Le Proche-Orient ancien élargi (Égypte incluse) offre les plus anciens témoignages sur l'existence de relations internationales, dans la mesure où il comprend les régions où l'apparition de l'État s'est faite le plus précocement (Sumer, Élam, Égypte antique), vers le millénaire av. J.-C. Près de 3000 ans d'évolutions des relations diplomatiques sont donc identifiables à partir des sources provenant du Proche-Orient ancien. Mais dans la mesure où seules quelques périodes sont bien documentées, il demeure de nombreuses zones d'ombres. Cependant, on est en mesure de reconstituer les plus anciens systèmes diplomatiques cohérents que l'on connaisse.
Évolution des relations diplomatiques
Les relations diplomatiques du Proche-Orient ancien sont connues de façon fragmentée. En effet, un nombre limité de corpus de documents nous permet d'appréhender relativement bien les pratiques diplomatiques durant quelques décennies, réparties sur plus de deux millénaires, dans des aires géographiques de tailles variables. De fait, de longues périodes peu ou pas documentées sont coupées par des périodes plus brèves pour lesquelles on dispose d'une documentation abondante. Mais cela n'empêche en rien de connaître les grandes lignes de l'évolution des relations internationales, car celle-ci suit l'évolution de l'histoire politique, qui elle est désormais connue dans ses traits généraux.
La période des États archaïques vignette|Clou de fondation commémorant le traité de paix conclu entre Entemena, roi de Lagash et Lugal-kinishe-dudu, roi d’Uruk.
Les relations diplomatiques sont aussi anciennes que les temps auxquels des communautés humaines se sont donné une organisation politique, ce qui précède donc le cadre chronologique de cet article. Les premiers États proche-orientaux se forment dans le courant du millénaire, mais les relations internationales de cette période nous sont inconnues faute de documentation.
C'est de la dernière phase de la période mésopotamienne des dynasties archaïques (2600-2300) que datent les premiers documents connus sur ce sujet J. Cooper, « International Law in the Third Millennium », dans R. Westbrook (dir.), A History of Ancient Near Eastern Law, vol. 1, Boston et Leyde, 2003, p. 241-251.. Ils proviennent de la cité-État sumérienne de Lagash. Le plus ancien traité de paix mentionné est celui conclu entre un roi de cette cité, Entemena, et Lugal-kinishe-dudu roi d'Uruk. Mais le gros dossier est celui qui concerne la série de conflits qui opposent Lagash à sa voisine, Umma entre 2600 et 2350 J. Cooper, The Lagash-Umma Border Conflict, Malibu, 1983.. Les documents relatifs à ces guerres évoquent peu les pratiques diplomatiques et se concentrent plutôt sur les phases militaires. On y apprend les rivalités constantes opposant les cités du sud mésopotamien. Celles-ci transparaissent également dans les récits épiques relatifs aux rois d'Uruk des débuts de la période archaïque (Lugalbanda, Enmerkar et Gilgamesh), qui rapportent peut-être des événements ayant réellement eu lieu. On y apprend les antagonismes opposant cette cité à ses rivales de Kish (Agga) et d'Aratta. La cité de Kish semble occuper une position hégémonique à certains moments : son roi Mesilim intervient vers 2600 pour arbitrer un conflit entre Lagash et Umma, et le titre de « roi de Kish » est repris par des rois d'autres cités lorsqu'ils veulent marquer leur supériorité sur les autres rois.
Le site archéologique qui nous offre le lot le plus important d'archives diplomatiques pour cette période est celui d'Ebla, en Syrie M. G. Biga, « I rapporti diplomatici nel Periodo Protosiriano », dans P. Matthiae, F. Pinnock et G. Scandone Matthiae (dir.), Ebla, Alle origini della civiltà urbana, Milan, 1995, p. 140-147 ; M. G. Biga, « Au-delà des frontières : guerre et diplomatie à Ébla », dans Orientalia 77, 2008, p. 289-334.. Ses rois ont des contacts avec d'autres rois voisins, notamment les puissants souverains de Mari et Nagar, mais aussi avec des rois de régions plus lointaines, comme ceux de Kish en Mésopotamie et Hamazi en Iran occidental. Les fouilles d'Ebla ont livré le plus ancien exemple de traité de paix rédigé, un traité entre Ebla et Abarsal, ainsi que des preuves d'alliances matrimoniales entre les rois locaux et certains de leurs alliés.
Les premiers Empires thumb|left|Traité entre Naram-Sin d'Akkad et un souverain d'Awan, peut-être Khita, vers 2250 av. J.-C., musée du Louvre.
Progressivement, certaines cités-états du sud mésopotamien réussissent à imposer une hégémonie de plus en plus durable à leurs voisines, comme celle d'Uruk sous Enshakushana et surtout celle d'Umma sous Lugal-zagesi. Cette évolution est achevée avec éclat par Sargon d'Akkad, qui fonde vers 2300 le premier Empire, regroupant toutes les cités-états de la région qui existaient auparavant, jusqu'à celles de Syrie orientale. Les relations diplomatiques de cette période sont mal connues. On ne dispose que d'une tablette sur laquelle est inscrit un traité de paix conclu entre Naram-Sîn d'Akkad (le petit-fils de Sargon) et un roi d'Awan (dans le sud-ouest iranien), qui est son vassal W. Hinz, « Elams Vertrag mit Naram-Sîn von Akkad », dans Zeitschrift für Assyriologie 58, 1967, p. 66-96. Cette situation d'hégémonie complète perdure jusqu'à la seconde moitié du , quand cet Empire s'effondre.
Le relais est pris quelques décennies plus tard par les rois de la Troisième dynastie d'Ur, qui fondent à leur tour un Empire dominant la Mésopotamie. Ces souverains sont en relation avec les royaumes voisins, et ils reçoivent régulièrement leurs ambassades et leur envoient leurs propres messagers T. M. Sharlach, « Diplomacy and the Rituals of Politics at the Ur III Court », dans Journal of Cuneiform Studies 57, 2005, p. 17-29. Leur service diplomatique est pris en charge par un dignitaire. Ils accompagnent leurs activités militaires vers le Plateau iranien d'une politique matrimoniale visant à faire épouser leurs filles par des rois de cette région (Anshan, Zabshali) de façon à les maintenir dans des alliances avec eux. Mais leur Empire finit par éclater pour finalement disparaître. Débute alors une longue période sans Empire hégémonique, sous les dynasties amorrites.
Le millénaire : l'équilibre des puissances thumb|350px|Le Proche-Orient à l'époque paléo-babylonienne thumb|Copie de la version hittite (rédigée en akkadien) du traité hittito-égyptien passé entre et , retrouvée à Hattusha (Musée Archéologique d'Istanbul).
Le millénaire est une période durant laquelle règne un relatif équilibre des puissances : aucun royaume du Proche-Orient ancien ne réussit alors à prendre le dessus sur ses voisins de façon durable. Cependant, on assiste à la formation progressive d'entités politiques de plus en plus puissantes et stables, qui dominent peu à peu le concert international, et imposent leur domination à un certain nombre d'États vassaux, dont le nombre tend à se réduire. Ces vassaux sont l'objet de nombreuses rivalités entre les royaumes dominants, ce qui entraîne parfois des conflits ouverts.
La première moitié du millénaire est la période des royaumes amorrites (v. 2004-1595), qui forment une sorte de koinè aux pratiques politiques similaires de la Mer Méditerranée jusqu'aux contreforts du ZagrosB. Lafont, « Relations internationales, alliances et diplomatie au temps des rois de Mari », dans J.-M. Durand et D. Charpin (dir.), Amurru 2, Mari, Ébla et les Hourrites, Dix ans de travaux, Paris, 2001, p. 213-328 ; J. Eidem, « International Law in the Second Millennium: Middle Bronze Age », dans R. Westbrook (dir.), op. cit., p. 745-752. La basse Mésopotamie et la Syrie sont dominées successivement par plusieurs royaumes : dans la première, ce sont d'abord Isin et Larsa qui prennent la succession d'Ur, mais finalement Babylone impose son hégémonie sous Hammurabi (1792-1750) et ses successeurs, alors que l'Élam échoue à affirmer sa domination sur la Mésopotamie ; en Syrie, le royaume dominant est celui de Yamkhad (Alep), qui profite de la disparition de ses voisins Mari et de Qatna (son grand rival) dans le courant des . Les pratiques diplomatiques de cette époque sont surtout documentées par le lot exceptionnel des archives royales de Mari, datant de la première moitié du (correspondance diplomatique, accords politiques, récits historiques)J.-M. Durand, Documents épistolaires du palais de Mari, Tome I, Paris, 1997, complété par quelques lots d'archives moins importants pour ce domaine (Tell Leilan, Tell Rimah, Kültepe, entre autres).
La fin de la période amorrite est marquée par la destruction de ces deux grands royaumes sous les coups des Hittites, qui ont réuni à leur profit les royaumes d'Anatolie orientale dans les dernières décennies du . Au même moment, les Hourrites fondent des entités politiques de plus en plus puissantes, qui culminent avec la formation du royaume du Mitanni. À ces deux-là s'ajoute finalement l'Égypte antique, dont la fait chuter les Hyksôs, envahisseurs venus quelques décennies plus tôt du Proche-Orient, avant de commencer à se tailler un Empire au Levant, face au Mitanni. On rentre donc dans une nouvelle ère M. Liverani, Prestige and Interest, International Relations in the Near East, 1600-1100 B.C., Padoue, 1990 (révisé et simplifié dans ) ; G. Beckman, « International Law in the Second Millennium: Late Bronze Age », dans R. Westbrook (dir.), op. cit., p. 753-774 ; T. Bryce, Letters of the Great Kings of the Ancient Near East: The Royal Correspondence of the Late Bronze Age, New York et Londres, 2003, avec des royaumes encore plus grands et plus puissants, et aussi plus divers culturellement et à l'horizon géographique plus élargi. La plupart des anciens royaumes de l'ère amorrite sont devenus les vassaux de ces rois, à l'exception de Babylone, qui reste un royaume important sous les Kassites (1595-1155). Les souverains de ces royaumes dominants se considèrent comme des « grands rois », égaux entre eux. Vers le milieu du , l'Assyrie remplace le Mitanni dans ce groupe. L'Élam peut également être considéré comme un des grands royaumes de cette période, au moins aux . Les pratiques diplomatiques de cette période sont connues grâce à plusieurs lots de documents d'une importance exceptionnelle : celui de Hattusha (Boğazköi), la capitale hittite (lettres, accords diplomatiques, chroniques historiques) G. Beckman, Hittite Diplomatic Texts, Atlanta, 1996 ; les lettres d'Amarna, en Égypte (correspondance internationale des pharaons et Akhenaton)W. L. Moran, Les lettres d’El Amarna, Paris, 1987 ; M. Liverani, Le lettere di el-Amarna, 2 vol., Padoue, 1998 et 1999 ; R. Cohen et R. Westbrook (dir.), Amarna Diplomacy, The Beginning of International Relations, Baltimore et Londres, 2000. Corpus auquel on peut désormais ajouter un fragment d'une lettre envoyée par à retrouvé à Pi-Ramses, E. B. Pusch et S. Jakob, « Der Zipfel des diplomatischen Archivs Ramses' II », dans Ägypten und Levante XIII, 2003, p.143-153 ; et les archives royales d'Ugarit, royaume secondaire de Syrie soumis successivement à l'Égypte puis aux HittitesS. Lackenbacher, Textes akkadiens d’Ugarit, Paris, 2002. C'est la période pour laquelle les relations internationales sont documentées par les sources les plus abondantes et les plus diversifiées géographiquement.
Les Empires du millénaire thumb|left|Bas-relief montrant le roi Jéhu de Juda se prosternant devant le roi assyrien , avec la liste du tribut versé notée en dessous.