Jean Jules Henri Mordacq, né le à Clermont-Ferrand et mort le à Paris, est un militaire français, général de division durant la Première Guerre mondiale.

Jeune officier de Zouaves en Afrique puis officier de Légion en Indochine, il s'illustre au cours de la Première Guerre mondiale en tant que colonel, chef de corps du d'infanterie, puis commandant de la d'infanterie, de la d'infanterie, et enfin de la d'infanterie.

Le président du Conseil et ministre de la Guerre Georges Clemenceau le nomme chef de son cabinet militaire le jour de son arrivée au pouvoir fin 1917. Il occupe ces fonctions de novembre 1917 à janvier 1920.

Le Dictionnaire Clemenceau (2018) indique : « Il n'est pas excessif d'affirmer que la victoire fut possible parce que, dans l'ombre de Clemenceau, inlassable, anticipant tout, parant à tout, "toujours donnant en plein collier, railleur et défiant" (dixit Clemenceau) se trouvait un Mordacq, oublié des généraux vainqueurs. »Entrée "Général Henri Mordacq", Dictionnaire Clemenceau, Sylvie Brodziak, Samuel Tomeï, Jean-Noël Jeanneney, Editions Robert Laffont, 2018

Avant de quitter l'armée pour se consacrer à la vie politique et citoyenne, il commande le d'armée pendant cinq années en occupation à Wiesbaden (Rhénanie). Il commandera l'Armée du Rhin en remplacement du général Degoutte en 1924. Après l'armée, il se fait notamment le défenseur de la politique menée par le Tigre, le promoteur des réformes militaires, mais aussi l'avocat de la fermeté gouvernementale vis-à-vis de l'Allemagne.

Il est considéré comme l'un des « théoriciens économistes» de lÉcole Métropolitaine au côté du lieutenant-colonel Serrigny, et préconise une analyse politique, géo-économique et industrielle des nouveaux conflits à venir.

Visionnaire, il anticipe avant le début de la Grande Guerre sa longue duréeLe lieutenant-colonel Reboul écrit en 1925 dans son livre Mobilisation Industrielle : « Les avertissements méritaient d'autant plus d'être pris en considération, qu'ils venaient, pour la plupart, de personnes compétentes et estimées. Parmi elles, il faut citer notamment le général Langlois, l'ancien commandant de l'École de Guerre, le père de l'artillerie à tir rapide. Dans la Revue Militaire Générale d'octobre 1911, il prenait nettement parti pour le général Mordacq, alors commandant, celui-ci soutenant, contre l'opinion générale, que la prochaine guerre serait de longue durée. », l'incapacité des plans offensifs français, les carences techniques et logistiques ou encore les lacunes en instruction tactique et stratégique des officiers ainsi que le risque d'une nouvelle guerre si les clauses du Traité de Versailles devaient ne pas être respectées.

Champion d'escrime militaire de France en 1906, et vice-champion international en 1907, il est le fondateur de la Société Militaire d'Escrime Pratique en 1904 qui vise à soutenir cette discipline au sein des armées. Il est à l'initiative des premières unités cyclistes de l'armée française, est l'un des artisans de la refonte de la Légion étrangère, et participe à la création du Centre des Hautes Études Militaires.

Il meurt à Paris en dans des circonstances troubles, son corps est retrouvé dans la Seine sous le pont des Arts. Le Deutsches Nachrichtenbüro annonce son suicide, tandis que des journaux et radios de la Résistance indiquent qu'il a été assassiné par la Gestapo. Il est honoré à l'occasion du centenaire de la Grande Guerre. Le général Mordacq a écrit plus d’une trentaine de livres, rendant compte de son action et de ses observations au service de la Nation.

Biographie 1868 à 1887 Jean Jules Henri Mordacq est né à Clermont-Ferrand le Acte de naissance du .. La famille Mordacq est originaire du Pas-de-Calais où elle est installée depuis le milieu du .

Son père, Charles-Jean-Baptiste Mordacq (1824-1900), officier de la Légion d'honneur, s'est engagé comme simple soldat à dix-huit ans et finit sa carrière avec le grade de chef de bataillon. En cinq ans, il effectue trois séjours en Afrique. Il est décoré par le Pape, Officier des Zouaves pontificaux, à l'issue de la campagne italienne de 1868. Il participe à la guerre de 1870 en tant que capitaine puis chef de bataillon.

En 1857, il se marie avec une Auvergnate, Henriette-Emma Murat, à Clermont-Ferrand, où Henri et son frère Charles sont baptisés. En 1879, Henri Mordacq est élève à Coulommiers où son père est en garnison. Il arrive à Paris en 1887 pour poursuivre ses études au lycée Saint-Louis.

1887 à 1906 vignette|Le chef de bataillon Mordacq au Championnat militaire d'escrime des Officiers de France en 1911. Il intègre Saint-Cyr au sein de la promotion « Tombouctou»La promotion Tombouctou est un hommage aux avancées du colonel Archinard au Soudan Occidental entre les fleuves Sénégal et Niger, alors même qu'il fallut attendre 1894 et la prise de la ville par la colonne commandée par le commandant Joffre pour que cette revendication fût effective.Cette promotion comprend, entre autres, les généraux Andlauer, Lacapelle, Mangin, Gassouin, Sérot-Alméras, Messimy. en 1887 d’où il sort sur 446 en 1889.

Sous-lieutenant à sa sortie d'école, il choisit le régiment de zouaves stationné dans le Sud-oranais en .

Il est promu le au grade de lieutenant et rejoint alors la Légion étrangère, où il intègre les compagnies montées, unités d'élite qui sillonnent les confins algéro-marocains. Il se classe sur 90 à l'École régionale de tir en 1892. Le , le lieutenant Mordacq part en Indochine, au Tonkin, avec son unité, le 1er Régiment étranger d'infanterie.

Le 1893, il mène sa section au combat contre les pirates à Ban-Khan et de Na-Luong. Il reçoit à cette occasion sa première citation à l'ordre du corps expéditionnaire : « Brillante conduite et bravoure pendant les combats de Luong-Mong et Ban-Khan ».

Le lieutenant Mordacq participe à la colonne de Phia-Mah du au et reçoit une deuxième citation le , à l'ordre des troupes d'Indochine du général Duchemin: « Chargé des travaux topographiques pendant les opérations contre Phia-ma, s'est acquitté de cette mission avec intelligence et dévouement. »

Lors de la campagne des Colonnes du Nord, de à , qui permet d'éradiquer les dernières poches de résistance et de piraterie à la frontière chinoise, il coordonne l'état-major en tant qu'officier chargé des renseignements, sous les ordres du colonel Vallière, commandant l'opérationCette opération comprend plus de en tout et couvre le et le territoire du Tonkin (dont près de 600 légionnaires et 1100 tirailleurs).. « [Le colonel Vallière] est bien secondé par un petit officier de renseignements de choix, le lieutenant Mordacq, dont la jeunesse, l'allant et le travail me vont tout à faitLettres du Tonkin et de Madagascar : 1894-1899, page 299, 1920 », écrit le lieutenant-colonel Lyautey en . Il fut aussi sous le commandement du colonel Gallieni, qui le qualifia de « jeune lieutenant d'une intelligence peu commune. »Galliéni au Tonkin 1892-1896, page 71.

Il repart ensuite en Algérie dans la Légion en et est promu capitaine par décret du . Il doit quitter l'Afrique et son régiment pour rejoindre le régiment d'infanterie à Arras en , après huit années d'opérations en Algérie et en Indochine.

Il intègre l'École de guerre le et retrouve les capitaines Loyzeau de Grandmaison, Mangin et Lacapelle. Parmi les professeurs qui enseignent ces deux années, le lieutenant-colonel Ruffey, le lieutenant-colonel Lanrezac, le chef d'escadron Foch, le chef d'escadron Fayolle et le commandant de Maud'huy, tous commandants d'armée au cours de la Grande Guerre. vignette|Le commandant Mordacq entouré de l'équipe française qui remporta le premier prix au Championnat International militaire d'escrime à La Haye en 1907. Le , il épouse à ParisSelon mention marginale de l'acte de naissance. Jeanne Laurent (1879-1955), fille unique d'Edmond Laurent (1853-1923), ingénieur-constructeur chez Moisant, qui devient Moisant-Laurent en 1887 et puis la Société Moisant-Laurent-SaveyHistorique de l'entreprise Moisant-Laurent-Savey, premier concurrent des Ateliers Eiffel dans les constructions métalliques. Edmond Laurent devient associé de l'entreprise en 1884, puis président du Conseil d'administration de Moisant-Laurent-Savey à partir de 1906. Il est fait chevalier de la légion d'honneur pour son travail durant l'Exposition de 1889, puis officier pour sa conception du Grand-Palais lors de l'Exposition de 1900Discours funèbre de Edmond Laurent.

En 1900, Mordacq sort de l’École de guerre sur 80 avec la mention Bien; il est nommé capitaine d'état-major au corps d'armée à Lille le .

Il reçoit le une lettre de félicitations du ministre de la Guerre le général André pour son ouvrage La Question du Maroc au point de vue militaire et commence à se faire connaître pour ses écrits, notamment La Pacification du Haut-Tonkin (1901), ou L'Armée Nouvelle, ce qu'elle pense, ce qu'elle veut (1905) que Jean Jaurès trouvera "utile et attachant" et dont il s'inspirera pour écrire son Armée Nouvelle de 1910 où il lui répondraLe jeune capitaine se projette déjà dans l'avenir et comprend ce à quoi ressemblerait un conflit européen moderne : - « À l’époque où nous vivons, la guerre devient de plus en plus scientifique »; - «...la bataille actuelle, étant donné les effectifs en présence, ne doit pas seulement durer une journée mais bien plusieurs journées consécutives »; - «...dans la prochaine guerre », « des journées entières seront employées à combattre de simples avant-lignes masquant le gros des forces »; - «...rien ne dit que l’infanterie, après avoir vu de telles tueries [canonnage d’une troupe à découvert], ne serait pas démoralisée, au point de perdre le sentiment de l’offensive » -« Ayons donc à la tête de nos armées des chefs encore jeunes, au tempérament vraiment français, c’est-à-dire ne connaissant qu’une tactique : l’offensive ». (à l'image de Gouraud, Mangin, Buat et Weygand, et les jeunes divisionnaires de 1917)."Il me paraît que beaucoup d'officiers, même parmi les meilleurs, même parmi ceux qui s'efforcent le mieux de comprendre notre temps, ne portent qu'un jugement superficiel sur le mouvement d'idées, sur le drame de conscience qui se développe dans le prolétariat. Ainsi M. le capitaine Jibé, dans le livre d'ailleurs utile et attachant qu'il a publié sur l'Armée nouvelle, répète sans cesse que l'armée, comme tout organisme, doit se prêter à la loi supérieure, à la loi « éternelle » de l'évolution. Il constate même que « le monde et surtout la vieille Europe sont travaillés par un mouvement social des plus puissants » et il veut que l'armée n'y reste pas étrangère et doit s'y intéresser «...étant donné le rôle d'éducateur que l'on exige d'elle. »

Mais il ne saisit pas le sens et la noblesse de ce mouvement social et l'observe avec méfiance, surtout pour le surveiller et le contenir. Il y voit pour l'armée non un principe de renouvellement, mais un péril. « Elle a, dit-il, tout intérêt à s'y intéresser, car il ne faut pas se le dissimuler, c'est seulement en se mêlant à ce mouvement social, surtout en y participant, qu'elle arrivera à endiguer le torrent qui, laissé à lui-même, pourrait fort bien compromettre l'existence de l'armée. » Le suprême recours sera, au jour de la déclaration de guerre, de supprimer par la force les mauvais éléments, les quelques réservistes infectés d'indiscipline et d'antimilitarisme. Ce mouvement social que M. le capitaine Jibé ne veut pas ignorer et dont il s'épouvante pour l'armée, qu'est-ce donc ? C'est l'effort des prolétaires pour conquérir non-seulement plus de bien-être, mais plus d'autonomie. Ils veulent cesser d'être des prolétaires, des salariés, c'est-à-dire des hommes à la fois exploités et asservis.L'Armée nouvelle, chapitre 1, Force militaire et force morale.