La psychologie positive est une discipline de la psychologie fondée officiellement en 1998 lors du congrès annuel de l'Association américaine de psychologie par son président de l'époque, Martin E. P. Seligman ( son discours publié en 1999 dans le journal de l'APA, The American Psychologist). Cependant, la psychologie positive a des racines plus anciennes. La psychologie positive ne doit pas être confondue avec la pensée positive, une pseudo-scienceMarie Claire - La psychologie positive, qu'est-ce que c'est ? - Par Julia Kadri - Publié le 19/02/2018 : « Il ne faut cependant pas confondre psychologie positive et pensée positive : leur principale différence étant la science. » basée sur l'autosuggestionMatthieu Ricard - La psychologie. positive ne consiste pas à « positiver » - le 27 novembre 2014, faisant l'objet de nombreux best-sellers vendus à des millions d'exemplaires à travers le monde depuis les années 1950Le secret de Rhonda Byrne vendu à près de 4 millions d'exemplaires ou encore La puissance de la pensée positive de Norman Vincent Peale vendu à environ 15 millions d'exemplaires.
La psychologie positive s’intéresse surtout à la santé, à qualité de vie et au bien-être, à ce qui rend les humains résilients, heureux, optimistes, plutôt qu'aux sources des psychopathologies. L'hypothèse de la psychologie positive est qu'en étudiant pourquoi et comment certains animaux et certaines personnes surmontent mieux que d'autres les difficultés de la vie, il sera possible de trouver des moyens de développer ces qualités chez tout un chacun. Son objectif est de promouvoir l’épanouissement (en anglais, flourishing) et l’accomplissement de soi (en anglais, fulfillment), au niveau individuel, groupal et social. La psychologie positive « étudie ce qui donne un sens à la vie », selon son fondateur, Martin E. P. Seligman. C'est l’étude des forces, du fonctionnement optimal et des déterminants du bien-être.
Ce domaine de la psychologie s'inscrit ainsi dans la tradition de la psychologie expérimentale dont elle utilise les méthodes, basées sur la validation d'hypothèses, et elle se rapproche dans ses concepts de la psychologie humaniste (dont elle diffère surtout par ses méthodes). Ses concepts et méthodes peuvent aussi emprunter à d'autres disciplines de la psychologie, des neurosciences et des sciences humaines.
La psychologie positive a rapidement connu un franc succès auprès du grand public. Elle offre de nombreuses pistes de développement de soi sur des thèmes universels (joie de vivre, succès, etc.).
Cependant, la discipline est dénoncée par de nombreux chercheurs comme une pseudo-science. et fait l'objet de divers critiques. Sur le plan éthique, il lui est opposé, d’une part, une réappropriation de concepts, théories et méthodes existants dans d'autres branches de la psychologie ou dans le domaine des soins spirituels (spiritual care) et, d’autre part, son application pratique dans le secteur militaire. Sur le plan théorique, la dichotomie qu’elle opère entre les processus négatifs et positifs est considérée trop réductrice, voire erronée. Sur le plan thérapeutique, la nouveauté et l’efficacité des méthodes de la psychologie positive sont également questionnées.
Histoire La psychologie positive a officiellement commencé aux États-Unis, en 1998, par le discours de Martin Seligman, nommé président de l’Association américaine de psychologieSeligman, M. E.P. (1999). The President's Address (1998 APA Annual Report). American Psychologist, 54, 559-562. (APA) lors du congrès annuel de cette association. Martin E. P. Seligman, a déclaré que la psychologie avait concentré ses efforts sur la maladie mentale de façon trop exclusive, négligeant l'autre extrémité du spectre, soit le fonctionnement optimal, le sens et le bonheur. Par ses arguments et son influence (création de prix, de fonds de recherche et de revues savantes), Seligman a ouvert la voie à de nombreuses recherches dédiées à mieux comprendre la nature et les déterminants de l’épanouissement humainMandeville, L., D’Arcy,-Dubois, L. Labrecque, M.-E. et Bouffard, L. (2008). Dix ans de psychologie positive. Revue Québécoise de Psychologie, 29(3) ..
Cependant, la psychologie positive a des racines plus anciennes. Certains de ses principes remontent aux conceptions d'Aristote d'une nature humaine bonne et basée sur les vertus.
Le concept de « pensée positive » a été créé par Norman Vincent Peale, né le à Bowersville et mort le à Pawling (New York), pasteur chrétien et écrivain américain, spécialisé dans les questions psychologiques.
Les psychologues humanistes, Carl Rogers (1959) et Abraham Maslow (1968), ont développé la psychologie humaniste pour se différencier de la psychanalyse et des behavioristes, et proposer des approches thérapeutiques basées sur les ressources psychologiques de leurs clients, plutôt que sur leurs faiblesses, dysfonctionnements et pathologiesJorgensen, I. S. & Nafstad, H. E. (2004). Positive psychology: Historical, Philosophical, and Epistemological Perspectives. In P. A.Linley & S. Joseph. Positive Psychology in Practice. New Jersey, Wiley & Sons. pp 15-34.. Le terme de psychologie positive apparaît chez Maslow, en 1954, dans son livre Motivation and Personality dont le dernier chapitre s'intitule Vers une psychologie positive. Il semblerait que depuis les années 1950, les psychologues se préoccupaient de plus en plus de la promotion de la bonne santé mentale et non pas seulement le traitement des maladies mentales, et que la psychologie positive formalise un mouvement de pensée déjà existant et grandissantSecker J (1998). Current conceptualizations of mental health and mental health promotion, 13 (1). Health Education Research. p. 58. Citation (Wikipédia langue Anglaise) : « ... Amongst psychologists ... the importance of promoting health rather than simply preventing ill-health date back to the 1950s (Jahoda, 1958) » Dianne Hales (2010). "An Invitation to Health, Brief: Psychological Well-Being" (2010–2011 ed.). Wadsworth Cengage Learning. p. 26..
Le champ s'est développé et organisé comme en témoigne la mise sur pied en 2007 de l’Association internationale de psychologie positive, en 2010 de l’Association française et francophone de psychologie positive et, en 2012 de l’Association canadienne de psychologie positive.
Les recherches dans le domaine, et l'intérêt pour ce domaine en général, ont connu une véritable explosion. Déjà, en 2005, plus de cinquante groupes de recherche impliquant plus de 150 universitaires dans diverses régions du monde s’intéressaient à ces thématiquesSeligman, M. E. P., Steen, T. A., Park, N., & Peterson, C. (2005). Positive psychology progress; Empirical validation of interventions. American Psychologist, 60 (5), 410-421. () . Plusieurs dizaines d’universités américaines et européennes dispensent des cours sur la psychologie positive. L’engouement constaté dans les milieux académiques et dans la culture populaire a fait l’objet d’études systématiques. À titre d’exemple, les recherches publiées annuellement sur le bonheur sont passées d’environ 200 pour l’année 1990-91 à plus de 1000 pour l’année 2008-2009 Hart, K. E., & Sasso, T. (2011). Mapping the contours of contemporary positive psychology. Canadian Psychology,52, 82 – 92.. Pour la résilience, on est passé d'environ 100 à près de pour les mêmes années. Pour les forces de caractère, on est passé d'environ 100 à 800 publications, toujours lors de la même période.
Thèmes de recherche Les thèmes de recherche fréquents dans la littérature scientifique de ce courantRusk, R.D. & Waters, L.E. (2013). Tracing the size, reach, impact, and breadth of positive psychology. ‘’Journal of Positive Psychology’', ‘’8’'(3), 207-221Martin-Krumm, C. & Tarquinio, C. (2011). ‘’Traité de Psychologie Positive : Fondements théoriques et implications pratiques.’' Bruxelles : De Boeck.David, S., Boniwell, I. & Ayers, A.C. (2013). ‘’Oxford Handbook of Happiness’'. Oxford, GB: Oxford University Press. sont :
Forces de caractère (sagesse, humour, curiosité, persévérance, créativité, intelligence émotionnelle), Émotions positives et gratitude, Sens à la vie et engagement vers un but, Relations saines, empathie et compassion, Motivation, Expérience optimale, Espoir et optimisme, Présence attentive, pleine conscience, Bonheur, bien-être, satisfaction, résilience (ses déterminants), Auto-détermination, auto-efficacité.
Méthodes de recherche Seligman, fondateur de la psychologie positive en tant que nouvelle discipline de l’APA, a souhaité dès sa mise en place, que la psychologie positive soit une discipline validée par des recherches empiriques. Bien que certains de ses concepts, tels que les valeurs ou encore la morale, puissent être relatifs ou subjectifs, la discipline s’appuie néanmoins le plus souvent possible sur les méthodes scientifiques (voir section critique, ci-dessous, pour une discussion des limites de cette approche en psychologie).
Les méthodes utilisées en psychologie positive sont celles des psychologies scientifiques (voir psychologie expérimentale) mais aussi des neurosciences (par exemple l'imagerie cérébrale), des sciences humaines (sociologie, histoire), ou encore de l'économie (par exemple études de corrélations entre PIB et bonheur dans les études sur le bien-être psychologique et la pauvreté économique). Les méthodes utilisées sont diverses mais ont en commun de chercher à se baser sur le recueil de données objectivement mesurées. Les données doivent être publiées de manière transparente, répondre aux critères éthiques de l’APA et publiées dans des revues à comité de lecture scientifique.
Développement d'échelles de mesure centrées sur le fonctionnement optimal La construction d’une échelle de mesure scientifique est un processus complexe qui doit répondre à des critères scientifiques de validité et de fiabilité. C’est en cela que les échelles scientifiques se distinguent des tests de personnalité dans la presse grand public.
La psychologie s’étant majoritairement intéressée aux aspects de souffrance de l’être humain, une grande partie des outils de mesure était conçu pour évaluer les difficultés ou les troubles psychologiques (anxiété, dépression…). Le courant de la psychologie positive a ainsi permis le développement d’échelles de mesure centrées sur les facettes fonctionnelles et optimales de l’être humain (par exemple : l’optimisme, la satisfaction de vie, le bien-être, la gratitude, les forces de caractère…).
De manière plus précise encore, s'est attaché dans ce cadre, autour des années 2000, aux aspects positifs et dynamiques du caractère ou de la personnalité et, ne retenant que les plus universels regroupés autour de six vertus, a conçu un questionnaire pour en mesurer l'intensité : questionnaire Valeurs In Actions, le VIA-IS composé de 120 items, soit 5 pour chacune des 24 forces identifiées et retenues.
Évaluation de l’efficacité des interventions de psychologie positive La psychologie positive s'inscrivant dans une démarche scientifique, elle cherche à évaluer l'efficacité des interventions et des pratiques.
Depuis 2009, 9 méta-analyses ont été publiées sur la psychologie positive. La méta-analyse publiée en 2020 par Alan Carr et ses collaborateurs rassemble 347 études incluant plus de 72 000 participants. Elle conclut à une efficacité des interventions de psychologie positive sur l’amélioration du bien-être et de la qualité de vie, ainsi que sur la diminution des symptômes de dépression, d’anxiété et de stress.
Découvertes scientifiques (par thème) Différences culturelles dans les niveaux de bien-être psychologique (bonheur, qualité de vie)
Les études dans ce domaine sont nombreuses.