L'abbaye Saint-Hydulphe de Moyenmoutier est une ancienne abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, située à Moyenmoutier, dans le département des Vosges (France). Cette abbaye abrita jusqu'à 300 religieux.
Elle fut fondée vers l'an 671 par saint Hydulphe, chorévêque de Trèves qu'il quitta pour se retirer dans la solitude des Vosges et y vivre en ermite. Cette abbaye fut soumise dès le commencement aux rois d'Austrasie et ensuite à l'empereur Charlemagne et à ses successeurs. Par la suite, les ducs de Lorraine y exercèrent des droits régaliens sous l'autorité des empereurs.
Histoire Un ermitage Les circonstances de la fondation de cette abbaye sont environnées de légendes. Selon la tradition hagiographique, le premier dessein de saint Hydulphe serait de vivre en ermite. Il choisit à cet effet vers 671 un endroit le plus resserré entre la montagne et les rochers dans le massif des Vosges, du côté du midi et au-delà de la rivière du Rabodeau du côté nord. Il bâtit sa hutte dans la forêt à mi-chemin d'Étival et de Senones.
Tous les terrains des alentours étaient déjà occupés par d'autres ermitesLa biographie des trois hagiographies extirpée ou Vita Hilulphi est suspecte aux yeux des historiens. Il est peu probable que Hydulphe ait côtoyé Gondelbert et Déodat. : Gondelbert à l'est (Senones), saint Déodat au sud (Saint-Dié-des-Vosges) et Leudinus Bodo à l'ouest (fondateur du monastère d'Étival). Dans les environs, il y avait aussi l'abbaye de Bonmoutier (Val-et-Châtillon), fondée par le même BodoFils de Berthold qui possédait des terres à Étival. Leudinus Bodo avait pour frère Fuculfus Bodo et pour sœur sainte Salaberge qui se voua à la vie monastique. Leudinus fut évêque de Toul en 667. Cet ensemble forme ce qu'on nomme depuis l'époque moderne la « croix sacrée de Lorraine » ou « croix monastique des Vosges »Voir la tradition liée à Gondelbert..
Peu de temps après que saint Hydulphe se fut retiré dans la solitude, un seigneur des environs nommé Bogon, lui fait cadeau de terrains appelés aujourd'hui Saint-Blaise (sur la commune de Moyenmoutier) connu autrefois sous le nom de Bégoncelle. Il y rajoute par la suite la roche de Folcholde qui est sans doute la montagne voisine de Saint-Blaise, un vallon où se trouvait autrefois le village de Veis-Valle, à l'emplacement de Rua où l'on a bâti par la suite la ville de Raon-l'Étape.
Première abbaye (-) Fondation vignette|gauche|210px|Statue polychrome représentant saint Hydulphe dans l'église abbatiale de Moyenmoutier. La renommée du nouvel ermite attire bientôt une foule de disciples. Hydulphe décide alors la construction en d'un monastère sur le lieu, qui devient l'abbaye de Moyenmoutier (), puisque ce monastère (moutier) prend place au cœur de la Croix sacrée de Lorraine. Premier abbé de Moyenmoutier (671-707), il choisit la règle de saint Benoît comme mode de vie de la nouvelle communauté.
À côté de l'abbaye il construit successivement deux églises, l'une sous l'invocation de la Sainte Vierge et l'autre sous celle de saint Pierre, une troisième église pour les étrangers et les hôtes de passage, en dehors du monastère, et une quatrième sur une colline au sud de l'abbaye dédiée au pape saint Grégoire (actuel oratoire Saint-Grégoire). Il fait installer un cimetière pour y enterrer les religieux à côté de cette dernière église car les terrains à côté de l'abbaye sont trop marécageux.
Les religieux de plus en plus nombreux sont répartis en petits prieurés (ou « celles ») à l'origine des villages actuels de Ban-de-Sapt, Saint-Jean-d'Ormont, Denipaire, Hurbache, La Voivre, La Hollande, Moyenmoutier et une partie de Raon-l'Étape.
Légende de sainte Odile Saint Erhard, frère de Saint Hydulphe et évêque de Ratisbonne, ayant appris sa retraite dans les Vosges, vient lui rendre visite. Selon la légende les deux prélats catéchisent et baptisent Odile, la fille d'Etichon-Adalric d'Alsace. La jeune Odile, par une « grâce particulière du ciel, et par la prière des évêques, reçut à la fois la lumière de l'esprit et celle du corps au baptême ». En effet, Odile est aveugle de naissance, et recouvre la vue au moment où l'huile sainte touche ses yeux. Son père lui permet de se retirer sur un haute montagne nommée Hohenberg où elle bâtit un monastère (Abbaye de Hohenbourg au Mont Sainte-Odile fondée en 680). Cette légende est la même à l'abbaye de Baume-les-Dames.
En reconnaissance de ce miracle, Etichon-Adalric donne à Moyenmoutier de grands biens en AlsaceTous ces détails relatifs à Moyenmoutier sont tirés de deux notices écrites au , par des religieux de l'abbaye. L'une de ces notices se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris, manuscrit, collection de Lorraine, Moyenmoutier. L'autre se trouve dans les archives du département du Bas-Rhin et fut écrite par Dom Hyacinthe Alliot, abbé de Moyenmoutier, entre autres des terres autour de Thanvillé. Saint Hydulphe envoie des religieux dans ses nouvelles possessions, et y fait bâtir un monastère dédié à saint Pierre, sans doute à l'emplacement de l'église actuelle de Saint-Pierre-Bois.
Sous les Carolingiens Vers 787, l'abbé MandalvinDescription et Histoire de l'oratoire Saint-Grégoire et du tombeau de Saint-Hydulphe par l'abbé L.F Deblaye, sur le site abbayesvosgiennes.blogspot.fr fait transférer les ossements de saint Hydulphe de l'église Saint-Grégoire à l'église abbatiale Sainte-Marie, un lieu plus digne avec la magnificence convenable.
Sous le règne de Charlemagne, les religieux de Moyenmoutier ne pouvant se mettre d'accord sur le choix d'un abbé, l'empereur décide de leur donner pour supérieur un archevêque de Grado, nommé Fortunat, qui était alors à sa cour. C'est au cours de son administration que l'abbaye acquiert un commencement de célébrité. Fortunat gouverne cette abbaye environ vingt deux ans et mourut en . Il est enterré dans l'oratoire de Saint-Grégoire, au sud de l'abbaye.
crée des tensions à l'occasion de son divorce en avec Theutberge. Étant en guerre avec ses oncles et , il demande à l'abbé de Moyenmoutier Pépin, trente soldats armés que son abbaye est chargée de fournir au roi en temps de guerre. Pépin ne veut rien entendre et donne l'abbaye de Moyenmoutier au duc , comte de Hainaut, qui avait reçu le duché du même roi vers l'an au début de son règne. Le duc de la province, pour répondre au désir de Lothaire, dissipe les biens. Les religieux, manquant des choses nécessaires à la vie, sont obligés de se disperser, à l'exception d'un tout petit nombre à qui le duc fournit la nourriture. Il s'approprie également des familles de serfs qui appartenaient au monastère.
Les choses demeurent en l'état jusqu'au règne de ZwentiboldEn 894, Arnulf de Carinthie intronise son fils bâtard Zwentibold comme roi de Lotharingie. Zwentibold est tué en 900 par ses vassaux révoltés et le royaume de Lotharingie est rattaché à la Germanie de (). Il donne l'abbaye de Moyenmoutier au comte Hillin, qui chasse les religieux et met des chanoines séculiers en .
Destruction Vers 915/917, les Hongrois pillent et incendient une partie des bâtiments de l'abbaye. Les chanoines dépouillés errent dans les montagnes. Le monastère ruiné reste abandonné plusieurs années. Il faut attendre 960 pour qu'une deuxième abbaye soit reconstruite.
Deuxième abbaye (-) vignette|droite|200px|Châsse de saint Hydulphe à l'abbatiale de Moyenmoutier. Nouvelle construction
L'abbé Adalbert, un moine bénédictin de Gorze, est chargé par le duc de Haute-Lotharingie Frédéric de réformer l'abbaye dans la stricte règle de Saint Benoit, avec l'appui de Blidulphe et Gundelach. Pour ce faire, sous son abbatiat (955-985), il chasse les chanoines et fait revenir les moines ; il entreprend de reconstruire une nouvelle abbaye vers 960 sur des terres plus vastes ; il fait exhumer le corps de saint Hydulphe, préside à sa canonisation vers 965 et dépose ses ossements dans une châsse de bois précieusement décorée ; il crée la première bibliothèque de l'abbaye où sont rassemblés principalement des ouvrages nécessaires à l'étude des textes sacrés. La ferveur spirituelle et la prospérité matérielle reviennent.
En 984, selon une légende, l'abbaye est sauvée du rançonnement du duc de Souabe Conrad grâce à ses cloches et au frère SmaragdeAbbaye de Moyenmoutier (Vosges) sauvée par ses cloches et le frère Smaragde en 984, d’après « Le Pays lorrain » paru en 1907 et « Bulletin de la Société philomatique des Vosges » paru en 1888), sur le site france-pittoresque.com.
Sous l'abbatiat d'Almann (985-1011) est fondée la première école de grammaire d'Europe pour les moines. À cette occasion, la bibliothèque de l'abbaye commence à rassembler les ouvrages nécessaires à la transcription et la compréhension des saintes écritures ainsi qu'à l'apprentissage de la lecture. L'abbaye devient un centre important de recherche et de production littéraires. La bibliothèque s'enrichit de nombreux manuscrits que l'abbaye conserve jusqu'à la Révolution française. Parmi ces manuscrits, on peut citer l'Évangéliaire pourpre datant du qui contient l'évangile selon Marc écrit en lettres d'or et d'argent sur du vélin pourpré. Un autre manuscrit témoigne de la diversité d'ouvrages que possédait la bibliothèque : il s'agit du Glossaire d'Épinal. Avec près de 950 lemmes écrits en vieil anglais, ce document est souvent considéré comme le premier « dictionnaire européen ».
Guillaume de Volpiano vient deux ans à l'abbaye (1026-1028) pour l'initier à la réforme clunisienne.
Humbert de Moyenmoutier Le cardinal Humbert, célèbre par ses écrits et les services qu'il rend à l'église contre les grecs schismatiques, est un moine de Moyenmoutier pendant la première partie du . Il écrit la Vita HidulphiIl est au moins son commanditaire exigeant et son premier lecteur tout comme il s'intéresse à toutes les traces des hommes de foi appartenant aux siècles passés qui se sont engagés dans les missions de l'Église au cœur de l'empire franc, et en particulier en Lotharingie. Ses principaux manuscrits sont répertoriés dans la Bibliotheca bibliothecarum, manuscrit de Bernard de Montfaucon.
Envoyé du pape Léon IX, c'est le cardinal Humbert qui dépose le , une bulle d'excommunication sur l'autel de la cathédrale Sainte-Sophie, à l'encontre du patriarche de Constantinople Michel Ier Cérulaire. Ultime provocation qui donne naissance à la séparation des Églises d'Orient et d'Occident.
Sous les ducs de Lorraine Depuis Gérard d'Alsace au milieu du , l'abbaye de Moyenmoutier fait partie de la souveraineté des ducs de Lorraine. Au , les sires de Haute-Pierre obtiennent du duc de Lorraine suzerain la charge d'avouerie sur l'abbaye et exercent ainsi sur leurs sujets une assez grande autorité (Selon certaines sources ils se serraient auto-proclamés avoués pour profiter de la rente des moines). Au , Aubert de Parroy bâtit sur le rocher de la Haute-Pierre un château qui est détruit au siècle suivant, sur l'ordre du duc Mathieu II de Lorraine, réaffirmant son l'autorité sur cette région. En dépit des démêlés avec ses avoués, des troubles de guerres, de la peste et des incendies, l'abbaye prospère néanmoins pendant cette période, grâce à de bons administrateurs comme Lambert (abbé de 1039 à 1062) et Milon (abbé de 1115 à 1147)Archives départementales des Vosges, série H, Clergé régulier avant 1790, Abbaye de Moyenmoutier, Répertoire numérique détaillé établi par André Philippe archiviste départemental (1905-1937), page 2.
En 1252, un incendie détruit en partie l’abbaye dont la bibliothèque et les archives. Les documents d'avant le sont donc rares à nous être parvenus.
En 1344, l'abbé Jean de Malla (1343-1362) restaure et fortifie l'abbaye qui prend l'allure d'un château-fort avec pont-levis et murailles de huit mètres de haut. Derrière les murailles en pierre de taille et crénelées, on creuse de larges fossés. L'ensemble ressemble à un château féodal ! Le calme retrouvé, les abbés peuvent maintenant se concentrer à agrandir le patrimoine du monastère.