Le cow-boy ou cowboy Réforme de l’orthographe de 1990 (prononcé : , de l'anglais , « vache », et , « garçon », prononcé en anglais ), qui signifie « vacher » ou « bouvier » en français, est un garçon de ferme s'occupant du bétail bovin dans les pays anglophones de grands espaces comme le Far West américain et lOutback australien.

Cette profession dérive de celle de vaquero, en vogue au Nouveau-Mexique aux , mais s'en distingue en ce sens que ces derniers ne sont pas des ouvriers agricoles. En effet, au les élevages de l'Ouest alimentaient l'ensemble du pays ; le cow-boy avait donc pour mission de conduire les bêtes à travers le sud des Grandes Plaines, en l'absence de chemin de fer. Cette transhumance, qui cessa aux alentours de 1890, a donné du cow-boy une image d'homme libre, solitaire et nomade, en certains points éloignée de la réalité.

À la fin du et tout au long du , de très nombreuses œuvres littéraires (romans, bandes dessinées) et films prirent pour héros des cow-boys courageux, cavaliers euro-américains émérites et tireurs d’élite prêts à dégainer face aux Amérindiens pour sauver la veuve et l'orphelin. C'est ainsi que le cow-boy s'est transformé en un personnage mythique incarnant les valeurs américaines.

Les origines du métier de cow-boy L'époque espagnole ( / 1521) thumb|Chasse au taureau sauvage dans le Mexique colonial (1582). thumb|Longhorn.

Au , les conquistadors espagnols explorent les régions situées au nord de la Nouvelle-Espagne et les colonisent à partir du . Lors des expéditions d'exploration du sud-ouest américain appelé alors « Nouveau-Mexique », notamment lors de l’expédition de Francisco de Coronado en 1540Pierre Lagayette, L’Ouest américain : réalités et mythes, , des bovins s'échappent et retournent à la vie sauvage. Des chevaux espagnols retournent aussi à la liberté : ce sont les mustangs. Lorsque les Espagnols s'installent au Nouveau-Mexique, au Texas puis en Californie, ils introduisent l'élevage d'animaux jusque-là inconnus des Amérindiens (moutons, bœufs, chevaux). Les missions franciscaines espagnoles pratiquent un élevage extensif, avec l'aide des Amérindiens.

Les grands propriétaires mettent les troupeaux de bovins sous la surveillance de vaqueros, des ouvriers agricoles montés sur des chevaux. Ils rassemblent les bêtes au cours du rodearMot espagnol qui signifie : tourner autour, faire la ronde. et portent un costume adapté à leur activité : un sombrero pour les protéger du soleil, un bandana pour ne pas respirer la poussière, des jambières et des éperons pour monter à cheval et un lasso afin de capturer les animaux.

La période mexicaine (1821-1848) vignette|gauche|Charro Mexicain (1828). Le terme « charro » était à l'origine un terme péjoratif pour les vaqueros mexicains, synonyme des termes français « péquenaud », « paysan », « cul-terreux » ou « plouc ». vignette|gauche|Un cow-boy (1887).

Avec la fin de la domination espagnole et le départ des propriétaires des ranchos, les troupeaux se sont retrouvés à l’état sauvage : un cheptel disponible existe donc alors à l’Ouest. En 1820, lorsqu'arrivent les premiers colons, la région du Texas actuel compte près de 3,5 millions d'animaux disponibles, les longhorns, surtout situés au Sud où les pâturages sont nombreux et parfois permanents.

En 1832, le Mexique ordonne la dissolution des missions et le partage de leurs terres, qui vont plus souvent aux colons connaissant l'élevage du bétail et ayant les moyens de les acheter qu'aux Amérindiens restés pour la plupart chasseurs nomades dans les régions concernées.

La vente de ces vastes territoires, appelés ranchos, qui étaient jusqu'alors inhabités, intéresse de nouveaux colons. Ces possessions sont surtout utilisées pour l'élevage du bétail par les rancheros, leurs dirigeants, qui sont aidés par les convertis amérindiens des missions. Une élite se forme parmi ces rancheros et prend rapidement de l'importance au sein de la province mexicaine.

Des Américains essaient une première fois de tirer profit de ces animaux, mais pour cela il faut des hommes capables de gérer le bétail : si on les appelle encore les vaqueros, le nom anglais « cow-boy », apparu sur la côte atlantique du pays à la fin du ., se diffuse peu à peu en Amérique du Nord. Ils commencent à mener les bêtes à destination des centres de consommation du Missouri ou de La Nouvelle-Orléans. Avec l'indépendance du Texas en 1836, les « rancheros » deviennent « ranchs » ; il faut trouver des débouchés à cette viande : on ouvre de nouvelles pistes, qui conduisent les animaux jusqu'au port de La Nouvelle-Orléans en Louisiane. Cependant, les troupeaux transmettent une maladie très grave et contagieuse, la Texas Fever (« Fièvre du Texas ») qui contamine en 1852-1853 le bétail des fermiers. Dès lors, ces derniers font tout pour s’opposer au passage des troupeaux sur leurs terres, souvent fusil à la main.

Le cow-boy et la conquête de l'Ouest (1848-1890)

vignette|Carte postale du début 1900. thumb|Prairie dans le Kansas. La période qui s'écoule de la défaite mexicaine à la fermeture de la Frontière marque l'apogée du mode de vie des cow-boys. Lors de la ruée vers l'or, de nombreux hommes arrivent en Californie puis dans tout l'Ouest américain. Cet afflux provoque un accroissement de la demande en viande mais, après une tentative réussie de mener les bêtes à Denver, la guerre de Sécession (1861-1865) emporte l’élevage dans la tourmente.

Alors que les cow-boys texans, puis les rancheros, sont mobilisés, la terrible sécheresse de 1862-1863 décime les troupeaux livrés à eux-mêmes. Au départ, l’armée sudiste se nourrit de ce bétail, mais le blocus du Mississippi, à l’automne 1863, coupe le dernier débouché des éleveurs qui doivent brader leurs bêtes au Mexique contre le ravitaillement. À la fin de la guerre, le Texas est ruiné, mais bien vite le cheptel se reconstitue : en 1865-1866, 5 millions de bêtes sont à nouveau disponibles.

Au début des années 1860, l’immigration croissante et l’urbanisation des États-Unis conduisent au développement du marché de la viande bovine, surtout sur la côte Est. De plus, les habitudes alimentaires changent, et la consommation de bœuf remplace peu à peu celle de porc, considérée comme un plat de pauvres. Les médecins de l'époque encouragent la population à manger du bœuf. Enfin, il faut pouvoir nourrir les soldats et les Amérindiens de l'Ouest. Le bétail de l’Est ne suffit plus à approvisionner les grands centres où la viande pourrait trouver des débouchés, et les grands abattoirs de l’Est (Cincinnati, Chicago) ont besoin de matières premières. Or le Texas peut répondre à cette demande, mais l’acheminement des bêtes reste problématique. Des tentatives ont été menées dans les années 1850 vers Chicago, Saint Louis et même New York, mais les résultats furent décevants. Dans l'une d’elles, vers la Californie, les animaux n’arrivèrent d’ailleurs jamais à destination. thumb|Cow-boys contemporains.

Un marchand de bestiaux de l’Illinois, du nom de Joseph Mc Coy, s’en rend compte et cherche un point d'échange entre les éleveurs et les acheteurs, que l’on puisse joindre sans trop de dangers : il choisit Abilene dans le Kansas, terminus ferroviaire de la Kansas Pacific Railway. Il passe un contrat avec la compagnie, puis il développe alors, autour de la ville, toutes les infrastructures nécessaires à la vente et à l’embarquement des bêtes à bord du train qui les conduira vers l’Est : en 1867, les premiers wagons chargés de bœufs partent pour Chicago. Cependant, il reste à amener les bêtes de leur point d’origine jusqu’à cette gare, soit un parcours de près de 1000 kilomètres vers le Nord : c’est là le début de l’aventure qui a rendu célèbres les cow-boys, avec la grande transhumance.

Statut social et effectifs Si, dans l’imaginaire collectif, le cow-boy est un Américain blanc, WASP, homme libre et droit, la vérité est différente à plusieurs égards.

D'une part, derrière l'image de liberté que la légende associe au cow-boy, celui-ci a un statut subalterne peu enviable, avec des revenus très faibles. Avec le phénomène de regroupement des terres dans l’Ouest, qui appartiennent de plus en plus à de grands propriétaires, se mettre à leur service est alors l'un des rares métiers proposés dans la région et les patrons peuvent trouver de la main d’œuvre, même avec un salaire aussi faible. Les jeunes sont fascinés par la vie de leurs aînés, attirance alimentée par les récits plus ou moins avérés des aventures des cow-boys. En réalité, les cow-boys constituent un groupe méprisé et exploité par les propriétaires de ranchs. Peu payés et sans possibilité d'accès au crédit, ils ne peuvent que rarement devenir propriétaires à leur tour et vivent dans une certaine précarité en dehors des périodes de transhumance. vignette| à Bonham, au Texas, en 1913. D'autre part, la faible attractivité du métier n'incite pas les Blancs à prendre cet emploi qui se résume à celui d'un ouvrier agricole aux activités dangereuses. Par conséquent et contrairement aux idées reçues, 45 % des cow-boys sont des gens de couleur victimes des lois Jim Crow qui codifient leur ségrégation raciale et les empêchent d'être associés à la figure emblématique du cow-boy symbole de la conquête de l'Ouest : Noirs (15 % des effectifsPhilippe Jacquin, Vers l’ouest : un nouveau monde, sont composés de ces hommes libérés de l'esclavage), métis (15 % également), Mexicains ou indiens composent les à cow-boysPhilippe Jacquin, Daniel Royot, Go West ! […], qui empruntent la piste du bétail (Cattle Trail) entre 1865 et 1890.

Quoi qu’il en soit, il y eut peu de cow-boys : jamais plus de 40 000, pour une population de 60 millions d’AméricainsClaude Fohlen, La Vie quotidienne au far-west (1860-1870), .

Équipements et techniques thumb|Un cow-boy sur son cheval.

On connaît les équipements typiques du cow-boy mais, là encore, celui-ci n’a rien inventé : les techniques utilisées montrent une filiation indiscutable avec les pratiques des ranchos mexicains, ce qui a été largement oublié par la légende, préférant faire du cow-boy un « pur yankee ». Si les vaqueros n’étaient rien de plus que des sédentaires à proximité des animaux, pour les nourrir et les soigner, ils ont donné au ranch américain des techniques et des outils qui ont été repris et adaptés pour la transhumance : les vaqueros avaient notamment mis en place le marquage des bêtes au fer rouge.

Comme ils devaient capturer le bétail sauvage, ils ont élaboré une corde à nœud coulant portée au bout d’une perche, le lazo, qui devient plus tard le lasso que l’on connaît. Long de 9 à , il est fait de corde ou de cuir et son maniement requiert une bonne expérience : sur un cheval au galop, il faut en faire tourner la boucle, puis la jeter sur le cou de l’animal, enrouler aussitôt l’autre extrémité autour du pommeau de la selle, et arrêter sa course sans tomber de cheval.

Au niveau de l’équipement, on trouve l’indispensable chapeau large (), un héritier direct du sombrero mexicain. Le Stetson est un des modèles les plus appréciés, son feutre indéformable et ses bords larges protégeant bien du soleil ou de la pluie. Il peut même faire office d’abreuvoir ou de cravache. Le foulard (bandana) ou simple mouchoir autour du cou pour se protéger de la poussière, comme les éperons pour diriger le cheval, sont également empruntés aux vaqueros. À cela s'ajoutent les bottes et des jambières en gros cuir, les chaparreras, là encore d’origine mexicaine. La panoplie se complète d’un pantalon solide, d’une couverture et d’un ciré, parfois d’un revolver prêté par l’employeur. Très peu de cow-boys ont les moyens de se payer une arme personnelle dont les détonations pourraient effrayer les bêtes, préférant utiliser les fouets pour se faire obéir. .

thumb|left|Un cow-boy maniant son lasso.