L'Alliance démocratique ( et ; abrégé en DA) est un parti politique d'Afrique du Sud considéré, sur l'échiquier politique sud-africain, comme étant de centre à centre droit. Libéral et favorable à l'économie de marché, son principal adversaire est historiquement le Congrès national africain (ANC, au pouvoir depuis 1994).

Membre de l'Internationale libérale et de l'Alliance mondiale des démocrates, la DA est fondée en à la suite de l'alliance de trois partis politiques, à laquelle s'est joint en , le parti des Démocrates indépendants. La DA détient au parlement le statut d'opposition officielle depuis 2004.

Programme et courants internes Issu à l'origine de partis tant libéraux que conservateurs, il existe au sein de l'Alliance démocratique (DA) plusieurs sensibilités politiques. Ainsi, si le parti est considéré globalement comme étant de centre-droitA critique of the Democratic Alliance, Frans Cronje, South African Institute of Race Relations, 8 novembre 2008 " the DA whose centre-right position in South African politics could now face a credible challenge for the first time"l'Alliance démocratique (DA), la droite modérée, des aspects de son programme économique peuvent parfois le placer un peu plus au centre gaucheFocus on Gordhan and Manuel, John Matisonn, 29 avril 2009. Concernant le revenu minimum notamment. Prenant racine dans le progressisme, le libéralisme économique et la défense des droits des minorités, son idéologie a d'abord évolué vers un certain conservatisme sous la gestion de Tony Leon afin de capter les voix afrikaners, en particulier après la scission intervenue avec le Nouveau Parti national, avant de se libéraliser de nouveau avec Helen Zille.

Voulant fédérer une opposition plausible et la plus large à l'ANC, son programme défend notamment une vision libérale de l'économie au travers d'une économie sociale de marché permettant plus d'égalité, le respect des libertés individuelles et de la propriété privée ainsi qu'une démocratie irréprochable s'appuyant sur la primauté de la loi et de la constitution. En matière sociale elle prône un certain conservatisme social mélangeant des idées sociales (augmentation du revenu minimum, meilleur accès aux services publics) et des positions plus conservatrices notamment sur la criminalité ou les mœurs tempérées par des positions quelquefois plus progressistes.

À l'origine, deux courants principaux se partageaient la DA : les libéraux issus du DP les conservateurs issus du NP puis du NNP.

On note cependant que les courants internes se sont progressivement atténués après l'élection d'Helen Zille à la tête du parti et encore plus sensiblement après le ralliement en 2010 des Démocrates indépendants (centre-gauche).

En , Lindiwe Mazibuko, porte-parole du parti, devient la première femme noire de l'Alliance démocratique à accéder au poste de chef du groupe parlementaire de la DA, devenant ainsi le chef de l'opposition au parlement. Elle est élue à cette fonction au cours d'une élection interne contre le titulaire sortant Athol Trollip, un blanc anglophone. Elle devient alors la seule noire de l'équipe dirigeante de la DA alors que le groupe parlementaire qu'elle dirige ne comprend encore que 20 % de députés noirsSébastien Hervieu, Le principal parti d'opposition sud-africain affiche son image multiraciale pour séduire l'électorat de l'ANC, Le Monde, novembre 2011.

Historique Origines upright=0.6|vignette|gauche|Le premier emblème de l'Alliance démocratique (2000-2008) amalgame les couleurs et les symboles du Parti démocratique et ceux du Nouveau Parti national. upright=0.6|vignette|gauche|Tony Leon. Les origines de la DA sont complexes et trouvent une origine lointaine à la fois dans le parti sud-africain (SAP) et dans le parti national.

Ce parti est né en 2000 à la suite de l'alliance entre le parti démocratique (DP) de Tony Leon avec le Nouveau Parti national (NNP) de Marthinus van Schalkwyk, rejoint ensuite par le groupuscule « Alliance fédérale » (Federal Alliance) de Louis Luyt.

Tony Leon en prit la présidence laissant la vice-présidence à Marthinus van Schalkwyk.

Cette alliance consolida le gouvernement d'union DP-NNP dans la province du Cap-Occidental. Elle permit surtout la victoire dans 18 municipalités en notamment au Cap, Stellenbosch, Oudtshoorn, Mossel Bay ou George.

Rupture avec le NNP À l'automne 2001, le NNP se retire brutalement de la DA à la suite de controverses internes entre certains anciens membres du NNP et du DP. Le soutien notamment de Marthinus van Schalkwyk au maire du Cap, Peter Marais, pris dans un scandale politico-judiciaire, précipita cette rupture.

Le NNP noua alors une nouvelle alliance avec l'ANC, le parti au pouvoir du président Thabo Mbeki, entrainant un jeu de chaises musicales entre loyalistes de la DA et ceux du NNP. La DA perdit à cette occasion 54 % des anciens membres du NNP ainsi que les contrôles de la province du Cap-Occidental et de plusieurs municipalités comme Le Cap, Stellensbosch et Oudsthoorn

Opposition officielle Aux élections générales du , la DA emporte 12,4 % des suffrages et confirmant sa place de deuxième parti d'Afrique du Sud alors que le NNP s'effondre à 1,7 % des suffrages.

Pendant cette période et notamment pendant la campagne électorale de 2004, Tony Léon attaque très violemment l'ANC sur ses carences en matière d'éducation, de santé et de criminalité. Il attaque également le président Thabo Mbeki sur les questions du respect des minorités (en particulier la communauté blanche et afrikaner). Caricaturé en roquet par le parti au pouvoir il essuie également des critiques de l'ANC lui reprochant d'avoir fait de la DA un parti « raciste » alors qu'elle-même tenait des propos ambigus sur les anglophones, les Indiens et les métis. Il se fait le porte-parole pendant son mandat d'un électorat blanc, conservateur, amer et inquietAfrique du Sud : Le paysage politique, Biblio Monde.

DA sous la direction d'Helen Zille (2007-2015) upright=0.6|vignette|Helen Zille. upright=0.6|vignette|Mmusi Maimane.

En 2007, le parti entame une nouvelle ère avec l'annonce du retrait de la présidence de Tony Leon. Le , Helen Zille, maire du Cap, est élue par les militants de l'Alliance démocratique pour succéder à Tony Leon à la direction générale du parti. Elle l'emporte avec contre 228 au chef de l'Alliance dans la province du Cap-Oriental, Athol Trollip et à Joe Seremane, le secrétaire-général du parti. Au parlement, où Leon était le chef du groupe parlementaire de l'Alliance démocratique, il est remplacé par Sandra Botha, élue avec contre 26 à Tertius Delport.

L'élection d'Helen Zille suscite l'espoir parmi les membres de la DA, lesquels veulent se débarrasser de l'image, connotée blanche, dont souffre le parti. L'intéressée fait savoir que les militants de la DA devraient apprendre une ou plusieurs des onze langues officielles que compte l'Afrique du Sud pour « jeter de nouveaux ponts » avec l'électorat noir. Celui-ci fait d'ailleurs assez nettement la différence entre Helen Zille, qui parle couramment le xhosa, et le reste du parti.

Le , le parti des Démocrates indépendants, un petit mouvement politique de centre gauche, dirigé par Patricia de Lille, annonce sa fusion avec la DA en prélude à sa propre dissolution. L’accord vise à unir l'opposition pour les élections locales de 2011 et pour les élections nationales de 2014.

C'est dans cette optique que le parti affiche un volontarisme pour « franchir la barrière raciale » et convaincre un nombre croissant d'électeurs noirsL’opposition sud-africaine veut séduire les Noirs, Le Monde, 19 mai 2011. Ce volontarisme s'articule autour de trois axes prioritaires : le renouvellement des cadres du parti, la pénétration dans les terres électorales de l'ANC, et la bonne gestion gouvernementale. Celle-ci semble avoir déjà porté ses fruits puisque, alors que le chômage augmentait en 2010 dans toutes les provinces sud-africaines, il reculait au Cap-Occidental, la seule province gérée par l'opposition. Par ailleurs la très bonne gestion financière de la ville du Cap (la dette a été réduite d'un milliard de rand un an après l'arrivée de la DA au pouvoir), la hausse de 12 % du PIB de la ville entre 2005 et 2008, et le meilleur réseau de services publics au sein des municipalités métropolitaines d'Afrique du Sud (augmentation de 15 % du budget consacré aux services publics, construction de en moyenne en 2008 contre en 2002)Franchir la barrière raciale, le volontarisme de l'Alliance Démocratique, ont convaincu certains électeurs noirs de se détourner de l'ANC pour aller vers la DA. En , au Cap, l'Alliance démocratique remporte deux sièges sur l'ANC dans des circonscriptions essentiellement noires. Dans la circonscription de Gugulethu-Heideveld, elle remporte 60,3 % des voix (alors qu'elle n'en avait eu que 26 % en 2006) contre 37,7 % à l'ANC (53 % en 2006). Dans la circonscription de Grabouw, la DA remporte 48 % des suffrages (contre 9 % en 2006). Ces deux sièges s'ajoutent alors à 6 autres sièges remportés en un an par la DA sur l'ANC, qui détenait auparavant ces sièges depuis 1994DA takes Gugulethu, Time, 27 mai 2010. Le volontarisme de l'Alliance démocratique semble commencer à porter ses fruits puisque lors des élections municipales de 2011 elle obtient 24 % des voix et multiplie par cinq son score chez l'électorat noir notamment dans la province du Gauteng. Helen Zille déclare à ce sujet : « Seuls 8 % des électeurs inscrits sont blancs. Faites le calcul, les Blancs ne sont pas les seuls à avoir voté pour la DA »L'opposition sud-africaine progresse au détriment de l'ANC, avant d'ajouter : « Nous avons gagné, pour la première fois, des circonscriptions 100 % noires, et c'est le tournant que je voulais »Municipales en Afrique du Sud: l'ANC domine, percée de l'opposition.

DA sous la direction de Mmusi Maimane (2015-2019) Lors du congrès du parti en à Port Elizabeth, les membres de la DA élisent Mmusi Maimane, le chef du groupe parlementaire de la DA à l'Assemblée nationale, comme nouveau leader. Âgé de , Maimane devient le premier noir à prendre la tête du parti jusque-là encore qualifié de parti blanc par l'ANC. Au sein de la nouvelle direction, il est secondé par Athol TrollipAfrique du Sud : un noir élu chef du «parti blanc» de l'opposition, Le Parisien, 10 mai 2014 .

L'homme d'affaires Herman Mashaba, élu maire de Johannesburg en 2016, quitte le parti en , affirmant : « Je ne peux plus m’accommoder d’un groupe de gens qui pensent que la race n’est pas un critère pertinent dans le débat sur les inégalités et la pauvreté en Afrique du Sud ». En outre, « L’élection récente de Zille à la tête du conseil fédéral [une des instances dirigeantes du parti] constitue une victoire pour des gens qui, au sein de la DA, défendent des positions diamétralement opposées à mes valeurs », a dit M. Mashaba. L'ancienne dirigeante du parti, Helen Zille, mène depuis des mois une fronde contre son successeur Mmusi Maimane.. Fortement contesté à l'intérieur de son parti, Mmusi Maimane démissionne le , dénonçant une « campagne de dénigrement », de « diffamation » et des « comportements de lâches ». Il est remplacé par John Steenhuisen.

DA sous la direction de John Steenhuisen Après avoir assuré l'intérim durant presque une année, John Steenhuisen devient officiellement le nouveau chef du parti le . Le , l’Alliance démocratique, le parti reconduit John Steenhuisen dans ses fonctions de président du parti.

À l'issue des élections générales de 2024, l'ANC n'ayant pas obtenu la majorité parlementaire, l'Alliance démocratique forme avec lui un gouvernement d'union nationale, participant ainsi pour la première fois au pouvoir..

Sociologie électorale 275px|vignette|droite|Carte montrant le score réalise par la DA aux élections de 2009 :