L'abbaye de la Trinité de Vendôme est une ancienne abbaye de moines bénédictins fondée en 1033 par Geoffroy Martel, comte de Vendôme, située dans la ville de Vendôme en bordure du Loir.

thumb|Le maître-autel et les vitraux du chœur. Fondée par Geoffroy Martel, sans doute en 1033, l'abbaye connut son apogée au Moyen Âge, ses dépendances s'étendaient dans l'ouest de la France médiévale, de la Saintonge à la Normandie. Après un déclin au , l'abbaye est récupéré par des moines de la congrégation de Saint-Maur, qui effectue différents travaux de réaménagement et de reconstruction, malgré cela le monastère périclite durant tous le . En 1791, les bâtiments de l’abbaye de la Trinité sont mis en vente. Les locaux abritent un tribunal, des prisons et la sous-préfecture. C'est en 1802 que s'établit un quartier de cavalerie prenant le nom de quartier Rochambeau en 1886. Près de trente bâtiments (écuries, manèges, magasins…) vont être progressivement construits. Le Chasseurs à cheval, décimé en 1914, termine la liste des régiments stationnés à Vendôme. La gendarmerie, dernier occupant des lieux, est réinstallée à proximité immédiate, depuis 1996.

En 2018, le bâtiment régence, partie sud du cloître est acquis par Louis Vuitton pour y installer un atelier de maroquinerie.

La façade de l’abbatiale de la Trinité, cet embrasement sculpté est un des chefs-d’œuvre de l'art gothique flamboyant. Le clocher de l'église constitue aussi un édifice exceptionnel construit au . Il ressemble au clocher sud de la cathédrale de Chartres qui lui est contemporain.

Histoire La fondation : entre légende et politique vignette|gauche|180px|Geoffroy II d'Anjou dit Martel.

La légende de la fondation raconte qu'en pleine nuit, ou à l'aurore, depuis la fenêtre de l'aula du château de Vendôme, le comte de Vendôme, Geoffroy Martel et sa femme Agnès de Bourgogne, virent des étoiles filantes tomber à trois reprises dans une fontaine dans des prés à l'est de la ville. À la suite de cet évènement le comte aurait demandé conseil à l'évêque de Chartres, Thierry, qui aurait vu dans ce miracle le signe de la volonté divine de voir un établissement religieux dédié à la Trinité construit à Vendôme. Geoffroy Martel décida alors d'ériger à l'emplacement de cette fontaine, une abbaye. Mais la réalité paraît bien différente, car ce texte ne date qu'au mieux du soit plus de 70 ans après la fondation. Le fait que la fondation soit un acte pieu de la part du couple comtale paraît évident, mais des raisons plus politiques apparaissent. Notamment le désir de racheter une conduite considérée par l'église comme peu vertueuse, soit le mariage de Geoffroy et Agnès qui est assez irrégulier ainsi que l'usurpation du titre même de comte de Vendôme à son neveu Foulques l'Oison. Ainsi la fondation de l'abbaye, et quelques années plus tard, de la collégiale du château marque physiquement le pouvoir du comte sur une terre qu'il a usurpé.

Les premières décennies

La fondation de l'abbaye date des environs de 1032-1034 et se fit dans un premier temps de manière orale. À cette période eurent lieu les premières donations en faveur du monastère. À cette même période commença le chantier de construction sous l'abbatiat du premier abbé, Renaud (venu de l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers). La fondation et la dédicace furent officialisées par une charte le , à cette date le gros œuvre du chœur de l'abbatiale romane semble achevé. De très nombreux seigneurs laïcs assistent à la consécration de l'abbatiale, un nombre important de seigneurs de haut rang (on en compte 43), notamment le comte de Blois Thibaud III, le duc d'Aquitaine Guillaume VII (fils de la comtesse Agnès), Guillaume Ier, seigneur de Parthenay, etc. On peut y ajouter les seigneurs châtelains important à l'échelle locale, les seigneurs Salomon Ier de Lavardin, Nihard de Montoire, Lancelin Ier de Beaugency, Nivelon Ier de Fréteval.

Cette charte de fondation donne les premières propriétés de l'abbaye qui sont alors réparties entre le Vendômois, le Maine et la Saintonge. Le couple comtale continua ses largesses envers l'abbaye, même après l'annulation de leur mariage en 1049-1051, Agnès continua également après la mort de Geoffroy en 1060. Le chantier de l'abbatiale romane semble achevé vers 1060-1070, durant l'abbatiat du second abbé, Oudri.

L’abbaye devint très rapidement prospère, notamment grâce aux donations de ses fondateurs, et même par la suite après leur disparition, par divers bienfaiteurs plus modestes. La donation la plus remarquables est sans doute celle de la Sainte Larme que fit Geoffroy Martel en 1047. Cette relique fit du monastère l'un des plus gros pèlerinage d'Europe, des pèlerins venant même des Pays-Bas.

L'abbaye et la papauté

L'abbaye bénéficia rapidement de rapports étroits avec la papauté. Dès 1054 le pape , par l'intermédiaire de son légat Hildebrandt, tirant avantage de la situation délicate dans laquelle se trouvait Geoffroy Martel avec l'évêque du Mans qui lui avait interdit l'accès à la capitale mancelle en 1051-1052, il réussit à convaincre Geoffroy de donner la Trinité et l'Esvière d'Angers (prieuré dépendant de l'abbaye) au pontife. Geoffroy accepta également sous la contrainte de restituer le comté à son neveu Foulques L'Oison. S'ensuivirent une série de privilèges des papes et , aucune excommunication générale ne pouvait les atteindre, et tous procès concernant ces monastères devaient s'effectuer qu'après consultation de Rome. Ainsi au début des années 1060 la Trinité possédait des privilèges qui correspondait à une exemption quasi-totale. L'exemption totale (ajout du droit de refuser l'évêque dans le monastère, et l'exemption du droit de visite et de la sanction épiscopale) fut accordé à la fin du par .

Les abbés eurent aussi le privilèges exceptionnel de porter le titre de cardinal (attaché à l'église Santa Prisca), d'abord accordé au second abbé, Oudri puis à partir de l'abbé Fromond (1132-1139) ce droit devint permanent, et fut lié à la charge d'abbé de la Trinité.

Entre apogée et conflits thumb|220x220px|Geoffroy de Vendôme représenté nimbé, à genoux, au pied du Christ trônant sur le globe. À partir de la fin de la mainmise angevine sûr le comté de Vendôme, lorsque Foulques L'Oison reprend ses droits sur le comté, lui et ses successeurs vont fréquemment entrer en conflit avec l'abbaye. En effet la Trinité leur échappait complètement puisque restait sous l'autorité des comtes d'Anjou. Mais le monastère eût souvent le dessus. Paradoxalement c'est durant cette période que l'abbaye fut le plus prospère, atteignant son apogée sous l'abbatiat de Geoffroi de Vendôme (1093-1132). Élu à seulement et consacré par l'évêque Yves de Chartres, il se détacha de l'évêque pour une relation privilégiée avec le pape. Geoffroi eût des rapports étroits avec les évêques d'Angers de Saintes et du Mans, et établit des relations avec Cluny et Fontevraud, lui permettant d'obtenir une association spirituelle avec ces deux monastères. Sous son abbatiat le nombre de moine atteint la centaine, chiffre qui ne fut jamais dépassé par la suite. Il est également marqué par une activité artistique intense, nous lui devons les peintures de la salle capitulaire et probablement le vitrail de la vierge à l'enfant.

L'abbé Geoffroi accueilli dans l'abbaye deux papes, tous d'abord Urbain II en 1095, venu du Mans durant un périple entamé à la suite du concile de Clermont, le pape, accompagné notamment par l’abbé de Vendôme, s’arrête à Vendôme, reçu en l’abbaye du au soit pendant une dizaine de jours, accompagné, entre autres, du cardinal Raynier (Reniero) qui lui succédera, sous le nom de Pascal II. Durant son séjour à Vendôme, le , selon le cartulaire de la Trinité, Urbain II consacra un autel dédié à la Sainte Croix et à saint Eutrope dont l’église, à l’époque, possédait des reliques.

Geoffroi accueilli de nouveau, mais cette fois en tant que pape, Pascal II, qui séjourna à l'abbaye durant 11 jours en 1107.

La construction du clocher (v. 1140-v. 1150)

vignette|gauche|250x250px|Clocher de l'abbaye. Avant la construction du clocher, les cloches semblent avoir étaient installées dans la galilée, espace à l'entrée de l'abbatiale romane, séparant le monde sacré du monde profane. Le chantier du clocher fut probablement lancé sous l'abbatiat d'Aubert (1139-1145) ou de Robert (1146-1160). Il est indispensable à la vie monastique, puisque c'est lui qui sonne les heures et régie ainsi la vie liturgique. Mais la volonté de construire un si monumental clocher s'explique par la volonté d'émancipation de l'abbaye face à l'évêque, permettant de montrer de loin à tous la présence de l'abbaye, puisque sa hauteur de dépassait de loin les constructions environnantes.

De plus, son style architectural proche de celui du clocher vieux de la cathédrale de Chartres daté de la même période, invite à penser qu'une certaine concurrence exista entre l'abbaye et le diocèse, chacun voulant affirmer son importance. Certains érudits (Gabriel Plat et René Crozet) ont même été jusqu'à dire que le clocher de Vendôme aurait été construit avant celui de Chartres. Mais les datations trop imprécises des deux édifices ne permet pas de trancher.

Le

vignette|200x200px|Clef de voûte du bras nord du transept, Abraham et les trois anges. En 1205 le comté de Vendôme est rattaché au domaine royal, à la suite des conflits entre Plantagenêt (Anjou) et Capétiens. La protection de l'abbaye ne dépendit donc plus des comtes d'Anjou mais du roi de France, ainsi les relations entre l'abbaye et le comte de Vendôme s'améliorèrent. Malgré quelques litiges notamment en 1227 ou le pape Grégoire IX dut intervenir, les conflits entre les deux puissances vendômoise semble terminé par la suite.

Modernisation du transept et réalisation de l'armoire de la Sainte Larme vignette|220x220px|Armoire monumentale de la Sainte Larme de Vendôme, collection Gaignière. À cette même période, dans le premier quart du des travaux de modernisation de l'abbatiale romane sont entrepris, le transept est surélevé, de nouvelles fenêtres sont percées et le tout est voûté d'ogives. Ces travaux furent voulu par l'abbé Hamelin (1203-1222), qui désira aussi construire une armoire monumentale pour la Sainte Larme, en raison du succès de son pèlerinage, lui donnant ainsi un écrin monumentale pour la magnifier.

Le chantier de l'abbatiale gothique (fin -début ) L'église rayonnante (1271-1357) Lorsque l'abbé Renaud de Villedieu est élu en 1246, l'abbatiale romane est toujours en place, avec pour seul élément de modernité son transept voûté d'ogives. L'abbatiale est dépassée, d'autant que la majorité des grands édifices alentours avait récemment étaient reconstruits dans le nouveau style. Ainsi l'abbé Renaud engagea la reconstruction de l'abbatiale pour la mettre au goût du jours. En , il obtint de l'abbé du Petit-Citeaux, le droit de prélever de la pierre dans les carrières de la Chappe. Les travaux pouvaient commencer. Mais Renaud de Villedieu décéda cette même année, c'est donc son successeur Philippe qui pris en mains les premières années du chantier, suivit de Jean (1275-1284). Le chantier commença par le chœur, le projet d'origine prévoyait la destruction du transept roman, mais faute de moyen celui-ci fut conservé, les parties basses du chœur sembles achevés en 1280. La construction fut interrompue et ne repris qu'avec l'abbatiat de Simon du Plessis (1284-1308), soit, au plutôt, 4 ans après. La construction des parties hautes du chœur se fit à ce moment-là. En 1308 le pape Clément V accorda un an et quarante jours d'indulgence à tous ceux qui participeraient à la reconstruction de l'abbatiale. vignette|gauche|200x200px|Voûtes du chœur qui étaient achevés en 1320.