, née à Shimonoseki le et morte à Tokyo le , est une actrice et réalisatrice japonaise.

Considérée comme l'une des plus grandes actrices japonaises, Kinuyo Tanaka apparaît dans plus de 250 films et sa carrière court sur un demi-siècle. Elle fait ses débuts d'actrice à la Shōchiku en 1924 à l'âge de quatorze ans et devient rapidement une vedette du cinéma muet. En 1931, elle se retrouve à l'affiche de , le premier film parlant japonais.

Elle tourne avec certains des plus grands cinéastes japonais de son temps : Yasujirō Ozu, Mikio Naruse, Heinosuke Gosho, Hiroshi Shimizu ou encore Keisuke Kinoshita. Sa collaboration riche de quinze films en particulier avec Kenji Mizoguchi, qui lui confie des rôles de femmes engagées à la personnalité complexe, lui vaut une reconnaissance internationale dans les . À partir des , sa carrière déclinant, elle se tourne principalement vers la télévision et ne fait plus que des apparitions dans des seconds rôles au cinéma, jusqu'à un retour triomphal en 1974 dans qui lui vaut de nombreux prix d'interprétation dont l'Ours d'argent de la meilleure actrice à la Berlinale 1975.

Seconde femme japonaise à passer derrière la caméra avec , elle réalise six films, sortis entre 1953 et 1962, devenant ainsi la seule femme cinéaste active durant l'âge d'or du cinéma japonais des .

En 1985, moins de huit ans après sa mort, le prix Kinuyo Tanaka, qui récompense chaque année une actrice pour l'ensemble de sa carrière, est créé dans le cadre des prix du film Mainichi et un musée consacré à l'actrice-réalisatrice ouvre ses portes dans sa ville natale de Shimonoseki en 2010.

Biographie L'enfance et les débuts au cinéma gauche|vignette|alt=Derrière une façade d'immeubles se détache en arrière plan la structure illuminée en forme de dôme d'une salle de spectacle (image en noir et blanc).|Façade illuminée du Rakutenchi à Osaka. Kinuyo Tanaka naît en 1909 à Shimonoseki au sud-ouest du Japon dans la préfecture de Yamaguchi, au sein d'une riche famille de négociants. Elle est la plus jeune d'une fratrie de huit enfants.. Son père meurt de maladie en . Cinq ans plus tard, les affaires familiales ayant fait faillite, sa mère prend la décision de quitter Shimonoseki avec cinq de ses enfants pour s'installer à Osaka chez son frère, l'oncle de Kinuyo. C'est là qu'elle apprend le biwa alors qu'elle est encore à l'école primaire. À dix ans, elle est surprise en train de lire une partition pendant les cours. Son instituteur la punit en la forçant à rester debout sous la pluie, elle est la risée de ses camarades. Profondément vexée, elle refuse de retourner en classe et quitte l'école avant d'avoir obtenu son certificat de fin d'études primaires.

En 1920, elle rejoint la troupe de son professeur de biwa et se produit sur la scène du un lieu de divertissement populaire dans le quartier de à Osaka. C'est après avoir vu Sumiko Kurishima interpréter le rôle principal dans un film qu'elle décide de devenir actrice de cinéma. Elle entre sur recommandations à la Shōchiku en 1924 et fait ses débuts aux studios Shimokamo à Kyoto, elle a alors quatorze ans. Elle fait une première apparition dans un petit rôle sous la direction de Hōtei Nomura dans puis elle tourne la même année avec celui qui va devenir son mari, le grand cinéaste Hiroshi Shimizu, dans .

La période du muet vignette|alt=Une femme se tenant aux côtés d'un homme portant un chapeau pointe un revolver (image en noir et blanc).|Kinuyo Tanaka et Jōji Oka dans Femmes et Voyous (1933). Dès lors, rien n'arrête la jeune comédienne qui, pendant une décennie, tourne dans plus de dix films par an, du milieu des années 1920 jusqu'au milieu des années 1930.. Outre Hiroshi Shimizu, qu'elle épouse en 1927 et avec lequel elle tourne dix-huit films, deux autres réalisateurs sauront diriger comme personne la nouvelle égérie de la Shōchiku, il s'agit de Kiyohiko Ushihara et de Yasujirō Ozu.

Le premier s'est rendu aux États-Unis en 1926 pour étudier les méthodes de réalisation d'Hollywood et a travaillé sous la direction de Charlie Chaplin.. De retour au Japon, il installe Kinuyo Tanaka en partenaire de la star Denmei Suzuki dans des comédies sentimentales urbaines à succès telles que Dix-huit minutes de ce film ont survécu. et ou dans ., une romance à gros budget sur fond de film de guerre, ayant nécessité plus d'un an de tournage, et destinée à célébrer le dixième anniversaire de l'entrée de la Shōchiku dans la production cinématographique..

Le second, Yasujirō Ozu, n'est pas encore le réalisateur internationalement estimé comme celui qui a le mieux dépeint le style de vie traditionnel du Japon. Il est, de ses débuts jusqu'au milieu des années 1930, plutôt reconnu comme un cinéaste à la sensibilité très américanisée, admirateur de réalisateurs américains tels qu'Ernst Lubitsch, King Vidor et William A. Wellman. Yasujirō Ozu fantasme Kinuyo Tanaka en réponse japonaise aux femmes fatales hollywoodiennes. Il tourne avec elle sept films muets, de à en passant par le trépidant film de gangsters .

En 1929, Kinuyo Tanaka atteint le statut de kanbu (actrice principale dans des petites productions), elle est alors âgée de dix-neuf ans, puis celui de daikanbu, le plus haut rang qu'une actrice puisse atteindre dans l'industrie du cinéma, à l'âge de vingt-cinq ans. Elle est alors envisagée en jeune femme moderne et émancipée, figure régulière des gendaigeki des années 1920 et 1930.

La transition vers le parlant vignette|gauche|alt=Une femme à l'air renfrogné montre ostensiblement un réveil à un homme assis à ses côtés et qui fait la moue (image en noir et blanc).|Kinuyo Tanaka et Atsushi Watanabe dans Mon amie et mon épouse (1931). La rencontre avec Heinosuke Gosho est décisive, leur collaboration a commencé sur le film . Ils tournent ensemble dix-sept films entre 1926 et 1936 et il est le premier à lui offrir un rôle principal dans . Gosho est l'un des chefs de file du genre shomingeki, il fait de Kinuyo Tanaka la protagoniste de ses fameux films à la gloire des classes moyennes et surtout, il lui permet un passage triomphal au parlant.

En 1931, Heinosuke Gosho réalise , le premier film entièrement parlant de l'histoire du cinéma japonais. Kinuyo Tanaka, qui a l'accent du Kansai où elle a été élevée, n'est pas pressentie au départ pour ce premier talkie japonais, mais sa voix douce et séduisante fait finalement l'affaire. Dans cette comédie légère, un dramaturge (Atsushi Watanabe) en quête de quiétude pour travailler à sa pièce est constamment dérangé par les bruits alentour. Excédé par des voisins qui écoutent de la musique jazz très fort, il se rend chez eux pour protester et fait la rencontre d'une jeune femme moderne et américanisée (Satoko Date). Séduit, le dramaturge se met à apprécier cette musique occidentale, ce que ne voit pas d'un très bon œil sa propre femme, interprétée par Kinuyo Tanaka. Finalement le dramaturge parvient à achever sa pièce et à apaiser son épouse. La revue Kinema Junpō désigne Mon amie et mon épouse meilleur film japonais de l'année 1931.

Kinuyo Tanaka tourne dans un autre film parlant réalisé par Heinosuke Gosho où la voix joue un rôle primordial, . C'est une comédie mettant en scène une jeune mariée qui est épiée par les amis de son mari car elle parle dans son sommeil. Ce film, à forte connotation érotique si l'on tient compte de l'époque, obtient un grand succès. Mais pour poursuivre sa carrière, elle s'efforce de se débarrasser de son accent du Kansai.

vignette|alt=Une voiture ancienne s'apprête à emprunter un portail, derrière elle un bâtiment porte l'inscription « SHOCHIKU KINEMA KAMATA STUDIO » (image en noir et blanc).|Studios Kamata de la Shōchiku dans les années 1920. Notons deux autres films d'importance de cette période charnière : d'après une œuvre de Yasunari Kawabata qui conte les amours contrariées entre une jeune saltimbanque et un étudiant en vacances, l'un des meilleurs films de Gosho d'après Tadao Satō et de Yasujirō Shimazu adapté d'une nouvelle de Jun'ichirō Tanizaki où Kinuyo Tanaka interprète une joueuse de koto aveugle, fille d'un riche négociant ayant une relation trouble avec un employé de son père.

Avec la généralisation du parlant, la Shōchiku quitte ses studios de Kamata à Tokyo en 1936 pour s'installer à dans la préfecture de Kanagawa, car il faut des studios plus grands et plus calmes pour les prises de son. Les principales stars féminines de la Shōchiku sont alors Kinoyo Tanaka, Hiroko Kawasaki, Michiko Oikawa, Michiko Kuwano, Kuniko Miyake, Mieko Takamine et Michiyo Kogure.

Kinuyo Tanaka quant à elle déménage à Kamakura dans une maison proche des nouveaux studios. Elle héberge la toute jeune actrice Hideko Takamine, alors âgée de douze ans, pendant la durée du tournage du film en deux parties dont elles partagent l'affiche : et de Heinosuke Gosho.

Les années de guerre : 1937-1945 vignette|gauche|alt=Un homme et une femme se tiennent devant le tronc d'un arbre entouré d'une corde, la femme noue un bout de tissu sur la corde (image en noir et blanc).|Ken Uehara et Kinuyo Tanaka dans Katsura, l'arbre de l'amour (1938). Au cours des années 1930, l'actrice est si populaire que son prénom figure sur plusieurs titres de films : de Heinosuke Gosho ainsi que et de Hiromasa Nomura.

En 1938, elle interprète, dans de Minoru Shibuya, la fille de la maîtresse d'un directeur d'entreprise qui refuse de se marier avec un employé plein d'avenir et de suivre la voie de sa mère. La même année, dans de Hiromasa Nomura, elle joue le rôle d'une infirmière amoureuse d'un médecin avec lequel elle n'a que des rendez-vous manqués et qui devient chanteuse de music-hall. Au départ, c'est l'actrice Mieko Takamine qui devait interpréter le rôle principal mais Shirō Kido, le président des studios Ōfuna de la Shōchiku, use de son influence pour imposer Kinuyo Tanaka. Malgré des critiques réservées, Katsura, l'arbre de l'amour est un immense succès, selon Jean Tulard, c'est l'un des deux mélodrames qui a le plus marqué le Japon. C'est aussi, à l'époque de sa sortie, le film japonais qui a rapporté le plus d'argent, si bien que deux suites voient le jour : puis .

En 1937 a commencé la seconde guerre sino-japonaise et le est mise en application au Japon la loi sur le cinéma qui vise à placer toute la création cinématographique sous le contrôle du gouvernement. Kinuyo Tanaka n'échappe pas au cinéma de propagande et la voilà propulsée dans différents haha-mono (litt. « films de mamans »), destinés à consoler les mères qui voient leurs fils enrôlés dans l'armée impériale et partir au front. La scène cruciale dans de Keisuke Kinoshita est celle qui clôt le film où le régiment de Fukuoka traverse la ville pour partir à la guerre. Dans la foule en liesse qui pousse des cris de joie, une mère angoissée, interprétée par Tanaka, marche aux côtés de son fils qui défile. Cette mère est si clairement bouleversée que cette séquence a failli être coupée par la censure.

L'année 1940 marque la date de la première collaboration entre Kinuyo Tanaka et Kenji Mizoguchi, arrivé à la Shōchiku l'année précédente, dans . Ce film, considéré comme perdu, se situe dans le monde du jōruri (spectacle traditionnel de marionnettes japonais accompagné au shamisen). Le cinéaste et l'actrice vont tourner quinze films ensemble et c'est dans l'immédiat après-guerre que le duo va commencer à bâtir son « grand œuvre » qui leur vaudra une reconnaissance internationale.

L'après-guerre vignette|alt=Cinq femmes souriantes prennent la pose, elles sont vêtues kimonos et leurs cheveux sont ornés de kanzashi (ornements traditionnels japonais) (image en noir et blanc).|Cinq Femmes autour d'Utamaro (1946). Dès 1945, l'armée d'occupation américaine entreprend la démocratisation des médias et de l'industrie cinématographique du Japon. Un bureau spécial est créé, la Section d'information et d'éducation civiques ( ou CI&E) qui compte au nombre de ses tâches l'examen des scénarios nouveaux et le compte rendu des produits achevés.