thumb|500x500px|Masques traditionnels durant le grand cortège carnavalesque du dimanche. Le Cwarmê est un carnaval qui se déroule dans la ville de Malmedy (Belgique). Il dure quatre jours et est classé au patrimoine immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Il commence le vendredi à minuit et dure jusqu'au mardi gras à minuit. Le point d'orgue du Cwarmê a lieu le dimanche après-midi lors du grand cortège carnavalesque. En 2018, la a lieu du 10 au .

Malgré son appartenance aux Cantons de l'Est, territoires cédés par l'Allemagne à la Belgique au sortir de la Première Guerre mondialeAux termes du Traité de Vienne en 1815, le canton de Malmedy, qui comprenait également à l’époque celui de Saint-Vith avait été rattaché à la Prusse., le Cwarmê est un carnaval latin typiquement wallon.

Histoire et origines La plus ancienne trace du carnaval de Malmedy date de 1459Daté exactement du 25 juin 1459. Le document est conservé aux Archives de l'État à Liège (). Georges Hansotte, Inventaire des archives de l'Abbaye et de la Principauté de Stavelot-Malmedy, dans un document où l'on évoque le Quarmæ, dans lequel on reconnaît le mot Cwarmê. Mais on peut penser qu'il ait été fêté bien plus tôt.Le Cwarmê désigne à Malmedy la période de carnaval qui dure quatre jours. Ces quatre jours portent le nom wallon de Grandès haguètes par opposition aux P'titès haguètes (aussi appelés les quatre jeudis gras) qui précèdent le carnaval.

En 1695, alors que Malmedy est dirigée par des princes-abbés, on recense la première trace écrite de l'interdiction d'un carnaval. Assimilé à des rites païens, les autorités de la ville craignaient que cette célébration ne provoque rébellion et désordre. D'autres interdictions émanèrent au et au , mais les passèrent outre cette censure. Au , au dénombre trois périodes d'annulation : durant les deux guerres et en 1962 lors d'une épidémie de variole. Cependant, malgré ces nombreux obstacles, les Malmédiens ont réussi à sauvegarder cette tradition qui se perpétue encore aujourd'hui..

Le nom du carnaval de Malmedy tirerait son origine du mot latin quadragesima, simplifié en quaresima, ce qui signifie quarante - quarante pour le nombre de jours qui séparent le mercredi des Cendres du jour de Pâques. Quaresima évolua pour donner le mot Carême en français et le mot Cwarmê en wallon de la région.

Dans de nombreux endroits de la planète on fête le Mardi gras, appelé ainsi pour la grande quantité de nourriture absorbée avant les privations du carême. Il est le jour qui permet de définir la fête du carnaval. À Malmedy, il s'agit du dernier jour du carnaval. C'est donc ainsi que la fête de Pâques détermine aussi le jour du Cwarmê de Malmedy.

Mais ici les festivités s'étalent sur bien plus de temps que dans la plupart des autres carnavals. Le Cwarmê demande des mois de préparation : la confection des costumes, l’écriture des rôles, la préparation des chars, etc.

Parler populaire Durant le Cwarmê, le wallon est la langue populaire couramment parlée. Durant ces quatre jours de fête, tout se dit et se chante en wallon malmédien (qui se différencie du wallon liégeois, namurois, etc.). C'est ainsi que la cérémonie d'ouverture qui voit le Bourgmestre (maire de la ville) remettre symboliquement les clés de la cité au « Trouv’lê » (représentant des masqués) se fait en langue wallonne. Plusieurs masques traditionnels s'adressent aussi aux spectateurs dans ce langage populaire. Les malmédiens sont très attachés à cet usage du wallon durant le Cwarmê.

Sociétés et fanfares Comme beaucoup de villes à l'époque, Malmedy a connu de nombreux groupements de jeunes qui rassemblaient, à l'époque, les jeunes hommes non mariés de la localité. On retrouve encore ces groupes dans les villages aux alentours. Ces associations étaient nommées « bânes » (bandes en français) et organisaient les festivités durant l'année, dont le Cwarmê. La plus ancienne « bâne » connue en 1836 s'appelait « Les Fidèles Disciples de Momus ». En 1847, apparaît « La Société Bourgeoise ». C'est à ce moment que naquirent les sociétés musicales qui existent encore à l'heure actuelle. Leur rôle dans la survivance du Cwarmê fut primordial. Sans leur implication le Cwarmê de Malmedy ne nous serait pas parvenu avec tant de fidélité. Ce sont ces mêmes sociétés qui ont remis au goût du jour certains costumes et rites qui avaient disparu au fil du temps.

La Royale L'Écho de la Warche Fondée en 1846 par Alphonse Graff, La Royale L'Écho de la Warche est une fanfare active dans différents types d'évènements : concerts, animations musicales et cortèges carnavalesques. En 1921, elle reçoit le titre de Royale sur décision du Roi Albert pour son . En 1940 elle est dissoute par les occupants nazis et se reforme dès la fin de la guerre en 1945. Elle compte en 2015 une soixantaine de membres actifs formés à l'Académie de Musique de la Ville de Malmedy.

La Royale Union Wallonne Créée en 1847, La Royale Union Wallonne est le plus ancien chœur d’hommes de la communauté française de Belgique. Leur répertoire comporte des chansons classiques multilingues et liturgiques, mais aussi des musiques plus populaires, sans oublier les chansons du folklore wallon.

Le lundi du Carnaval la Royale Union Wallonne, appelée L'Union simplement par les Malmédiens, met en scène de petites pièces satiriques, les rôles, pour se moquer gentiment des citoyens Malmédiens ayant rencontré une ou l'autre mésaventure durant l'année écoulée. Ces rôles du lundi ont fait germer de nombreux chants wallons carnavalesques très connus.

La Royale Malmédienne Le chant est la principale activité de la Royale Malmédienne, chœur d'hommes créé en 1866. Cependant, le folklore malmédien occupe une grande place chez ces chanteurs. Comme les autres sociétés, elle collabore activement avec les services de la ville de Malmedy pour l'organisation du Cwarmê et pour le prolongement d'autres traditions. Depuis la fin du , le rôle du « Troûv'lê », personnage symbolisant le pouvoir durant le Cwarmê provient de la Royale Malmédienne, les « Djoup’sènes » sont également exclusivement réservées aux membres de la Malmédienne. C'est aussi la seconde société à organiser les rôles le lundi du Carnaval.

La Royale Harmonie La Fraternité Créée en 1874 par Ceslas Schneider, la Royale Harmonie La Fraternité est très active dans le folklore malmédien. Elle se compose d'environ soixante musiciens et effectue de nombreux déplacements. Son répertoire va des musiques de films aux grands airs classiques en passant par les comédies musicales.

Lu Mesnie dol Haguète du Mâm’dî Mise en place en 1966, la Mesnie est un groupe folklorique composé essentiellement de « Haguètes ». Elle est admise en tant que société au sein du cortège depuis 2001, et participe dès le samedi à l’ouverture du Cwarmê.

Lors du jour principal, le dimanche du Cwarmê, les « Haguètes » se rassemblent à 13 heures sur la place principale de Malmedy pour effectuer la « Danse de la Haguète ». La Mesnie effectue aussi plusieurs déplacements à l'étranger pour représenter les différents costumes traditionnels du Cwarmê.

Répertoire musical L'originalité du carnaval de Malmedy ne se situe pas uniquement au niveau visuel, ni des coutumes et de la gestuelle des participants. Un aspect absolument particulier de cette festivité est sa musique. Lors de la création des sociétés musicales actuelles, des marches furent composées. Elles s'intégraient aux thématiques sélectionnées chaque année. De nos jours, c'est toujours le cas. Les musiques du carnaval de Malmedy respecte la mesure du 6/8, rythmique à deux temps qui permet aux masques traditionnels de battre la mesure avec les ustensiles qui accompagnent les costumes.

Une production énorme de chansons issues des rôles du lundi du carnaval a laissé des chansons tantôt comiques, tantôt tendres. Depuis les années 1950, de nombreux enregistrements ont été réalisés par les sociétés ou des particuliers. Il s'agit évidemment d'un répertoire musical exclusivement wallon qui a supplanté tous les autres dans le cœur des Malmédiens. Durant le Cwarmê ces chansons sont diffusées en rue, dans les cafés et chez l'habitant. Lors du bouquet final du dimanche, toutes les sociétés participantes interprètent les airs les plus connus afin de conduire l’immense farandole des masques traditionnels.

Plusieurs chansons sont devenues des classiques au Cwarmê : Tching-Boum! (Robert Counson, 1960), Lu tchant do mâssî toûr (Robert Counson, 1960), Les mâm’diyins (Robert Counson, 1961), Hop’ on vêre ! (Sylvain Michel, 1962).

Déroulement Les « P'titès haguètes » ou quatre jeudis gras se déroulent les quatre jeudis précédant le Cwarmê. Les « Grandès haguètes » se déroulent durant les quatre jours précédant le mardi gras compris.

L'acception ancienne du terme « haguète » désignait autrefois tous les masqués. Les jours de « grandès haguètes » sont des journées avec plus de faste.

Les quatre jeudis gras C’était, jusque dans les années 1960, l’occasion pour les jeunes hommes mais surtout les jeunes femmes de se déguiser et faire le tour des bars de la ville pour taquiner les clients jusqu’à ce qu’ils offrent une tournée. Cette tradition est tombée en désuétude, mais elle connaît un regain d’intérêt depuis le milieu des années 1990.

Les enfants sont de nos jours mis à l'honneur le premier et le quatrième jeudis gras, les deuxième et troisième jeudis sont réservés aux plus âgés.

Vendredi Afin de se préparer aux jours suivants, la majorité des Malmédiens se retrouvent dans les différents cafés de Malmedy pour commencer ensemble le Cwarmê. En fin de soirée, la foule s’agglutine au fond du café du Scotch Inn, situé au centre de Malmedy, pour assister à la répétition générale de la « Marche do Trouv’lê » et des autres chansons folkloriques jouées par la fanfare L'Écho de la Warche.

Samedi Dès midi, les « Grosses Polices », policiers bedonnants inspirés de l'époque française, circulent dans les rues de la ville avec leur canon pour annoncer l'ouverture des festivités.

À 15 heures, la population, les officiels et toutes les sociétés folkloriques se rassemblent à la salle de la Fraternité pour la «passation des pouvoirs » du Bourgmestre (maire de la ville) au « Trouv’lê » (représentant des masqués). Il s'agit de l’ouverture officielle du Cwarmê et celle-ci est majoritairement proclamée en wallon. Le Bourgmestre remet symboliquement les clés de la ville au « Trouv’lê » pour les 4 jours du carnaval.

Après la réception, sur le coup de 16 heures, une douzaine de « Sotês », la « Grosse Police » et deux « Djoup'sènes » accompagnent le « Trouv’lê » et la fanfare de la Royale Malmédienne pour prendre la tête du cortège. Il s'agit du premier cortège du Carnaval. Les 4 autres sociétés musicales et folkloriques, La Royale Fanfare L'Echo de la Warche, La Royale Harmonie la Fraternité, la Royale Union Wallonne et la Mesnie dol Haguète, défilent elles aussi.

Le samedi, chaque société a un thème spécifique qui change d'année en année. Masquées, les Jeunesses des villages avoisinants se joignent au cortège avec un char décoré pour l'occasion.

Dimanche alt=Longs-Nés, Longuès-Brèsses et Boldjî le dimanche du Carnaval.|left|thumb|Longs-Nés, Longuès-Brèsses et Boldjîs le dimanche du Carnaval.|300x300px Le grand cortège carnavalesque du dimanche est le plus beau et le plus populaire. C'est durant cette journée que l'on peut apercevoir l'ensemble des masques traditionnels du Cwarmê.

Malmédien ou non, le carnaval est ouvert à tous. Chacun peut se costumer et faire partie du cortège. Celui-ci démarre vers 14 heures après la « Danse de la Haguète » et se termine par le Bouquet musical final à 18 heures sur la place Albert .