thumb|L'arbre à clous de Herchies (Belgique). thumb|upright|Détail du chêne à clous de Havré (Belgique). Un arbre à clous (ou arbres fétiches, ou arbres guérisseurs) est un type d'arbre votif, une forme de dendrolâtrie qui se rencontre particulièrement en Belgique, mais aussi dans d'autres régions, comparable aux arbres à loques ou à chiffons. Sa réputation se fonde sur l'ancienne croyance populaire qui estimait qu'un mal physique (son mauvais esprit), principalement les maux de dents et les maladies de la peau, pouvait, par un processus rituel, être extirpé du corps et cloué à un arbre. L'élimination du mauvais esprit entraînait ainsi la guérison.
La présence des arbres à clous rappelle aujourd'hui une des dernières survivances de rites antiques issus de diverses formes de paganisme, progressivement remplacés par d'autres symboles du catholicisme. Ils sont aussi remarquables par les missions et rôles curieux que leur ont assignés les hommes..
Les arbres à clous se distinguent des arbres à loques, couverts de linges ou de pièces de tissus et des arbres sacrés qui sont sacralisés par une bénédiction et/ou un objet de dévotion (et associé à une chapelle ou une fontaine guérisseuse).
Les arbres les plus fréquemment utilisés pour ces rituels de cloutage sont les tilleuls et les chênes, réputés pour leur grande longévité. Sur certains troncs, on peut compter jusqu’à clous, il arrive que ces arbres à clous soient frappés par la foudre en raison de la grande quantité de métal qu'ils contiennent.
Symbolique Il s'agit d'une pratique traditionnelle relevant du symbolique et expressif. On fait appel à eux en dernier recours, que ce soit pour obtenir une guérison ou pour toute autre demande.
L'arbre, par contact, ingestion ou inhalation, devient complice et/ou victime de l'homme. Avant d’être enfoncé dans l’écorce, le clou neuf doit être frotter sur la zone malade (furoncle, abcès dentaire, etc.) avant de le planter dans le tronc d'un arbre. Cette pratique s'appliquait également aux furoncles, communément appelés "clous" en français régional et en wallon. Ce rituel reposait sur le principe du transfert : en enfonçant le clou dans l'arbre, le mal était symboliquement transmis à celui-ci, libérant ainsi la personne souffrante. Ces arbres sont perçus comme des intermédiaires capables d’intercéder auprès de forces supérieures pour soulager les souffrances et favoriser la guérison des malades. Grâce à leurs racines profondément ancrées dans la terre, ils seraient également dotés du pouvoir symbolique de renvoyer le mal vers les enfers.
Le clou en fer est associé à un pouvoir maléfique. Le fer serait capable d’absorber les énergies négatives, d’attirer le mal et de le transférer à l’arbre, qui, grâce à sa force vitale, neutraliserait cet effet. La douleur est supposée diminuer à mesure que le clou pénètre dans le tronc de l’arbre.
Liens avec le christianisme Cette pratique, d'origine païenne, a été partiellement acceptée par le christianisme. Dès l'époque de l'évangélisation, l'autorité religieuse tente de désacraliser ces pratiques, soit en détruisant les arbres votifs, soit en les intégrant dans un cadre religieux. Ainsi, une chapelle est construite ou une niche est creusée dans l'arbre auxquels ils ont ajouté une statue de la Vierge ou d'un saint. L'oratoire ou l'édifice religieux, en étant un lieu permanent de prière, vise à orienter définitivement l'attention vers le saint représenté.Yves Bastin mentionne : "la proximité d’arbres cloués et de chapelles semble due à la superposition de croyances en un point donné plutôt qu’à la récupération par le clergé de coutumes religieuses païennes. Le clouage à des fins médicales n’est pas une pratique chrétienne qui aurait directement succédé à un culte païen".
Localisation de quelques arbres à clous Belgique En 2003, ont été recensés 33 arbres à clous en province de Liège, 8 en province de Hainaut, 7 en province de Namur, 4 en province de Luxembourg, 4 en province de Brabant et 3 en Flandre. Parmi la soixantaine d’arbres recensés, seuls trois portaient des clous récents, suggérant que la pratique rituelle du clouage est presque abandonnée..
Province de Hainaut Gilly : tilleuls de Soleilmont Havré : chêne « pouilleux » Herchies : chêne Saint-Antoine (appelé localement el quêne à claus), classé en 1985 est un arbre à loques Ostiches : chêne Saint-Pierre Stambruges : robinier de la chapelle de l'Arcompuch; abattu par le vent en 2009., le robinier a été remplacé dans la ferveur populaire par un chêne croissant à proximité immédiate
Province de Liège thumb|upright|Le tilleul clouté du Coftice à José (Battice) au début du . Vien (Anthisnes) : tilleul des Floxhes José (Battice) : tilleul du Coftice, abattu par la foudre vers 1990, remplacéHerve, blog. « Tilleul clouté du Coftice ». Deigné (Aywaille) : tilleul « devant l'église » Hameau de Foyir (Jalhay) : clawé fawe (« hêtre cloué ») Limont (Donceel) : tilleul Louveigné : tilleul de la Haute Cour et tilleul du Thier de Stinval Saint-Hadelin : tilleul du fief à côté de l'église de Saint-Hadelin Saive (Blegny) : tilleul de Miermont Sprimont : tilleul de Lillé Xhoris : tilleul des Lognards classé en 1965 et tilleuls de la chapelle de Fanson
Province du Limbourg Fouron-le-Comte : marronnier Koninksem : tilleul Saint-Joseph, arbre disparu Val-Meer : le volkskunde Limburg « Spijkers om te genezen ».
Province du Luxembourg Izier (Durbuy) : tilleul du Baty Longueville, chemin vers Jenneret (Tohogne, Durbuy) : tilleul de la croix des Combes – la croix en question est un simple crucifix fixé à l'arbreLa croix des Combes « Église romane de Tohogne – Aux environs (Les croix, grotte et chapelle) ».
Province de Namur thumb|upright|Arbre à clous de Han-sur-Lesse. Dréhance : tilleul Notre-Dame Floreffe : tilleuls de la chapelle Saint-Roch Floriffoux : chêne Saint-Hubert, mort en 2008 Han-sur-Lesse : tilleul de l'église Saint-HubertEmmanuelle Garrot, « Les arbres guérisseurs de la Wallonie : l’arbre à croix de Marcourt et l’arbre à clous de Han-sur-Lesse » (Mémoire en vue de l'obtention du grade de Licenciée en Information et Communication), Université de Liège, année académique 2001- 2002, (https://explore.lib.uliege.be/view/action/uresolver.do?operation=resolveService&package_service_id=53782229370002321&institutionId=2321&customerId=2320&VE=true [archive] , consulté le 2 décembre 2024) Vierves-sur-Viroin : chêne du chemin du Paradis
France Ain Dagneux.
Île-de-France
Provins : tilleul de la place Saint-Quiriace
Loire-Atlantique Bonnœuvre : chêne aux clous du PâtisseauKrapo arboricole « Chêne aux clous du Pâtisseau, Bonnœuvre (Loire-Atlantique) ».
Nièvre Lorien (Corancy) : frêne de la chapelle de Faubouloin
Territoire de Belfort Souche de la vierge entre Lepuix et Giromagny
Lot Rocamadour : une bûche cloutée dans les enceintes de la ville, partie du pèlerinage des chemins de Compostelle
Pays-Bas Gemert : un chêne, disparu au Moyen Âge Gieten : arbre disparu Yde : 2 breukenbomen Autriche Vienne : épicéa – mort – de la Stock-im-Eisen-Platz ( du )
Les coin trees On peut observer aux Royaume-Uni des "coin trees" où des pièces de monnaies sont martelées sur les arbres en faisant de l'arbre des sortes d'arbres à clous. Cette pratique remonterait au avec des croyances votive similaire aux arbres à clous. On trouve des arbres à pièces ou Wish tree dans certaines régions d'Écosse, du nord de l'Angleterre et du pays de Galles.
Galerie
Notes et références
Annexes
Bibliographie
Ouvrages Pierre Koumoth, Mémoires d’une région, III : Tilleuls et croyances religieuses dans la province de Liège : Inventaire et essai d’interprétation, Verviers, La Dérive, 1994, 299 p.
J. Schuyf, Heidens Nederland : Zichtbare overblijfselen van een niet-christelijk verleden, Stichting Matrijs, 1995.
Chapitre d'ouvrages
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Articles
E. Godefroid, « Un vestige de la religion primitive : Le tilleul cloué de Gilly », dans La Vie wallonne, III, , . Adrien de Mortillet, « Vœux à des arbres et à des buissons. Étoffes et papiers votifs », dans Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1889, vol. 12 , . Texte en ligne sur Persée. Paul de Saint-Hilaire, Les Saints guérisseurs : Entre la mer du Nord et les Ardennes : Guide de leurs attributs et symboles, Bruxelles, Sympomed Edimed, 1991, 263 p. Olivier Schmitz, « Les "arbres à clous" de Wallonie : Quelques remarques concernant une pratique apparemment archaïque », dans Enquêtes du Musée de la Vie wallonne, 2002-2004, t. 20, n°241-244, . S. Zaborowski, « Les clous votifs », dans Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 1919, vol. 10 , . Texte en ligne sur Persée
Source Paul Collet, « L'arbre à clous de Soleilmont » (dessin), dans Almanach wallon, 1924 (2), .
Articles connexes Arbre à prières Arbre à loques Arbres sacrés Dendrolâtrie Folklore Belge Hagiothérapie Magie et symbolique du clou
Liens externes
Herchies « Herchies, Passé et Présent... Les Arbres ». Luzech, blog Michel Luzech, « Abres à loques, arbres à clous ». M. Maurou « Arbres, chapelles à loques ».
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