie

Le nom du pays est une adaptation slave de la forme latine , mentionnée en russe à partir de la fin du comme et en polonais à la fin du comme (« Ruthénie blanche », sous la plume de Maciej Stryjkowski). Cette forme est à l'origine des traductions françaises Russie blanche ou Ruthénie blanche que l'on rencontre dans les atlas jusqu'au début du .

Le nom évolue en russe à partir de 1772 et le premier partage de la Pologne : les gains territoriaux russes sont regroupés dans le (), on rencontre aussi la forme courte . À la même époque apparaît en polonais la forme , vraisemblablement sous l'influence du nom officiel de ces terres sous administration russe. Le calque du nom russe donne ultérieurement en français la forme Biélorussie.

L'orthographe Belarus reprend l'orthographe phonétique du biélorusse, qui note ainsi une voyelle non accentuée que l'orthographe historique du russe et du polonais note comme o. Le choix du toponyme prend une connotation politique par la chute de l'Union soviétique, Biélorussie pouvant être perçu comme russe ou soviétique, Bélarus comme nationaliste ou indépendantiste..

Depuis le , les autorités biélorusses utilisent la forme (Bélarus). Elles demandent aux autres pays d'en faire autant, en utilisant une translittération proche du son biélorusse.. La dénomination officielle de l'ONU en français est République du Bélarus. (proposée par le gouvernement biélorusse lui-même), adaptation française de la transcription de . C'est cette appellation qui est utilisée par les gouvernements du Québec. et du Canada., ainsi qu'en Suisse par le Département fédéral des affaires étrangères.. En revanche, la Commission d'enrichissement de la langue française., la Commission nationale de toponymie. (française), les ministères français des Affaires étrangères et de l'Éducation nationale, l'Académie française., l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN, France) et le Service public fédéral Affaires étrangères belge. utilisent le terme Biélorussie..

L'ambassadeur de Biélorussie en France a demandé à la Commission de toponymie de revoir sa position (séance du ), mais un revirement semble peu probable. Le russe est l'une des deux langues officielles de la Biélorussie ; on y trouve le terme dans les documents imprimés en russe en Biélorussie. Le terme est en revanche utilisé dans la plupart des documents en russe imprimés en Russie et ailleurs.

L'ajout de « blanche » à la (ou Ruthénie) pourrait provenir des Tatars baltiques pour désigner la partie de la Rous' qui leur payait tribut, ou bien, au contraire, de l'adjectif signifiant « franche » c'est-à-dire exemptée de tributVirginie Symaniec, Parlons biélorussien, Éd. L'Harmattan, 1997. .

Histoire

Origines et formation Le sud de la Biélorussie est pendant l'Antiquité le berceau des Protoslaves. D'après les fouilles archéologiques, ceux-ci se concentraient entre la Vistule et le haut-Dniepr. Les peuples slaves se dispersent lors des invasions barbares, et s'installent dans toute la moitié orientale de l'Europe, où ils constituent ensuite une multitude d'États, qui seront plus tard évangélisés.

Moyen Âge thumb|Les principautés issues de la Rusʹ de Kiev en 1237. vignette|Carte des Voïvodies du Grand-Duché de Lituanie. vignette|Le grand-duché de Lituanie en violet et le royaume de Pologne en rose saumon, en 1619. En gris, les frontières actuelles des États. Au , la principauté de Polotsk gouvernait l'actuel territoire de la Biélorussie : c'était un État peuplé par des Slaves de l'Est. En 1067, Minsk apparaît dans les chroniques. La principauté est incluse en 1129 dans la Rus' de Kiev. Lors de la séparation des Églises d'Orient et d'Occident, leurs souverains et populations choisissent l'obédience orthodoxe. Les invasions des Mongols et de la Horde d'or au provoquent la chute de la Rus' de Kiev et sa dislocation en une multitude de petits fiefs. La principauté de Polotsk, sur le déclin, intègre le grand-duché de Lituanie, capable de la protéger d'autres invasions. Le Grand-Duché est majoritairement constitué des territoires actuels de la Lituanie et de la Biélorussie ; ses autres territoires sont le nord de l'Ukraine et la région de Smolensk.

En 1386, le grand-duché de Lituanie s'unit au royaume de Pologne et les deux États forment en 1569 la république des Deux Nations. Minsk, Brest, Polotsk, Vitebsk, Navahroudak et Mstsislaw sont chefs-lieux de voïévodies. Le découpage administratif de l'époque préfigure celui des voblasts de la Biélorussie d'aujourd'hui.

Époque moderne vignette|gauche|Magnus Ducatus Lithuania, Tobias Lotter, 1780.

En 1517, l'humaniste Francysk Skaryna publie la première bible en biélorusse. ; c'est le premier témoignage imprimé de la langue.

Au début du , lors de la grande guerre du Nord, la Biélorussie actuelle est traversée par les armées belligérantes : suédoise, puis russe. Le pays décline. La Russie, la Prusse et l'Autriche profitent de la fragilité politique qui paralyse la République des Deux Nations pour procéder à son partage, en 1772, 1793, puis 1795.

La Biélorussie est alors progressivement annexée par l'Empire russe. Vitebsk, Polotsk et Gomel sont rattachées en 1772, Minsk en 1793 et Brest en 1795. Le dernier territoire, Grodno, fut incorporé en 1808.

Empire russe

Le pays est envahi par les troupes de Napoléon en 1812. Quelques mois plus tard, les Français doivent retraverser la Biélorussie et connaissent là un des épisodes les plus éprouvants de la campagne de Russie, le passage de la Bérézina.. Une mission française a conduit sur ce site une première campagne de fouilles en 2012, au moment du bicentenaire. La recherche de vestiges des ponts et des fosses communes des soldats de la Grande Armée a fourni de nombreuses informations, permettant une seconde campagne en 2013Campagne de fouilles à l'initiative du Centre d'études napoléoniennes (CEN) en collaboration avec l'Institut d'histoire de l'Académie des sciences du Bélarus et l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap)..

Tout au long du , la Biélorussie subit fortement l'influence de la culture russe. L'importance de Minsk devient incontestable, et la ville est le foyer de la résistance culturelle biélorusse. Comme les autres régions industrielles de l'Empire, Minsk connaît les premiers mouvements ouvriers et accueille en 1898 le premier congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Pendant la Première Guerre mondiale, la Biélorussie est le théâtre de combats entre les Allemands et les Russes, et le front se stabilise sur une ligne allant de Pinsk à Braslaw.

Première indépendance et Seconde Guerre mondiale Après le traité de Brest-Litovsk entre l'Empire allemand et le gouvernement de Lénine, la Biélorussie se proclame indépendante le et devient la République populaire biélorusse : Minsk est choisie comme capitale. Mais la Russie soviétique n'accepte pas cette indépendance et envahit le pays. Depuis 1919, la Rada de la République démocratique biélorusse est en exil. En 2017, il s'agit du plus ancien gouvernement en exil.

Le traité de Riga, signé le après la guerre soviéto-polonaise, partage le territoire de la Biélorussie en deux : la partie occidentale est attribuée à la Deuxième République de Pologne, et la partie orientale devient la République socialiste soviétique de Biélorussie en 1922, lors de la création de l'Union des républiques socialistes soviétiques.

La Biélorussie souffre également des famines soviétiques de 1931-1933Nicolas Belina-Podgaetsky, L'Ouragan Rouge, Collection Durandal, 1937, Paris-Bruxelles.Corentin Dumas, Qui dit l'Histoire? Qui a (réellement) organisé la famine de 1932-33 en URSS?, 19 juin 2015, traduction de Who organised famine in the USSR in 1932 1933?, 17 décembre 2012..