Alosa sapidissima, communément appelé l’Alose savoureuse, est une espèce de poissons de la famille des clupéidés. C’est l’espèce d’aloses la plus grande et, comme son nom l’indique, l'une des plus savoureuses.
Autres appellations Alose blanche, Alose atlantique, Alose commune, Alose d’AmériqueBernatchez L. et Giroux M., 2000 : Les poissons d’eau douce du Québec et leur répartition dans l’est du Canada, Broquet, 350 pp.. Nom commun anglais : American shad.
Description Alosa sapidissima se distingue par son corps de forme élancée, haute et très aplatie. Avec une moyenne de , les spécimens adultes peuvent mesurer jusqu’à pour une masse comprise entre 0,9 et Scott W.B. et Crossman E.J. 1998 : Freshwater fishes of Canada, Galt House Publications Ltd. - Canada, 966 pp.. L’espèce possède une nageoire caudale très fourchue et une nageoire anale basse et allongée. Elle ne possède ni ligne latérale, ni nageoire adipeuse. Sa coloration est argentée avec un lustre bleu ou bleu-vert sur le dos et des flancs argent brillants. Lors de l’entrée en eau douce pour la reproduction, la pigmentation peut devenir plus foncée, prenant une teinte bronzée ou cuivrée, tirant sur le rouge pour la tête et les parties ventrales. Une tache noire est visible près du bord supérieur de l’opercule, parfois suivie de taches plus petitesRobitaille J.A., 1997 : Rapport sur la situation de l'alose savoureuse (Alosa sapidissima Wilson) au Québec, Ministère de l’Environnement et de la Faune - Direction de la faune et des habitats, 93 pp.. Sa mâchoire inférieure s’emboîte dans une encoche de sa mâchoire supérieure. On la reconnaît aussi par ses grandes écailles qui se détachent facilement. Alosa sapidissima présente une surface ventrale mince avec des écailles en dents de scie. En ce qui a trait aux caractéristiques internes, Alosa sapidissima possède des dents aux prémaxillaires et à la mâchoire inférieure, un péritoine argenté et, entre 53 et 59 vertèbres. Elle peut vivre jusqu’à .
Répartition Alosa sapidissima est une espèce anadrome pouvant migrer sur de grandes distances. On la retrouve principalement sur les côtes, les estuaires et les rivières de la côte est de l’Amérique du Nord, du fleuve Saint-Laurent, au Québec (Canada), à la rivière St-John's en Floride (États-Unis). Des spécimens ont été capturés dans les eaux de Terre-Neuve et le long de la côte du Labrador (Hodder et Hare & Murphy), mais il n’existe aucun indice de zones potentielles de reproduction à ces endroits. Il peut donc simplement s’agir d’individus hors de leur aire de répartition habituelle. Alosa sapidissima a par ailleurs été introduite à plusieurs endroits, mais avec peu de succès, excepté pour les introductions dans les rivières Sacramento et Columbia, sur la côte ouest nord-américaine. On trouve donc désormais Alosa sapidissima aux îles du Kamtchatka (Sibérie) et au golfe de Cook (Alaska) jusqu’à la Basse-Californie, en Europe en mer du Nord et au MexiqueLee D.S., Gilbert C.R., Hoctitt C.H., Jenkins R.E., McAllister D.E. et Stauffer JR., 1980 : Atlas of North American Freshwater Fishes, North Carolina State Museum of Natural History - Raleigh, North Carolina, 854 pp.. Une seule population vit exclusivement en eau douce, enclavée dans le lac MillertonLac Millerton, en Californie.
Cycle de vie Migration Espèce anadrome, Alosa sapidissima délaisse son aire de croissance en mer pour entreprendre une migration en eau douce et s’y reproduire. Ce phénomène instinctif de retour à la rivière natale est dénommé « homing »Dodson J.J. et Leggett W.C., 1973 : Behavior of adult American shad (Alosa sapidissima) homing to the Connecticut River from Long Island Sound, Journal of the Fisheries Research Board of Canada, vol. 30, Dodson J.J. et Leggett W.C., 1974 : Role of olfaction and vision in the behavior of American shad (Alosa sapidissima) homing to the Connecticut River from Long Island Sound, Journal of the Fisheries Research Board of Canada, vol. 31, . Le déclenchement de la migration, la fraie elle-même ainsi que l’éclosion des œufs semblent être régulés par la température de l’eau. La répartition même de la montaison des poissons migrateurs serait influencée de manière importante par l’importance des débits de la rivière, l’orientation des courants et la sensibilité olfactive du poissonLeggett W.C., 1977 : The Ecology of Fish Migrations, Annual Review of Ecology and Systematics, vol. 8, ..
Quelle que soit leur propre rivière d’origine, Alosa sapidissima se rassemble en bancs dans plusieurs secteurs pélagiques de la côte est américaine, mais sans jamais s’éloigner du plateau continental (Dadswell, 1984). Elle s’expose ainsi, dans son déplacement océanique, à des conditions homogènes qui seraient en partie liées à leur sélection préférentielle de températures (allant de 13 à ). Au contraire, le lieu précis où les géniteurs se reproduisentCascadden J.E. et Leggett W.C., 1975 : Life history variations in populations of American shad, Alosa sapidissima (Wilson), spawning in tributaries of the St John River, New Brunswick, Journal of Fish Biology, vol. 7, . expose du même coup les jeunes de l'année à vivre ses conditions uniquesLeggett W.C et Cascadden J.E., 1978 : Latudinal variation in reproductive characteristics of American shad (Alosa sapidissima): evidence for population specific life history strategies in fish, Journal of the Fisheries Research Board of Canada, vol. 35, ..
On a récemment (2013) découvert que certaines moules d'eau douce peuvent absorber des œufs d'Aloses et les protéger avant de libérer la larve du poisson dans le milieu : lors d'une étude ayant porté sur 757 moules prélevées dans sept sites, 6 % contenaient des œufs d'aloses et dans deux des sept sites, 17 % et 18 % des moules examinées en contenaientJason M. Wisniewski, Katherine D. Bockrath, John P. Wares, Andrea K. Fritts & Matthew J. Hill (2013) The Mussel–Fish Relationship: A Potential New Twist in North America ? ; Transactions of the American Fisheries Society Volume 142, Issue 3; DOI:10.1080/00028487.2013.763856(résumé). Les moules de ce groupe étaient plus connues pour parasiter (à l'état de larve) les branchies de certains poissons (pour se faire transporter). Les relations entre ces moules d'eau douce et l'Alose pourraient donc être des interactions durables plus symbiotiques que parasitaires, mais des recherches doivent encore préciser si elles sont de type amensales, mutualistes ou commensales.
Après avoir grandi en rivière et après la reproduction estivale pour les géniteurs sexuellement matures, ces derniers dévalent le cours d'eau et se rassemblent en bancs dans l’océan. Les nouveaux alevins, de 9 à de longueur, vont quant à eux passer leur premier été en rivière. Ce ne sera que plus tard, après avoir dérivé en aval et avoir atteint une taille de 51 à , que les juvéniles de l’année entreront en mer à l’automne et y demeureront (jusqu’à leur maturité sexuelle).
Croissance Dès la résorption de son sac vitellin, la larve commence à s’alimenter de zooplancton puis, au fil de sa croissance, son régime alimentaire se diversifie. Il inclut alors des œufs d’invertébrés, des copépodes, des insectes de jeunes stades et des alevins d’autres espèces de poissons (Marcy 1976). Son mode d’alimentation serait par ailleurs opportuniste d’après des études (Levesque et Reed 1972) révélant que le contenu stomacal reflète l’abondance des proies du milieu larvaire. Rendus au stade juvénile, on dénote chez les alosons leur tendance de regroupement en bancs dont la taille aurait une incidence sur le taux de survie des individus. Chaque juvénile y subit moins de stress et réduit ses dépenses métaboliques en comparaison avec un poisson solitaire. De cette manière, le regroupement en bancs des juvéniles contribuerait à rendre leur comportement d’alimentation plus efficace (Ross et Backman 1992). La période de résorption du sac vitellin du stade larvaire est considérée comme un moment critique dans le cycle de vie de l’alose. Il semblerait que la densité de sa nourriture, le zooplancton, soit corrélée avec la mortalité larvaire. La force d’une cohorte serait plus grande lorsque dans sa phase critique en eau douce la densité du zooplancton est élevée. L’alimentation peut donc être considérée comme un facteur clé de la force d’une cohorte (Crecco , 1983).
Pendant sa période de croissance en mer, peu de choses sont connues sur la vie d'Alosa sapidissima, surtout dans les premières années de son cycle de vie, sinon qu’elle s’y rassemble en bancs. Son régime alimentaire comprend essentiellement des copépodes et des mysidacés ainsi que des quantités moindres d’autres crustacés planctoniques et de petits poissons. Toujours en groupe, elle se déplacerait surtout dans les zones pélagiques turbides et riches en plancton au large des côtes du plateau continental et se livrerait à des migrations verticales pour suivre les organismes dont elle se nourrit (Neves et Depres 1979). Par ailleurs, tous les stocks d’aloses se maintiendraient dans des aires communes de croissance l’été comme l’hiver (études de marquage réalisées par Dadswell , 1983 et Mervin , 1992).
Lorsqu’elle a atteint sa maturité sexuelle et entame la montaison en eau douce, elle mange peu ou pratiquement rien, fixant ses priorités sur l’accomplissement de la reproduction. Par après, elle recommence à manger en eau douce lors de sa dévalaison.
Reproduction Les mâles sont les premiers arrivés à la rivière de fraie. Lorsque les femelles y parviennent peu de temps après, l’acte de fraie sera accompli si les conditions sont propices, soit plus particulièrement à des températures d’au moins ainsi qu’à partir du crépuscule. L’apogée des activités de reproduction survient à des températures proches de en mai et juin, voire jusqu’en juillet dans les eaux canadiennes.
L’acte se produit tout juste sous la surface de l’eau, la femelle accompagnée de plusieurs mâles. L’action des géniteurs est visible par leur nage vigoureuse qui laisse une trace d’écume. Cette parade nuptiale coupant à travers l’eau est accompagnée de sons particuliers dénommés clapotements (littéralement ce sont les sons émis lors des « sauts d’aloses »). La femelle relâche ses œufs en eau libre et c’est ainsi que les mâles les fécondent.
Étudiés attentivement et avec prudence, ces sons permettent aux chercheurs d’évaluer l’intensité de l'activité de fraie et l’abondance des géniteurs sur un site, d’en délimiter l’aire, voire de découvrir d’autres sites de fraie dans des régions potentielles à la présence de l’espèceBilodeau P. et Massé H., 2005 : Étude de la reproduction de l’Alose savoureuse (Alosa sapidissima) du Saint-Laurent par l’écoute des clapotements - Rapport technique, Ministère des Ressources naturelles et de la Faune - Direction de l’aménagement de la faune de Montréal, de Laval et de la Montérégie (Longueuil), , ix + 33 pp + annexes.. La confirmation de la fraie s’effectue ensuite par l’ajout d’autres techniques. La méthode auditive est alors complétée par la pêche au filet des géniteurs et plus souvent par l’échantillonnage des œufs. Les œufs fécondés ont un diamètre de 2,5 à et sont transparents, de coloration rose pâle ou ambrée. D’autre part, ils ne sont pas adhérents et sont un peu plus denses que l’eau ambiante. C’est ainsi que libres dans l’eau, ils sont emportés par le courant et éclosent dans les 8 à 12 jours suivants alors que la température se situe entre 11 et .
Fécondité Alosa sapidissima serait prolifique par son nombre d’ovules en développement chez la femelle reproductrice qui se situerait entre et (Cheek 1968 et Roy 1968). Mais en moyenne, la production de la femelle est estimée entre et œufs suivant sa taille. Cependant, les plus grandes femelles ne produisent pas nécessairement plus d’œufs, car la fécondité varie avec la taille mais est aussi fonction de la latitude de la rivière d’origine.
Stratégies de reproduction thumb|Alose savoureuse