vignette|Catherine par Fedor Rokotov.

Depuis la fin du , la Nouvelle-Russie (Новороссия en russe, transcriptible Novorossia en alphabet latin) était une colonie de peuplement de l'Empire russe en son sud, s'étendant de la mer d'Azov au littoral de la mer Noire. Elle englobait des régions conquises par l'armée de Catherine II de Russie sur les cosaques et l'Empire ottoman, lors des guerres russo-turques de 1768 à 1774., destinées à la colonisation de peuplement russe. L'établissement en masse des colons débuta dès la fin du , sous les auspices de Grigori Potemkine. Elle donna lieu à la création des célèbres villages dit « Potemkine » dont la réalité historique est aujourd'hui contestée.

Elle comprenait le Yedisan, la Tauride, et la Méotide, ce qui correspond aujourd'hui aux oblasts ukrainiens de MykolaïvPour des raisons de compréhension historique, les noms choisis sont ceux de la transcription russe, plus fréquente pour les francophones étudiant cette période d'avant 1917., Odessa, Kherson, Kirovograd, à l'ouest de celui de Donetsk , et au sud de celui de Dniepropetrovsk, ainsi qu'à l'oblast russe de Rostov (région du Kouban) et au sud de la Transnistrie (en Moldavie). La région est bordée au nord par la Podolie et la Petite Russie, à l'ouest par la Moldavie, au sud par la mer Noire et la Crimée, et déborde à l'est sur la Méotide.

Histoire vignette|Carte de la Nouvelle Russie en 1800. L'administration de ce territoire fut confiée à des gouverneurs nommés d'abord par (1764-1775) et par l'empereur (1796-1802), jusqu'à ce que le territoire fût divisé en trois gouvernements : gouvernement de Nikolaïev, renommé gouvernement de Kherson en 1803 ; gouvernement de Iekaterinoslav (aujourd'hui Dnipro) ; gouvernement de Tauride (aujourd'hui Crimée et territoires du sud de la Russie et des rivages occidentaux de la mer d'Azov).

Ces subdivisions administratives eurent cours jusqu'en 1921.

Le pouvoir impérial s'était emparé, au , de territoires appartenant, depuis les s, à l'Empire ottoman ou au khanat de Crimée (et auparavant, depuis le , aux Tatars de la Horde d'or). Les territoires étaient souvent de grandes steppes peuplées par des tribus nomades de Nogaïs, avec, sur la côte, de petits ports de pêche et des villages habités par des descendants de Grecs pontiques. Le groupe majoritaire était celui des Tatars de Crimée. Sur un territoire grand comme les quatre cinquièmes de la France actuelle, la population ne comptait que vers 1764..

Au début du , après 1830, deux nouveaux territoires furent rattachés à la Nouvelle-Russie : la Bessarabie annexée en 1812 et le gouvernement de Rostov. La Bessarabie était en grande partie peuplée de Moldaves, le gouvernement de Rostov de Circassiens : dans les deux territoires, des Cosaques et autres colons russes et ruthènes furent installés. La colonisation slave avait pris un aspect de masse dès la fin du sous les auspices de Potemkine qui, inspiré par les mouvements des « philhellènes », avait l'intention d'en faire une Nouvelle Grèce, tandis qu'Iekaterinoslav aurait été la troisième ville de l'Empire. C'est pourquoi de nombreuses villes fondées à l'époque reprennent les noms des antiques colonies grecques de la mer Noire ou bien reçoivent des noms grecs : Odessa, Tiraspol, Nikopol, Kherson, Théodosie, Eupatoria, Sébastopol, Simferopol, Melitopol, Stavropol, etc. tandis que les études archéologiques se multiplient. Ces nouvelles villes attirèrent une foule bigarrée et cosmopolite d'artisans, de commerçants, de marins et d'ouvriers, comme Odessa , construite et administrée par un Français, le duc de Richelieu, qui était aussi gouverneur de Nouvelle Russie, sous le règne d', ou bien Novorossiïsk, Nikolaïev, Kherson (Chersonèse). Sébastopol devint l'arsenal de la flotte russe de la mer Noire.

Outre les colons slaves, dont beaucoup venaient de Petite Russie, l'actuelle Ukraine, l'Empire russe établit ici des Allemands en grand nombre (dont un certain nombre étaient issus de communautés protestantes discriminées comme les anabaptistes ou les mennonites qui formèrent des colonies agricoles), ainsi que des Alsaciens, des Lorrains, des Arméniens, Bulgares, Serbes et Grecs fuyant l'Empire ottoman ; des Moldaves de Bessarabie, en quête de bonnes terres, et des juifs ashkénazes venus de Pologne et d'Allemagne, s'y ajoutèrent. Ces derniers formèrent des shtetls, colonies agricoles décrites dans le film Un violon sur le toit.

thumb|right|La rue Richelieu à Odessa.

La Nouvelle-Russie prospéra jusqu'en 1914, puis fut ravagée durant vingt-huit ans par la Première Guerre mondiale, la guerre civile russe, la collectivisation, l'Holodomor, la Seconde Guerre mondiale et des déportations. Sa population diminua, si bien qu'en 1948 certains groupes avaient pratiquement disparu, comme les Juifs, les Allemands, les Grecs, les Moldaves, les Roms et les Tatars exilés. Après 1945, la croissance démographique reprit et fut d'ailleurs supérieure à celle du reste de l'Union des républiques socialistes soviétiques. La région reçut aussi de nombreux immigrants venus de toutes les régions du pays, en lien avec le développement des industries.

Le , le président russe, Vladimir Poutine, déclarait : « L'Ukraine, c'est la Nouvelle Russie, c'est-à-dire Kharkov, Lougansk, Donetsk, Kherson, Nikolaïev, Odessa. Ces régions ne faisaient pas partie de l'Ukraine à l'époque des tsars, elles furent données à Kiev par le gouvernement soviétique dans les années 1920. Pourquoi l'ont-ils fait ? Dieu seul le sait"Novorossia": Vladimir Poutine rêve-t-il de remettre cette "Nouvelle Russie" au goût du jour?, La Libre Belgique, 5-04-2022. ». Le retour de cette Nouvelle Russie à la fédération de Russie semble un objectif de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022 ; un commandant des forces russes a reconnu que « l'un des objectifs de l'armée russe est d'établir un contrôle total sur le Donbass et le sud de l'UkraineLa «Nouvelle-Russie», l'argument nationaliste russe pour dépecer l'Ukraine, Le Figaro, 4/05/2022. ».

Recensement de 1862 Selon le géographe russe A. ZachtchoukЗащук А., Материалы для географии и статистики России, собранные офицерами Генерального штаба, Тип. Э. Веймара, Saint Petersbourg 1862, sur ., le recensement de 1862 trouvait en Nouvelle Russie (en gras) et dans les régions voisines de Bessarabie, du Kouban, de Stavropol et de la mer Noire :

Gouvernements Population en millions % Russes % Ukrainiens % Juifs % Allemands % Grecs % Tatars % Moldaves % Bulgares Kherson 2,9 7,4 60,4 7 4 8,6 2,6 9 1 Ekaterinoslav 1,8 16,1 68,2 4,7 3,8 2,3 0,8 0,9 0,8 Tauride 1,4 28,7 39 10,9 3,3 1,3 10,6 3,2 3 Bessarabie 1,9 6 4 7 4 1 0 73 5 Kouban 1,9 43 47 0 0 0 0 0 0 Stavropol 0,9 55 37 0 0 0 0 0 0 Mer Noire 0,06 43 16 0 0 10 0 0 0

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Crise ukrainienne Guerre du Donbass Nouvelle-Russie (projet d'État) République populaire de Donetsk République populaire de Lougansk Crimée (République de Crimée et Sébastopol)

Bibliographie Emmanuel de Waresquiel, Le duc de Richelieu, Paris, Perrin, 2009.

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