Lodewijk Finson, nom francisé en Louis Finson et latinisé en Ludovicus Finsonius, né entre 1574 et 1580 à Bruges et mort en 1617 à Amsterdam, est un peintre, dessinateur, copiste et marchand d'art flamand et l’un des premiers propagateurs du caravagisme dans l'Europe du Nord.

Il peint des portraits, compositions religieuses, peintures allégoriques et scènes de genre. Déménageant en Italie au début de sa carrière, il se familiarise avec l'œuvre du Caravage et devient l'un des premiers adeptes flamands du Caravage Louis Finson sur rkd.nl.. Il produit également un certain nombre de copies d'après des œuvres du Caravage.

Il travaille ensuite plusieurs années dans différents lieux en France où il bénéficie de la protection de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et crée des retables et des portraits. Il est connu comme le copropriétaire avec le peintre flamand et son partenaire commercial Abraham Vinck de deux tableaux du Caravage. Louis Finson a joué un rôle majeur dans le mouvement caravagiste dans l'Europe du Nord à travers ses propres œuvres ainsi que dans son rôle de marchand d'artLudovicus Finson, David avec la tête de Goliath at Sotheby's.

Biographie Premières années Louis Finson naît à Bruges probablement vers 1575 en tant que fils de Jacob Finson et Maycken Bart. Son père est peintre, élève d'Ambrosius Benson, un peintre italien actif à Bruges qui fait partie de la Renaissance du Nord, et Rogier de Paeuw. Il est initialement documenté comme peintre sur tissu, un artisan qui peint des textiles et du papier peint, mais aussi des statues, avant d'être plus tard enregistré comme peintre régulier. Il occupe plusieurs fonctions à la guilde de Bruges et devient le doyen de la guilde en 1583. Louis Finson, qui a deux ou trois frères aînés et une sœur, est probablement le benjamin de la familleDidier Bodart, Louis Finson: Bruges, avant 1580 - Amsterdam, 1617, Palais des Académies, 1970. thumb|250px|left|Allégorie des quatre éléments, 1611.

Après la mort de Maycken Bart en 1580, son père épouse Jozyne vande Voorde. Les Pays-Bas des Habsbourg traversent dans la seconde moitié du une période de violents conflits religieux dont la population civile est victime. Cela amène probablement la famille Finson à quitter Bruges en 1585 pour s'installer dans la ville de Veere, sur l'île de Walcheren dans la province de Zélande dans les Provinces-Unies. À cette époque, Veere est un important port commercial et militaire. Jacob Finson reste à Veere jusqu'à sa mort en . Son fils Arnoud est inscrit comme peintre à Veere et y décède avant 1617Paul Smeets (editor) , Louis Finson, The four elements; Rob Smeets s.r.l., Milan 2007.

Il n'y a aucun document sur les mouvements de Louis Finson entre 1585 et 1604. Il déménage probablement avec le reste de la famille à Veere en 1585. À cette époque, Louis est encore jeune et il reste probablement avec sa famille jusqu'à la fin des années 1590. Finson reçoit alors sa formation artistique initiale de son père. Il est possible qu'il poursuive ses études dans une autre ville dans les Provinces-Unies comme Amsterdam.

Séjour en Italie Il se rend en Italie où il passe probablement du temps à Rome au début des années 1600, bien que cela ne soit pas documenté. Sa première présence documentée en Italie est son enregistrement à Naples en . Ses premières œuvres en Italie incluent des portraits. À Naples, il se lie d'amitié avec un autre peintre et marchand d'art flamand, Abraham Vinck, avec qui il partage pour quelque temps un atelier et une maison. Vinck arrive à Naples vers 1598 et quitte la ville vers 1609 pour Amsterdam. Sa relation avec Vinck permet probablement à Finson de trouver rapidement des clients dans la ville. Les deux artistes sont également des partenaires commerciaux qui exploitent une entreprise de vente et de copie d'art Giovanna Capitelli, Louis Finson tra Europa e Mediterraneo in Giuditta decapita Oloferne. Louis Finson interprete di Caravaggio, catalogo della mostra (Napoli, Gallerie d'Italia, 2013), a cura di G. Capitelli, A.E. Denunzio, G. Porzio, M.C. Terzaghi, Napoli 2013, p. 15-27. thumb|272px|Samson et Dalila.

On estime que Finson et Vinck offrent un refuge au Caravage à son arrivée à Naples quand il s'enfuit de Rome après avoir tué un peintre rival dans une bagarre. Ils arrangent peut-être pour lui un lieu de travail et le mettent en relation avec des clients à NaplesLouis Finson, Saint Sébastian au Dorotheum . Finson obtient des commandes à Naples. Le , Finson reçoit le paiement final pour une Annonciation. pour l'église de Saint Thomas d'Aquino à Naples (maintenant dans le Musée Capodimonte). Il s'agit à ce jour de la seule commande de Finson pour un retable datant de son séjour à Naples. Un manque de succès à Naples est peut-être une des raisons pour laquelle il décide de quitter la ville.

Finson passe un bref séjour à Rome en 1613. Il quitte l'Italie vers 1613 et voyage ensuite vers la France peut-être via l'Espagne.

Passage en France left|thumb|230px|Nicolas-Claude Fabri de Peyresc par Finson. Il arrive en France au plus tard le , la date à laquelle il est enregistré à Marseille. À Marseille, Finson peint la Résurrection de Lazare pour la famille de Pierre de Libertat, tableau actuellement dans l'église de Château-Gombert.

Il est accompagné du peintre Martin Hermann Faber, néerlandophone lui aussi, qui est peut-être son élève. Chacun peint à cette époque son autoportrait exécuté dans un style caravagesque comparable..

Il se déplace ensuite à Aix-en-Provence où il travaille beaucoup, tant à des tableaux religieux qu'à des portraits de personnalités locales riches et cultivées. Le scientifique et intellectuel français Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, qui est un grand ami de Rubens, fait la connaissance de Finson et devient un admirateur de ses tableaux. Peiresc est l'un des premiers admirateurs et champions du Caravage en France après avoir découvert, à l'âge de 20 ans, les œuvres du Caravage dans la chapelle Contarelli de l'église Saint-Louis-des-Français de Rome à Rome. Il réunit autour de lui ce qu'on a appelé un « atelier du midi caravagesque » qui comprend des artistes comme Louis Finson, Martin Hermann Faber, Trophime Bigot et d'autresOlivier Morand, Le Finson de Toulouse, 2019.

En mars 1614, Finson se rend à Arles car il a appris la possibilité d'une commande pour la cathédrale Saint-Trophime. Il y réalise plusieurs œuvres dont le Martyre de saint Étienne et l'Adoration des mages. Il quitte en juin la cité arlésienne et entreprend un tour de France en passant par Montpellier, Toulouse, Bordeaux et Paris.

Pendant la période de son passage à Toulouse entre 1614 et 1615, Finson organise avec un autre Flamand, Peter de Bruyn, une loterie itinérante pour soixante tableaux, parmi lesquels figure un David et Goliath de CaravageNotice écrite par Jean-Pierre CUZIN sur thetoulousecaravaggio.com.

Lors d'un court séjour à Paris, de mars à , il peint au moins trois tableaux, encore en place : deux Circoncision de Jésus (pour la chapelle des Jésuites de Poitiers, et dans l'église Saint-Nicolas-des-Champs de Paris), et un saint Martin pour l'église d'Ermenonville.

Fin de vie Il arrive à Amsterdam en 1616 ou plus tard. Il se lie à nouveau avec Abraham Vinck à qui il loue une propriété sur le Oudezijds Voorburgwal Abraham Vinck sur rkd.nl..

Il tombe de nouveau malade et fait le son testament. Dans le testament, il laisse à Vinck sa part dans les deux tableaux du Caravage, dont la Vierge au rosaire (Kunsthistorisches Museum de Vienne) et une Judith décapitant Holopherne, qu'ils avaient acquis du Caravage lors de leur séjour à Naples.

Il meurt peu de temps après et est enterré le dans la Vieille église d'Amsterdam.

Œuvre thumb|290px|L'Annonciation. Finson est principalement connu pour ses compositions religieuses et portraits. Il a également peint une peinture allégorique des Quatre Éléments (Musée des Beaux-Arts de Houston) et une scène de genre allégorique représentant les cinq sens. Il a en outre produit un certain nombre de copies d'œuvres du Caravage.

Hormis les copies d'après le Caravage réalisées après 1606, on n'a pu identifier que quelques tableaux de Finson avant 1610. La Vénus et CupidonVente Dorotheum du à Vienne, lot 352, signée mais non datée, a probablement été réalisée en Italie peu de temps après son arrivée en Italie et avant son exposition au naturalisme du Caravage. Le tableau montre qu'à cette époque, Finson était encore influencé par l'école maniériste de la cour de Rodolphe II à Prague, avec sa préférence pour l'exploration des motifs érotiques ainsi que par le style maniériste des peintres anversois tels que Jacob de Backer.

En 1610, il signe et date les tableaux suivants : la Résurrection (église Saint-Jean-de-Malte d'Aix-en-Provence), David et Bethsabée et Adam et Ève (Marbourg, Marburger Universitätsmuseum für Kunst und Kulturgeschichte). Les deux derniers tableaux montrent une fusion de sa formation flamande avec le style naturaliste qu'il a adopté à Naples sous l'influence du Caravage. Le David et Bethsabée rappelle certaines des caractéristiques stylistiques de l'œuvre de Jacob de Backer notamment dans le dessin des épaules nues du serviteur de Bethsabée. Dans son Adam et Ève, un œuvre à grande échelle, il propose une interprétation originale de l'histoire du Paradis en montrant le Paradis comme une nature morte de fruits dans le style flamand au milieu duquel se trouvent Adam et Ève consommant des fruits dans le bonheur. Les deux protagonistes sont exécutés avec des physiques caravagesques et un éclairage dramatique.

left|thumb|L'Incrédulité de saint Thomas.

Avec la composition Les quatre éléments peinte à Naples en 1611, Finson a créé une représentation dramatiquement nouvelle du thème classique des quatre éléments. Rempli d'action, utilisant des couleurs puissantes et des effets d'éclairage dramatiques, l'œuvre montre l'influence du Caravage. Les quatre éléments sont représentés sous la forme de quatre personnes nues, deux hommes et deux femmes, qui sont enfermées dans une lutte acharnée. En haut à droite, le Feu sous la forme d'un jeune homme a les bras tendus pour contrôler l'Air représenté par une jeune femme (en haut à gauche) et pour retenir l'Eau représentée par un vieil homme (en bas à gauche). La terre est représentée en bas à droite du tableau comme une vieille femme allongée sur le dos, entourée de terre brune. thumb|Le martyre de saint Sébastien. Finson a réalisé d'autres œuvres puissantes sous l'influence du Caravage comme le Martyre de saint Sébastien. Dans ce tableau, il cite la Conversion de saint Paul du Caravage dans la chapelle Cerasi dans l'utilisation de raccourcis forts. Dans son autoportrait, qui est un pendant de l'autoportrait peint par Martin Hermann Faber (vers 1613, musée des Beaux-Arts de Marseille), les artistes font preuve d'une grande conscience de soi. Les portraits montrant les corps musclés et semi-nus des artistes ont une certaine saveur grotesque et évoquent les autoportraits moqueurs du Caravage tels que Le Jeune Bacchus malade (vers 1593, Galerie Borghèse, Rome). Ils constituent une transformation radicale de la typologie du genre de l'autoportrait de l'artiste.

La plupart des retables que Finson a produits lors de sa résidence en France sont signés et portent en bas à gauche une étiquette en papier peint en trompe-l’œil sur laquelle est apposée la signature de Finson. Dans ces œuvres, il utilise des éléments caravagesques au sein de solutions de composition flamandes quelque peu archaïques. Il cite fréquemment le Caravage dans des décors architecturaux complexes, avec des figures toujours un peu rigides, disposées dans des postures qui accentuent leur musculature, la flexion des membres et le croisement des mains. La peinture la plus caravagesque parmi celles-ci est le Martyre de saint Sébastien (1615, église Saint-Sébastien de Rougiers, France).