Maria Klonaris () est une cinéaste, plasticienne pluridisciplinaire et théoricienne, née le au Caire et morte le à Paris.

Elle est co-auteure, avec Katerina Thomadaki, de nombreux films (dont 10 longs-métrages non narratifs), de vidéos, de photographies, d’installations multimédias, de performances, de livres d’artiste, d’œuvres sonores et radiophoniques.

Théoriciennes, les deux créatrices publient sur le plan international des ouvrages et des dizaines d’articles, entretiens et manifestes.

Biographie Maria Klonaris est née en Égypte de parents grecs, tous deux médecins.. Son père, Georges Klonaris, gynécologue et obstétricien, est directeur de la Maternité Internationale d’Alexandrie. Sa mère, Yolanda Klonaris, biologiste, est l’une des premières femmes à avoir fait des études de médecine à l’Université d’Athènes. Maria Klonaris grandit dans l’Alexandrie cosmopolite des années cinquante. Après la crise de Suez, la famille déménage à Athènes.

À Athènes, elle fait ses études secondaires au collège et lycée américain Pierce College. À l’École supérieure des Beaux-Arts d’Athènes, elle se forme aux arts graphiques, à la scénographie et au décor de scène. Parallèlement elle suit des études de lettres anglaises à l'Université d'Athènes.

Arrivée à Paris en 1975, c'est en étant trilingue qu'elle poursuit des études d'égyptologie à l'École pratique des hautes études, de cinéma et d’esthétique à l’Université Panthéon-Sorbonne, où elle obtient une Maîtrise intitulée Douleur, blessures et sang dans l’œuvre de Gina Pane, suivie d’un diplôme d’Études Approfondies (DEA) sur les femmes artistes en cinéma et vidéo d’avant-garde. Elle acquiert une formation en infographie à l'École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.

thumb|redresse|Tombe de Maria Klonaris au cimetière du Père-Lachaise (division 36). En 1985, elle et Katerina Thomadaki fondent l'association ASTRATI, favorisant les liens entre l'art et le féminisme.

Elles sont reconnues pionnières dans l'interdisciplinarité et la représentation du genre et actives à la formation de la troisième vague féministe.

En 2012, la BNF ouvre un fonds Klonaris/Thomadaki réunissant des archives des deux artistes.

Elle meurt à l'âge de 65 ans le à Paris.. Incinérée, ses cendres sont inhumées dans une chapelle réaménagée en mini-columbarium au cimetière du Père-Lachaise (division 36, concession 1/37 et 34/31, case J).

Pratique artistique Dessin La première pratique artistique de Maria Klonaris est le dessin. Son œuvre dessinée réalisée à Athènes réunit plusieurs séries dont trois ont été publiées: XI Dessins amoureux (1973), Déformations (1974), Grand Martyr triomphateur Georges (1975).

Maria Klonaris signe également des affiches de théâtre, des couvertures et illustrations de livres et travaille en typographie en tant que conceptrice graphique et directrice artistique de livres littéraires.

A Paris, Maria Klonaris abandonne le dessin au profit du Cinéma corporelCécile Chich (coord.), Klonaris/Thomadaki : Le Cinéma corporel. Corps sublimes / Intersexe et intermédia, préface de Marie-José Mondzain, Paris, L’Harmattan, 2006, qu’elle invente avec Katerina Thomadaki. Elle le reprend plus tard, en marge de sa production artistique principale composée de films, installations et photographies. Dans un entretien inédit avec Patrick Lavallé en 1981 elle explique ainsi ce passage :

“J’ai arrêté de dessiner parce que je donnais tellement de mon corps que j’étais souvent vidée. L’énergie passait directement de ma main au papier. La caméra permet une certaine distance. Tenue à la main elle me permet une gestualité plus souple, plus ample. (…) Si je devais me remettre au dessin, c’est à partir de la notion de la circulation de l’énergie des calligraphes chinois que je l’envisagerais. Ils m’ont fait entrevoir que l’on peut se libérer et trouver un équilibre au lieu de se vider. Leur travail s’inscrit dans la recherche d’une harmonie et non dans la déchirure, dans une globalité, une interpénétration du corps et du monde. Dans mon travail gestuel actuel avec la caméra, j’essaye de retrouver un mouvement planétaire”Patrick Lavallé, "Traversée du labyrinthe. Entretien avec Maria Klonaris et Katerina Thomadaki", Paris, 1981.

Au cours des dernières années de sa vie, le dessin redevient central dans sa production.

Théâtre et performance Maria Klonaris fut passionnée de théâtre dès son plus jeune âge. Enfant, en Alexandrie, elle monta à plusieurs reprises sur les planches incarnant divers rôles dans les spectacles de l’école anglaise qu’elle fréquenta.

En tant que scénographe, elle commence sa collaboration artistique (qui dure une quarantaine d'années) avec Katerina Thomadaki.., sa future compagne, au moment où elles créent et dirigent le Théâtre des 4 à Athènes. Elle réalise alors les décors et costumes des Bonnes de Jean Genet (1968) et de Salomé de Oscar Wilde (1969) dans les mises en scène de Katerina Thomadaki. Pour les décors et costumes de Salomé, elle est primée à la Triennale de Scénographie de Novi Sad en 1972.

L’approche expérimentale et résolument anti-réaliste du Théâtre des 4Odette Aslan, Jean Genet, l'homme et l'œuvre, Paris, Seghers, Collection Théâtre de tous le temps, 1973, l’intérêt pour le langage gestuel et vocal, la centralité du corps et de l’image sont des partis pris de la mise en scène qui se prolongent dans des univers oniriques de décors monochromes.

En 1973, Maria Klonaris et Katerina Thomadaki créent à Athènes l’Espace de recherche théâtrale et réalisent Expérience I : Images de la vie quotidienne, une œuvre de laboratoire qui met radicalement en question les conventions de la representation et les limites du théâtre et du corps se rapprochant de la “performance” corporelle.

Cinéma, installations, intermédia À partir de 1975, Maria Klonaris s’installe avec Katerina Thomadaki à Paris, où elles s'engagent activement dans le cinéma expérimental.

De leur pratique théâtrale antérieure surgit alors le Cinéma corporel qu’elles lancent, pratiquent et théorisent en intégrant dans leur langage cinématographique “la dimension politique de l'identité féminine”.

C’est à partir de leur premier film réalisé à Paris en 1975-1976, Double Labyrinthe, qu’elles commencent à co-signer leur œuvre en se déclarant “double auteur” sous la signature Klonaris/Thomadaki.

Elles mettent en place un langage ciné-plastique non narratif et militent pour le format Super 8, dont le coût minime leur permet la réalisation d’une vaste œuvre filmique. Leur œuvre se développe en longs cycles (La Tétralogie corporelle, Le Cycle de l’Unheimlich., La Série Portraits, le Cycle des Hermaphrodites, Le Cycle de l’Ange, Désastres Sublimes. Les Jumeaux).

Dès leur deuxième film-action réalisé à Paris, L’Enfant qui a pissé des paillettes, elles contestent les limites de la projection cinématographique traditionnelle et commencent à inventer des dispositifs inédits de projection. Leur pratique des dispositifs de projection les conduit dès le début des années '80 à des installations environnementales pluri-médias (Mystère I : Hermaphrodite endormi/e, Biennale de Paris, Musée d’art moderne de la Ville de Paris, 1982, Le Rêve d’Electra, CIRCA, Villeneuve Lez-Avignon, 1983/1990).

En 1985, elles sont accueillies aux Immatériaux du centre Pompidou.

Avec leur œuvre-fleuve Le Cycle de l'Ange, commencée en 1985, elles proposent et théorisent l'intersexualité comme subversion de l'identité sexuelle et l'intermédia comme transgression nécessaire du cloisonnement des arts et des supports. Dans leurs œuvres et textes récents, elles élaborent le concept de "corps dissidents" (Le Cycle de l’Ange, Désastres Sublimes. Les Jumeaux).

Le Cycle de l’Ange compte leurs œuvres intermédia les plus variées et leurs installations les plus monumentales, réalisées souvent in situ dans des bâtiments désaffectés (Night Show for Angel à Londres en 1992, Puerta del Angel, Madrid, 1992…).

Le British Film Institute la nomme femme parmi les plus inspirantes de l'histoire du cinéma, le .

En 2016 est diffusée une rétrospective de leur œuvre cinématographique à la galerie nationale du Jeu de Paume.

Œuvres réalisées avec Katerina Thomadaki* (sélection) *sauf autrement indiqué

Films 1975-76 : Double Labyrinthe ( de la Tétralogie corporelle. Super 8 gonflé en 16mm, 50 min) 1977-79 : Unheimlich I : Dialogue secret (du Cycle de l’Unheimlich, Super 8 restauré en 35mm par les Archives Françaises du Film du CNC. sous la direction de Klonaris/Thomadaki avec le soutien de la Fondation Costopoulos, Athènes, 70 min) 1979-80 : Unheimlich II : Astarti (du Cycle de l’Unheimlich, Super 8, 180 min) 1979-80 : Kha. Les Embaumées de Maria Klonaris (du Cycle de l’Unheimlich, Super 8, 60 min) 1980 : Portrait de ma Mère dans son jardin de Katerina Thomadaki (de la Série Portraits, Super 8 restauré en 2K sous la direction de Klonaris/Thomadaki, 9 min) 1980-81 : Unheimlich III : Les Mères (du Cycle de l’Unheimlich, Super 8, 120 min) 1982 : Sauro Bellini de Maria Klonaris (de la Série Portraits, Super 8 restauré en 2K sous la direction de Klonaris/Thomadaki, 12 min) 1981-83 : Selva. Un portrait de Parvaneh Navaï de Maria Klonaris (de la Série Portraits, Super 8 restauré en 35mm par les Archives Françaises du Film du CNC sous la direction de Klonaris/Thomadaki, 70 min) 1984 : Portraits/Miroirs (de la Série Portraits, Super 8, 80 min) 1982-85 : Jardins de l’Hermaphrodite endormi/e (du Cycle des Hermaphrodites, Super 8, 80 min) 1983-85 : Chutes. Désert. Syn de Katerina Thomadaki (de la Série Portraits, Super 8 restauré en 35mm par les Archives Françaises du Film du CNC sous la direction de Klonaris/Thomadaki, 18 min) 1987-92 : L’Ange Amazonien (de la Série Portraits, Super 8 gonflé en 16mm, 92 min)

Vidéos 1994 : Requiem pour le siècle (du Cycle de l’Ange, vidéo, 14 min) 1994 : Personal Statement (du Cycle de l’Ange, vidéo, 8 min) 2001 : Pulsar (du Cycle de l’Ange, vidéo numérique, 14 min) 2002-03 : Quasar (du Cycle de l’Ange, vidéo numérique, 32 min) 2007 : Angel Scan (du Cycle de l’Ange, vidéo numérique, 25 min) 2012 : Collectif 010 : La Torture (vidéo, 15 min) 2012 : Quasar (du Cycle de l’Ange, document de l’installation à l’Onassis Foundation Cultural Center, Athènes, 8 min) 2013 : XYXX : Mosaic Identity (du Cycle de l’Ange, 14 min)

Performances de cinéma élargi (Expanded Cinema performances) 1977 : L’Enfant qui a pissé des paillettes ( de la Tétralogie corporelle, 110 min) 1977 : Ouverture (20 min) 1977 : Double Labyrinthe X Double Labyrinthe (70 min) 1978 : Soma ( de la Tétralogie corporelle, 40 min) 1979 : Arteria Magna in dolore laterali ( de la Tétralogie corporelle, 110 min) 1981 : Unheimlich III : Les Mères (du Cycle de l’Unheimlich, 110 min - Musée national d’art moderne, Centre Georges-Pompidou) 1982 : Unheimlich I : Dialogue secret (du Cycle de l’Unheimlich, 100 min - Théâtre Averof, Athènes) 1983 : Orlando (du Cycle des Hermaphrodites, 45 min - Centre Georges Pompidou, Paris) 1983 : Hermaphrodite endormi/e (du Cycle des Hermaphrodites, 80 min - Journées Intercontemporaines, Maison de Gascogne, Auch) 1984 : Portraits/Miroirs (de la Série Portraits, 80 min - Musée national d’art Moderne, Centre Georges-Pompidou) 1985 : Incendie de l’Ange (du Cycle de l’Ange, 40 min - Galerie J.&J. Donguy, Paris) 1987 : Enluminures (Café de la Danse, Paris) 1990 : Jardins de l’Hermaphrodite endormi/e (du Cycle des Hermaphrodites, 110 min - Centre d’art contemporain Ileana Tounta, Athènes) 2000 : Double Exposure (Web Bar, Paris)

Installations environnementales trans-média (film, diapositives, photographie, vidéo, son, scénographie, lumières)

1982 : Mystère I : Hermaphrodite endormi/e (du Cycle des Hermaphrodites - ARC 2, Musée d’art moderne de la Ville de Paris/ Biennale de Paris) 1984 : Fermez les yeux, projetez un film sur vos paupières(Musée national d’art Moderne, Centre Georges-Pompidou)