thumb|Conditions physiques fondamentales

Le paysage d'aujourd'hui

Dans le Pays de Herve, la monoculture de l'herbe couvre la quasi-totalité de la superficie agricole. Les bois sont refoulés sur les hauts versants de la Vesdre et sur les flancs les plus raides des vallées affluentes : Magne et Fond-de-Forêt, Bola et Hazienne principalement. Si les bois sont liés à la topographie, l'extension actuelle des herbages ne révèle pas les différences lithologiques et pédologiques. Ils couvrent à la fois les pentes arrondies dans les schistes houillers du Nord, les replats et les pentes calcaires aux sols secs et aux placages limoneux riches du centre ainsi que les reliefs plus accentués des psammites et des schistes famenniens du Sud. Il faudra donc scruter plus avant et interpeller le passé pour retrouver des influences du milieu physique et humain sur les paysages humanisés.

Les grandes champagnes

Ainsi, il est fondamentalement intéressant d'observer que c'est sur les surfaces calcaires plus calmes situées au sud-ouest d'Olne, entre Hansé et Saint-Hadelin, que les grandes plaques de labours se dessinent en polygones assez massifs. C'est une affaire de topographie permettant l'usage le plus aisé des moyens moto-mécaniques modernes et c'est une affaire de sols convenant bien au maïs fourrager. C'est la Campagne de Gelivau.

À cette centaine d'hectares de labours s'ajoutent encore deux ou trois petites parcelles situées à l'Est d'Olne, dans des conditions semblables de topographie et des sols, ce qui confirme les concordances dans la Campagne de Grand-Champs.

Ce sont les vestiges du Compartiment de la Vesdre, sous région de l'Entre-Vesdre-et-Meuse.

Le semi-bocage

Mais il y a d'autres indices de différenciation des terroirs. Ainsi, les haies entourant les prairies forment un semi-bocage au maillage incomplet, au Nord et au Sud des calcaires et, sur ceux-ci, aux abords des villages, Olne, mais aussi Gelivau et Hansé. Les prairies sur calcaire sont, ailleurs, très rarement jalonnées de haies, dont les tronçons sont épars. Le fil de fer barbelé y entoure les pâturages, indiquant leur apparition plus tardive, à l'époque où l'on ne plantait plus de haies vives pour fermer les prairies ; cela permettait de gagner, pour celles-ci, le temps d'entretien des clôtures naturelles. Avant le début du , s'étendait là le terroir labouré, comme le prouvent les cartes géographiques anciennes.

Le bocage dégradé thumb|Ecotope de la Commune d'Olne En fait, la situation des haies d'aujourd'hui est un état dégradé, d'où cette notion de semi-bocage au Nord, de débocagisation et au Sud des calcaires. Dans la plupart des cas, les haies n'encadrent plus complètement les parcelles et sont relayées par des fils de fer barbelés. L'arrachage des haies vieillies ou malades sans remplacement en est la cause.

La fermeture du paysage est en outre nuancée par sa densité. Elle est la plus dense, avec les prairies les plus petites, dans les zones les plus accidentées et aux abords des maisons resserrées de Riessonsart et de Saint-Hadelin, sur les schistes houillers. C'est aussi le cas sur les pentes famenniennes toutes proches de Gelivau et de Hansé ainsi qu'au bois d'Olne. Les pentes sont d'autant plus parcellées que les paysans les ont fortement divisées à proximité des villages. Mais, naturellement si l'on peut dire, les parcelles situées sur les pentes sont plus exiguës en raison des facilités qu'il y avait à travailler un versant déclive par petites tranches. Ce dernier point se vérifie bien aux endroits où les fermes sont dispersées : plus larges mailles sur les replats du Raf'hai ou de La-Bouteille, resserrement sur les pentes du Bois-d'Olne.

Sur les calcaires, le semi-bocage d'Olne témoigne, comme c'est le cas en général, d'un passage moins tardif à l'herbage.

Les difficultés topographiques peu propices aux labours et le voisinage du village d'où venaient les troupeaux expliquent bien cette situation par rapport aux compartiments calcaires d'enherbagement tardif.

La fin de la dispersion de l'habitat

L'habitat, la répartition des maisons, est le troisième indice de la différenciation des terroirs. Pour bien l'analyser, il faut exclure les constructions qui sont apparues depuis une vingtaine d'années. Elles sont l'indice de l'urbanisation des campagnes liée à la croissance de l'agglomération liégeoise. Celle-ci fait pousser ses constructions en hauteur jusqu'à Fléron, à moins d'un kilomètre de la limite communale nord-occidentale. Les maisons modernes, pavillons et villas, se sont principalement alignées en ruban le long de la route d'Ayeneux à Olne. Ainsi se sont créés le quartier de Belle-Maison, entre Ayeneux et le Faweû et celui de Fosse-Berger, à proximité du carrefour des Six-Chemins. Saint-Hadelin s'est étoffé, Olne également, principalement à sa sortie vers Saint-Hadelin. Quelques maisons plus éparses sont apparues au Nord de Hansé et sur la Hé-de-Hansé élargissant ces lieux habités. Quelques autres, peu nombreuses, se sont éparpillées au Raf'hai et au Bois-d'Olne.

En nous limitant à la structure d'avant l'urbanisation, nous constatons que le bocage septentrional accompagne un habitat en fermes lâchement dispersées, notamment à l'est, vers le Raf'hai et La-Bouteille, plus rapprochées à l'est, jusqu'à parfois constituer un hameau comme à Riessonsart ou Saint-Hadelin. Il ne s'agit pas vraiment de dispersion absolue comme dans le vrai Pays de Herve qui s'affirme plus au Nord et au nord-est. Les implantations des maisons sont plus orientées par le tracé des chemins. Elles n'en sont rarement éloignées qu'à moins de au fond d'un petit accès en cul-de-sac. L'aspect le plus hervien est donc au nord-est, avec des exploitations blocs rassemblant leurs parcelles de prés autour des fermes éparses. Les grandes parcelles polygonales, typiques des bocages herviens les plus traditionnels ne sont toutefois pas fréquentes. Les quadrilatères trapus, qui s'en rapprochent un peu, indiquent une mise sous herbes plus tardive qu'au cœur du Pays de Herve où cela fut achevé dès le . Une dispersion de l'habitat existe aussi au Bois-d'Olne et se superpose à un bocage aussi en parcelles quadrilatères. Sur l'autre partie famennienne de la commune, au Hé-de-Hansé, l'alignement des fermes le long du chemin de crête n'est plus vraiment une dispersion.

Les plateaux et les vallées calcaires du centre de la commune sont, au contraire le lieu des groupements caractéristiques de l'habitat. Dans la tête de vallée du Ri-d'Arôde se niche un village fort groupé et même concentré autour de son église: c'est Olne lui-même. Au sud-ouest de la commune, les deux petits hameaux de Hansé et de Gelivau sont bien tassés sur les calcaires, tout à proximité de leurs limites avec les psamites faméniens; l'un est sur le versant du Ri-dè-Tchinå, l'autre se situe sur l'étroit plateau entre les chenaux, et les pentes compliquées du plateau d'Olne et de ses affluents. Si nous remontons au Moyen Âge et plus haut, de tels groupements accompagnaient traditionnellement dans nos pays, des terroirs labourés et ouverts, caractère de l'occupation du sol qui s'est prolongé jusqu'au , à l'exception des abords d'Olne.

Le réseau des chemins ruraux

Un dernier indice du paysage agraire actuel confirme la dualité des terroirs d'Olne, à savoir le réseau des chemins ruraux dont les tracés sont ancestraux. Dans les zones de bocage à habitat dispersé, la densité des chemins est maximale et le réseau est plutôt en mailles très grossièrement quadrillées pour desservir toutes les fermes. Dans les zones d'herbages ouverts et jadis de labours avec habitat groupé, la densité des chemins est beaucoup plus faible et le réseau est rayonnant. Il forme ainsi une série de carrefours étoilés dans la campagne, sans contrainte directe avec l'habitat, à l'exemple des carrefours des Six-Chemins, de la Croix-Renard ou celui des Fosses.

L'influence du sous-sol

Au total, nous retrouvons le bocage hervien sur les schistes houillers du nord avec ses prairies encloses de haies, ses fermes dispersées et son dense réseau routier, nous retrouvons quelque chose qui le rappelle au sud, sur les schistes et sur les psamites famenniens et nous individualisons au centre, la traînée des affleurements calcaires, porteurs de l'habitat groupé, des prairies sans haie et des témoignages de l'ultime et récente progression de l'herbage sur l'ancienne champagne ouverte comme le montrait au la Carte de Cassini. Çà et là, quelques vergers à hautes-tiges parsèment encore le bocage.

Le Paysage ancien et ses mutations Les origines de la communauté rurale thumb|Bâti Ce n'est qu'à partir du milieu du que la communauté rurale olnoise est attestée et cela à propos des biens communaux. Ces terres appartenaient à la communauté villageoise et consistaient en bois et zones incultes (trîs ou friches, landes ou bruyères, broussailles, werihai, abreuvoir commun). Elles occupaient principalement les contreforts surplombant la vallée de la Vesdre (au Bois-d'Olne, à Hansé) et à l'opposé, la section du Faweû.

Les textes d'archives montrent les différentes récoltes: en 1559 on trouve l'épeautre, le wassin ou seigle, l'avoine, l'orge, les fåvètes ou fêverolles, les pois, les vèces ou vesces et le froment est apparemment fort peu cultivé.

On mentionne également en 1727 des trèfles, en 1761 du sainfoin, en 1771 des navets et en 1764 des pommes de terre. Le méteil cité en 1789, est un mélange de seigle et de froment, le pain de méteil se conservant mieux que le froment pur. Il est également parlé de mèlkin, autre mélange de grain, appelé passe-méteil, mélange de froment avec de l'épeautre, parfois remplacé par de l'avoine ou des vesces.

En 1628, le chanvre permettait d'obtenir des graines oléagineuses et de la filasse pour les corderies.

À Olne, les biens communaux ont toujours couvert de larges étendues : environ 783 hectares à la fin du , soit près d'un tiers du territoire ; en 1782, elles assuraient la pâture de 773 moutons. En 1824, la commune rémunérait encore un herdier, berger auquel chaque habitant pouvait confier ses bêtes. Ces terrains permettaient notamment aux habitants les plus pauvres d'élever quelques têtes de bétail ; ils fournissaient également aux manants de l'argile, de la marne, des pierres et même du charbon et du fer. Les parties les plus fertiles, cependant, faisaient l'objet d'une appropriation individuelle - c'est un trait commun à tout le pays de Herve - et étaient données en location par petites parcelles au plus offrant pour un terme de 27, 42 ou même 100 ans. Les acquéreurs les transformaient soit en champs soit en prairies.

En 1874, le mode de culture s'étale sur 6 ans: la première année le seigle, la deuxième de l'orge, la troisième en trèfle, la quatrième en épeautre ou froment, la cinquième en avoine et la sixième en repos. Un recensement agricole de 1895 signale que sur 1455 hectares de surface exploitée, on trouve 327 hectares de prairies fauchées, 368 hectares de prairies pâturées et 163 hectares de vergers.

L'extension du bocage hervien Les recherches ne sont pas remontées jusqu'aux naissances des variations paysagères mises en évidence aujourd'hui. Toutefois, l'archéologie des paysages permet des rapprochements sérieux avec des structures agraires toutes proches et bien connues.

thumb|Carte manuscrite de la rive droite de la Vallée de la Vesdre par les ingénieurs géographes français avec la collaboration de Cassini de 1745 à 1748. On observe la champagne entre Olne et Forêt déjà présente et le maillage du bocage hervien