Selon le recensement de la population de 2011, les Hongrois de Roumanie constituent, après les Roumains, la deuxième plus grande communauté ethnique de Roumanie. Le terme roumain maghiar ou ungur (avec un u) désigne une communauté ethno-linguistique habitant dans plusieurs pays, tandis que ungar (avec un a) fait référence aux habitants de la Hongrie. Cependant, dans le langage courant, ces termes sont parfois confondus. En hongrois, il n'y a pas de distinction : le mot magyar est utilisé dans les deux cas.
Parmi les (6,5 % de la population du pays)., se distinguent deux groupes d'importance inégale : les « Sicules » de Transylvanie (Székelyek, Secui) et les « Csángó » (Ceangăi) de Moldavie ; les autres sont simplement dénommés « Magyars » (, ) sans autre précision.
Les Hongrois de Roumanie se concentrent essentiellement dans les grandes villes transylvaines de Cluj, Oradea, Arad, Satu Mare ou Târgu-Mureș, dans la plaine à la frontière avec la Hongrie (ancien partium) et surtout dans le Pays sicule, au centre de la Roumanie, où ils dépassent 70% des habitants dans beaucoup de communes. Il existe également une forte communauté magyarophone à Bucarest.
Histoire
Originaires de l'Oural, les Magyars, d'origine finno-ougrienne, sont arrivés dans le bassin des Carpates à la fin du poussés par des mouvements de populations générés principalement par l'avancée des Petchénègues. Une fois sédentarisés, ils absorbent les populations locales slaves, germaniques ou latines, se convertissent au catholicisme et fondent un grand royaume en union personnelle avec la Croatie..
Des origines au
thumb|Maison natale du roi magyar d'origine roumaine Matthias Corvin à ClujIl semble que les Corvinides, comme une bonne partie de l'aristocratie roumaine des / , étaient d'origine coumane.. Les Magyars proprement-dits (environ ), sont présents en proportions diverses dans la plupart des județe de la Transylvanie ; ils forment la moitié des habitants du Județ de Mureș et vivent aussi en moindre nombre dans les principales villes du pays (voir le tableau ci-dessous).
Le Royaume de Hongrie fondé au est dès l'origine suzerain du voïvodat de Transylvanie qui apparaît en même temps. Il semble que les latinophones, les slavophones et les magyars ont longuement vécu étroitement mêlés sur un territoire bien plus vaste que la Transylvanie, allant de la Mer Adriatique à la Mer Noire et de l'actuelle Slovaquie à l'actuelle Moldavie. En effet, selon les données toponymiques et linguistiques, les latinophones étaient, à la manière des Romanches, des Ladins, des Frioulans, des Istriens et des Dalmates, localement majoritaires autour de certains massifs montagneux tels que les chaînes Dinariques, le Pinde, les Balkans occidentaux, le massif du Bihor, les Carpates et le Măcin. Dans les plaines entourant ces massifs, la population était majoritairement slave et hongroise. Par exemple, la bourgade de Săvădisla/Szent-László vient du slave Sveti Vladislav (saint Ladislas), tandis que le pays de Târnava a en roumain un nom slave et en hongrois un nom d'origine finno-ougrienne (Küküllő) (signifiant respectivement « épineux » et « prunier »). Les noms des montagnes (Pietrosu, Găina, Codru, Pleșu, Căpățâna, etc.) sont presque tous d'origine latine, comme la rivière Arieș (en hongrois Aranyos) qui tire son nom du latin Aureus : orpailleur ; les noms de beaucoup d'autres rivières sont hérités de l'antiquité. Néanmoins, les noms finno-ougriens dominent le long de ces mêmes fleuves et dans les plaines, ce qui montre que les populations magyares étaient préférentiellement implantées le long des cours d'eau et dans les zones de végétation ouverte. De leur côté les Valaques (comme on appelait alors les romanophones) dominaient sur les piémonts (dans les romanies populaires de Marmatie, Oaș, Crasna, Sălaj, Lăpuș, Năsăud, Gurghiu, Toplița, Vlăhița, Bihor, Zărand, Moților, Caraș, Vâlcu, Montana, Hațeg, Petroșani, Amlaș, Cibin, Făgăraș et Bârsa) où ils s'adonnaient à l'élevage extensif, surtout ovin (c'était encore le mode de vie traditionnel de la plupart des Roumains transylvains au )Béla Köpeczi (dir.), History of Transylvania, 3 vol., Boulder, East European Monographs, 2001-2002 : traduction anglaise d'un ouvrage documenté et précis (version abrégée en français disponible sur : Histoire de la Transylvanie, Budapest, Akademiai Kiadó, 1992), mais contesté par les historiens roumains parce qu'il adopte la thèse du « Désert des Avars » (Avarenwüste) d'Eduard Rössler selon laquelle les Magyars ont trouvé la Transylvanie vide d'habitants, à l'exception de quelques tribus slaves nomades ; à l'inverse, l'historiographie hongroise moderne considère par nature toutes les sources roumaines comme non fiables parce qu'elles adoptent la thèse d'une continuité romanophone en Transylvanie entre le retrait de l'Empire romain au et les premières valachies attestées au ..
Toutefois, il n'y a avant la fin du aucune statistique ethnique en Transylvanie, seules des données religieuses fragmentaires existent. On ne peut donc pas savoir quelle communauté linguistique était majoritaire à telle ou telle époque, on sait seulement que toutes sont là depuis très longtemps et que la communauté magyare y a laissé de nombreux noms de lieux, surtout en plaine. Elle est aujourd'hui présente dans tous les départements de la Transylvanie, dans des proportions diverses allant de 4 %, à la majorité (dans deux départements : Covasna et Harghita).
Sur le plan social, ces communautés n'ont pas toujours été égales. En tant que conquérants et guerriers, beaucoup de Magyars dont les Sicules, étaient des hommes libres, de même que les Saxons établis ici à l'initiative de la couronne hongroise. Initialement, tous étaient catholiques romains. C’est parmi eux que se recrutaient les aristocrates, tandis que les serfs étaient fort rares. À l’inverse, la grande majorité des orthodoxes, dont les Roumains, étaient réduits au servage, soit qu'ils aient été conquis (thèse roumaine), soit qu’ils soient venus d’ailleurs mais sans avoir été invités par la Couronne (thèse hongroise). En fait à l’origine (du au ), les documents fonciers ou juridiques et les édits royaux mentionnent aussi des joupans et des boyards orthodoxes jouissant de franchises spécifiques, avec des noms slaves et roumains (parfois d'origine coumane), mais ils se raréfient ensuite, pour disparaître complètement au par intégration à la noblesse hongroise (cas de Iancu de Hunedoara/Hunyadi János), par émigration vers la Moldavie et la Valachie, ou par chute dans la condition servile à la suite de la perte de leurs franchises après l'échec de la révolte de Bobâlna en 1437La « Jacquerie de Bobâlna » est une révolte paysanne qui a eu lieu en Transylvanie, sous l’influence des Hussites, contre l’Église et les nobles, sous la conduite d’Antal Budai Nagy. Appuyés par la bourgeoisie urbaine et la petite noblesse, les insurgés reprochent à l’Église ses richesses (elle possède 12 % du territoire transylvain) et déplorent sa perte de prestige à la suite du Grand Schisme d'Occident (1378-1417). Vainqueurs à Bobâlna en , les révoltés obtiennent d’importantes concessions. La noblesse fait bloc contre les révoltés. Elle convoque les représentants des Saxons et de Sicules qui proclament à Căpâlna une « Union fraternelle », appelée l’« Union des trois nations » le . La ville de Kolozsvár (Cluj en roumain), qui avait pris parti pour les insurgés, est prise d’assaut en 1438. Les chefs de la jacquerie sont mis à mort et les paysans Valaques, qui formaient jusqu'alors l'un des états (« nations ») du voévodat de Transylvanie (Universitas valachorum) perdent leurs droits et sont ravalés au rang de serfs. Le caractère dynastique de la Transylvanie s'en trouve renforcé, au bénéfice des dynasties aristocratiques magyares. le raidissement des Ordres privilégiés aboutit en 1438 à la constitution de l’« Union des trois nations », charte qui enlève aux Roumains leurs franchises et fige la société transylvaine dans un ordre social où seuls les catholiques (Magyars, Sicules et Saxons) sont reconnus comme « nations », et qui était visible dans l’habitat traditionnel.
Cet habitat était centré sur un manoir fortifié, voire un château magyar ou saxon (souvent aux pieds d’une citadelle), proche d'une église catholique (ou, plus tard, protestante) elle aussi fortifiée, entourés de quelques grosses maisons en pierre d'artisans, de marchands, de fermiers ou de guerriers eux aussi magyars ou saxons, elles-mêmes dominant une foule de maisonnettes en bois et pisé, aux toits de chaume ou aux tuiles en bois, avec une église également en bois, égrenées vers les forêts ou les cultures environnantes et habitées par des serfs en majorité roumains, paysans, bûcherons ou bergers illettrés, paroissiens, pour la plupart, d'un pope sachant juste lire les caractères gréco-cyrilliques de la liturgie orthodoxe. Les grosses villes étaient presque exclusivement magyares ou saxonnes, tandis que les villages isolés de la montagne étaient presque exclusivement roumains. La jacquerie de Gheorghe Doja/Dózsa György en 1514 ne parvient pas à ébranler cet ordre, qui perdurera jusqu'au et à la révolution transylvaine de 1784. Les Trois Nations restent, en Transylvanie, maîtresses de la terre, de l'économie et du pouvoir politique jusqu'en 1918, y compris durant la période d'indépendance de la Transylvanie (1525-1699)..
En conclusion, la communauté magyare de Roumanie, en tout cas de Transylvanie, a un riche passé qui fait partie de son identité et dont elle est fière, car elle se situait, pour beaucoup de ses membres, au sommet de la pyramide sociale et culturelle. Mais sans doute a-t-elle intégré au fil des siècles bien des Roumains, car l’« ascenseur social » médiéval menait à l’embourgeoisement ou à l’anoblissement en passant par l’adoption de la langue et des coutumes magyares ou saxonnes, et par la conversion au catholicisme ou, plus tard, à la Réforme (à laquelle on doit, d’ailleurs, les premiers textes -bibliques- en roumain).
Du à 1918
Avec la révolution transylvaine de 1784 et l'émergence du nationalisme romantique au , les relations se tendent entre les nationalités de Transylvanie. Les privilèges de l'aristocratie hongroise sont contestées, y compris parmi les magyars. Mais en 1848, la révolution magyare et la révolution roumaine s'affrontent l'une contre l'autre, ce qui précipite leur échec et la victoire des conservateurs.
Lors du compromis de 1867 qui transforme l'empire d'Autriche en Autriche-Hongrie, la noblesse et les jacobins hongrois se trouvent sur une position commune et obtiennent satisfaction : l'autonomie de la Transylvanie est supprimée et le pays est directement rattaché à la Hongrie. Cela inaugure une politique de magyarisation forcée qui dresse les Roumains de Transylvanie contre leurs voisins Hongrois, et « refroidit » les relations de ces derniers avec les Saxons. thumb|Population hongroise (jaune) au sein du Royaume de Hongrie (1910). vignette|Carte linguistique de la Hongrie orientale selon le rencnsement austro-hongrois de 1910 : les Hongrois en vert. vignette|Pourcentage des Hongrois de Transylvanie par județ, selon le recensement de 2011.
De la « grande Roumanie » à la Seconde Guerre mondiale