L'École liégeoise de peinture est une filière de peintres du et du premier tiers du qui a vu le jour dans la principauté de Liège et qui s'est distancée du bouillonnement baroque sous l'impulsion de Gérard Douffet.
La production, dans la foulée de la Contre-Réforme, est axée sur la peinture religieuse et de portrait. Les œuvres témoignent davantage du classicisme de Nicolas Poussin et du naturalisme du Caravage que de la grandiloquence du rubenisme.
À côté de Gérard Douffet, les peintres François Walschartz, Alexandre de Horion, Bertholet Flémal, Walthère Damery, Gérard Goswin, Jean-Guillaume Carlier, Gérard de Lairesse, Gilles Hallet, Englebert Fisen, Louis Counet et Théodore-Edmond Plumier sont les principaux représentants de ce mouvement.
Reconnaissance du mouvement artistique liégeois du Sur les que comptait l'exposition de Charleroi de 1911 consacrée à l'art sur le futur territoire wallonCette exposition fut curieusement appelée alors qu'elle embrassait le territoire de la future Wallonie., à peine 18 étaient consacrées aux artistes du . Indifférence confirmée par la quasi-absence d'information sur la peinture de cette époque lors des conférences organisées à la même occasion. Cependant, parmi les œuvres présentes, on pouvait déjà admirer les artistes de la mouvance liégeoise.
En dépit des efforts de certains, Jules Destrée en premier, de faire émerger l'art wallon en général, il semble qu'une certaine vue nationale et donc réductrice de l'art sur le territoire de l'actuelle Belgique ait occulté les que comptait la région romane du territoire au au profit des disciples du grand Rubens.
Si parmi les , Tournai, Mons, Dinant ou encore Charleroi étaient représentées, la cité mosane jouissait de davantage de visibilité avec les artistes peintres Gérard Douffet, Walthère Damery, Bertholet Flémal, Renier de Lairesse (d) et Gérard de Lairesse.
Les initiatives du député Jules Destrée afin de promouvoir la Wallonie en général et à mettre en évidence ses richesses culturelles allaient certes conduire à l'émergence d'un mouvement rétrospectif et puis à la création du musée de l'Art wallon de Liège en 1952. Cependant Gérard Douffet et ses émules restaient dans l'ombre du génie baroque de Rubens et ses disciples.
Du au , un colloque international présidé par Pierre Rosenberg (conservateur en chef du département des peintures au musée du Louvre) et consacré à la peinture liégeoise des allait couronner les travaux de chercheurs tels que Pierre-Yves Kairis, Didier Bodart, Claude Bosson, Marc Bouchat, Jean-Patrick Duchesne, Philippe Farcy, Jean-Luc Graulich, Jacques Hendrick, Albert Lemeunier, Marie-Christine Merch, Joseph Philippe, Jacques Stiennon et Jacques Thuillier.
Grâce à leur persévérance durant plusieurs annéesCitons par exemple la bourse accordée à Pierre-Yves Kairis par la Fondation Ochs-Lefèvre de l'Académie royale de Belgique., il a été possible de démontrer l'originalité et la valeur esthétique du foyer liégeois en exploitant les archives, en analysant et en comparant au moyen de critères sûrs les œuvres de l'époque. Plus particulièrement, les historiens de l'art Jacques Hendrick et Pierre-Yves Kairis ont compilé les traits spécifiques de cette du .
Caractéristiques Il ressort d'emblée que la plupart des peintres sont non seulement natifs de la principauté de Liège, mais le plus souvent de la ville de Liège elle-même. En effet, on ne retrouve pratiquement aucun artiste notable durant le provenant d'autres centres urbains de la principauté épiscopale, comme Verviers, Huy ou Spa.
Autre fait marquant : presque tous les peintres font un séjour en Italie, le plus souvent à Rome, où ils fréquentent assidûment un maître afin de parfaire leur art. On ne citera que Gérard Douffet, précurseur du mouvement, et François Walschartz, son contemporain, qui se forment dans les milieux caravagesques. Nombre d'entre eux, surtout à partir de la deuxième génération, voyagent également à Paris, comme Bertholet Flémal, Walthère Damery et Théodore-Edmond Plumier, et y font parfois le plus gros de leur carrière artistique, comme Gérard Goswin. La singularité des artistes du Pays de Liège est donc d'autant plus accentuée qu'ils se distancient du rubénisme et de l'art flamand contemporain au profit de la peinture française et italienne, plus particulièrement du classicisme de Nicolas Poussin ainsi que du réalisme et du clair-obscur du Caravage et sa mouvance.
Liège, , devient, de par sa position géographique (à quelques kilomètres des pays protestants), un des postes avancés du catholicisme durant la Contre-Réforme. De fait, l'essor du clergé dans la principauté est continu durant le avec la construction d'une centaine de nouvelles églises et la création d'une trentaine de nouveaux couvents, chapelles et hospices. En conséquence, et .
Les artistes de l' exécutent également de nombreux portraits pour la noblesse, les notables ou les princes-évêques de Liège et traitent de sujets inspirés . Par contre, on ne trouve .
Contexte historique alt=Frise chronologique: l'École liégeoise dans son contexte historique|centré|950x950px
Si la Contre-Réforme (ou Réforme catholique) contribue largement à l'essor et la prospérité de l'activité picturale en région liégeoise au , les peintres exercent alors leur art sous un régime corporatiste assez sévère et protectionniste à l'encontre des peintres étrangers à la cité. Ces derniers ne sont autorisés à faire commerce que lors de foires organisées ponctuellement. Le même sort est également réservé aux artistes relevant d'ordres religieux qui ne sont pas inscrits à la corporation correspondante, celle des orfèvres à Liège.
La n'est d'ailleurs pas la seule activité exercée par les artistes peintres, même les plus talentueux d'entre eux. Le vernissage et la restauration de tableaux, le marbrage d'autels, la dorure des bronzes, l'enluminure de blasons ou encore polychromer des statues sont autant d'activités qu'ils n'hésitent pas à exercer pour augmenter leurs revenus.
Les artistes doués et possédant suffisamment de fonds s'expatrient à Anvers, pôle de la peinture baroque, et/ou vers la France et l'Italie, vers des cieux plus classiques ou pour s'essayer au chiaroscuro (clair-obscur) des caravagesques. Si certains peintres quittent définitivement la principauté pour s'installer , d'autres décident de demeurer à Liège, où ils sont confrontés à une rude concurrence et travaillent surtout pour les établissements religieux, qui sont alors en plein essor sous l'impulsion de la Réforme catholique. Il faut attendre le siècle suivant pour que les artistes se libèrent de leur asservissement au corporatisme.
Tour d'horizon des peintres
S'il est vrai que la partie romane du territoire comptait plusieurs foyers de peintres, il est utile de souligner que le pays de Liège fut de loin le plus fertile au puisque toute une filière de maîtres se sont succédé pour donner naissance au mouvement artistique liégeois.
Le front de l'art pictural est calme au début du siècle : on distingue bien des peintres dont le style est proche de Lambert Lombard mais aucun éclat particulier ne caractérise ces œuvres.
La première génération : Douffet, Walschartz et de Horion gauche|vignette|Gérard Douffet, L'Invention de la sainte croix, 1623-1624 (huile sur toile ; ), Munich, Alte Pinakothek.
Il faut attendre la figure de proue qu'est Gérard Douffet (1594-1660) pour qu'enfin se dégage un talent magistral de la cité épiscopale. Le jeune homme étudie d'abord chez un artiste d'origine bruxelloise exerçant sa profession à Liège, nommé Jean Taulier, puis chez le peintre Perpète à Dinant. Il continue sa formation à Anvers (1612-1614) et en Italie (1614-1624), où il séjourne principalement à Rome mais aussi à Venise et Naples. L'essentiel de sa carrière artistique se déroule ensuite à Liège, avec une brève période d'exil à Utrecht de 1648 à 1650. L'Invention de la sainte croix (Munich, Alte Pinakothek), réalisée en 1623-1624, est une œuvre dont les qualités esthétiques annoncent la mouvance liégeoise. Douffet, qui avait goûté au caravagisme en Italie, va emprunter le style ténébreux et le naturalisme du maître tant controversé sans pour autant y adhérer en totalité. D'une manière générale l'art du liégeois est un savant mélange entre son passage chez Pierre Paul Rubens à Anvers et son apprentissage auprès des disciples du Caravage. On en retrouve clairement la trace dans ses tableaux de la Visite du pape Nicolas V au tombeau de saint François d'Assise (1627) et du Christ apparaissant à saint Jacques le Majeur (1633), qui sont tous deux également conservés à Munich. À partir de 1630-1640, ses aptitudes vont s'estomper bien que ses portraits gardent toute leur superbe.
vignette|redresse|François Walschartz, Nativité, vers 1630 (huile sur toile ; ), Fouron-Saint-Pierre, église Saint-Pierre.
François Walschartz (1597/98-1678/79), contemporain de Douffet, se forme d'abord à Anvers puis se rend à Rome où il est l'élève du peintre caravagesque Carlo Saraceni, qui le marque durablement. De retour à Liège en 1626, il y travaille jusqu'en 1646 avant de s'installer à Maastricht. Il revient en 1670 à Liège, où il finira ses jours. Bien qu'il s'imprègne du caravagisme durant son voyage en Italie, il développe un style caractéristique, que Jacques Hendrick dénomme , qui en fait . Ses œuvres, , font preuve et transcrivent fidèlement . Parmi ses meilleures toiles, on trouve une Adoration des bergers de 1626 conservée dans l'Église Notre-Dame de Foy à Foy-Notre-Dame près de Dinant, une Nativité dans l'église Saint-Pierre de Fouron-Saint-Pierre, une Sainte Famille à Malmedy dans l'église des Capucins et une Cène dans l'église Sainte-Geneviève de Zepperen. Tout comme Douffet, ses peintures tardives perdent en qualité et .
vignette|Alexandre de Horion, Portrait de Sébastien de la Ruelle sur son lit de mort, 1637 (huile sur toile ; ), Liège, La Boverie.|gauche
Un autre artiste liégeois de la génération de Gérard Douffet s'érige en spécialiste de la peinture de portrait : Alexandre de Horion (1590-1659). Comme Walschartz et Douffet, il va se former durant plusieurs années à Rome (1621-1626) avant de revenir à Liège (1626-1659), où il jouit d'une notoriété certaine en tant que peintre officiel de la Cité (et donc des bourgmestres de Liège) et peintre attitré de la cathédrale Saint-Lambert. Deux portraits de Sébastien La Ruelle, considérés auparavant de la main de Douffet, sont attribués dans les années 1980 à Alexandre de Horion par les historiens de l'art Jacques Hendrick et Pierre-Yves Kairis. Il s'agit du Portrait de Sébastien La Ruelle de 1636 et du Portrait de Sébastien de la Ruelle sur son lit de mort de 1637, conservés dans les collections publiques liégeoises. Le changement d'attribution se base sur les , que présentent les deux œuvres et sur le fait que Douffet, Chiroux notoire, aurait difficilement pu être choisi dans les années 1630 pour effectuer le portrait de Sébastien La Ruelle, chef du parti opposé, celui des Grignoux. De Horion serait également l'auteur de portraits du Conseiller de Haan (1625), de Marie de Hocht (vers 1625), de Michel de Sélys (1643).
Pierre-Yves Kairis mentionne aussi le peintre Simon Damery I (d) (1590-1630) qui se forme d'abord chez Jean Taulier, comme Douffet, puis s'expatrie en Italie, séjournant brièvement à Rome en 1616 et résidant ensuite à Milan jusqu'à sa mort. L'artiste reste étroitement en contact avec sa ville natale, où .
La deuxième génération : Flémal, Damery et Goswin vignette|redresse|Bertholet Flémal, Déploration du Christ mort, 1660-1670 (huile sur toile ; ), Karlsruhe, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe.