John Addington Symonds (Bristol, - Rome, ) est un poète et critique littéraire anglais. Historien de l'art, il est connu pour ses travaux sur la Renaissance, ainsi que pour ses nombreuses biographies d'écrivains et d'artistes tels que Michel-Ange et Walt Whitman. Il est le premier écrivain important en Grande-Bretagne à traiter de l’homosexualité. Bien que marié et père d'enfants, il soutenait l'amour masculin, qui, selon lui, pouvait inclure des relations pédérastiques aussi bien que gay. Il a écrit de nombreux poèmes inspirés par ses aventures homosexuelles et est l'un des premiers avocats de la cause homosexuelle qu'il appelait .
Entre 1889 et 1891, il écrit une autobiographie, Memoirs, publiée à titre posthume, qui représente une source historique primaire, le récit le plus détaillé du désir homosexuel, de la vie érotique et des sentiments pour les autres hommes, par un auteur de l'époque victorienne.
Biographie
Jeunesse John Addington Symonds nait à Bristol, en Angleterre, en 1840, fils d'Harriet Sykes (1808/9-1844) et de John Symonds (1807-1871), riche physicien et médecin issu d'une famille liée à cette profession depuis plus de cinq générations. Son père est l'auteur de Criminal Responsibility (La responsabilité pénale, 1869), The Principles of Beauty (Des Principes de beauté, 1857) et Sleep and Dreams (Sommeil et rêves, 1869). À l'âge de quatre ans, à la suite du décès de sa mère de la scarlatine, le petit John grandit avec ses trois sœurs, sous la garde de sa tante maternelle, mais surtout sous l'influence de son père, qui lui transmet son amour pour l'art de la Grèce antique et italien.
Formation
En 1851, les Symond changent de résidence et quittent Berkeley Square pour la somptueuse Clifton Hill House, lieu de rencontre de personnages illustres, d'hommes politiques et d'artistes : pour John, onze ans, cela représente le passage de l'enfance à l'adolescence ; selon lui, cela a un impact important et bénéfique sur sa santé et son développement spirituel. Son état délicat toutefois persiste : il souffre de cauchemars dans lesquels des cadavres dans et sous son lit provoquent des crises de somnambulisme ; à une de ces occasions, il manque de se noyer lorsque, somnambule dans le grenier de Clifton Hill House, il atteint une citerne d'eau de pluie. Selon Symonds, un ange aux « yeux bleus et aux cheveux blonds ondulés » l'a réveillé et l'a mis en sécurité ; ce personnage fréquente ses rêves et constitue potentiellement son premier éveil à l'homosexualité.
Il est initié très jeune à l'étude du latin grâce aux enseignements de son grand-père, et commence à prendre des cours dès l'âge de huit ans auprès d'un précepteur de Clifton, le révérend William Knight.
Harrow School (1854-1858)
En 1854, à l'âge de treize ans, John est inscrit à l'Harrow School, où il reste quatre ans, durant lesquels il ne brille pas particulièrement, ni par ses résultats scolaires ni par les liens de camaraderie établis avec les autres élèves ; il s'est dit horrifié par « l'état moral » de l'école, où prévalent des formes généralisées d'intimidation sexuelle, de brutalité, de relations homoérotiques purgées de tout sentiment et basées sur la brutalité. Considéré comme « délicat », il n'y participe pas aux compétitions et jeux après ses 14 ans.
Tiraillé entre dégoût et attirance, entre « un moi interne et réel et un moi externe et artificiel », Symonds avoue dans ses Memoirs que depuis son enfance il éprouve un désir érotique pour les personnes du même sexe et qu'il l'a vécu avec inquiétude, sans pouvoir le calmer.
En janvier 1858, au cours de la dernière année de son séjour à Harrow, l'ambivalence avec laquelle il regarde les relations homosexuelles entretenues par ses amis de collège, qu'il attribue à une phase d'« immaturité juvénile », connait un nouveau développement, à la suite d'un fait dont il a connaissance quand il reçoit une lettre de son ami Alfred Pretor (1840-1908) racontant sa liaison avec leur directeur, Charles John Vaughan, un ecclésiastique « chargé du bien-être de six cents jeunes hommes ». Symonds est choqué et dégoûté, des sentiments compliqués par sa conscience croissante de sa propre homosexualité. Il ne mentionne pas l'incident pendant plus d'un an jusqu'à ce qu'en 1859, alors qu'il est étudiant à l'université d'Oxford, il raconte l'histoire à John Conington, son professeur de latin. Conington approuve les relations amoureuses entre hommes et garçons. Auparavant, il a offert à Symonds un exemplaire de Ionica, un recueil de vers homoérotiques de , l'influent maître du collège d'Eton défenseur de la pédagogie pédérastique. Conington l'encourage à parler à son père de la liaison de son ami. Ce dernier aurait forcé Vaughan à démissionner de son poste de directeur, entravant sa carrière ultérieure tant qu'il restait en vie. Symonds rejette l'accusation de déloyauté portée par son ami et se justifie en affirmant que l'affaire était devenue incontrôlable. Alfred Pretor, irrité par le rôle du jeune homme, ne lui a plus jamais parlé.
Quelques mois après avoir appris la liaison d'Alfred Praetor avec le directeur de l'école, il se plonge dans l'étude des classiques grecs et de Platon. La lecture du Phèdre lui ouvre un nouvel horizon, décisif pour son avenir, lui faisant découvrir comment les anciens Grecs reconnaissaient, sans le bannir, le désir dirigé vers les personnes du même sexe : « Ici, dans le Phèdre et dans le Banquet — dans le mythe de l'Âme et dans les discours de Pausanias, Agathon et Diotime — j'ai enfin découvert le véritable liber amoris, la révélation que j'attendais, la consécration d'un idéalisme longtemps cultivé. [...] Pour la première fois, j'ai vu la possibilité de résoudre les dissonances de mes instincts innés dans une harmonie pratique. J'ai perçu que l'amour masculin avait sa vertu aussi bien que son vice, et à cet égard il était au même titre que l'appétit sexuel normal. »
Il reprendra ensuite dans ses études ultérieures ces prémisses, en les approfondissant du point de vue de l'analyse historique et médico-psychologique, comme dans le septième chapitre de A Problem in Modern Ethics (1891) et dans Sexual Inversion (1897), sur l'écriture duquel il a collaboré avec Havelock Ellis.
Après avoir terminé ses études et être revenu à Clifton en mars 1858, Symonds tombe amoureux pour la première fois d'un garçon, un jeune choriste de trois ans sont cadet, William Fear Dyer (1843-1905), aperçu lors d'une messe dans la cathédrale de la Sainte-et-Indivisible-Trinité de Bristol, qui le frappe particulièrement par la beauté de sa voix : « L’étroite impasse dans laquelle j’étais tombé à Harrow, et dont il n’y avait aucune issue, semblait maintenant s’étendre dans les espaces infinis de l’expérience libre et libérale. » Il élève le matin où il le rencontre, après lui avoir donné un premier rendez-vous, à la date de naissance « de mon vrai moi ».
Il entame une histoire d'amour chaste avec Dyer qui dure environ un an, et qui se termine à la demande de son père, avec qui, après cette intervention, sa relation devient de plus en plus étroite : « Je suis devenu un ami intime de mon père. Aucun voile n’est resté entre nous. Il a compris mon caractère ; j'ai ressenti sa sympathie et je me suis appuyé sur sa sagesse. Nous avons uni nos cœurs, non seulement en tant que fils et parent, mais aussi en tant qu'hommes de tempéraments et d'âges différents aspirant à une vie supérieure en commun. »
Son amitié avec Dyer se poursuit pendant plusieurs années, au moins jusqu'en 1864. Dyer devient organiste et chef de chœur de l'église Saint-Nicolas de Bristol.
Balliol College et Magdalen (1858-1863) À l'automne 1858, il entre au Balliol College de l'université d'Oxford en tant que commoner (roturier), mais obtient une exhibition (une forme de bourse d'études) l'année suivante. Il y reste jusqu'en juin 1859. Il y rencontre les hellénistes John Conington et Benjamin Jowett ; il noue une amitié avec ce dernier, son professeur, qui durera toute sa vie. Très occupé par ses études, il commence à dévoiler ses capacités littéraires. En 1860, il remporte le premier prix du concours Mods de l'université et reçoit la même année le prix Newdigate pour le poème L' Escurial.
En 1862, il entre comme fellow au Magdalen College (Oxford), où il obtient une bourse ouverte, et est premier en Literae Humaniores. En 1863, il remporte le Chancellor's English Essay avec l'essai The Renaissance qui anticipe le travail qui l'engagera et le rendra célèbre dans les années suivantes. Durant cette période, il tombe amoureux d'un autre choriste, Alfred Brooke, qui suscite une passion différente de celle éprouvée avec Dyer, « plus intense, déraisonnable, touchante, à la fois plus sensuelle et plus idéale ». En raison de son indécision, du conflit entre le désir qu'il ressent et « l'idéal de pureté de conduite », le respect pour son père et la peur de « l'opinion du monde », cette histoire n'a pas non plus de développement ni de suite.
En novembre 1862, il est impliqué dans une autre histoire qui le marquera particulièrement : un étudiant avec qui il s'est d'amitié et a pris comme élève privé, CGH Shorting, lui demande de l'aider à être admis à l'université. Lorsque Symonds refuse, inquiet des conséquences, Shorting envoie une lettre à l'administration du collège l'accusant d'avoir été poussé par son professeur à suivre le chemin tortueux qu'il suivait déjà depuis un certain temps, cultivant des amitiés homosexuelles. Même si Symonds sort indemne de ces accusations, le stress provoqué par cette affaire, combiné aux rumeurs qui suivent, compromettent sa santé. En 1863, il souffre d'une dépression due au stress et pendant trois ans, d'une douloureuse inflammation des yeux qui l'empêche de travailler.
L'un des médecins les plus célèbres de l'époque, le Dr Spencer Wells, chirurgien de la maison royale, associe cette maladie à la répression sexuelle que Symonds s'inflige lui-même pendant des années, recommandant le mariage comme remède.
1863-1869
Au cours de ces années, John Addington Symonds maintient un équilibre précaire dans ses relations avec les hommes, se forçant à y renoncer.
Au cours de ses voyages en Europe, entrepris pour chercher un remède à sa mauvaise santé, il séjourne en Suisse, où il rencontre Janet Catherine North. Le couple se marie à Hastings (Royaume-Uni) le 10 novembre 1864 et s'installe à Londres. Quatre filles naissent du mariage : Janet en 1865, Charlotte en 1867, Margaret (Madge) en 1869 et Katharine en 1875, qui sera plus tard connue pour ses écrits sous le nom de Dame Katharine Furse. Edward Lear écrit The Owl and the Pussycat pour Janet quand elle a trois ans.
John Addington Symonds a l'intention d'étudier le droit quand sa santé se détériore de nouveau : en 1865, on lui diagnostique la tuberculose et quelques années plus tard, il est frappé d'une nouvelle dépression physique et nerveuse.
En 1868, à Clifton, il rencontre et tombe amoureux de Norman Moor (10 janvier 1851 - 6 mars 1895), un jeune homme sur le point de s'inscrire à Oxford, de dix ans son cadet, qui devient son élève. Symonds et Moor ont une liaison de quatre ans sans relations sexuelles, bien que Symonds écrive dans son journal du 28 janvier 1870 : « je l'ai déshabillé et nourri la vue, le toucher et la bouche de ces choses ». L'épouse de Symonds, lorsqu'elle apprend les préférences sexuelles de son mari, décide, d'un commun accord avec lui, de maintenir un mariage platonique.
Cette relation occupe une bonne partie de son temps, notamment quand il quitte sa famille et voyage en Italie et en Suisse avec Norman Moor. Cette liaison non consommée lui inspire également de nombreux poèmes, publiés en 1880, sous le titre New and Old: A Volume of Verse.
1870-1893