La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l'intestin (MICI) qui peut atteindre toute partie de l'appareil digestif (de la bouche à l'anus) et éventuellement la peau, les articulations et les yeux. De cause inconnue, cette maladie est caractérisée par une inflammation le plus souvent retrouvée au niveau de l'iléon et du côlon, qui serait d'origine multifactorielle, faisant intervenir entre autres une composante génétique et le microbiome.

Il s'agit d'une maladie chronique évoluant typiquement par poussées espacées par des phases dites de rémission, asymptomatiques. Les signes digestifs sont le plus souvent à type de diarrhée, de douleur abdominale ou de lésion proctologique. La prise de médicament en cas de maladie de Crohn est particulière en raison de l'altération de la paroi intestinale. L'inflammation de cette paroi rend difficile l'absorption des médicaments à travers les villosités intestinales pour atteindre la circulation sanguine. Le diagnostic nécessite une fibroscopie œsogastrique et une coloscopie avec réalisation de biopsies. La maladie de Crohn peut aussi être détectée grâce à une vidéocapsule, celle-ci permettant de visualiser les intestins et plus particulièrement le grêle. Le traitement est surtout médical avec l'utilisation de dérivé aminosalycilé au cours des poussées et d'immunosuppresseur en entretien. Une intervention chirurgicale est parfois justifiée. L'arrêt d'un éventuel tabagisme est conseillé.

Il s'agit d'une maladie multifactorielle au même titre que la colite ulcéreuse (rectocolite hémorragique, RCH) ou la polyarthrite rhumatoïde, autres maladies proches.

Historique La maladie de Crohn pourrait avoir un lien avec un gène hérité des Néandertaliens lors de l'hybridation des deux espèces (Homo neanderthalensis et Homo sapiens)..

La maladie a été décrite en 1932 par Burrill Bernard Crohn (1884-1983), gastro-entérologue au de New York Crohn BB, Ginzburg L, Oppenheimer GD, Regional ileitis, a pathologic and clinical entity, JAMA, 1932;99:1323-9..

En 1993 est signalé le cas d'une souris présentant une mutation du gène de l'interleukine 2 et atteinte de troubles digestifs proches de la maladie de Crohn Sadlack B, Merz H, Schorle H, Schimpl A, Feller AC, Horak I, Ulcerative colitis-like disease in mice with a disrupted interleukin-2 gene, Cell, 1993;75(2):253-261, ce qui en fait le premier modèle animal de cette affection.

La fréquence de la maladie de Crohn semble avoir régulièrement augmenté durant la seconde moitié du dans les pays industriels, avec une incidence et une prévalence qui semblent commencer à se stabiliser dans les zones à forte incidence (Europe du Nord et Amérique du Nord). À l'échelle planétaire, l'incidence de la maladie de Crohn était dans les années 1980 plus importante en Europe, et nettement plus faible en Asie et en Afrique, mais la fréquence de la maladie continue à croître dans les zones qui semblaient relativement épargnées ou à faible incidence (Europe du Sud, Asie et dans la plupart des pays en développement). Les différences ethniques et géographiques qui étaient notées dans le passé quant à la fréquence de la maladie, s'estompent toutes.

Épidémiologie incidence : Avec environ par an et pour . ; environ de personnes en souffrent aux États-Unis et de personnes en Europe. prévalence : elle est d'environ 140 pour Loftus EV Jr. « » 2004;126 :1504-17. . soit une prévalence de 1,4‰. On recense en 2025 plus de 300 000 personnes atteintes en France avec 1 nouveau cas par heure, soit 8 000 nouveaux cas par an. Selon les zones géographiques et les époques, les autorités sanitaires affichent des chiffres très variables : ainsi, des épidémiologistes jugeaient que la prévalence de la maladie était comparable en Norvège (vers 1995) à celle de la maladie aux États-Unis quelques années plus tôt (vers 1985) ; soit 6 à 7,1 pour , mais la fondation évoque un taux d'environ 149 pour pour le Canada alors que le NIH évoque une fourchette bien plus large de pour à la fin des années 1980 Hiatt, Robert A.; Leon Kaufman (1988). "Epidemiology of inflammatory bowel disease in a defined northern California population". Western Journal of Medicine 149 (5): 541–6. . . Moum, B.; M. H. Vatn, A. Ekbom, E. Aadland, O. Fausa, I. Lygren, N. Stray, J. Sauar, T. Schulz (1996). 31 (4): 355–61. . .. On note qu'en Europe, la maladie de Crohn est non seulement plus fréquente dans les pays nordiques (comme en Amérique), mais qu'elle est aussi plus élevée dans les zones les plus septentrionales de ces pays Shivananda, S.; J. Lennard-Jones, R. Logan, N. Fear, A. Price, L. Carpenter and M. van Blankenstein (1996). "Incidence of inflammatory bowel disease across Europe: is there a difference between north and south? Results of the European Collaborative Study on Inflammatory Bowel Disease (EC-IBD)". Gut 39 (5): 690–7. . . .. Il a aussi été noté que l'incidence de la maladie est plus élevée chez les Juifs ashkénazes Baumgart, Daniel C; Sandborn, William J (2012). "Crohn's disease". The Lancet 380 (9853): 1590–605. doi:10.1016/S0140-6736(12)60026-9. . Yang H, McElree C, Roth MP. « Familial empirical risks for inflammatory bowel disease: differences between Jews and non-Jews » Gut 1993;34:517-24. ..

Distribution selon l'âge La distribution selon l'âge est bimodale. La maladie, très rarement diagnostiquée durant la petite enfance, tend à toucher plus souvent le groupe des adolescents et des jeunes adultes (20-30 ans) puis des personnes plus âgées (50-70 ans).

Une sous-estimation du nombre de malades pourrait exister en raison d'un risque de confusion de la maladie de Crohn avec un syndrome de l'intestin irritable Crohn Disease avec eMedicine.

Influence du sexe La maladie de Crohn affecte habituellement plus sévèrement les jeunes femmes que les jeunes hommes "Crohn's disease manifests differently in boys and girls". . bien que le taux de femmes atteintes par la maladie soit à peine plus élevé que celui des hommes touchés "Who is affected by Crohn's disease". [Healthwise]..

Causes Génétique La génétique joue un rôle (qui pourrait impliquer l'autophagie Marcuzzi A, Bianco AM, Girardelli M, Tommasini A, Martelossi S, Monasta L, Crovella S. « Genetic and functional profiling of Crohn's disease : autophagy mechanism and susceptibility to infectious diseases » Biomed Res Int. 2013; 2013:297501. . Marcuzzi A, Bianco AM, Girardelli M, Tommasini A, Martelossi S, Monasta L, Crovella S. « Genetic and functional profiling of Crohn's disease: autophagy mechanism and susceptibility to infectious diseases » Biomed Res Int. 2013; 2013:297501. . Fritz T, Niederreiter L, Adolph T, Blumberg RS, Kaser A. « Crohn's disease: NOD2, autophagy and ER stress converge » Gut 2011;60(11):1580-8. . Lapis K. « [ »] Orv Hetil. 2010;151(40):1645-55. .), notamment démontré par : le modèle animal (souris) ; le fait que chez l'humain il existe un facteur de risque « familial »Halme L, Paavola-Sakki P, Turunen U, Lappalainen M, Farkkila M, Kontula K. « Family and twin studies in inflammatory bowel disease » World J Gastroenterol. 2006;12(23):3668-72. ., les parents, les frères et sœurs ou les enfants de personnes atteintes de la maladie de Crohn sont 3 à 20 fois plus susceptibles de développer la maladie Satsangi J, Jewell DP, Bell JI. « The genetics of inflammatory bowel disease » Gut 1997;40(5):572–4. . . ; les études de jumeaux qui montrent une concordance de plus de 50-55 % pour la maladie de CrohnTysk C, Lindberg E, Järnerot G, Flodérus-Myrhed B (1988). Ulcerative colitis and Crohn's disease in an unselected population of monozygotic and dizygotic twins. A study of heritability and the influence of smoking. Gut 29 (7): 990–6. . . . Halfvarson J, Bodin L, Tysk C, Lindberg E, Järnerot G. « Inflammatory bowel disease in a Swedish twin cohort: a long-term follow-up of concordance and clinical characteristics » Gastroenterology. 2003 Jun;124(7):1767-73. (résumé) ; chez des patients atteints de la maladie de Crohn, l'expression de variants de gènes autophagiques affecte fortement le flux autophagique..

La première mutation à avoir été associée à la maladie de Crohn est un décalage du cadre de lecture du gène NOD2 (également connu sous le nom de gène CARD15)., cette découverte a été suivie de la mise en évidence de mutations ponctuelles.. Plus de trente gènes ont depuis été associés à la maladie de Crohn. La plupart de ces gènes est associée à une fonction biologique connue. Par exemple, des mutations du gène XBP1 sont impliquées dans la voie de réponse protéique dépliée du réticulum endoplasmique... Des variantes génétiques de NOD2 / CARD15 semblent être liées à l'atteinte de l'intestin grêle.. D'autres gènes bien documentés qui augmentent le risque de développer la maladie de Crohn sont ATG16L1., IL23R., IRGM. et SLC11A1.. Il y a un chevauchement considérable entre les locus de susceptibilité aux MICI et aux infections mycobactériennes.. Des études récentes d'association pangénomique ont montré que la maladie de Crohn est génétiquement liée à la maladie cœliaque (intolérance au gluten)...

Le risque de transmettre la maladie à son enfant est multiplié par 10 à 15 si un parent est affecté (toutefois, il s'agit d'un risque relatif par rapport à une population non atteinte, le risque absolu reste limité). Les dernières hypothèses (en 2007) évoquent au moins 32 facteurs de risque génétique Wellcome Trust Case Control Consortium, « Genome-wide association study of 14,000 cases of seven common diseases and 3,000 shared controls » Nature 2007;447:661-678 (plusieurs gènes potentiellement responsables ont été identifiés notamment NOD2 (CARD15)).. En 2011, selon l'INSERM, les variations de près de 70 gènes pourraient être en cause et notamment certains par effet indirect ; les mutations du gène IRGM seraient responsables d'une augmentation du nombre des bactéries intestinales qui induirait une inflammation chronique« Les mutations silencieuses et leur rôle dans la maladie de Crohn » www.inserm.fr/actualites.

Facteurs environnementaux La qualité de l'alimentation, l'utilisation de contraceptifs oraux, des infections périnatales ou de l'enfance, des infections à mycobactéries atypiques sont évoqués, et restent à confirmer ou infirmer par les progrès de l'épidémiologie.La maladie est en forte progression en Asie ; comprendre pourquoi permettrait de mieux cerner les causes de la maladieNature Outlook: Inflammatory Bowel Disease (It’s a condition on the rise in Asia — but why? Follow those trying to find out, and learn how our environment influences inflammatory bowel disease in this new Outlook nature, 22 décembre 2016Kelly Rae Chi (2016) Epidemiology: Rising in the East ; Nature Outlook - 540, S100–S102 (22 décembre 2016) ; , publié en ligne le . Modification générale du contexte immunitaire : les modes de vie modernes liés à l'urbanisation, à l'industrialisation et aux nouveaux comportements ont fait disparaître certains facteurs environnementaux immunorégulateurs. Ceci explique en partie une multiplication des maladies auto-immunes dans les pays riches. (voir aussi maladie liée au mode de vie).Un statut social, économique, éducatif ou professionnel élevé augmente le risque d'inflammation intestinale chronique, corroborant l'hypothèse du rôle d'une hygiène trop poussée (impliquant une moindre exposition aux micro-organismes notamment dans l'enfance) dans l'apparition des maladies allergiques et auto-immunes. Une étude sur l'hypothèse hygiéniste a porté sur les « moins de 20 ans » atteints de la maladie de Crohn, avec des résultats contredisant plutôt cette hypothèse : la fréquentation d'une crèche les six premiers mois de la vie, la présence d'un animal à la maison et des infections diagnostiquées par un médecin entre 5 et 10 ans augmenteraient le risque alors que l'utilisation régulière d'une serviette personnelle et un nombre de personnes réduit dans les maisons étaient plutôt associés à un risque réduit d'apparition de la maladie..