L, également connu comme , est une série de prototypes ou projets de blindés standardisés allemands lors de la Seconde Guerre mondiale.

La série était déclinée en six classes de poids : E-5, E-10, E-25, E-50, E-75 et E-100, à partir desquelles de nombreuses variantes devaient être produites. Ces véhicules, utilisant de nombreuses pièces communes, devaient remplacer les Panther, Tigre, Tigre II, ainsi que des canons d'assaut et des engins antiaériens. droite|sans_cadre|131x131px Pour faire face au parc blindé ennemi, la production doit assurer une amélioration à la fois quantitative et qualitative. Un plan de modernisation est initié en sous l'impulsion de l Heinrich Ernst Kniepkamp (ci-contre), ingénieur en chef du (Département de développement des véhicules blindés du ). Le programme (« types standards ») ou (« châssis à usage multiple ») est validé en pour une production escomptée en 1945-1946.

En vue de la standardisation et de la modernisation des engins, le cahier des charges note certains critères précis, élaborés en tenant compte des retours d'expérience des équipages de blindés. Les pièces d'assemblages seront interchangeables selon le modèle de char. Les châssis doivent être le plus bas possible et bénéficier de nouvelles suspensions placées en extérieur. Les organes de direction et de transmission doivent être placés à l'arrière, au plus près du bloc moteur (nouvelles motorisations prévues), de manière à dégager de l'espace et du poids, réinvestis à l'avant par l'accroissement du blindage, renforcé par zingage et une attention portée aux soudures. Les pièces d'artillerie doivent être équipées de systèmes de stabilisation, d'organes de visée améliorés, voire de télémètre ; les appareils de vision nocturne à infrarouge, en cours d'élaboration, doivent être facilement installables.

À l'arrêt des hostilités, aucun exemplaire d ne sera achevé et il n'y aura, au mieux, que quelques châssis-prototypes en cours d'élaboration. Les données historiques concernant les modèles demeureront sans doute incomplètes voire faussées, car entachées de voiles successifs : destructions des documents originaux en 1945, renseignements parcellaires des acteurs transmis aux Alliés, extrapolations intuitives des auteurs actuels, imagination fantaisiste sur les « armes secrètes nazies » qui foisonne dans divers médias… De nombreux faux projets de blindés existent ainsi (au-delà des « paper panzers »), en particulier dans le modélisme, le web et les jeux vidéo, où sont représentés, entre autres, des « E-79 Schwarzwolf » ou des « E-90 Säbeltiger »...

Liste des classes de l'E-serie vignette|Représentation des divers modèles de l'Entwicklungsserie. Le E-5 est mis à part. E-5 : gamme d'engins légers destinés au remplacement de véhicules tels que les Pzkpfw I et II, la série des SdKfz 250 et, entre autres, de nombreux véhicules de servitude. E-10 : gamme d'engins destinés au remplacement de véhicules tels que les Sdkfz 234 Puma et Jagdpanzer 38(t). E-25 : gamme d'engins destinés au remplacement des Pzkpfw III et IV et véhicules antichars équivalents. E-50 : gamme d'engins moyens de destinés au remplacement du Panther et du dérivés. Cette version devait former l'ossature de l'arme blindée allemande. E-75 : gamme d'engins lourds de destinés au remplacement du Tiger I et Tiger II, avec un châssis et une tourelle modifiée de ce même char, armés du même canon de ou d'un , pour un poids estimé entre . E-100 : nouvelle catégorie de chars super-lourds atteignant plus de cent tonnes, plus légers toutefois que le Maus, armée soit d'un canon de , de , voire de . Un prototype non achevé devait être armé d'un canon de .

Les Entwicklungstypen

E-5 (E-5 « Rutscher »)

L'existence d'un projet de véhicules de cinq tonnes au sein des ne fait pas consensus, en particulier dans le monde anglo-saxon.. Il est vrai qu'un rapport de l' de 1945, basé sur les déclarations d'un ingénieur travaillant sur E-100 et Grille 17., mentionne seulement cinq types... Il semble toutefois que le ait demandé le développement d'un petit blindé, agile et bas, simple à produire et à utiliser. 5 prototypes seront commandés.

Le projet voit le jour le à l'initiative du général , et est semble-t-il rattaché à la . Il s'agit de créer un blindé très léger (), petit et rapide, à forte capacité antichar. Il doit être conçu rapidement, pour fournir un appui-feu blindé aux unités d'infanterie.. Le en confie le développement à plusieurs firmes (une vingtaine y répondent) dont BMW qui reprend son projet de chasseur de chars armé d'un Pak 39, datant de la fin 1943. Les nouveaux plans prévoient de monter un, voire deux tubes conjoints du 8-cm PWK 8H63, un nouveau canon à haute/basse pression, léger, économique et efficace : son - charge creuse - de apparait plus performante à que la du Panther., sa portée est néanmoins limitée à moins de . Le blindage fin ne protège que des tirs d'armes individuelles. BMW et Daimler-Benz achèvent une maquette en bois mais un rapport du de Heinz Guderian s'inquiète du délai de finalisation de ce (littéralement « le glisseur ») estimé à un an ou deux. Le projet est avorté en avril...

Dans l'esprit national-socialiste de fin de guerre qui envisageait par ailleurs de faire piloter des jets He 162 par des Jeunesses hitlériennes, ce « petit destructeur blindé » à forte puissance de feu devait pouvoir être utilisé par n'importe quel , après une formation sommaire. Il s'apparente ainsi aux concepts de « chasseur du peuple » et « chasseur d'urgence » demandés par le RLM, ainsi qu'au léger B IV Wanze déployé lors de la bataille de Berlin. Son blindage extrêmement léger n'est compensé que par sa furtivité : il aurait été un des blindés chenillés les plus rapides des années 1940, et sa faible hauteur demeure inégalée.

Dans l'Après-guerre, les chasseurs de chars ne suivront pas la voie du , hormis le CATI 90 belge (Canon Anti Tank d'Infanterie) : chasseur de chars très léger () sur châssis Loyd Carrier, il porte un canon à basse pression proche du système du PWK 8H63, le MECAR de ... Le chasseur léger japonais Type 60 a lui aussi une configuration bitube. Enfin, un lien de parenté est évident avec les prototypes de Kampfpanzer 3 des années 1970.

E-10 (E-10 « Hetzer »)

Le de dix tonnes est une plate-forme blindée déclinable () en divers véhicules de combat : char de reconnaissance remplaçant le Luchs, automoteur d'artillerie ( et ), transport de troupes, chasseur de chars. C'est cette dernière catégorie qui est développée en priorité dès novembre 1943, dans l'urgence de disposer d'un véhicule antichar en grand nombre à disposition des divisions d'infanterie de la Heer et en complément ou remplacement du Jagpanzer 38(t) et du futur Jagdpanzer 38(d). Le projet « » (« traqueur », « piqueur ») est confié au Hasselgruber de la firme Klöckner-Humboldt-Deutz-Magirus AG. Elle prend comme modèle le Jagdpanzer 38(t) et le redessine avec un blindage amélioré. L’élément le plus notable de la machine est sa capacité à s'abaisser lorsqu'elle est à l'arrêt, ce qui lui confère une silhouette extrêmement basse propre au camouflage et à l'embuscade : par un système de vérins couplé au moteur, la suspension permet au véhicule haut de en « position route » de se tapir à en affût. Sa puissance de feu est importante (du moins en 1943) avec l'installation d'un 7,5-cm Pak 39 long de . Le choix définitif de la motorisation se porte sur un Maybach HL101 à injection, développant une puissance de à . Associé à des chenilles larges de , huit roues de un mètre de diamètre et un poids mesuré, le bloc propulseur assure au Jagdpanzer une grande agilité.

gauche|vignette| sur châssis tchèque modifié. D'après Heinrich Ernst Kniepkamp du et coordinateur du programme E, les plans sont achevés à l'été 1944 et trois prototypes commandés à Magirus. La production doit débuter à la fin de 1945, à une cadence prévue de mille engins par mois. A cette date toutefois, le aurait bien du mal à percer le blindage des derniers chars ennemis mis en service, et il est prévu fin 1944 d'étudier l'installation d'un de ou d'élaborer un armé d'un L/71 (ce qui fut testé sur châssis de Panzer 38(t), ci-contre), une plate-forme porte-canon qui résoudrait le principal défaut des canons antichars lourds : l'absence de mobilité qui grève l'intervention rapide sur le champ de bataille et le retrait en cas de tirs de contre-batterie. Les trois caisses construites seront capturés par l'Armée Rouge en 1945.

centré|vignette|400x400px|Maquette du E-10 au 1/35. centré|vignette|400x400px|A titre de comparaison, un Jagdpanzer 38(t). Il partage avec le E-10 un mantelet (ou masque) de canon Saukopf (« tête de cochon ») protégeant la base du même tube de 75 mm L/48. La version proprement allemande (Jagdpanzer 38(d)) aurait eu les mêmes lignes.

E-25

Le E-25 devait être décliné en divers types selon les utilisations (en particulier un char de reconnaissance), mais est surtout connu en tant que . Furent en effet conçus les plans d'un chasseur de chars à casemate fermée et à canon à l'avant, selon une silhouette rappelant les Jagdpanzer IV/70 et Jagdpanzer 38(t). Certains auteurs lui attribuent le surnom de « », sans préciser s'il provient d'une source historique.

Le doit être doté d'un canon antichar long 75 mm Pak 42 L/70 ; bien que sa redoutable efficacité soit battue en brèche par le blindage des derniers chars lourds ennemis (Pershing, IS-2 et IS-3, Centurion), elle demeure une réponse adéquate face aux chars moyens. Elle serait accentuée par la pose d'un système de chargement automatique () pour le KwK 42/2 en cours d'élaboration en 1945, ou le projet d'installation d'un barillet rotatif reprenant le principe du . gauche|sans_cadre|120x120px|Hermann Klaue (1940) La conception du E-25, dès 1944, est assurée par la firme Argus Motoren Gessellschaft m.b.H sous la responsabilité de l'ingénieur Hermann Klaue (ci-contre). Des éléments du E-10 sont repris, en particulier les roues cerclées de caoutchouc d'un mètre de diamètre. Pour la motorisation est envisagé en un premier temps un Maybach HL100 à 12 cylindres en V de 400 chevaux, avant que ne soit décidé en l'installation d'un Maybach HL101 (comme le E-10), dont les études ont débuté en . En attendant la finalisation de celui-ci, les prototypes auraient dû recevoir le « classique » Maybach HL230 P30. La vitesse et l'agilité auraient été ainsi les points forts de l'engin, ceci au détriment d'un blindage plus restreint par rapport à son « aîné », le Jagdpanzer IV.

En remplacement du L/70 fut semble-t-il envisagé l'intégration d'un canon de , par exemple les KwK 45 L/52 ou KwK 46 L/68 en cours d'études. D'autres sources penchent pour un 8,8-cm Pak 43. L'armement secondaire pour la défense rapprochée, assurée par une petite tourelle dorsale, est sujet à caution. En l'absence de traces écrites, seuls les plans permettent de distinguer un canon automatique à culasse courte 3-cm Mk 108. L'intégration de sa culasse, et plus encore d'un servant, demeure problématique dans l’exiguïté de ce tourelleau qui serait rapidement saturé de fumée de tir. Ce dernier semble à destination antiaérienne tout autant qu'antipersonnel, bien que viser un aéroplane paraît des plus ardues en ces conditions. De façon plus réaliste, la tourelle est en mesure d'accueillir une mitrailleuse.

En , la valide la poursuite des études et le début de la production. Selon Heinrich Kniepkamp, responsable de la , trois prototypes de châssis auraient été assemblés par Alkett-Berlin avant l'occupation soviétique, sans que l'on en trouve trace.. Quelques châssis ont été fabriqués (avant le ) et se trouvaient à Katowice (Pologne), prêts à partir vers Berlin pour évaluation.

centré|vignette|600x600px|Vue d'artiste du . Le tourelleau est ici armé d'une mitrailleuse. centré|vignette|600x600px|A titre de comparaison, un , prédécesseur direct du E-25, pourvu du même canon long de 70 calibres.