Henri d’Eu, né vers 1075 et mort le à l'abbaye d'Eu, fut comte d'Eu dans le duché de Normandie et lord d'Hastings dans le royaume d'Angleterre.

Biographie

Henri d’Eu appartient aux Richardides, famille descendant du duc de Normandie . Son père meurt en 1096. Il s'était révolté contre le roi d'Angleterre Guillaume le Roux. Défait, il doit subir un duel judiciaire qu'il perd face à Geoffroi Baynard. En conséquence, le roi le condamne à l'aveuglement et à l'émasculation. Il ne survit que peu de temps à ses blessuresOrderic Vital explique que Guillaume fut provoqué en duel judiciaire par son beau-frère même Hugues d'Avranches. Ce dernier l'accusait de faire étalage de ses relations extra-maritales et/ou d'avoir utilisé sa sœur dans sa révolte. David Crouch, The Normans. The History of a dynasty, Continuum International Publishing Group, 2006, ; C. P. Lewis, « Avranches, Hugh d', first earl of Chester (d. 1101) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..

Étant son fils aîné, Henri d’Eu lui succède comme comte d'Eu et lord du rape d'Hastings. En 1101, il semble soutenir le duc de Normandie Robert Courteheuse contre son frère Henri Beauclerc qui vient de ravir le trône anglais. En effet, Robert est parti du Tréport, domaine du comté d'Eu, pour envahir l'AngleterreJudith A. Green, « Robert Curthose reassessed », Christopher Harper-Bill, Anglo-Norman : Proceedings of the Battle Conference, Boydell & Brewer, 2000, 112.. Orderic Vital rapporte qu'en 1104 en Normandie, Henri se soumet au roi anglaisJudith A. Green, The Government of England Under , Cambridge University Press, 1989, 114. et qu'il fait partie de ses points d'appui dans le duchéDaniel Power, The Norman Frontier in the Twelfth and Early Thirteenth Centuries, Cambridge University Press, 2004, 370.. Il combat pour ce dernier, le à la bataille de Tinchebray, où le duc est fait prisonnier.

Par la suite, il épouse la cause de Guillaume Cliton, le fils du duc Robert et de la coalition composée des comtes et , et du roi . Vers 1117, le roi le fait arrêter à Rouen avec Hugues de GournayC. Warren Hollister, , édité et complété par Amanda Clark Frost, Yale University Press, 2001, 244-251 .. Il ne les fait libérer que sur l'insistance de , et sur la promesse de leur bon comportement. Pourtant cela n'empêche pas les deux hommes, accompagnés d'Étienne d'Aumale, de devenir les meneurs de la rébellion dans le nord-est du duché et de soutenir militairement le comte Baudouin de Flandre. La rébellion dans cette partie du territoire s'arrête en , quand le comte Baudouin est gravement blessé. Henri d'Eu revient alors aux côtés du roi Hollister, , , 257.. Le comte Baudouin meurt en , et son cousin et successeur Charles le Bon choisit de rester en paix avec son voisin.

Quelques mois plus tard, le , Henri est l'un des nombreux barons qui accompagnent lorsqu'une rencontre fortuite des armées royales normandes et françaises donne lieu à la bataille de BrémuleHollister, , , 264-266.. Les Français sont balayés, et doit s'enfuir et se réfugier dans la forteresse des Andelys. Le mois suivant, à la défense de la ville de Breteuil, qui est attaquée par le roi français et son allié . Encore une fois, les Français doivent s'enfuir.

En 1124, Guillaume de Grandcourt, l'un de ses fils cadets, participe à l'embuscade de Bourgthéroulde comme chevalier de la maison royale. Il capture , le comte d'Évreux, mais choisit de déserter plutôt que de le remettre à Marjorie Chibnall, « Mercenaries and the Familia Regis under », Anglo-Norman warfare: studies in late Anglo-Saxon and Anglo-Norman military organization and warfare, éditeur : Matthew Strickland, Boydell & Brewer, 1992, 120.. D'après Orderic Vital, en 1127 le comte soutient de nouveau ouvertement Guillaume Cliton.

Il se remarie en troisièmes noces avec Marguerite de Sully, petite-fille d’ et Adèle d'Angleterre, la fille de Guillaume le Conquérant. Étienne, son oncle par alliance, devient roi d'Angleterre en 1135.

En Angleterre, les moines de Fécamp doivent veiller sur leurs intérêts. Vers 1130-1131, ils se disputent avec le comte d’Eu au sujet de droits de péage perçus à WinchelseaW. Farrer, « An Outline Itinerary of King Henry the First (Continued) », The English Historical Review, 34, 136 (1919), 558.Frederick William Brooks, The English naval forces, 1199-1272, H. Pordoes, 1962, 85..

Il réside pendant longtemps au château d'Eu, et fait des dons en faveur d'établissements monastiques en Normandie (abbaye du Tréport)David Crouch, The image of aristocracy in Britain, 1000-1300, 1992312.. Il est plus que probable que le château d'Hastings est négligé, et tombe en ruine pendant la dernière moitié du ou le commencement du du fait de la préférence d'Henri pour ses autres châteauxSelon William Durrant Cooper, « Hasting rape, Castle and Town », dans Sussex archeologicil collections illustrating the history and antiquities of the county, 2, Londres : Sussex archeological society, 1849, 166 : « The fifth, sixth and seventh Earls of Eu resided for a long time at their Chateau d'Eu and founded many monastic establishments in Normandy and it is most probable that Hastings Castle was neglected and fell into decay during the latter half of the twelfth century or the commencement of the thirteenth »..

La ville du Tréport doit au comte Henri l'accroissement de sa population et un commencement de prospérité, notamment en faisant bâtir un quai pour le port, avec des entrepôtsAbbé Albert Legris, Le Livre rouge d'Eu, 1151-1454: avec introduction, notes et table, Rouen : Lestringant, 1911, xxvii.. Le cours de la Bresle, qui baigne alors le pied des huttes du village de Mers, aux confins de la Picardie, est par lui détourné et dirigé le long du Tréport vers l'occident<ref>Dany LaurentLe Livre rouge d'Eu, 1151-1454: avec introduction, notes et table, Le Tréport et ses gens de mer aux : étude d'histoire démographique et sociale d'un port normand (aspects généraux), Le Tréport, 2007, 15.</ref>. La ville d'Eu lui serait redevable de ses premiers privilèges, que le comte Jean d'Eu, fils d'Henri, augmente notablement par une charte datée de 1151, qui reprend les mêmes coutumes que la ville de Saint-Quentin (Aisne) François Neveux, « Le problème des communes dans les villes épiscopales de Basse-Normandie () », dans Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 1985, 16, 218, et note 5, d'après : Suzanne Deck, Une commune normande au Moyen Âge. La ville d'Eu. Son histoire, ses institutions (1141-1475), Paris : Champion, 1924.. Henri donne, vers 1106, sa seigneurie de Hooe (Sussex de l'Est) à l’abbaye Notre-Dame du BecMarjorie (McCallum Morgan) Chibnall, The English lands of the Abbey of Bec, Oxford, 1946 (rééd. 1968) 143 d'après la charte originale : Kings College de Cambridge, Dd 35 (Carta de manerio de Hou).. Henri échange les chanoines réguliers de l’église Notre-Dame d’Eu pour des séculiers en 1130David Crouch, The image of aristocracy in Britain, 1000-1300, 1992, 312, d'après B.n.F., Paris, Ms. Lat. 13904 (Cartulaire des contes d'Eu), fol. 34r-36r..

Il fonde l'abbaye savignienne de Foucarmont en 1129Véronique Gazeau, Normannia monastica: Princes normands et abbés bénédictins (), Publications du CRAHM, 2007, 303.-1130Lindy Grant, « The Architecture of the Early Savigniacs and Cistercians in Normandy », Anglo-Norman : Proceedings of the Battle Conference 1987, éditeur : R. Allen Brown, Boydell & Brewer, 1988, 132., avec des moines venant de l'abbaye de Savigny. Elle est implantée au Fond Théodoric ou Théodore (aujourd'hui appelé La fontaine Saint-Martin''), un petit vallon au fond duquel coule la rivière l’Yères, et du gros bourg de Foucarmont. L'abbaye devient cistercienne après l'affiliation de la congrégation de Savigny à cet ordre.

Henri d'Eu embrasse lui-même la vie religieuse en devenant chanoine augustinien de l'abbaye Notre-Dame d'EuDavid Crouch, The Reign of King Stephen, 1135-1154, Harlow ; New York : Longman, 2000, 312.. Sa mort est marquée au dans la nécrologie de l'abbaye de Foucarmont, où il est enterré.

Mariages et descendance

Henri épouse en premières noces Mathilde ou Maud ou bien Mahaut, morte en 1107 ou 1109, puis en secondes noces Hermentrude. Il se remarie en troisièmes noces avec Marguerite de Sully, fille de Guillaume de Blois et d'Agnès de Sully, petite-fille d’ et d'Adèle d'Angleterre, la fille de Guillaume le Conquérant. Étienne (1097-1154), son oncle, devient roi d'Angleterre en 1135. Le comte Henri laisse :

Jean (mort en 1170), qui succède à son père ; Étienne ; Guillaume de Grandcourt, qui combat à Bourgthéroulde en 1124 ;

Guillaume de Jumièges ne donne au comte Henri qu'une fille, et trois fils, sans les nommer.

Notes et références Références

Voir aussi Articles connexes Salles des Croisades Comté d'Eu Liste des comtes d'Eu

Bibliographie

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