Le système éducatif en Côte d’Ivoire a été successivement sous l’influence de la tradition, de l’IslamRaymond Borremans, Le grand dictionnaire encyclopédique de la Côte d'Ivoire, Tome 3 : E-F-G-H, Abidjan, NEA, 1987, 269 p. , p. 13 puis du christianisme intervenus sur le territoire à la faveur de la colonisation du pays. Des établissements d’enseignements confessionnels demeurent encore dans le pays en 2010 mais ils ne constituent plus l'essentiel d’un système largement laïc et structuré en plusieurs paliers. Ceux-ci comprennent l’enseignement préscolaire, primaire, secondaire et supérieur ainsi que des composantes importantes de formation professionnelle. Considérée comme une priorité par les pouvoirs publics ivoiriens, l’éducation en Côte d'Ivoire traverse une importante crise consécutive en majeure partie à la faiblesse de la planification dans ce domaine. Elle se traduit par un grave déficit d’infrastructures de formation à tous les niveaux (Primaire, secondaire et supérieur) qui illustre le profond déséquilibre entre l’offre très limitée d’infrastructures de formation et la forte demande.
En 2025, le ministère de l’Éducation nationale a lancé un plan numérique éducatif, incluant la distribution de 200 000 tablettes aux élèves du secondaire et la formation de 15 000 enseignants aux outils numériques.
Historique Éducation dans la société traditionnelle ivoirienne thumb|Masque Wè. Certains savoirs sont l’apanage de quelques privilégiés regroupés dans des cercles ésotériques. Des systèmes éducatifs traditionnels existaient en tous points du territoire ivoirien avant l’apparition des premières écoles coraniques et occidentales. Toutefois, à l’extrême diversité des ethnies du terroir correspondait l’extrême variété de ces systèmes. Diffus ou institutionnalisés, ils restaient étroitement liés au vécu quotidien des populations dans la communauté. Dans les systèmes traditionnels, l’éducation est dispensée partout même si, dans certains cas, en particulier celui de l’initiation, elle s’effectue dans un lieu précis qui est le bois sacré. L’éducation qui se confond pratiquement avec la vie concrète du groupe et qui est ainsi liée à tous les instants, se donne tout le temps.
C’est aussi l’affaire de tous, sauf en ce qui se rapporte à l’apprentissage des spécialités tels la formation de forgerons. Elle est étroitement liée au milieu et directement axée sur les besoins de la société débouchant sur l’intégration de l’individu dans le mode de vie et de production. L’intégration à la production se réalise très tôt par une responsabilisation précoce qui permet à l’individu de participer à la vie de production. La formation insiste sur la coopération et l’esprit communautaire. Elle concerne tout le monde, bien que certains savoirs soient l’apanage de quelques privilégiés regroupés dans des cercles ésotériques. L’esprit magique y joue un rôle fondamental et la recherche de connaissance des lois surnaturelles pour infléchir la nature lui imprime une forte présence de mysticisme et de fétichisme. De fait, la religion et le sacré sont présents dans tous les actes de la vie.
Cette éducation a aussi un caractère global en ce qu’elle prend en compte la totalité de la personne dans ses différents aspects physique, moral et spirituel. Elle permet, en outre, de conserver les acquis de la communauté et de la faire perpétuer en donnant une part importante à l’éducation des enfants par les personnes plus âgées. La vieillesse, perçue comme une valeur positive et considérée comme le stade supérieur de l’éducation est, de ce fait, vénérée. Chaque communauté élabore ses propres modèles et la langue du groupe constitue le support de communication dans un milieu où les connaissances sont transmises oralement. Enfin, l’éducation traditionnelle comporte, dans des proportions variables, des éléments formels et informels parfois étroitement imbriqués.
Mise en contact avec le colonisateur à son arrivée sur ce terroir, l’éducation traditionnelle a, de prime abord, été dédaignée par celui-ci. Elle a cependant subsisté grâce à une volonté générale des populations autochtones de perpétuer l’héritage culturel ivoirien. Plus tard cependant, la perception du système traditionnel a progressivement évolué. Au moment de mettre au point un système d’éducation moderne, il a fallu tenir compte de l’existence des systèmes d’éducation propres aux cultures traditionnelles puis, imprimer une rénovation au système éducatif de type occidental en intégrant une pratique d’enseignement moins formel, en privilégiant un lien plus étroit avec l’environnement immédiat et la production, en préservant le caractère global de l’éducation et en favorisant une pédagogie de l’apprentissage et de la participation.
Apparition et évolution des premières écoles islamiques thumb|left|Marché dioula en 1899 L’islam pénètre en Côte d’Ivoire par le nord et l’ouest au mais son implantation de manière stable et cohérente dans le nord du pays s’effectue au . Cette expansion, portée par les commerçants dioula, plutôt soucieux de faire écouler leurs produits, s’est effectuée de manière pacifique amenant dans son sillage les premières écoles coraniques. Celles-ci se développèrent si bien qu’en 1938, il y avait trois fois plus d’enfants dans les écoles coraniques que dans les écoles européennes pour l’ensemble de l’Afrique occidentale Française
L’administration coloniale fut très tôt confrontée au problème musulman dans le processus de l’occupation systématique du pays. Elle eut cependant du mal à développer une attitude cohérente devant ce phénomène jugé à la fois marginal mais aussi susceptible développement inquiétant. À l’absence de politique clairement définie et cohérente face à l’Islam et l’école coranique, l’essentiel des options administratives a été fonction de la personnalité de l’Administrateur en place. Cette politique hésitante a d’abord tenté de s’assurer le contrôle des écoles coraniques à défaut de pouvoir en améliorer le niveau ou de les remplacer par une école européenne. Ensuite, en tenant compte de l’importance numérique des écoles coraniques, elle a essayé leur récupération ; les considérant comme une force morale avec laquelle il fallait compter, qu’il fallait canaliser et diriger à son profit. thumb|Écoliers du centre d'éducation islamique d'Odienné (Nord de la Côte d'Ivoire) L’école coranique, pour sa part, se présente comme un système éducatif qui n’a rien de rigidement administratif. À l’opposé de l’école traditionnelle, elle fait intervenir des professionnels de l’enseignement, elle a recours à l’écriture et tend à devenir une institution à part entière. Elle se présente comme une structure offrant une éducation globale et intégrée incluant une formation morale. Les études s’y déroulent en cinq niveaux. Un premier cycle d’un an, durant lequel l’enfant apprend les sourates (5 à 15 sourates ou plus) et les rites utiles à la prière. Il s’initie à la graphie des caractères arabes, recopie sans comprendre, obéit à une discipline rude.
L’âge d’admission fixé à 7 ans est ramené à 5-6 ans à cause de l’entrée dans les écoles européennes. La plupart des filles s’arrêtent à ce cycle jugé suffisant pour être de bonnes musulmanes. Durant le deuxième cycle, l’enfant apprend par cœur la totalité du texte du Coran. Il écrit et parle l’arabe sans vraiment le comprendre. Mais l’association graphisme-son est acquis. Le troisième cycle porte, pour l’essentiel, sur la traduction du Coran. L’accent est porté sur la signification du texte et une première initiation à la civilisation arabe. L’élève à ce stade de formation est un adulte, souvent marié, pourvu d’un emploi. Les cours sont dispensés sur rendez-vous à la convenance des deux intéressés. Le quatrième cycle s’organise autour de l’étude du Coran. Il concerne aussi les textes satellites du coran. Les Hadith et les Kitab respectivement propos du prophète Mahomet non contenus dans le Coran, et récits de ses faits et gestes ainsi que l’ensemble de commentaires linguistiques, théologiques et juridiques qui ont été faits sur le Coran. L’étudiant parle, lit, écrit et a un certain niveau de compréhension de l’arabe. alt=WikiConvFr23 en Côte d'Ivoire, visite de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny|vignette|WikiConvFr23 en Côte d'Ivoire, visite de l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny.
Le cinquième et dernier cycle implique un départ vers les pays arabes pour permettre un contact direct avec la civilisation arabe. La formation peut avoir un complément laïc dans les écoles techniques ou commerciales. De retour au pays, le lettré peut, s’il le souhaite, devenir un marabout de renom (enseignant du coran) ou, s’il a fait une formation technique, s’intégrer dans le système moderne. À la fin du et par la suite, les écoles coraniques s’arrêtent au deuxième cycle. Ce qui permet à l’administration coloniale de stigmatiser l’ignorance des élèves et des marabouts. Seulement 1 % des élèves sont capables de traduire le Coran en une langue courante même si certains marabouts au nord du pays ont une connaissance de l’arabe relativement poussée.
À l’arrivée des colonisateurs, il existe donc sur le territoire de la Côte d’Ivoire, une forme d’éducation qui permet aux populations jeunes et adultes d’acquérir un savoir par l’éducation traditionnelle ou par les écoles coraniques. Une nouvelle forme d’éducation sera introduite dans le pays par le colon. Elle sera la base du système éducatif moderne et verra ses fondements posés en majeure partie par les missionnaires catholiques.
Les premières écoles catholiques thumb|right|Marcel Treich-Laplène Arthur Verdier tente une expérience éducative. Souhaitant alphabétiser les femmes employées dans ses plantations de café, il crée, à Elima, dans le sud du pays, la première école. Le , Fritz Emile Jeand’heur, en provenance d'Algérie et premier instituteur exerçant sur le territoire, ouvre une école primaire à Krinjabo. Celle-ci est rendue officielle et structurée comme en France, du cours préparatoire première année au cours moyen deuxième année. Elle fonctionnera pendant trois ans avant d'être transférée en 1890 à Assinie par Marcel Treich-Laplène, le nouveau résident de France. Le , le premier rapport d’inspection de l’administration affirme avec une pointe de satisfaction que « l’école fonctionne régulièrement. Elle compte 35 élèves inscrits ». Ils sont, en Côte d'Ivoire, les premiers lecteurs africains en langue française. De 1893 à 1896, Binger, le premier gouverneur de la colonie développe quelques écoles laïques tenues par des instituteurs français et des moniteurs locauxLes premiers moniteurs locaux sont : Emile Assamifou à Assinie puis Grand Bassam ; Charles Amatifou à Moossou en 1895 ; Jules Adiemba à Jacqueville et le moniteur Maran à Bettié.