Arkhip Ivanovitch Kouïndji (en , en ), né le dans l'ouïezd de Marioupol (gouvernement d'Ekaterinoslav, Empire russe) et mort le à Saint-Pétersbourg, est un peintre paysagiste russe d'origine grecque-pontine.
Biographie Arkhip Kouïndji naît dans une famille pauvre, son père était un modeste cordonnier grec pontin. Le nom Kouïndji signifie orfèvre en langue urum, langue des Grecs de Crimée. Il perd ses parents très tôt et est élevé par la famille de son père. Il apprend un peu à écrire et à lire (en grec) dans son enfance tout en gardant les oies, et en participant à divers travaux. Il montre très tôt des dispositions pour le dessin. L'été 1855, à , il se rend chez le peintre Ivan Aïvazovski, en Crimée à Théodosie espérant y devenir apprenti. Mais Aïvazovski ne s'intéresse pas à son travail et seul un des parents de ce peintre l'aide un peu en peinture et le reçoit chez lui.. Après quelques mois Arkhip part pour Taganrog. Il travaille comme retoucheur de photographies chez un photographe d'Odessa pendant trois ans, puis travaille à Taganrog chez un autre photographe, il y ouvre même son propre studio de photo, mais sans succès.
Un de ses premiers tableaux, Le Logis de Tatars de Crimée (disparu aujourd'hui), est accepté en 1868 à une exposition de l'Académie, où il est admis comme étudiant libre. Il devient peintre officiellement en 1872, pour son tableau (1872, Musée russe, Saint-Pétersbourg), et reçoit une médaille de bronze à l'exposition universelle de Londres, en 1874 et participe aux expositions des Peintres ambulants, dont il devient membre à part entière en 1877. À cette époque il fait connaissance avec les peintres Ivan Kramskoï et Ilia Répine. Ces rencontres ont eu une grande importance dans l'œuvre de Kouïndji qui a commencé à se tourner vers une perception réaliste. Sa passion pour les idées des Peintres ambulants a conduit Kouïndji à créer des œuvres comme (1872, Musée russe, Saint-Pétersbourg), (1874, Galerie Tretiakov, Moscou), (1875, Galerie Tretiakov, Moscou). Dans ces tableaux, les idées sociales, le désir d'exprimer ses sentiments politiques prédominent et c'est pourquoi il les réalise en teintes sombres et même lugubres. Mais la gamme de couleurs reste variée et atténue le sentiment de lourdeur et de découragement et suscite de la sympathie pour les personnages représentés. Toutes ces œuvres ont été exposées dans le cadre des expositions des Peintres ambulants et ont eu beaucoup de succès. On a commencé à parler de lui et cela lui a donné confiance en lui et l'a décidé à ne plus assister aux cours de l'académie.
Développement de la créativité (années 1870)
Kouïndji ne reprend toutefois pas à son compte l'ensemble des idées des Peintres ambulants. À partir de 1870, il visite à plusieurs reprises l'île de Valaam, lieu de prédilection des paysagistes peterbourgeois, en 1873, il crée deux paysages remarquables intitulés : Sur l'île de Valaam (Galerie Tretiakov) et Lac Ladoga, (Musée russe), qui créent à leur manière une brèche dans les conceptions du paysage des Peintres ambulants ou en tout cas s'éloignent de celles-ci. Le tableau Sur l'île de Valaam s'en distingue par le réalisme de la nature et l'utilisation d'éléments romantiques tels que le ciel orageux menaçant, la mystérieuse lumière crépusculaire, l'inquiétude qui en ressort. La toile a été exposée lors d'une exposition de l'académie, puis à Vienne et a finalement été la première de ses toiles acquise pour la collection de Pavel Tretiakov.
Le tableau Le Lac Ladoga attire le regard par l'élégance de son style, la légèreté et la finesse du dessin, l'effet produit par la fond de pierre qui brille à travers l'eau transparente. Un scandale est lié à cette toile qui n'a éclaté que dix ans plus tard, en 1883, quand est apparue celle de Roufim Soudkovski intitulée Calme plat, qui utilise la même approche stylistique. Kouïndji accuse Soudkovski de plagiat, se dispute avec lui qui était pourtant son ami et exige que la presse, qui place les deux œuvres sur pied d'égalité, signale que c'est à lui que reviennent les droits d'auteur. D'autres artistes de Saint-Pétersbourg prennent parti pour l'un ou l'autre des deux peintres. Ivan Kramskoï et Ilia Répine qualifient ouvertement Calme plat d'emprunt direct et donnent raison à Kouïndji. L'écrivain Fiodor Dostoïevski appréciait particulièrement cette toile dont les ténèbres et l'humidité semblent imprègner le spectateur ..
En 1875, Kouïndji est en France. Il en profite pour s'acheter une queue-de-pie et un haut-de-forme pour son mariage. Il retourne à Marioupol où il épouse la fille d'un riche marchand, Véra Léontevna Ketcherdji-Chapovalova, qu'il aimait depuis son enfance, en l'église de la Nativité où il fut baptisé. Après la noce ils se rendent sur l'île de Valaam. vignette|Les Steppes (1875). La même année, à l'exposition des Peintres ambulants, Kouïndji réalise le tableau Les Steppes et, l'année suivante, en 1876, Nuit ukrainienne qui a eu beaucoup de succès avec sa composition presque décorative du paysage. Avec cette toile commence la période romantique de l'œuvre du peintre, qui se crée un système décoratif original parmi les peintres russes.
En 1875, Kouïndji accepte de devenir membre du groupe des Peintres ambulants, mais un an plus tard il abandonne les idées du groupe dans sa peinture. L'essentiel est pour lui de profiter de la beauté de la vie et de l'interpréter selon ses propres idées sur la beauté plutôt que de suivre les idées de ce mouvement.. Cette attitude de Kouïndji a rendu l'évaluation de son travail difficile pour ses contemporains, malgré toute l'admiration qu'ils avaient pour lui. vignette |centré|upright=1.8|Soir en Ukraine, 1878, Musée Russe, Saint-Pétersbourg. Lors de l'Exposition universelle de 1878 à Paris, l'admiration unanime du public et des critiques pour son œuvre s'est exprimée en présence du couple Kouïndji. Tous ont reconnu l'absence d'influence étrangère dans ses œuvres. Un critique qui défendait l'impressionnisme qualifie Kouïndji de Архип Куинджи. Путь к успеху . La même année, le peintre commence le travail sur son tableau Soir en Ukraine, qu'il poursuivit durant .
vignette|upright=1.2|Après la pluie, 1879. vignette|upright=1.2| Le Nord, 1879. En 1879, Kouïndji présente au public sa trilogie de paysages : Le Nord, Petit bois de bouleaux et Après la pluie (toutes ces toiles se trouvent à la Galerie Tretiakov à Moscou). La réalisation de ces paysages démontre que l'artiste a étudié l'impressionnisme. Bien qu'il n'en utilise pas les techniques classiques, sa fascination pour la transmission de la lumière suivant des procédés variés rend cette étude évidente (séparation des couleurs dynamiques, les saccades de coup de pinceau, la légèreté de ses ciels, la subtile combinaison de couleurs différentes).
Le , Arkhip Kouïndji et Mikhaïl Klodt sont élus au comité de révision des Peintres ambulants. Mais, à la fin de la même année, Kouïndji rompt avec ce groupe des Peintres ambulants. La raison de cette rupture est un article anonyme paru dans une revue et dans laquelle l'auteur parlait du travail de Kouïndji et des Peintres ambulants en général de manière tranchante. Il accusait en particulier Kouïndji de monotonie, d'utilisation abusive d'effets de couleur spéciaux et d'un désir excessif du spectaculaire. Quelque temps après, le nom du critique est connu : il s'avère que c'était Klodt lui-même. Kouïndji demande l'exclusion de Klodt des Peintres ambulants, mais comprenant qu'il ne serait pas exclu (Klodt était professeur à l'académie des beaux-arts), il annonça son propre retrait, malgré le fait qu'on tentait de le convaincre de rester. Beaucoup de chercheurs (en particulier Vitali Manine) s'appuyant sur les mémoires de Kramskoï à propos de cet incident, suggèrent que tout cela n'était qu'un prétexte pour Kouïndji pour sortir du groupe des Peintres ambulants. la séparation couvait depuis longtemps : Kouïndji, non seulement suivait sa voie avec confiance, mais il avait aussi pris la pleine mesure de sa popularité et de sa place dans la peinture russe et européenne. Les Peintres ambulants étaient pour lui trop restrictifs, ils limitaient trop ses talents et rompre avec eux était une simple question de temps. Toutefois, jusqu'à la fin de sa vie il entretient des relations amicales avec nombre d'entre eux, participe à leurs réunions. Lors des funérailles de Vassili Perov en 1882 il prononce un discours sincère et fort que ceux qui sont présents écoutent, selon le témoignage de Mikhaïl Nesterov, avec beaucoup de respect. vignette|300px|gauche| Clair de lune sur le Dniepr (1880).
Une des conséquences du retrait de Kouïndji du groupe des Peintres ambulants a été sa décision d'organiser en octobre-novembre 1880 à la Société impériale d'encouragement des beaux-arts une exposition avec son seul tableau Clair de lune sur le Dniepr (1880, Musée russe Saint-Pétersbourg). Il organise soigneusement le cadre de son exposition : il occulte les fenêtres de la salle et éclaire le tableau avec un faisceau électrique. L'œuvre connaît un succès inouï et suscite un grand émoi chez les spectateurs : ils sont émerveillés par la nouvelle combinaison des couleurs. Pour atteindre celle-ci, l'artiste a expérimenté des pigments colorés et a utilisé du bitume. Par la suite il s'est avéré que les couleurs à l'asphalte sont fragiles, se décomposent et s'assombrissent sous l'action de la lumière et de l'air. Cette particularité a malheureusement joué un rôle dans l'histoire du tableau. De nombreux collectionneurs rêvaient de cette toile, mais Kouïndji la vendit au grand-duc Constantin de Russie (1858-1915), qui l'emmena avec lui lors d'un périple mondial en bateau. Plusieurs personnes déconseillent au grand-duc d'emporter cette toile en voyage, mais il n'en démord pas et, sous l'influence de l'air marin, la composition de la couleur a été modifiée et le tableau s'est assombri. Mais malgré tout, la profondeur et la puissance du tableau subsistent et sont toujours ressenties par les spectateurs actuels. Sur cette toile, les éléments philosophiques du paysage sont déjà clairement perceptibles, ce qui constitue une transition dans l'œuvre de Kouïndji vers un niveau fondamentalement différent, où le désir principal de l'artiste n'est plus de représenter la réalité même sur la toile, mais de réfléchir à son propos et ainsi d'accéder à la signification dernière des choses.
Les années de retraite (1880) vignette|Arkhip Kouïndji vers 1900, à .