La Joseph Priestley House est la demeure américaine du théologien, prêtre dissident, philosophe naturel, pédagogue et théoricien de la politique du , le britannique Joseph Priestley (1733-1804). Il y vécut de 1798, jusqu'à sa mort en 1804. Située à Northumberland, dans une région rurale de Pennsylvanie, la maison, conçue par son épouse Mary Priestley, en style géorgien et avec quelques accents fédéralistes, est aujourd'hui un musée consacré à son célèbre propriétaire.
Fuyant les persécutions religieuses et les troubles politiques au Royaume-Uni, les Priestley émigrent aux États-Unis en 1794, à la recherche d'une vie paisible. Cependant, des différends politiques et troubles familiaux s'acharnent sur Priestley au cours des dix dernières années de son existence.
Après la mort des Priestley, leur maison reste en mains privées jusqu'au tournant du , lorsque George Gilbert Pond, professeur de chimie à ce qui est aujourd'hui l'université d'État de Pennsylvanie, l'achète et tente d'y fonder le premier musée Priestley. Il meurt avant d'avoir pu achever son projet et ce n'est pas avant les années 1960 que la maison est restaurée par la Pennsylvania Historical and Museum Commission et le National Historic Landmark. Une seconde rénovation est entreprise dans les années 1990, pour lui redonner l'aspect qu'elle avait à l'époque de Priestley. La maison a souvent servi aux célébrations de lAmerican Chemical Society (la société américaine de chimie), qui y célébra, par exemple, le centenaire puis le bicentenaire de la découverte de l'oxygène par Priestley, ainsi que le de sa naissance.
Situation géographique left|thumb|Plan de Northumberland montrant l'emplacement de la maison, de la voie ferrée et des cours d'eau. À la suite de la guerre de Sept Ans (1756-63) et deu début de la déportation des tribus indiennes d'Amérique vers l'ouest, Allemands, Écossais, Irlandais, et autres immigrants européens s'installent au centre de la vallée du fleuve Susquehanna, y compris dans la région qui va devenir la localité de Northumberland, en Pennsylvanie... Northumberland s'est construite autour d'une zone verte en 1772, sur un terrain acheté à l'origine aux Iroquois par la province de Pennsylvanie en 1768, dans le cadre du premier traité de Fort Stanwix. Pendant la révolution américaine, le village est évacué lors de la Big Runaway de 1778, et n'est pas recolonisé avant 1784.. En 1794, lorsque les Priestley s'y installent, il comprend quelques lieux de culte quaker et méthodiste, une brasserie, deux poteries, un fabricant de potasse, un horloger, une imprimerie (qui publie un hebdomadaire), plusieurs magasins, et environ une centaine de maisons et ..
La propriété Priestley est acquise, en 1794, pour 500 livres sterling, à Reuben Haines, qui avait obtenu un land grant de quatre lots sur le plan original du village de Northumberland (numéros 29 à 32)... Actuellement, la propriété occupe une superficie d'un acre () au 472 Priestley Avenue.L'adresse de la maison était à l'origine North Way, mais la rue fut rebaptisée ainsi plus tard en l'honneur de Joseph Priestley, voir .. Cette rue constitue la limite nord-ouest de la propriété, les autres limites sont Hanover Avenue, au nord, Wallis Street au sud-ouest et la voie ferrée de la North Shore Railroad au sud-est. Au-delà de la ligne de chemin de fer, il y a aujourd'hui un terrain de baseball, et plus loin encore se trouve le fleuve Susquehanna, qui était à l'origine la limite sud de la propriété. Le confluent de la branche occidentale du Susquehanna avec son bras principal (ou septentrional), est proche du sud-ouest de la parcelle, dont l'altitude est de ..
La superficie de la propriété est à l'origine de ()., mais elle est réduite de moitié environ vers 1830 lorsque le canal de la Pennsylvanie est creusé devant la maison, entre celle-ci et le fleuve. Le , la Lackawanna and Bloomsburg Railroad ouvre une liaison ferroviaire depuis Danville. Il s'agit de la seconde voie ferrée de Northumberland et elle passe à l'arrière de la maison... Le canal ferme en 1902 et est ensuite comblé. La voie ferrée actuelle suit approximativement le cours de l'ancien canal devant la maison, l'ancienne voie à l'arrière n'existe plus.
Les Priestley en Amérique thumb|upright|Portrait de Joseph Priestley par Rembrandt Peale (vers 1800) après qu'il a renoncé au port de la perruque. Exode forcé
Les trois dernières années que les Priestley passent en Grande-Bretagne sont une période de bouleversements politiques et les persécutions dont ils font l'objet les conduisent à émigrer vers les États-Unis. Au cours des émeutes de Birmingham en 1791, qui commencent lors du deuxième anniversaire de la prise de la Bastille, à la suite de la réaction conservatrice britannique contre la Révolution française, la demeure des Priestleys, l'église de Joseph et les maisons de nombreux autres dissidents religieux sont incendiées. Les Priestley fuient Birmingham et tentent de vivre à Londres, mais ne peuvent échapper à l'agitation politique.. En 1794, ils rejoignent la vague des qui partent vers l'Amérique, qui est le plus grand mouvement de population d'Europe vers l'Amérique, jusqu'à la fin des guerres napoléoniennes.. Les Priestley quittent la Grande-Bretagne au début du mois d'avril sur le SamsonLe nom du navire est le Samson selon Kieft (), mais Schofield () donne le Sansom. et arrivent à New York le . Deux de leurs trois fils, Joseph, Jr. (l'aîné) et Harry (le cadet), sont déjà arrivés aux États-Unis en , avec un ami de Joseph Priestley, le militant radical Thomas Cooper (1759 – 1839).. Leur troisième fils, William, est parti aux États-Unis depuis la France au début de la Terreur..
Arrivée à Northumberland Alors que les Européens connaissent mieux Priestley en tant que scientifique (il a découvert l'oxygène en 1774), les Américains le voient plutôt comme un défenseur de la liberté religieuse et fervent partisan de l'indépendance américaine.. Dès son arrivée, il est fêté par les diverses factions politiques qui se disputent son soutien. Priestley décline cependant leurs avances, dans l'espoir d'éviter les discordes politiques auxquelles il a été mêlé en Grande-Bretagne. Il écrit à John Adams : « je me suis fixé comme règle de ne pas prendre part à la politique d'un pays dans lequel je suis un étranger, et dans lequel je souhaite vivre sans être importuné. ». Priestley n'est jamais devenu citoyen des États-Unis et .. Il rejette également, à cette époque, l'offre d'enseigner la chimie à l'université de Pennsylvanie... thumb|left|upright|Portrait de Mary Priestley, par Carl Frederik von Breda (1793).
Sur le chemin de Northumberland, les Priestleys s'arrêtent à Philadelphie, où Joseph prononce une série de sermons qui contribuent à accroître la diffusion de l'Unitarisme. Selon J. D. Bowers, qui a étudié l'influence de Priestley sur l'Unitarisme en Amérique, « pendant une décennie Priestley servi d'inspiration et force directrice pour la propagation de l'Unitarisme en Amérique et à la formation de nombreuses sociétés qui suivirent son enseignement sur la formation des congrégations, l'éducation de la jeunesse, la prédication, et l'adoption d'une foi en présence de l'opposition de la majorité protestante et d'une faction concurrente libérale. ». Grâce à l'influence de Priestley, au moins douze congrégations sont fondées dans le Maine, le Massachusetts, le Vermont, la Pennsylvanie, la Virginie, le Kentucky et l'État de New York, notamment la Première église unitarienne de Philadelphie et la congrégation unitarienne universaliste de la vallée du Susquehanna à Northumberland... Unitaires et non-unitaires affluent pour entendre ses prêches et ceux-ci sont publiés dans tout le pays. Au cours de ses années en Amérique, Priestley est de plus en plus convaincu de l'approche millénariste. Son étude appliquée de la Bible et les événements en France, le persuadent qu'il va assister au retour du Christ..
Alors que Priestley apprécie de prêcher à Philadelphie, il ne peut se permettre, financièrement, d'y vivre. De plus, il n'apprécie pas les riches Quakers de la ville et craint un retour de l'épidémie de fièvre jaune qui a récemment décimé la cité.. Il songe à s'établir à Germantown, qui est plus facile d'accès que Northumberland, mais Marie préfère la campagne et veut être près de ses fils. Joseph envisage de partager son temps entre Northumberland et Philadelphie, mais son projet s'avère irréalisable, en raison de la distance et de l'état des voies de communication. Déterminé à assurer le futur bien être de sa famille, Priestley achète des terres et s'installe à Northumberland en , qui est alors à « cinq jours d'un rude voyage » de Philadelphie.. Ils espèrent qu'en ce lieu, une plus grande communauté va finalement s'épanouir....
Installation thumb|Carte de l'est de la Pennsylvanie montrant les lieux importants pour Joseph Priestley et sa famille dans la région. Priestley aspire semble-t-il à une communauté bien plus cosmopolite que Northumberland ne peut lui offrir. Il écrit à sa sœur qu'il s'agit « apparemment d'un lieu pratiquement hors du monde » et se plaint qu'il doit attendre une semaine pour recevoir des nouvelles. Il écrit à son ami John Vaughan: « Nous n'en savons guère plus que lorsque nous vous laissâmes à vos affaires européennes. ». Pendant l'hiver 1794-95, Priestley écrit à ses amis que sa situation est bien éloignée de ce qu'il envisageait à l'origine et que le temps qu'il passe aux États-Unis est loin d'être aussi agréable qu'il l'était en Angleterre, mais qu'il est très heureux d'avoir trouvé cette terre d'asile et qu'il tente de vivre au mieux cette situation.. Dans ses lettres à ses amis restés en Grande-Bretagne, Priestley se décrit toujours comme un exilé et affirme que l'Angleterre reste son véritable foyer.. Marie quant à elle est ravie de cette situation et écrit à William Vaughan : « Je suis heureuse et reconnaissante de trouver une si douce situation et une retraite si paisible en ce lieu d'où je vous écris. Le Priestley apprécie également ce lieu où il a choisi de s'installer, qui est bien plus que je n'espérais à l'époque où nous sommes arrivés […] Ce pays est délicieux, les environs boisés et la proximité de l'eau sont plus beaux que je ne l'ai jamais vu auparavant et les gens sont simples et leurs manières convenables. »
Lorsque les fils Priestley émigrent en Amérique en 1793, ils achètent () de terres le long de la rivière Loyalsock Creek (entre les branches nord et ouest du Susquehanna). Peu après, Thomas Cooper, un ami de Joseph Priestley, publie en Angleterre un pamphlet, intitulé Some Information Respecting America (Quelques informations concernant l'Amérique), destiné à en encourager d'autres à s'installer en Pennsylvanie et donnant des instructions sur la façon de procéder. Il détaille un plan clair pour l'établissement et le financement d'une colonie. La traduction française, Renseignements sur l'AmériqueThomas Cooper, Renseignemens sur l'Amérique. Paris, Chez Maradan, An . 1795. ., a été, selon un expert, « soigneusement rédigée en termes juridiques » et « décrit clairement les grandes lignes d'un projet financier ambitieux. ». Toutefois, il n'est pas certain que le projet de Cooper ait été lié aux terres que les jeunes Priestley avaient achetées.