thumb|upright=1.3|Fidèles accomplissant la salât (prière) dans la cour de la grande mosquée de Kairouan en Tunisie.

thumb|upright=1.3|Fidèles accomplissant la salât (prière) à la mosquée Masjid Ubay Bin Ka’ab, ville de Jambi.

thumb|upright=1.3|Fidèles accomplissant la salât (prière) en prosternation (Sujud).

La salât (en arabe : , pl. , ) ou namaz (en persan : ) désigne la prière islamique, second des cinq piliers de l'islam. Ce terme recouvre cependant un large ensemble de prières en islam, mais il est employé aussi spécifiquement pour les cinq prières rituelles quotidiennes, obligatoires pour le fidèle. Il s'agit donc des prières que l'on peut qualifier de canoniques, par opposition aux prières surérogatoires.

Les cinq prières canoniques ont lieu à l'aube (Fajr), au milieu de la journée, lorsque le soleil est à son zénith (Dhuhr), au milieu de l'après-midi ('Asr), au coucher du soleil (Maghreb) et la nuit ('Ichâ'). Chacune d'elles est constituée d'un nombre variable de rakʿah (, pl. ), qu'on peut qualifier d'unités de prière.

En plus de la prière rituelle (salât), le tasbih, le dikhr, ou le douâa sont aussi considérés comme des formes de prières en Islam.

Étymologie Le terme salat (traductions possibles : lien, connexion, prière de contact) est utilisé pour désigner la prière canonique des musulmans. Le mot provient du terme syriaque slôtâ et son usage est attesté dès l'époque préislamiqueP. Ballanfat, "Prière canonique", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.690-693.. Comme le terme zakât, le terme salat appartient au lexique araméen partagé par le Coran et par les inscriptions préislamiques. Il est attesté par cinq inscriptions et par la poésie préislamiqueCh. Robin, "L'Arabie préislamique", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 86-87.. Ils apparaissent, en particulier dans une inscription d'un juif proche du roi d'Himyar et daté vers 400. Ces termes « ont donc été acclimatés dans les langues d'Arabie près de 220 ans avant l'hégire ».

Il n'est pourtant pas évident que le terme ait intégré le Coran via le Yémen. En effet, l'orthographe consonantique du terme est plus proche de l'araméen que du saba'ique. Il peut donc avoir utilisé une autre voie, comme celle du milieu chrétien du golfe, du judaïsme du Hedjaz, de la Syrie, l'Arabie étant alors « grandement imprégnée de culture monothéiste biblique »M. Amir-Moezzi, "Le Shi'isme et le Coran", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 946-947.. L'usage de ce terme est partagé par les chrétiens et les juifs à cette époqueM. Bar-Asher, "Le judaïsme et le Coran", Le Coran des Historiens, 2019, Paris, p. 307.

Histoire du rite La prière selon le Coran Le terme salat est utilisée à soixante-cinq reprises dans le Coran. Salat peut y désigner la prière canonique et obligatoire, distinguée d'autres prières telle la prière de demande (du'â) ou certaines prières litaniques. Il est aussi utilisé pour désigner toute prière faite pour Dieu, sans précision. Le terme est parfois utilisé au pluriel et désigne alors des prières appelant des bénédictions divines. Ainsi, le terme salat ne peut désigner la prière canonique dans les sourates II et IXMonnot, G.. "Ṣalāt." Encyclopédie de l’Islam, vol VIII, p. 925..

Selon le Coran, dès les origines de l'humanité, la prière a été révélée et pratiquée par les prophètes, "comme pratique d'adoration de Dieu". Elle appartiendrait à un monothéisme originel, associé à Abraham et désigné sous le terme de hanifisme. Avant d’être une forme normée, la prière est, dans le Coran, la base d'un comportement religieux.

Dans le Coran, les évocations de la prière canonique sont absentes dans les sourates les plus anciennes. Elle se trouve principalement dans les sourates de la période médinoise, sans que le Coran ne fournisse toutes les informations et règles de la prière. Celles-ci sont complétées par la tradition musulmane.

Mise en place du rite

gauche|vignette|J.L. Gérôme, Prière sur les toits du Caire, 1865. Selon la tradition musulmane, la salât n'est devenue une obligation cultuelle qu'après l'Ascension du Prophète de l'islam au-delà des sept cieux (Mi'raj), que la tradition situe en l'an 2 avant l'hégire, soit vers 620 apr. J.-C.Mohamed Talbi, L'islam n'est pas voile, il est culte, Éditions cartaginoiseries, . C'est en effet à cette occasion que Dieu aurait prescrit à Mahomet les cinq prières rituelles. Selon la tradition, cela se fit par une sollicitation de Mahomet à la suite de laquelle celui-ci obtint de Dieu qu'il ramène à cinq les cinquante prières quotidiennes qu'Il avait initialement exigéesÉric Geoffroy, "Ascension céleste" in Mohammed Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 97b.. Cette mise en place correspond à l'établissement de l'islam comme religion institutionnalisée

La prière liturgique, appelé salat, est citée dès le Coran. D'abord demandée à Mahomet, sa prière personnelle sert de base à la forme liturgique. Elle s'inscrit dans la continuité des prières liturgiques juives et chrétiennes dont elle a subi des influences. Ainsi, un rite des ablutions proche du rite musulman est connu dans le christianisme antique. Le paganisme antique est également une source d'influence mais de moindre importance"Pourtant il existe une troisième source, sans doute de moindre importance, mais qu'on n'a pas suffisamment mise en évidence : le vieux paganisme arabe" (p.163) Le Coran rejette la possibilité d'une transmission. : « Invoquez Allah de la manière qu'il vous a apprise, [manière] que vous ne connaissiez ". (p.164) "Comme l'a montré Zwemer, plus d'une pratique dans l'islam s'inspire d'une conception animiste" (p.182) L'auteur évoque aussi bien le rôle apotropaïque du chant du muezzin ou de l'attitude serrée des fidèles lors de la prière. Il évoque aussi les formes de salutations dans les cours orientales (p. 185) "même si elles ont perdu depuis longtemps leur valeur symbolique" (p. 182) : J. Chelhod. "Les attitudes et les gestes de la prière rituelle dans l'Islam", Revue de l'histoire des religions, tome 156, n°2, 1959., p. 161-188.À propos du nombre de prières, "On sait qu’Ignaz Goldziher y a vu, non pas une simple coïncidence, mais le résultat d’une influence «persane»" : Monnot, G., “Ṣalāt”, Encyclopédie de l’Islam.. Jan Van Reeth a mené une étude sur la sourate Al-Fatiha commençant le Coran mais aussi la prière Salat. Selon lui, les premiers versets proviennent de la liturgie chrétienne et rappellent une doxologie puis des répons psalmodiques. Ainsi, le verset 5 serait une adaptation du Deus in adjutorium meum intende, Domine ad adjuvandum me festina commençant la prière des heures. Pour lui, la sourate Al-Fatiha est un « restant de livre d'heuresJan M. F. Van Reeth. (2006). Le vignoble du paradis et le chemin qui y mène : la thèse de C. Luxenberg et les sources du Coran. Arabica, 53(4), 511–524.. » En tout cas, il ne fait aucun doute que cette sourate a été composée à des fins liturgiques.

Plusieurs versets, en particulier de la période mecquoise, donnent des indications horaires souvent adressées à MahometSourate LXXIII, 2-7, LXXVI, 25.... Née d'une prière personnelle, elle a pris au fur et à mesure une dimension communautaire. C'est probablement à cette période qu'est rajoutée la prière médiane, séparée des autres dans la sourate IIMonnot, G.. "Ṣalāt." Encyclopédie de l’Islam. Brill Online, 2016..

La prière est un sujet largement évoqué par les auteurs musulmans anciens. C'est au de l'hégire, soit au de notre ère, que leurs ouvrages ayant été compilés, la conduite de la prière ainsi que le calendrier ont été fixés. Au , les différences, assez restreintes, entre les écoles de l'islam quant à la prière, sont atténuées par la canonisation de celle-ci lors des compilations de Hadiths. Ces divergences se situaient dans l'obligation de la langue arabe ou, par exemple, dans la place de la prière communautaire face à la prière individuelle. Ainsi, Abu Hanifa () autorisait la récitation de la première sourate de la prière en persan pour ceux qui ne maîtrisait pas l'arabe.

Description du rite Selon Gardet, la salat est « une “liturgie” où tout acte […] et toute parole sont déterminés »L. Gardet, L’islam religion et communauté, Paris, Desclée de Brouwer, 1970, p.161.M.L. Boursin, "À l’heure de la prière : entre pratiques et expérimentations", Ethnologie française 2017/4 (N° 168), pages 623 à 636. En réalité, des différences apparaissent entre les rites d'appartenance, madhab, la prière est une "pratique à géométrie variable". " En contexte français, ces diverses manières de faire sont observables à la mosquée dans les postures corporelles".

Bien que, selon le discours des acteurs, il s'agisse de détails, cette diversité montre parfois une concurrence entre les orthopraxies. Ces pratiques différentes sont culturalisées et parfois " pointées du doigt comme étant hétérodoxes".

Ces variations peuvent aussi posséder un sens politique subtil, entre ceux qui veulent "réinventer la tradition et ceux qui croient au legs des ancêtres ; entre ceux qui cherchent une identité dans le passé et ceux qui croient la trouver dans un futur en gestation".

Conditions de pratique de la prière Des différences apparaissent entre les différentes écoles juridiques à propos de la prière. Elle est, néanmoins, pour toutes obligatoire. Les conditions pour l'effectuer sont "être musulman, en bonne santé mentale, avoir l'âge de raison, être purifié et ablutionné, couvrir ses parties honteuses, être orienté dans la direction de La Mecque, exprimer enfin son intention de prier".

La prière est prononcée en arabe coranique, qui possède le statut de langue liturgique. Ainsi, les mosquées forment-elles à la lecture oralisée autonome du Coran pour pouvoir faire la prière. "Dans cet apprentissage, l’arabe est prégnant car de sa prononciation dépend en partie l’efficacité rituelle.", à l'inverse de dou’â, souvent dite en français (ou toute autre langue parlée)M.L. Boursin, "l’invocation à la lecture du Coran. Pratiques et représentations sur l’usage religieux du français pour les musulmans de France", Histoire, monde et cultures religieuses 2015/4 (n° 36), p. 49-62.

Préambules vignette|Appel à la prière au Nigeria. La prière est précédée de deux appels à la prière, l'un étant lancé par le muezzin (adhan), le second étant prononcé dans la mosquée par le muezzin ou un fidèle chez lui.

Pour les accomplir, le fidèle doit au préalable purifier son corps en accomplissant le rite des ablutions. Il peut prier dans n'importe quel endroit propre, aussi bien à la mosquée que chez soi ou sur son lieu de travail. Dans les faits, il est de coutume de prier à l'intérieur d'un espace qui a été préalablement délimité. Cela peut être fait au moyen d'un tapis, d'une ligne tracée dans le sable, d'un simple bout de tissu propre. À chaque fois, cet espace est sacralisé, il devient sanctuaire. Enfin, le fidèle se tourne vers la qibla, c'est-à-dire vers le sanctuaire de la Ka'ba, à La Mecque, faute de quoi, la prière ne sera pas légalement valableFrançois Déroche, Direction de la prière in Mohammad Ali Amir-Moezzi (Dir.), Dictionnaire du Coran, Paris, Laffont, coll. Bouquins, 2007, p. 221-222. .

La prière Chacune des cinq prières est divisée en deux ou trois ou quatre unités appelées rak'a (pluriel : rakat). Chacun de ces cycles est lui-même constitué au moins de la récitation de la sourate Al-Fatiha, d'une louange divine, d’invocations, le tout dans une suite spécifique de postures : debout, incliné, prosterné, à genoux. À la fin de chaque prière, le musulman dit deux fois, tournant son visage vers les personnes à sa droite puis à sa gauche : (en Alili Rochdy, Qu'est-ce que l'islam ?, Paris, La Découverte, coll. « Poche/Sciences humaines et sociales », 2004, p. 85-125. . Cette formule est appelée taslim (salutation). La prière de l’aube, Salat Fajr, composée de deux rakat, est dite à voix haute et se conclut par une station agenouillée.