L'architecture et le patrimoine d'Olne et de Saint-Hadelin et leur micro-histoire montrent le caractère homogène des deux villages de cette commune du Pays de Herve qui présentent un bâti ancien en moellons calcaires typiques de la région de l'Entre-Vesdre-et-Meuse. Seul le hameau de Gelivau, bâti sur sol gréseux montre les caractéristiques d'un village de l'Ardenne belge.

Il reste peu de bâti du . Au apparaissent des maisons patriciennes, représentatives de la réussite de la bourgeoisie protestante dans le style mosan : façade mixte de briques apparentes et éléments de structure en pierres de taille. Le chœur de l'église d'Olne est remanié dans ce style.

Le petit patrimoine démontre les originalités de la région : potales en calcaire à Saint-Hadelin pour montrer l'appartenance catholique en opposition avec Olne protestant ; entrées basses de clouterie dans les caves, rejointoiement rouille avec la limaille des fenderies et des forges à canon de la vallée de Vaux-sous-Olne.

Vieux village et hameaux

La géographie et l'histoire du village tendent la toile de fond nécessaire à la compréhension du visage actuel d'Olne et aident à saisir la signification de ses édifices et à en ressentir la simplicité.

Cette architecture est l'ouvrage d'artisans anonymes qui, simplement, selon les traditions et dans un même matériau, exprimèrent des volumes et des dispositions intérieures semblables car les moyens, les besoins et les fonctions variaient peu. Si les façades révèlent une réelle diversité dans l'utilisation du matériau, la forme des baies, leur nombre ou leur groupement, l'impression générale est celle d'une grande homogénéité.

Une croix funéraire fixée dans la muraille du vieux cimetière, permet de tirer de l'anonymat, un de ces artisans qui ont su si bien traduire en volume et en pierre, maisons et fermes anciennes que l'on admire aujourd'hui et qui constituent le patrimoine du village. Il s'agit d'Henry Jacquemin, décédé en 1639. Chose rare, sa croix signale qu'il était le masson de Nessonvaux et elle porte des armoiries parlantes : les outils de son métier, la truelle et le té. Ce document témoigne à sa manière de l'entente profonde qui réunissait l'artisan, l'outil et le matériau.

Bâti du

thumb|Olne et ses maisons en pierres blanches du pays.

Les maisons les plus anciennes datent du dernier quart du et adoptent un type de construction qui perdurera jusqu'au milieu du sans changement notable. Il s'agit de bâtisses dans le style dit « mosan » dont les caractéristiques générales sont connues des Liégeois.

Pour le gros œuvre, on utilise principalement des moellons de calcaire extraits de carrières locales, disposés en assises régulières dans certains cas, et on emploie aussi, mais moins souvent, des moellons de grès brunâtre, de Gelivau notamment. Les éléments de structures sont en pierre : portes, baies à meneaux, bandeaux reliant des seuils et linteaux des fenêtres ou soulignant les niveaux, chaînage d'angle harpés. À partir du milieu du , les édifices cossus ont une façade en maçonnerie mixte de briques et de pierres de taille sur un soubassement en moellons.

Une maison du village se cache à l'arrière de maisons bordant la rue principale, dans une petite rue pavée. Exemplaire et d'une qualité architecturale indéniable, sa façade équilibrée en briques et calcaire est sur un soubassement d'assises régulières calcaires. Trois niveaux de trois travées de baies à meneaux et montants harpés sont soulignés par un bandeau plat prolongeant les seuils et les linteaux. On observe un chaînage d'angle à droite et des frises dentées sur denticules sous bâtières de tuiles. Un second bâtiment présente les mêmes qualités. En 2008, le propriétaire de ce bâtiment, anciennement maison Heuse, a rénové sa façade, mettant en valeur les mêmes originalités. Ces deux bâtiments sont classés.

Maisons patriciennes

Lorsque les moyens permettent d'envisager une reconstruction totale, le parti adopté est assez peu novateur dans les formes comme dans les volumes où l'on retrouve, maniés avec dextérité, les éléments du langage architectural du siècle précédent : mêmes matériaux, moellons et briques pour la façade parfois, mais structure simplifiée par l'abandon des cordons et des bandeaux soulignant les étages.

En fait, la nouveauté se manifeste davantage dans la décoration intérieure. Il faut attendre la deuxième moitié du pour que la stabilité politique et l'essor économique général provoquent l'adhésion aux idées nouvelles et créent un climat favorable à un changement de mœurs et donc à une modification du visage architectural. La bourgeoisie enrichie et aimant établir des demeures dont les façades s'inspirèrent de celles des hôtels édifiés en ville mais avec quelque retard et des interprétations locales. Ces bâtisses reflètent la richesse du propriétaire et ses prétentions à une vie de société sont affirmées par la présence d'un salon décoré.

L'effet escompté est réussi car, bien qu'elles s'imbriquent dans les maisons voisines, elles s'imposent au regard en affirmant la géométrie de leur façade à deux niveaux qui respectent la règle de la symétrie pour les ouvertures. On retrouve, assouplis, des éléments du langage ancien : appareil mixte de maçonnerie de briques et de pierres calcaires pour les façades, moellons couramment utilisés pour le reste, fenêtres au linteau bombé ou, selon un usage local, festonné. Apparaissent aussi des procédés nouveaux : pilastres à refends flanquant la travée centrale et les angles, fronton triangulaire, corniche profilée La distribution intérieure du rez-de-chaussée s'organise de part et d'autre du corridor, le salon étant du côté rue. Pour plusieurs de ces demeures, il ne s'agit que d'une façade et d'un décor : la volonté manifeste d'afficher la réussite est tempérée par un souci d'économie se révélant souvent par le réemploi à l'arrière, d'anciennes structures et la limitation de la décoration intérieure au vestibule et au salon. Pour certaine il s'agit ni plus ni moins de la fusion de deux maisons cachée derrière une nouvelle façade.

Maison communale

La maison communale, au milieu du village, acquise par l'administration en 1848, a été bâtie en 1747. Façade à redents, large de cinq travées, déséquilibrée depuis l'ajout à gauche seulement et à une date incertaine (vers 1887 ?) d'une travée supplémentaire identique aux autres. Baies très simples à linteau intradossé et clef en ressaut. Avant-corps central animé d'un portail cintré, d'une porte-fenêtre avec balcon en fer forgé et d'un fronton triangulaire portant un écu muet et le millésime 1747.

L'ample spirale de l'escalier à balustres occupe le fond du large corridor. Le salon possède de belles boiseries en chêne: des portes au décor de rocailles du sculpteur Belleflamme du Pré-des-Paul (lieu-dit entre le Raf'ai d'Olne et La-Falize). Un dessus de cheminée délicatement sculpté qui encadre un bouquet de roses, de tulipes et d'œillets, toile due peut-être au pinceau d'un membre de la famille Coclers de Liège, réputée pour ce genre de composition. Tout évoque l'atmosphère cossue chère à la classe bourgeoise, autant soucieuse d'apparence que de confort. Elle abritait également la gendarmerie. Cette demeure de notable est située au centre du village, pas loin de l'église, là où la rue s'élargit en formant place. Elle est incorporée à une suite de maisons du et du dont quelques façades, sont dissimulées sous un cimentage, mode du début du qui voulait donner un caractère « moderne » en cimentant toute la façade.

Maison Grodent

Une autre maison de maître, , attire l'attention. Sise du même côté, en bas de la rue principale, s'inscrit en continuation d'une série de façades d'immeubles de moindre importance mais datant pour la plupart du également. Reconstruite totalement en 1771, elle n'est défigurée par aucun aménagement si ce n'est un versant de la toiture transformée à la Mansart en 1905. Noble façade à redents, de cinq travées avec baies à linteau chantourné et clef en accolades, large pignon en moellons doté d'ouvertures semblables.

L'intérieur a gardé, tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage, un décor de qualité, plafonds moulurés, trumeaux de cheminée en stuc et devants de foyer en carreau de Delft, parquets, portes, lambris et escalier en chêne mouluré, dallage du corridor, le tout témoignant d'un art de vivre mais aussi du talent des artisans qui ont su si bien traduire, dans ces divers matériaux, le goût du beau et le sens de l'harmonie. Le salon de gauche possède une rare et très intéressante décoration en stuc, de style néoclassique : corbeille de fruit au manteau de cheminée, panneaux des murs ornés de rinceaux, d'arabesques, de guirlandes et de fleurs aux profils légers et élégants, et de sujets représentant les quatre âges de la vie et des Allégories de l'Amour. Ces thèmes ont souvent été traités aux mais sont évoqués ici dans un contexte de motifs ornementaux du type pompéien ou étrusque mis en vogue par Robert Adam.

Si la grâce du décor et plus précisément certains éléments du répertoire du style Louis XVI font penser aux réalisations de la fin du , les vêtements des personnages ne laissent planer aucun doute de la date d'exécution : ils indiquent clairement le début du . Les initiales L.R. figurant dans un médaillon au-dessus de la cheminée corroborent cette opinion : elles seraient celles de Louis Rahier, médecin exerçant à Olne à la fin du . Le goût pour les chambres inondées de lumière avait déjà été ressenti en 1771 par le maître de céans qui avait éclairé ce salon par quatre grandes fenêtres. Le fait de redécorer ce dernier peu de temps après n'a rien d'étrange d'autant que les stucs néoclassiques et l'emploi de miroirs accroissent cette impression de lumineuse blancheur, de charme et d'élégance.

Maison Ancion

À Saint-Hadelin, une maison, sise à l'endroit dit Sur-le-Fief (sur le Fief ) et bâtie en 1774, attire l'attention. Campée sur cet éperon et bien en vue, épaulée de part et d'autre, de bâtiments annexes et de maisons plus modestes mais également anciennes, elle séduit le passant par sa façade régulière. Celle-ci a deux niveaux éclairés par des baies au linteau festonné. Elle est animée de pilastres à redents non seulement aux extrémités mais aussi à la travée axiale afin de simuler un avant-corps, lequel paraît d'autant plus étriqué qu'il est sommé d'un petit fronton volontairement incomplet afin d'y disposer les armoiries du propriétaire.

Cette façon de faire illustre à merveille la différence de conception entre la maison du conçue pour se protéger, se renfermer chez soi, et la demeure bourgeoise de la deuxième moitié du , ouverte sur la rue ou sur la place, et dont la façade n'isole plus mais sert à éclairer et en même temps à afficher les qualités du propriétaire. Ici, en l'occurrence, comme le signale l'inscription au-dessus du portail, il s'agit de Ancion, échevin et greffier du lieu, et d'Ida De Sart, son épouse. Quatre ans après sa construction, ces derniers ont fait décorer les salons de stucs. Le trumeau de cheminée est épaulé de contreforts en volutes où apparaissent de curieux petits personnages vêtus d'une redingote et coiffés d'un tricorne. Au fronton, on retrouve les blasons du couple et la date des travaux : 1778.

Maison Chaineux ou maison scabinale

La façade de cette maison (rue des combattants ) en brique et pierres calcaires, scandée de fenêtres assez simples, ne présente pas de grande originalité mais démontre par sa sobriété et sa régularité, un sens certain de l'harmonie. La pierre au-dessus de la porte d'entrée rappelle que c'est à l'échevin Gérard Chaineux que l'on doit la rénovation de cet édifice en 1788 : le pignon de la façade arrière est en moellons. L'intérieur possède un décor de la même époque.