François André Isambert, né le à Aunay-sous-Auneau (Eure-et-Loir) et mort le à Paris, est un juriste et homme politique français.
Avocat aux conseils du roi, au Conseil d’État et à la Cour de cassation, directeur du Bulletin des lois, conseiller à la Cour de cassation, député d’Eure-et-Loir (1830-1831) et de la Vendée (1832-1848), à nouveau représentant d'Eure-et-Loir à l'Assemblée constituante de 1848 (1848-1849), vice-doyen de la Cour de cassation, il est l'auteur d'une œuvre monumentale en vingt-huit volumes intitulée Recueil général des anciennes lois françaises depuis 420 jusqu'à la Révolution de 1789.
Fondateur de la Société française pour l'abolition de l'esclavage, sa lutte incessante contre l'esclavage, dont il est le premier, en 1834, à demander l'abolition à la Chambre des députés, le place au plus haut rang dans la hiérarchie des abolitionnistes français.
Enfance et jeunesse (1792-1813) vignette|gauche|upright|François-André Isambert lithographie Naissance
François-André Isambert naît le à Aunay-sous-Auneau (Eure-et-Loir) dans une ferme louéeBail du par François Allain, laboureur à Aunay-sous-Auneau et administrateur du district de Janville, reçu par Maître Quenard, notaire à Sainville (archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 45 309) venant en renouvellement d'un bail en date du (AD 28 cote 2 E 45 305), venant lui-même en renouvellement d'un bail en date du (AD 28 cote 2 E 45 302). par ses parents, Louis Isambert, laboureur, et Marie-Catherine Le Roy, dans l'actuelle rue de l'Église où une plaqueLa plaque fixée sur le mur d'une propriété se trouvant à l'emplacement de la ferme où est né François-André Isambert porte la mention : « Ici est né le 30 novembre 1792, François-André Isambert, décédé à Paris le , jurisconsulte, homme politique, fondateur de la Société française pour l'abolition de l'esclavage ». rappelant cette naissance a été dévoilée à l'initiative de la commune le . Son prénom d'usage est André, en référence à l'importante foire de la Saint-André qui se tient à Chartres (Eure-et-Loir) chaque . Mais il se fera connaître dans la vie publique sous le double prénom de François-André. Il est le cinquième enfant d'une fratrie de huit.
Enfance
En 1795, la famille quitte Aunay-sous-Auneau pour s'installer à Lèves (Eure-et-Loir), au moulin de Longsault, tout près de Chartres, que son père, devenu meunier, prend en location et va exploiter pendant plusieurs années.
Sa prime enfance est marquée par la peur de la bande d'Orgères ainsi qu'il en témoigne plus de cinquante ans après dans une lettre : « La bande d’Orgères laissa dans mon pays une terreur dont on se souvient encore, et les crimes nombreux dont elle s’est rendue coupable y font l’entretien des veillées avec leurs circonstances affreuses. Dans mon enfance, j’en ai reçu des impressions terribles, et je ne pouvais passer devant un grand bois sans m’imaginer qu’il allait en sortir des brigands, ou que les arbres portaient des victimes de leurs cruautés. »Lettre de F.-A. Isambert du publiée dans le livre d'Élie Berthet Les Chauffeurs (1859)., crainte d'autant plus justifiée que le , un couple avait été assassiné à Lèves par des membres de cette bande.. Le , âgé de 7 ans, il assiste à Chartres à la décapitation de la bande d'Orgères, ce qui le marque profondémentLettre de F.-A. Isambert du publiée dans le livre d'Élie Berthet Les Chauffeurs (1859) : « Il me rappelle une exécution sanglante à laquelle un domestique me fit assister sur la place publique de Chartres dans ma septième année ; elle a laissé chez moi des souvenirs ineffaçables ; et je me représente encore l’échafaud, les paniers destinés à recevoir les cadavres des 21 ou 23 décapités. ».
Il est pensionnaire à l'école centrale de Chartres où il se distingue par l'obtention de nombreux prix. Il devient notamment ami avec Alexandre Jumentier (né en 1792), dont le père est l'homme politique Étienne Jumentier (1759-1846) et dont l'oncle l'abbé Claude-Adrien Jumentier (1749-1840) aura une grande influence sur lui. Il écrira en 1846 que ce « véritable saint Vincent de Paul l'a toujours honoré de sa tendresse et qu'il lui avait voué une piété presque filialeLettre de François-André Isambert publiée dans le journal chartrain Le Glaneur en . ».
Le , ses parents acquièrent à Gasville-Oisème (Eure-et-Loir), tout près de Chartres, un domaine agricole avec une tuilerie-briqueterie, appelé « la Folie », qui appartenait depuis plusieurs générations à la famille chartraine Bouvet de Bronville, qu'ils exploiteront et où ils demeureront après avoir laissé l'exploitation du moulin de Longsault à leur fils aîné, Louis-Désiré Isambert, nommé maire de Lèves en 1815.
En 1806, il remporte au collège le prix institué par le préfet d'Eure-et-Loir, le baron Jean-François-Marie Delaître, pour avoir rédigé une ode sur la paix.
La même année, il entre au lycée Impérial (aujourd'hui lycée Louis-le-Grand), où il retrouve son compatriote, le futur grand mathématicien Michel Chasles (1793-1880) et son frère cadet, le futur député et maire de Chartres Adelphe Chasles, (1795-1868) qui sont devenus ses cousins par alliance, sa sœur aînée Geneviève Isambert ayant épousé à Chartres, en 1804, François Chasles, leur petit-cousin. Il y reste jusqu'en 1810, y terminant ses humanités et prenant des cours de rhétorique et de philosophie.
Conscription
En 1812, il est déclaré apte pour le service militaire. Son père lui trouve alors un remplaçant en la personne de Louis Guillaume Larmurier, moyennant la somme de Traité de remplacement, reçu par Maître Bouvet, notaire à Chartres, le 25 février 1812. (Archives départementales d'Eure-et-Loir, cote 2 E 51 743)., ce qui lui sauve probablement la vie, car son remplaçant, soldat au régiment de chasseurs à cheval, disparaît "dans la retraite de la Grande Armée de Russie le Jugement de déclaration d'absence du Tribunal de première instance de Chartres en date du 4 mai 1821, dont une copie est consultable aux Archives départementales d'Eure-et-Loir sous la cote 2 E 51 763, jointe à l'acte de quittance du 5 août 1821.".
Études supérieures
Sur proposition du proviseur du lycée impérial, il est admis en 1810 à l'École normale supérieure, mais il préfère faire des études de droit à Paris, son père désirant qu'il devienne notaire, et de littérature grecque au Collège de France où il suit l'enseignement du professeur Jean-Baptiste Gail avec lequel il rédige un grand nombre de mémoires lus à l'Institut de France et dessine la plupart des cartes géographiques qui composent l'atlas de géographie ancienne publié en 1815 et 1822.
Selon le témoignage d'un étudiant en droit de cette époque, il fait partie avec Odilon Barrot (1791-1873), des rares bons élèvesTémoignage de l'avocat Antoine-Gilbert Claveau dans son livre "De la Police de Paris, de ses abus, et des réformes dont elle est susceptible, avec documents anecdotiques et politiques pour servir à l'histoire judiciaires de la Restauration", page 95. .
Le , il devient bachelier en droit et le , Louis de Fontanes, grand-maître de l'Université impériale lui délivre, au nom de « Napoléon, empereur des Français, roi d'Italie et protecteur de la confédération du Rhin », le diplôme de licencié en droitDate et mention mention figurant sur le diplôme de licence de droit de F.A. Isambert conservé par un de ses descendants..
Avocat (1813-1830)
Le , alors qu'il n'a que 20 ans, il prête serment et devient avocat impérial. Mais après avoir travaillé chez un avoué, il préfère être clerc de notaire. Il est engagé chez Maître Vincent Fournier-Verneuil, 7, rue des Fossés-Montmartre, puis travaille, à compter du 1er avril 1813, comme 4e clerc, chez Maître Adrien Antheaume, 12 avenue Victoria. puis chez Maître Augustin-François Potron, 10 rue Vivienne à Paris, tout en préparant l'agrégation de droit.
Ayant échoué de peu à l'agrégation de droit et à la suite des irrégularités commises lors de ce concours, dont il se plaint auprès du ministre de la Justice, celui-ci le nomme, en compensation, le , Avocat aux conseils du roi, profession qu'il va exercer jusqu'en 1830.
Il sera notamment appelé à défendre devant la Cour de cassation : En 1822, le lieutenant-colonel Augustin Joseph Caron, fusillé alors que la Cour de cassation ne s'était pas encore prononcé sur le pourvoi présenté par François-André Isambert ; En 1822, les Quatre sergents de La Rochelle ; En 1824, Armand Carrel (1800-1836), dont il obtient l'annulation de la condamnation à mort. Par la suite, Armand Carrel fut tué en duel par Émile de Girardin qui un an plus tard (1837) menacera François-André Isambert d'un duel après que celui-ci ait dénoncé à la tribune de la Chambre des députés un détournement de fonds publics au profit de ce journalisteIntervention du 8 juin 1837, affaire dite du Panthéon Littéraire. ; En 1826, les déportés de la Martinique, dont Cyrille Bissette. Son succès dans cette affaire le rendra célèbre et le sort fait aux hommes libres de couleur le sensibilisera à la cause de l'abolition de l'esclave.
Conseiller à la Cour de cassation (1830-1857)
Le , le roi Louis-Philippe le nomme conseiller à la Cour de cassation (section criminelle), fonction qu'il exercera jusqu'à sa mort, en en étant alors devenu le vice-doyen. Il lui arrive aussi de présider la chambre criminelle de la Cour de cassation.
Vie politique (1830-1848)
Opposant politique à la Restauration, François-André Isambert participe au péril de sa vie aux Trois Glorieuses. Il fait partie des avocats qui lors d'une réunion protestent contre les ordonnances du Roi, ce qui lui vaut un mandat d'arrêt lancé par le procureur du Roi. Selon l'article 102 du Code pénal, l'excitation à la révolte suivie d'effet est alors passible de la peine de mort.
Le dernier jour des Trois Glorieuses (), il est un des premiers présent à l'hôtel de ville de Paris.
Libéral, membre de la société Aide-toi, le ciel t'aidera dont il adhère à sa création en 1827, il se déclare en faveur de Louis-Philippe, dont il deviendra toutefois rapidement un adversaire politique du régime.
La commission municipale de Paris qui fait alors office de Gouvernement provisoire le nomme directeur du Bulletin des lois. Il exerce également, de fait, les fonctions de secrétaire général du Ministère de la justice. En , il démissionne de la direction du bulletin des lois en en expliquant les raisons dans une longue lettre publique datée du : on essaye de l'empêcher de publier certaines ordonnances, en particulier celles allouant personnellement des sommes importantes à certains ministres.
Député d'Eure-et-Loir
Le , se présentant comme libéral, il est élu député d'Eure-et-Loir (arrondissements de Chartres et de Nogent-le-Rotrou), recueillant 271 voix, contre 154 voix à son adversaire Adelphe Chasles, alors maire de Chartres.
Le , lors des élections législatives, Adelphe Chasles l'emporte au second tour sur François-André Isambert, recueillant 354 voix contre 349 à ce dernier. De nombreuses irrégularités en faveur d'Adelphe Chasles sont constatées. Il y a des protestations consignées dans les procès-verbaux et trois pétitions sont adressées à la Chambre des députés. La commission chargée de valider les élections entend par deux fois (28 et ) le préfet d'Eure-et-Loir Auguste Édouard Gaulthier de Rigny, chargé de l'organisation des élections dans le département, et un débat a lieu à la Chambre des députés qui finalement valide l'élection d'Adelphe Chasles.
François-André Isambert et Adelphe Chasles seront à nouveau adversaires aux élections législatives de 1834, 1837 et 1839. À chaque fois, Adelphe Chasles l'emportera.
Député de la Vendée
À la suite de son échec en 1831 en Eure-et-Loir, François-André Isambert se présente en Vendée (arrondissement de Luçon) où il est élu député aux élections du .
Il est constamment réélu député de ce département en 1834, 1837, 1839, 1842 et 1846.