La permaculture est, à l'origine, une conception de l'agriculture et de l'horticulture durable fondée sur l'observation minutieuse des écosystèmes et des cycles naturels et leur imitation. C'est un mot-valise anglais formé à partir de « » ; en français : « agriculture durable » ou « culture permanente ». Cependant l'expression « agriculture durable » a aujourd'hui pris un sens plus large.
Elle a été élaborée dans les années 1970 par le biologiste australien Bill Mollison et son élève David Holmgren. En 1981, Mollison reçoit le Right Livelihood Award pour son travail.
La notion de permaculture a progressivement été étendue à une conception systématique de l'environnement et à une éthique normative définissant des modes de vie et un fonctionnement de la société souhaitables.
En Europe, la permaculture est pratiquée aussi bien dans des jardins privés que dans des fermes de taille moyenne.thumb|redresse=1.5|Jardin cultivé selon les principes de la permaculture dans le Nord de la France.
Définition La permaculture est, selon ses concepteurs Australiens David Holmgren (biologiste) et Bill Mollison (essayiste), à la fois une science et un art de concevoir des écosystèmes régénératifsLa fleur de la permaculture, David Holmgren, 2002 en s'inspirant du fonctionnement du vivant (biomimétisme ou écomimétisme). Elle rassemble à la fois une éthique, un ensemble de principes, ainsi que des outils méthodologiques permettant de concevoir tous types de systèmes, du petit potager familial à l'aménagement de bassins versants, en passant par des lieux de vie et des systèmes agronomiques. Pour Laura Centemeri, chargée de recherche au CNRS .
Théorisée dans les années 1970 par Bill Mollison et David Holmgren, le terme « permaculture » signifiait initialement « agriculture permanente » (de l'anglais « »Soil fertility and permanent agriculture, Cyril G. Hopkins, Ginn and Company, 1910) et faisait explicitement référence à la conception de systèmes agricoles. À partir des années 1990, sous l'impulsion de David Holmgren, il a été progressivement étendu pour signifier « culture de ce qui est permanent » dans le sens (sociologique) de pérenne ou viable.. Avec ce sens étendu, la permaculture peut être appliquée à d'autres domaines.
Ainsi une définition complète existe selon cet exemple :
La permaculture intègre des notions d'écologie, de systémique, de paysage, d'agriculture biologique, d'agroécologie, de biomimétisme, d'éthique, de philosophie et de pédologie. La permaculture invite à mettre ces aspects théoriques en relation avec les observations réalisées sur le terrain de façon harmonieuse.
Le terme est généralement utilisé pour désigner la forme d'agriculture basée sur ces principes.
Histoire Origine du mot Le terme « permaculture » est un mot-valise. Il est issu de l'expression américaine « permanent agriculture » qu'utilisa l'agronome américain Cyril George Hopkins dans son livre de 1910 Soil Fertility and Permanent Agriculture. la reprit dans son livre de référence de 1911 Farmers of Forty centuries or Permanent Agriculture in China, Korea and Japan. L'expression « permanent agriculture » sous-entend des méthodes culturales qui permettent aux terres de maintenir et développer leur fertilité naturelle Chap. III : Traduction : Disponible en ligne par chapitre ou en entier.. En 1929, Joseph Russell Smith a résumé sa longue expérience de cultures pour l'alimentation humaine et animale avec des fruits et des noix dans le livre ..
Le terme « permaculture » lui-même a été utilisé pour la première fois par Bill Mollison et David Holmgren dans leur livre Permaculture One paru en 1978.
Influences L’Australien Percival Alfred Yeomans introduisit dans les années 1950 la comme méthode d’approvisionnement et de distribution en eau d’un site. Cette approche de l'aménagement influença fortement les fondateurs de la permaculture.
Jusqu'à ce que Bill Mollison rencontre Masanobu Fukuoka en 1973 et lise son livre La Révolution d'un seul brin de paille (1975, traduit en anglais en 1978), il se demandait comment intégrer de manière satisfaisante les céréales et les légumineuses dans la permacultureBill Mollison, Perma-Culture, , .. Les travaux du Japonais en agriculture naturelle le mirent sur la voie. Il avait réussi notamment la culture du riz et de l'orge sans travail du sol (sous une couverture permanente de trèfle blanc), sans désherbage mécanique, sans engrais préparé et sans pesticide, tout cela avec des rendements égaux et parfois supérieurs à ceux de l'agriculture chimique. Bill Mollison, dans son second livre Perma-Culture 2, fait doublement référence à Fukuoka : il s'appuie sur ses travaux agricoles, mais le cite aussi en introduction comme celui ayant le mieux énoncé la philosophie de la permaculture.
Howard T. Odum eut aussi une influence importante, surtout pour David Holmgren : le travail d’Odum a surtout porté sur l’écologie des systèmes, en particulier le principe de puissance maximum, duquel découle l'idée cardinale que les écosystèmes tendent à optimiser l'utilisation de l'énergie.
Une autre influence précoce est due aux expériences et ouvrages de Ruth Stout aux États-Unis et d’Esther Deans en Australie, pionnières des méthodes de culture sans travail du sol.
Mais l'idée est beaucoup plus ancienne, ainsi que le décrit Christophe Gatineau dans son ouvrage Aux sources de l'agriculture, la permaculture : illusion et réalité. Il explique qu'aux sont déjà publiés des ouvrages de précurseurs de la permaculture. Ainsi, L'Agronome, ou dictionnaire portatif du cultivateur de Pons Augustin Alletz. mentionne dès 1760 que :
Il explique également : . Chaque province ne doit travailler à perfectionner que ce qu'elle possède. Cette diversité s'oppose à l'uniformité et à la mondialisation des pratiques et des savoir-faire agricoles, ajoute l'auteur de cet essai. À cette époque l'agriculture n'est pas un ensemble de techniques mais un « art » à part entière (une méthode globale cohérente)..
Mollison et Holmgren : cofondateurs de la permaculture Au milieu des années 1970, les Australiens Bill Mollison et David Holmgren commencèrent à développer des idées pouvant être utilisées pour créer des systèmes agricoles stables. Ce travail résultait de leur perception d’une utilisation toujours plus importante de méthodes agro-industrielles destructrices qui polluaient l’eau et la terre, réduisaient la biodiversité et érodaient des millions de tonnes de terres auparavant fertiles. Une approche appelée « permaculture » fut leur réponse et fut rendue publique pour la première fois avec la publication en 1978 du livre Perma-Culture 1, une agriculture pérenne pour l'autosuffisance et les exploitations de toutes tailles.
Le terme permaculture signifiait initialement « agriculture permanente » mais fut, plus tard, étendu à « culture permanente » pour intégrer les aspects psychosociaux et pédagogiques nécessaires à la durabilité d'un système.
Après la publication de Permaculture One, Mollison et Holmgren affinèrent et développèrent leurs idées par l'application de leur méthode. Selon Holmgren, ils mirent en œuvre « la conception consciente de paysages qui miment les modèles et les relations observés dans la nature, visant à obtenir une production abondante de nourriture, de fibres textiles et d’énergie pour satisfaire les besoins locaux ». Cette information est structurée dans des livres plus détaillés, à commencer par Permaculture 2. Mollison enseigna dans plus de et son cours certifié de fut suivi par des centaines d’étudiants. La permaculture vise à ce que le plus grand nombre d'individus se l’approprie, c’est pour cela que les principes de conception en permaculture sont le prolongement de la position qui veut que « la seule décision éthique est de prendre la responsabilité de notre propre existence et de celle de nos enfants ».
À partir du début des années 1980, le concept avait évolué et était passé d’un système de conception de systèmes agricoles à un processus plus holistique de conception de sociétés humaines jugées durables. La permaculture se développe rapidement dans le monde avec la création d'instituts, de revues et de projets d'aide au développement avec Declan Kennedy en Allemagne, Robyn Francis en Australie et Rosemary Morrow dans de nombreuses contrées.
En 1991, un documentaire en quatre parties d’ABC production, intitulé The global gardener, montrait la permaculture appliquée à différentes situations à travers toute la planète, portant le concept à l’attention d’un public plus large.
Le formateur anglais en permaculture Patrick Whitefield, suggère qu’il y a deux mouvements de permaculture : la permaculture originelle et la permaculture de design. La permaculture originelle (agriculture permanente) est la conception consciencieuse et la gestion de systèmes agricoles productifs qui possèdent les caractéristiques de diversité, de stabilité et de résilience des écosystèmes naturels. C'est l'intégration harmonieuse de l'homme dans son environnement pour qu'il puisse en retirer ce qui lui est nécessaire, la nourriture, l'énergie, le logement, ou plus généralement tout ce dont il a besoin de matériel ou non pour vivre de manière soutenable. La permaculture de design (conception de systèmes naturels) considère les connexions dans un écosystème ainsi que son fonctionnement, et en déduit des principes d’efficacité énergétique applicables à tous les types de systèmes humains (transport, société, agriculture…). À travers une observation minutieuse des énergies naturelles, des systèmes de design efficaces peuvent être développés M Millington et A Sampson-Kelly.
Philosophie et éthique La permaculture est une philosophie portée à la connaissance du grand public par différents praticiens de cette dernière, lesquels ont écrit à propos de ses principes fondamentaux.
Au Japon, Masanobu Fukuoka, en 2005, dans La révolution d'un seul brin de paille y mentionne, par le biais de paraboles philosophiques, l'aspect révolutionnaire et donc engagé relativement au concept de souveraineté alimentaire, à titre d'exemple. En effet, il y déroule les réflexions qui ont été les siennes alors qu'il vivait dans une forme d'autarcie dans une ferme, laquelle recevait des élèves. Certains passages de l'ouvrage constituent des dialogues, à la manière des dialogues de Socrate. Il y explique ainsi, notamment, le titre de cet ouvrage - dont la préface décrit le contenu philosophique et pratique - avec une parabole qui, en paraphrasant, indique que le brin de paille seul casse facilement, alors que des brins de pailles par dizaines, rassemblés en botte, sont incassables.
Extrait de la préface : .
En France, Pierre Rabhi la fera connaître par un procédé similaire : la pratiquer et proposer des paraboles philosophiques au grand public, notamment dans son ouvrage Vers la sobriété heureuse.
Nelly Pons, également, dans Océan plastique et Débuter son potager en permaculture y indique les liens complexes qu'elle entretient avec la pensée moderne, qu'Edgar Morin nomme « la pensée complexe », ainsi que quelques pratiques rurales lesquelles sont mises en lien avec des pratiques urbaines.
La permaculture s'appuie sur une éthique. C'est un ensemble de valeurs fondamentales qui gouvernent la réflexion et l'action.
L'éthique de la permaculture peut être résumée ainsiL'essence de la permaculture, tiré de Permaculture Principles & Pathways Beyond Sustainability, David Holmgren : prendre soin de la nature (les animaux, les sols, les forêts, l’eau, etc.) ; prendre soin de l’humain (soi-même, la communauté et les générations futures) ; partager équitablement (considérer les limites planétaires, limiter la consommation et partager le surplus).
Principes thumb|Ce mandala de la permaculture résume les principes de la permaculture.