Canopus est le essai nucléaire français destiné à expérimenter pour la première fois une arme à fusion nucléaire, dite bombe H à partir d'une fusion D-Li6, déclenché par la réaction de fission avec de l'. Il a eu lieu le à (heure tahitienne) au-dessus de l'atoll de Fangataufa sur le territoire de la Polynésie française sous ballon captif d'une altitude de avec une puissance de .

Historique vignette|Fangataufa en . En , la France a été en mesure d'utiliser la fusion d'isotopes de l'hydrogène pour doper la fission du plutonium. Robert Dautray, physicien nucléaire, est choisi par le CEA pour mener l'effort de développement visant à construire une arme à deux étages (fission-fusion). La France n'a pas alors la capacité de produire les matériaux nécessaires pour les deux étapes du dispositif thermonucléaire. L'achat de d'eau lourde à la Norvège et de supplémentaires provenant des États-Unis est nécessaire. Cette eau lourde est mise dans les réacteurs nucléaires et de l'usine de Marcoule en pour produire le tritium nécessaire pour le dispositif.

La France teste le nouveau dispositif dans le cadre d'une série de cinq tirs effectués en Polynésie française entre juillet et . Fangataufa est choisi comme l'emplacement de l'explosion en raison de son isolement, à l'écart de la base principale se situant à Moruroa.

Le général de Gaulle doit assister à ce premier tir d'une bombe H, mais à la suite des évènements politiques de , il est remplacé par Robert Galley, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Recherche scientifique et des Questions atomiques et spatiales du gouvernement Maurice Couve de Murville, qui commande le tir Canopus depuis la passerelle du navire amiral, le croiseur antiaérien .

Au même moment, ce jour-là, à Mangareva, naissait un petit garçon que ses parents prénommèrent Jean Canopus, en honneur de la première bombe thermonucléaire française. Quelques mois plus tard lors d'un passage à Mangareva, le ministre Robert Galley insista pour devenir le parrain de Jean Canopus..

Le marin français Serge Lecordier, parti a Fangataufa juste après le tir, décrit le spectacle qui s'offre à ses yeux. :

La première bombe H française a tiré la plus grande partie de son énergie de la fusion d'atomes légers provenant du deutérure de lithium (D-Li6). La puissance a été de . Les ministres ont fait remarquer que la bombe H française devait se comparer non à la première bombe H américaine de mais à celles de ..

Caractéristiques Les vents au sol jusqu'à viennent du nord-nord-ouest avec une vitesse faible, de 11,112 à . Entre à , vent d'ouest faible tournant au sud-ouest. De à , les vents du sud-ouest se renforcent atteignant à . La tropopause est située à . À la stabilisation (H + ), la tête du nuage atteint , sa base et son rayon ..

La présence de nuages dans la basse stratosphère masque le point zéro à de nombreux observateurs présents sur les bateaux opérationnels à l'instant du tir, laissant croire un court instant à l'absence de réaction nucléaire, mais très vite le champignon nucléaire émerge au-dessus des couches nuageuses confirmant la réalité de ce premier essai thermonucléaire.

Des prélèvements sont effectués par avions Vautour et par dix fusées tirées dans le nuage (638 P et 638 G). Les hélicoptères (Super Frelon et HSS) de repêchage des têtes de fusées décollent du porte-avions à H+.

La bombe, d'une masse d'environ trois tonnes., est suspendue sous un ballon captif gonflé à l'hydrogène. Elle explose à GMT à une altitude de , avec un rendement de , ce qui en fait l'essai le plus puissant jamais réalisé par la France. Originellement Canopus devait avoir une puissance de , finalement pour des raisons de sécurité radiologique, la puissance a été réduite à .

C'est également le seul essai français où les autorités font évacuer un territoire : tous les habitants de l'atoll de Tureia, situé à une centaine de kilomètres au nord de Fangataufa, sont invités à rejoindre Papeete sans que soient officiellement évoqués les risques de retombées radioactives..

Par la réussite de sa détonation, la France devient la cinquième nation thermonucléaire, après les États-Unis, l'Union soviétique, le Royaume-Uni et la République populaire de Chine. Charles de Gaulle déclare ..

L'expérimentation nucléaire Canopus a permis le développement de la toute première bombe thermonucléaire française, la .

Conséquences radiologiques

Conséquences radiologiques sur les sites d'expérimentations Les effets mécaniques et thermiques sur l'atoll de Fangataufa sont importants avec plusieurs foyers d'incendie, la destruction de la tour Empereur située à du point zéro et les dégâts occasionnés à la piste d'aviation.

Compte tenu du risque de contamination des zones de Moruroa dont l'accès avec un minimum de contraintes est nécessaire pour la préparation du tir suivant et la récupération des enregistrements le jour du tir, un effort de protection des zones sensibles est réalisé.

À cet effet, une pellicule plastique étanche est appliquée par pulvérisation sur des aires bétonnées. Pour améliorer la tenue mécanique de ce plastique et faciliter son arrachage ultérieur éventuel, une trame en fibre de verre est déroulée sur le béton avant la pulvérisation.

Près du point zéro, afin d'éviter que le revêtement ne soit brûlé lors du flash thermique, la surface est protégée par d'eau ou de sable, Par ailleurs un dispositif d'arrosage en pluie alimenté par un pompage dans l'océan, assure en continu une pluie de .

Sont ainsi protégés, à Fangataufa environ ( au PEA Frégate et au PEE), à Moruroa une dizaine d'hectares ( à Dindon, en zone Anémone et dans la zone aéroportuaire dont par arrosage en pluie).

Après l'essai, on note une activation de la zone terrestre proche du PEA Frégate (20 à à H+1), une retombée importante constituée uniquement de produits d'activation du lagon touche la partie est de l'atoll entre le PEA et le point Fox. Au sud de ce point, jusqu'à Echo, la retombée est d'un niveau plus faible mais avec un mélange de produits de fission et d'activation. Toutes les contraintes radiologiques imposées dans la zone du PEA sont levées à J+5 après dégagement et assainissement des aires bétonnées.

Dans le lagon, aucune trace de produits de fission n'est détectée, toute l'activité est due aux produits d'activation de l'eau de mer. Lors de la mission de reconnaissance héliportée à H+6 il est relevé un débit de dose maximal de à un mètre au-dessus de la surface de l'eau, l'activité volumique maximale mesurée est de à H+. Dès J+2, l'activité est presque uniformément répartie dans le lagon. Aucune retombée n'est constatée sur l'atoll de Moruroa.

Le jour J, les missions de reconnaissance héliportées à partir des TCD Orage et TCD Ouragan ne posent aucun problème. Un contrôle radiologique est toutefois effectué à leur retour pour détecter une éventuelle contamination des appareils ou du personnel.

De J+1 à J+3, les missions héliportées vers Fangataufa sont contrôlées au niveau de la cabine VD I ; pendant cette période, 120 personnes sont équipées. La contamination observée se limite aux chaussures Pataugas des intervenants. Aucune contamination n'est détectée sur les équipements à partir de J+3.

À J+3, commence l'assainissement de la zone Frégate. Embarqué sur deux bateaux de type Edic, le matériel d'intervention est acheminé sur Fangataufa. Le personnel ne réside pas sur place, il est transporté de Mururoa par vedette . Une cabine Vestiaire-Douche sur ponton est mise en place le long du quai pour le contrôle de l'accès au chantier. De J+3 à J+9, sont équipées et contrôlées, aucune dose et aucune contamination du personnel n'est constatée. Les aires bétonnées de la zone Frégate sont déclarées « froides » à J+5.

Les doses maximales reçues par le personnel sont les suivantes :

entre 5 et pour cinq personnes (dont deux aviateurs et trois personnes de l'aire de délestage des fusées). entre 1 et pour 18 personnes.

La modicité des doses reçues lors des interventions sur des filtres ou fusées présentant des débits de doses compris entre 100 et est obtenue par un calcul minutieux des temps de travail (quelques minutes), le travail à distance à et la rotation du personnel.

Comme pour l'essai précédent, un contrôle systématique par anthropogammamétrie de montre l'absence de contamination interne.

Retombées proches en Polynésie française La trajectoire des retombées s'oriente suivant un axe dirigé vers le nord-est, le niveau d'activité attendu est faible, Les jours J, J+1, les PCR de Tureia et Reao détectent une montée de la radioactivité atmosphérique (respectivement à H+16 et à H+24). Il en est de même sur Pukarua.

Les doses reçues sont faibles, quelques dixièmes de microsievert ( pour Reao). Sur les atolls inhabités du Groupe Actéon, les valeurs du débit de dose de rayonnement absorbée sont plus élevées à Maria ( à H+11), Matureivavao () et Marutea ().

Les barrages de bouées, mis en place au nord-est des sites d'expérimentations, détectent la trace de la retombée :

Le barrage Zoulou avec un maximum de entre H+ et H+. Le barrage Yankee avec un maximum de à H+7. Le barrage Whisky avec un maximum de à H+7.

Retombées mondiales Les faibles valeurs constatées sont dues à l'injection stratosphérique de la majeure partie de la radioactivité compte tenu de la puissance de l'expérimentation et de sa réalisation en altitude sous ballon. Sur l'ensemble de la Polynésie, les retombées mondiales après un tour de l'hémisphère Sud sont perceptibles au niveau de entre J+17 et J+48.

Soutien de la Marine nationale française : la force Alfa () En , la Marine nationale française mobilise plus de pour la construction des installations du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP) en Polynésie française, comprenant un quartier-général à Papeete, la BA 185 avancée à Hao ( au nord-ouest de Moruroa), le polygone de tir atomique de Moruroa et le polygone de tir atomique de Fangataufa. À l'été Arrêté ministériel du ., la Marine nationale française crée le Groupe aéronaval du Pacifique (dit groupe Alfa puis force Alfa) de plus de , comprenant le porte-avions Foch et six autres bâtiments (les escorteurs d'escadre Forbin, La Bourdonnais et Jauréguiberry, les pétroliers La Seine et Aberwrach, le bâtiment de soutien Rhin). La force Alfa appareille le de Toulon et aborde la Polynésie française le afin de superviser les essais atmosphériques « Aldébaran », « Tamouré », « Ganymède » et « Bételgeuse ». Durant la traversée, la France quitte le commandement intégré de l'OTAN.

Le groupe aérien embarqué du comprend 24 avions (12 avions de sûreté Alizé, 8 avions d'assaut et 4 avions de reconnaissance ) et 22 hélicoptères (10 HSS-1, 6 et 6 ) et est chargé de surveiller et sécuriser la zone dite « dangereuse » (dispositif Phoebus). Après que sont repérés à plusieurs reprises dans la zone d'exclusion le bâtiment de recherches scientifiques et le navire de contrôle de missiles et d'engins spatiaux , un sous-marin de nationalité inconnue et un avion ravitailleur (vraisemblablement d'observation et de recueil de prélèvements atomiques) KC-135 de l'USAF , le à , un largue sa bombe A AN-21 à chute libre au large de Moruroa. Après deux autres tirs le et le , la force Alfa quitte la Polynésie française le .