thumb|right|375px|La grève générale a touché tous les secteurs, notamment la grande distribution, accusée de pratiquer des prix abusifs.

La grève générale de la Guyane et des Antilles françaises a commencé dans le département d'outre-mer de la Guyane le .., la Guadeloupe le , et s'est étendue à l'île voisine de la Martinique le .. Les trois DOM sont situés sur le plateau des Guyanes (au nord-Est de l'Amérique du Sud) et dans l’archipel des Antilles (mer des Caraïbes). Les revendications principales de cette « grève contre la vie chère » étaient une baisse des prix jugés abusifs de certains produits de base, comme le carburant et l'alimentation, ainsi qu'une demande de revalorisation des bas salaires. Le Monde diplomatique rapporte à cette époque <ref name="Monde_diplo"></ref>.

La grève a paralysé pendant plus d'un mois et demi tous les secteurs, privés et publics, notamment les stations-services, les petits et grands commerces, les hôtels et les industries liés au tourisme, les établissements scolaires et les transports publics.

Le , après 44 jours de conflit, un protocole d’accord pour la Guadeloupe a été signé par Élie Domota pour le LKP, le préfet Nicolas Desforges pour l’État et Victorin Lurel le président du conseil régional. Il a mis officiellement fin à la grève en satisfaisant les revendications populaires..

La grève de 2009 est un mouvement de grande ampleur qui sort du cadre traditionnel des luttes syndicales. Le mouvement obtient un fort soutien populaire, ce qui oblige les syndicats à unir leur action. Le groupe syndical LKP en chef de file érigera le terme pwofitasyon, un mot créole qui aura pour vocation d’englober tous les maux des sociétés antillaises, principalement la vie chère et le chômage jugés du fait de la responsabilité des exploiteurs. D’après Pierre Odin le terme pwofitasyon est un support contestataire, c’est un biais par lequel l’existence de l’exploitation généralisée est rendue visible en pointant du doigt une opposition entre exploiteurs et exploités. Il rajoute également à son analyse que la Guadeloupe et la Martinique sont considérées comme « dépendantes » de la France en raison de l’héritage colonial.

Les prémices de ce soulèvement s’observent en décembre 2008, une protestation se développe contre la hausse du prix de l’essence. Une manifestation se dirige en direction de la préfecture pour envoyer une délégation qui est aussitôt réprimée par la police devenue le seul moyen de réponse. Les syndicats lancent alors une date de grève générale pour le 20 janvier 2009. Une période durant laquelle le LKP rédige des revendications. Sur l’île voisine, la Martinique, la mobilisation semble moins importante et l’intersyndicale a peu d’écho. En 2009 l’unité syndicale prime et les organisations syndicales doivent s’accorder sur des revendications communes, malgré leurs divergences. Notamment, l’une des mesures phares de ces 44 jours de grèves qui était celle de la CGT relative à une augmentation des salaires de 200 euros. Le syndicat veut faire payer le patronat (l’exploitant), alors que l’UGTG vise surtout l’État. Elie Domota et l’UGTG, le syndicat majoritaire, animent la coalition du LKP.

Le 20 janvier 2009, l’appel à la mobilisation remporte un franc succès en Guadeloupe, se retrouvent pour défiler dans les rues de Pointe-à-Pitre. Rapidement rejoint par d’autres secteurs, hôtellerie, commerce, énergie et eau, les rangs de la lutte se gonflent. Et au-delà des espérances syndicales le mouvement dépasse de très loin la mobilisation initiée par l’extrême-gauche. La Martinique suit le pas, et 20 000 personnes défilent dans les rues de Fort-de-France le 5 février. De très grande ampleur le mouvement dépasse ses organisateurs. Des axes routiers sont bloqués et la contestation s’autonomise du giron syndical. À cela s’ajoute une grande diffusion d’images, slogans et de chants. Le LKP conduit à une vague de défiance à l’égard des élus mais aussi des autorités administratives. Les négociations sont diffusées sur Canal 10, chaine télévisée locale, où les syndicalistes évoquent les réalités méconnues de l’exploitation en Guadeloupe. Cela leur vaudra la qualité d’experts, puisqu’en face les élus locaux accompagnés de l’élite sociale locale sont inactifs : un manque de réaction qui ne passe pas inaperçu.

La rupture des négociations fait basculer la situation qui se rapproche de l’insurrection. Des barrages sur les routes et dans les quartiers sont érigés par la population et les confrontations avec les forces de l’ordre se multiplient. Devenus des espaces autonomes et hors d’atteinte, ils contribuent au développement de la politisation avec les discussions entre militants, auxquels se joignent des personnes extérieures. Cette politisation par le bas est en lien direct avec les problèmes matériels du quotidien, comme le ravitaillement de la population. La stratégie repose sur l’horizontalité et les réseaux d’interconnaissances, ce qui fait que le mouvement sort de la sphère des responsables syndicaux et devient porté par des gens ordinaires.

La tension monte et des affrontements avec les forces de l’ordre ont lieu sur les barrages, avec des barricades enflammées, avec des jets de pierre. Toute la population est au rendez-vous, en particulier la jeunesse des quartiers populaires. Mais le LKP se prononce à l’encontre d’une insurrection. Un refus surement dû à la mort du syndicaliste Jacques Bino et le souvenir de Mai 67, raisons pour lesquelles il y aura une demande pour lever les barrages. L’annonce est mal reçue par les jeunes qui n’apprécient pas les ordres du LKP. Les 44 jours de grèves s’achèveront par un appel au calme et à retourner au travail après avoir obtenu satisfaction des revendications..

Chronologie de la grève Voici les principales étapes du mouvement de grève générale ayant touché la Guyane puis les Antilles françaises de la fin de 2008 au début de l'année 2009.... :

Novembre 2008 : après plusieurs jours de tension en Guyane à la suite de la décision d'augmenter les prix du carburant (1,77 € de litre d’essence et de 1,55 euro celui de gazole à la pompe), les premiers barrage se forment à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, bloquant toute circulation de marchandises et de véhicules (à l’exception de véhicules d’urgence). Cette mobilisation menée par un collectif de socioprofessionnels et de consommateurs s'oppose à cette hausse et revendique une baisse de 50 centimes d’euro à la pompe. Des faits de violences sont rapportés.. De longues files d'attente se forment devant les stations essence qui, n'étant plus approvisionnées, sont rapidement épuisées..

: Le mouvement s'intensifie. Les communes connaissent des perturbations.... Malgré les gènes occasionnées, le mouvement est globalement soutenu par la population...

: L'accès à l'aéroport est rendu difficile... La mobilisation s'organise tandis que tension monte localement et on observe quelques incidents à Cayenne... Quatre barrages paralysent Saint-Laurent : les écoles et les commerces sont fermés, il n'y a plus de carburant et le marché est réduit au minimum.

: Quatrième jour de blocage général. L'aéroport est fermé. Plus aucun avion n'atterrit. La vie s'organise sur les barrages avec des animations tous les soirs autour sur les ronds-points et les carrefours. La jeunesse se mobilise.. La gendarmerie intervient ponctuellement. On constate parfois des tensions et incidents (feux de poubelles…).. Des faits divers (meurtres) se déroulent en marge des festivités.

: Le mouvement s'intensifie. Les discussions entre élus et population s'organisent.. Victorin Lurel, député de la 4e circonscription et vice-président du conseil régional guadeloupéen et Félix Desplan le député et premier vice-président du Conseil général de la Guadeloupe, rendent visite au président de région Antoine Karam.. Les négociations avec le gouvernement échouent.. La situation se tend. Des rumeurs circulent concernant l'arrivée de CRS pour engager la répression du mouvement.. L'aéroport rouvre par intermittence mais la région reste bloquée..

Décembre 2008 1e décembre : La mobilisation s'étend à l'ensemble du territoire. On compte 28 barrages sur les 2 routes nationales et dans les villes et communes.. La mobilisation bat son plein. On observe des convergences de luttes..

: La mobilisation plutôt festive. est étendue à l'ensemble du territoire jusqu'à Saint-Georges-de-l'Oyapock., mais commence à faiblir par endroits.. Des délinquants profitent de la désorganisation générale..

: Certains quartiers particulièrement isolés du fait des barrages s'organisent.. Cette crise met au jour des revendications plus profondes..

: Certains profitent de la situation en monnayant 25 € le trajet de 3 kilomètres menant de la RN1 à l'aéroport.. Les barrages sont finalement levés après 11 jours de paralysie totale de la Guyane, à la suite d'un protocole d’accord signé entre les représentants de l’État, la Région Guyane, le Département de la Guyane et l’association des Maires de Guyane., malgré certaines revendications non satisfaites et des impacts profonds dans l'économie guyanaise., dont les faillites de plusieurs PME. Pendant ce temps, les faits divers se poursuivent.. : Première réunion à l'appel de l'UGTG, proposition de manifestation le pour demander une baisse du prix de l'essence. : Manifestation « contre la vie chère » à Pointe-à-Pitre réunissant personnes (selon le LKP) à l'appel de 31 organisations syndicales, politiques et associatives. Le sous-préfet reçoit une délégation de 15 personnes. : Manifestation de personnes (selon le LKP) à Basse-Terre. Refus du Préfet de recevoir les dirigeants des organisations. Entre le et le : Des réunions sont organisées afin de préparer la plate-forme de revendications du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP).

Janvier 2009

: Exigeant l'arrêt de toute implantation de nouvelle station-service et de cuve privée par les entreprises possédant une flotte automobile, les gérants des 115 stations-services de l'île débutent une grève illimitée .. : Début d'une grève générale à l'appel d'une cinquantaine d'organisations syndicales, associatives, politiques et culturelles de la Guadeloupe réunies dans un collectif dénommé le « Liyannaj Kont Pwofitasyon » (LKP), pouvant être traduit par « Collectif contre l'exploitation outrancière ». Le collectif dépose une plateforme de 146 revendications, réclamant notamment une hausse des bas salaires de ainsi qu'une baisse du prix des carburants, des produits de première nécessité, des impôts et des taxes. Manifestation de à Pointe-à-Pitre. : La grève s'étend aux secteurs de l'éducation et l'hôtellerie. : Première négociation avec le préfet Nicolas Desforges. La distribution de l'eau potable est perturbée. : Nouvelle manifestation à Pointe-à-Pitre, réunissant personnes selon la police et personnes selon les organisateurs. : Le préfet réquisitionne huit stations-services afin de permettre aux véhicules prioritaires d'être approvisionnés.. La chaine de télévision RFO interrompt ses programmes. : Le secrétaire d'État à l'Outre-Mer, Yves Jégo, propose des négociations .. 29 et : Selon les sources, à personnes manifestent à Pointe-à-Pitre, une mobilisation record sur l’archipel.. : Le conseil régional de la Guadeloupe et le conseil général de la Guadeloupe proposent des mesures à hauteur de 54 millions d'euros afin de satisfaire les principales revendications du LKP, qui les refuse en bloc et appelle à la poursuite de la mobilisation.

Février 2009 février : Yves Jégo arrive en Guadeloupe afin de tenter de résoudre le conflit qui paralyse l'île depuis près de deux semaines..

: Jégo annonce la réouverture de 25 stations-services et l'application anticipée du Revenu de solidarité active (RSA) dès cette année..

: Jégo annonce que « dès cette année » billets d'avions aller-retour à Pointe-à-Pitre/Paris seront mis à disposition des « Guadeloupéens les plus modestes ».