vignette|redresse=1.2| La phrase en haut de la porte de la grille d’entrée de Buchenwald. est une traduction allemande de , une phrase latine signifiant littéralement « à chacun le sien ». Le sens idiomatique de l'expression, dans une langue comme dans l’autre, est « à chacun ce qu'il mérite », « à chacun son dû ». La version allemande est restée connotée par l’usage qu’en a fait le régime nazi.

Histoire Antiquité L'expression latine remonte à un vieux principe grec de justice qui se traduit littéralement par « à chacun le sien », mais avec le sens idiomatique de « à chacun ce qu'il mérite » ou « à chacun selon ses mérites ». Dans sa République, Platon pose que . Tout le monde doit agir selon ses capacités et ses moyens pour servir le pays et la société dans leur ensemble. En contrepartie, chacun doit recevoir « ses siens » et ne peut être privé des « siens » (4.433e).

La phrase a été rendue célèbre par l'auteur, orateur et homme politique romain Cicéron () : (« la justice, qui distribue à chacun son dû », , III, 38).

L'expression se retrouve dans l'introduction des de Justinien. Ainsi pour définir la justice : (). Et ().

Royaume de Prusse

L'ordre de l'Aigle noir (), qui était l'ordre de chevalerie le plus élevé du royaume de Prusse, avait pour devise . C'était un symbole du libéralisme et de la tolérance religieuse du royaume, avec pour sens que « chacun peut faire comme il le souhaite », mais que tous les citoyens doivent s'unir pour soutenir le pays.

Allemagne nazie

En 1937, les nazis construisirent en Allemagne le camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar.. Le slogan figure en haut de la porte de la grille d’entrée, orienté pour être lisible depuis l’intérieur du camp. Vers l’extérieur, une frise au-dessus du passage montrait une autre sentence : (« [qu’elle soit] dans son droit ou dans son tort – [c’est] ma patrie »..

L’autorité SS du camp avait demandé au graphiste et architecte Franz Ehrlich, interné en tant que communiste, de proposer un lettrage pour . Ehrlich dessina l’inscription dans le plus pur style du Bauhaus, dont il avait été l’élève, alors que les nazis honnissaient cette école en laquelle ils voyaient un foyer d’« art dégénéré »..

L’utilisation nazie de est attribuée à Theodor Eicke, dont le slogan complet était : (« À chacun son dû. Le travail rend libre »).. Si Buchenwald en a repris la première partie, la seconde a connu une diffusion plus large puisqu’elle figure à l’entrée des camps de concentration de Dachau, Sachsenhausen, Flossenbürg, Gross-Rosen et , ainsi que de la prison du ghetto et camp de concentration de Theresienstadt..

Autres utilisations vignette|redresse=.8| Insigne des Feldjäger. L'expression est traditionnellement utilisée comme proverbe dans les pays de langue allemande. Elle figure également dans le titre d'une cantate de Jean-Sébastien Bach (BWV 163) : , qui a été composée pour le après la Trinité.

Plusieurs campagnes de publicité modernes de langue allemande, y compris des annonces de Nokia, Rewe Group, Burger King et , ont été entachées par la controverse après avoir utilisé l'expression ou .

En , un groupe d'étudiants associé à l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne a utilisé ce slogan pour une campagne d'éducation en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, mais l'a retiré par la suite en raison d'un tollé général..

La devise latine est toujours utilisée par la police militaire allemande (les ), ainsi que par diverses institutions de par le monde : la en Écosse, l'université de Varsovie en Pologne, l'université de Lund en Suède, l'université fédérale de Bahia au Brésil.

Notes et références

Catégorie:Devise en allemand