vignette|Le siège de la Réserve fédérale à Washington, D.C. Le prêteur en dernier ressort est une institution vers laquelle les banques peuvent se tourner lorsqu'elles ne sont pas parvenues à se refinancer auprès du marché monétaire durant les crises financières. Dans la plupart des pays, il s'agit de la banque centrale. La nécessité pour cette dernière de jouer un rôle de prêteur en dernier ressort fait l'objet de débats parmi les économistes.
Concept Le prêteur en dernier ressort est l'autorité financière qui dispose d'un pouvoir suffisant pour financer le système bancaire dans le cas où les banques ne trouvent plus de moyens de se financer, c'est-à-dire lorsque le marché interbancaire est asséché (l'offre est très largement inférieure à la demande de fonds). Dans la plupart des pays, la banque centrale joue ce rôle en vertu de sa mission, souvent inscrite dans son mandat, de préservation de la confiance en la monnaie. Cela conduit les banques centrales à avoir une mission de vigilance en matière de stabilité financière, et non seulement en matière de stabilité monétaire (lutte contre l'inflation et la déflation).
La banque centrale, en ce qu'elle peut refinancer les banques lorsque ces dernières ne trouvent pas de fonds prêtables sur le marché interbancaire, joue ainsi selon Michel Aglietta un rôle d'. Elle prend en garantie des actifs financiers (le collatéral), et en échange de cela, émettent de la monnaie en réalisant un prêt. Ainsi, .
Histoire
Premières mises en œuvre (de la Renaissance au XVIIIe siècle) Si l'expression de est tardive, la pratique en elle-même est, elle, bien plus ancienne. En 1499, par exemple, l'État de Venise a essayé de sauver des banques vénitiennes en pleine crise de liquidité, agissant comme un prêteur en dernier ressort « rudimentaire ». De façon plus aboutie, la Banque d'Amsterdam puis la Banque d'Angleterre ont endossé ce rôle lors de la crise de 1763.
Création de l'expression (1797-1873) L'expression de prêteur « en dernier ressort » (en français) est généralement attribuée à un livre de 1797 de Francis BaringTitre du livre : Observations on the Establishment of the Bank of England and on the Paper Circulation of the Country.. Les deux références centrales qui ont théorisé ce rôle au XIXe siècle sont Henry Thornton dans Paper Credit (1802)Titre complet : Inquiry into the Nature and Effects of the Paper Credit of Great Britain, et Walter Bagehot dans Lombard Street (1873)Titre complet : Lombard Street: A Description of the Money Market. Ils n'utilisent toutefois pas l'expression, qui n'est popularisée qu'au début du XXe siècle par Ralph George Hawtrey, dans son livre The Art of Central Banking (1932).
Bagehot est le premier à décrire une doctrine de mise en œuvre du prêt en dernier ressort, sous la forme des 3 règles : 1. prêter sans restriction de volume, 2. à un taux désavantageux, 3. quand les garanties sont bonnes. En d'autres termes, la banque centrale, étant concernée par la stabilité du système bancaire de manière générale, doit prêter abondamment à des banques saines, qui ont des actifs de qualité à prêter en échange, et qui se trouvent en situation d'illiquidité et non d'insolvabilité.
Refus des banques centrales d'endosser le rôle de prêteur (XIXe siècle - 1929) Le rôle de la banque centrale comme prêteuse en dernier ressort a toutefois fait l'objet de débats économiques importants, entre chercheurs comme entre praticiens ; aussi les autorités monétaires ont parfois refusé de jouer ce rôle. Ainsi de la Banque d'Angleterre lors de la crise de 1847, puis de la Réserve fédérale lors de la crise de 1929. Ces décisions sont liées à des motifs différents. En 1847, la Banque d'Angleterre craignait de ne pas pouvoir maintenir la convertibilité de la livre sterling en or si elle émettait trop de monnaie au profit des banques. Dans le cas de la Grande dépression, la Fed estimait qu'il était nécessaire pour la santé du système financier que les banques les moins bien gérées fassent faillites.
Prêts en dernier ressort à l'époque contemporaine (2000 à aujourd'hui) Plusieurs évènements exceptionnels ont pu conduire les banques centrales à agir comme prêteuses en dernier ressort face à un système interbancaire paralysé. Ainsi, durant les attentats du 11 septembre 2001, la Réserve fédérale a fourni toute la liquidité demandée par les banques, à moindre coût, lorsque ces dernières étaient en situation de stress. Alors que la Réserve fédérale finançait les banques à hauteur de 5 Md$ par jour dans les semaines précédentes, les montants ont atteint entre 36 Md$ et 81 Md$ par jour entre le 12 et le . Cette abondance de monnaie centrale a ainsi conduit à faire tomber à 0 % le taux d'emprunt sur le marché interbancaire. En Europe, la Banque centrale européenne est intervenue sur le marché interbancaire européen, car les banques européennes se trouvaient alors, elles, sans accès au financement de la Fed pour leurs paiements en dollar ; les banques centrales de l'Eurosystème ont conclu un accord de swap d'une durée de 30 jours afin d'obtenir 50 Md$ de la Réserve fédérale.
La crise de 2008 a été l'occasion de débats renouvelés sur le sujet. La Fed a fini par agir en prêteur en dernier ressort, et aussi en prêteur international en dernier ressort (en passant des accords avec les banques centrales d'autres pays pour qu'elles puissent prêter à leurs banques nationales qui faisaient face à une crise de liquidité sur le marché des eurodollars).
L'Eurosystème a mis en place une politique appelée (Emergency Liquidity Assistance).
Débats
Difficulté de distinction des banques illiquides et insolvables L'opportunité pour une banque centrale d'agir comme prêteur en dernier ressort fait l'objet de débats académiques nombreux. Les économistes monétaristes se sont montrés méfiants vis-à-vis de l'action d'un prêteur en dernier ressort. Friedman (1960) soutient que la banque centrale est victime d'asymétrie d'information et aura des difficultés, de surcroît en temps de crise, pour distinguer quelles banques doivent faire l'objet d'une fourniture de liquidités, et lesquelles sont insolvables et ne doivent pas être aidées. Dans une situation de crise sur le marché interbancaire, les monétaristes défendent l'utilisation régulière d'opérations d'open market.
Aléa moral et incitation à l'imprudence Michel Aglietta rapporte que ces débats se concentrent sur la question de l'aléa moral, c'est-à-dire sur la possibilité que les banques se trouvent de facto incitées à avoir des comportements risqués parce qu'elles savent pouvoir être soutenues par la banque centrale en cas de crise.
Qualité des garanties Est aussi en débat la possibilité pour la banque centrale de déterminer quels actifs mobilisés comme garantie par les banques sont de qualité suffisante pour que la banque centrale prenne le risque de les accepter.
Références
Voir aussi Banque centrale Système financier Prêteur en dernier ressort international
Catégorie:Système bancaire