L’histoire économique de l'Italie sous le régime fasciste se divise en plusieurs périodes, la première étant marquée par le libéralisme du ministre de l'Économie et du Budget Alberto de Stefani, en fonction de 1922 à 1925. À partir de 1926, une crise de déflation affecte le royaume d'Italie, et l'État renfloue alors de nombreuses entreprises privéesSylos Labini P., La politique économique du fascisme. La crise de '29, dans Monnaie et crédit, vol. 67, non. 265, 2014, p. 47-54.. La crise économique mondiale atteint l'Italie en 1931. En dernière instance, c'est la course à l'armement et la préparation à la guerre qui, comme dans l'Allemagne nazie, permettent de réamorcer l'économie italienne. Néanmoins, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l'Italie demeure un pays majoritairement agraire, la politique d'industrialisation mise en œuvre par le régime fasciste n'ayant pas porté tous ses fruits. Celle-ci, en effet, s'est concentrée sur l'industrie lourde au détriment des biens de consommation, tandis que la politique d'autarcie prônée par le Grand Conseil du fascisme, à partir du milieu des années 1930 et de l'invasion de l'Abyssinie, privilégiait explicitement les besoins militaires sur les besoins civils.
Politique sociale Le mouvement fasciste originel affichait un programme économique ayant un fort aspect social, marqué par le syndicalisme révolutionnaire sorélien et l'ancienne appartenance de beaucoup de ses théoriciens à la gauche. Néanmoins, la volonté de Mussolini de transformer le fascisme en parti politique puis d'accéder au pouvoir en s'appuyant sur le soutien massif des élites et des milieux patronaux contraint très fortement la menée par le régime. Les projets révolutionnaires sont abandonnés et seulement réactivés de manière formelle lors de la séquence de la république de Salo.
Protection sociale
En somme, ces politiques s'inscrivent dans la continuité de la construction de l'État social conduite sous le régime précèdent. Elles suivent aussi une tendance similaire à celle observée dans les autres grands pays européens, où la protection sociale et le développement d'assurances sociales s'étendent. Ces réformes ont donc eu un impact durable sur le développement de l'État providence en Italie ainsi que sur sa forme, et notamment le fait qu'il comprenne peu de prestations universelles. Accidents du travail Si les assurances contre les accidents du travail avaient déjà été créées et rendues obligatoires dès le , Mussolini fait de cette activité un monopole public et le confie à l'INAIL, créé en 1933. Cela permet, en 1935, de rendre la couverture automatique dès l'embauche, de mener des politiques de santé publique et d'augmenter la couverture des invalides. Ces principes sont restés en vigueur jusqu'à aujourd'hui.
Pensions de retraite Le régime ne réforme pas radicalement le système de retraite, qui avait été mis en place sur la base du volontariat en 1898 puis de manière obligatoire et à travers une caisse nationale en 1919. Il fait cependant le choix de développer ce système de retraite en renonçant à son ambition universelle, ne l'étendant pas à certaines catégories professionnelles. De même, si le système est placé sous la férule de l'INPS en 1933, les régimes spéciaux continuent à se multiplier. Les pensions de réversion sont instituées en 1939Ferrara et al., p. 45.. Assurance chômage Alors même que le développement de l'assurance chômage est mise en avant dans la Charte du travail, le régime fasciste n'intervient que très peu dans ce domaineFerrara et al., p. 51-57.. Un système innovant avait déjà été mis en place en 1919. Le régime se contente de réformer les conditions d'accès, en excluant notamment les travailleurs agricoles puis réduisant la couverture apportée en 1935.
Politique familiale
vignette|Œuvre de propagande reliant les campagnes de lutte contre la tuberculose infantile à une citation de Mussolini affirmant "Vous êtes l'aurore de la vie, l'espérance de la patrie mais, surtout, l'armée de demain".
Les allocations familiales sont créées en 1934 puis étendues les années suivantes. Des primes au mariage et à la maternité sont créées en 1939.
D'autre part, les célibataires de plus de , à l'exception des prêtres, des chômeurs et des militaires, sont sujets à partir de 1926 à une taxe spéciale pour les inciter à se marier. De même, la carrière des fonctionnaires célibataires est défavorisée avant que le mariage devienne, en 1939, une condition obligatoire pour faire partie de la fonction publique.
L' est créé en 1925 pour accompagner les femmes enceintes et les jeunes enfants. Elle apporte des soutiens financiers, cherche à favoriser l'hygiène et diffuse des informations sur la puériculture. Elle prend aussi en charge les enfants abandonnés et les filles-mères.
En contrepartie, la répression de l'avortement, classé comme « délit contre l’intégrité et la santé de la race », est renforcée.
La jeunesse est encadrée par le parti et le régime crée à son endroit des colonies de vacances et des centres sportifs.
Assistance sociale Des politiques consistant à pallier la pauvreté en offrant des prestations en nature sont menées au niveau local par des organes du parti puis regroupées au sein de en 1937Corner, Paul, Fascisme et contrôle social , dans l'Italie contemporaine , n. 228, 2002, p. 381-405..
Santé Le système de santé italien souffrait d'un éclatement entre plus de indépendants, souvent opaques et de faible dimensionPreti, Domenico, Économie et institutions de l'État fasciste , Editori Riuniti, 1980, pp. 124-134.. Si Mussolini affiche à son arrivée au pouvoir l'ambition de rationaliser et harmoniser ce dispositif, objectif déjà identifié par les gouvernements précédents, cette politique ne fut finalement pas mise en œuvre. En effet, le régime fasciste entame un rapprochement avec l'Église catholique, qui intervient massivement en la matière, officialisé par les accords de Latran.
Le régime ne réalise pas de réforme structurelle en matière de santé. Seul un début d'intervention dans le domaine des mutuelles débouche tardivement sur a création de en 1943.
Le régime mettra en revanche en avant ses campagnes de lutte contre la tuberculose.
Droit du travail et passage à un système corporatif
La doctrine du régime en la matière se cristallise dans la Charte du travail de 1927, rédigée en grande partie par Giuseppe Bottai, le sous-secrétaire d'État aux corporations. Celle ci est présentée comme une version optimisée de la Charte du Carnaro, texte rédigé par le syndicaliste révolutionnaire Alceste de Ambris lors de l'aventure de Fiume, épisode mythique du narratif fasciste. Pourtant, cette nouvelle charte ne reprend pas les aspects révolutionnaires et libertaires du texte de 1920 et n'en retient que les projets corporatifs. Le système corporatif qui en est issu est présenté comme un moyen de remplacer la lutte des classes par la coopération de classe. Il prive cependant en pratique les travailleurs de moyen de faire valoir des revendications tandis que le régime cogère le monde du travail avec les représentants du patronatSilato, Leonardo Salvatore, Réforme de la sécurité sociale et de l'assistance sociale au vingtième anniversaire du combat contre le fascisme , XVII EF, Milan, Edizioni La Prora, 1939..
L'État s'attaque ainsi au droit du travail et aux syndicats. Le , le Pacte Vidoni, signé par la Confindustria et les représentants du régime fasciste, abolit les syndicats des travailleurs les remplaçant par ceux contrôlés par le fascisme. En 1926, les grèves sont déclarées hors la loi et les travailleurs non inscrits au parti fasciste ne peuvent être embauchés. Le Grand Conseil du fascisme promulgue en la Charte du travail. L'article 7 de cette Charte réaffirme l'efficacité de l'initiative privée, l’État ne devant intervenir qu'en cas de déficience de celle-ci (art. 9). La Charte remplace les syndicats par des corporations, censées dépasser la lutte de classe. La Charte entraine également une réduction des salaires de 20 % pour de travailleurs. Le Conseil national des Corporations est créé en 1930. La loi de 1934 sur les corporations stipule que les délégués des travailleurs seront nommés, et non élus. À côté de ces responsables nommés par l'État, les corporations accueillent des représentants des directeurs d'entreprise.
En matière de temps de travail, la journée de est adoptée en 1923. Le régime réduit ensuite le temps de travail hebdomadaire à en 1934 mais il s'agit en fait d'une tentative de lutter contre le chômage, qui oscille entre 11 et 15% du fait de la crise. En outre, cette réduction du temps de travail hebdomadaire s'accompagne d'une nette baisse des salaires. La semaine de est suspendue en 1936 pour faire face à l'effort de guerre, rétablie en 1937 puis à nouveau abolie en avec la mise en place d'une semaine de afin d'augmenter la production dans le contexte du second conflit mondialForo, Philippe. « Chapitre 5 - L’économie italienne sous le fascisme : des velléités libérales à la recherche de l’autarcie », , L’Italie fasciste. sous la direction de Foro Philippe. Armand Colin, 2006, ..
L'Œuvre nationale du temps libre (OND) est créée par le régime en 1925 pour encadrer les loisirs des travailleurs. Si cette démarche est présentée comme une politique sociale et fait l'objet d'une propagande massive, il s'agit également d'assurer le contrôle social de la population et de se substituer à des organisations extérieures voire opposées au régime.
Sous la République de Salo (1943 - 1945)
En 1943, Mussolini a perdu le soutien des élites italiennes, causant sa chute. De retour au pouvoir dans le nord de la péninsule, il tente donc de susciter l'adhésion populaire à son régime en renouant avec les accents révolutionnaires du premier fascisme.
Cette doctrine est illustrée par le Manifeste de Vérone de 1943, texte programmatique dont la rédaction a été en grande partie assurée par Nicola Bombacci, ancien fondateur du parti communiste italien rallié au fascisme. La socialisation de l'économie est revendiquée à travers la participation des travailleurs aux bénéfices et à la gestion des entreprises tandis que l'État est supposé jouer un plus grand rôle dans l'économie via des nationalisations.
Ces projets ne sont cependant guère concrétisés, le régime n'ayant qu'une durée de vie de vingt mois, son contrôle sur le territoire étant très mal assuré et l'Allemagne nazie assurant de fait une forme de tutelle.
Évolution des politiques économiques
1922 - 1925 : Des mesures libérales
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Le , Mussolini déclare : Cf. Daniel Guérin (1936 ; rééd. 1945), Fascisme et grand capital, éd. Syllepses, 1999. Chapitre IX, . Le , il ajoute : . L'État fasciste transfère ainsi au privé plusieurs monopoles : celui sur les allumettes est cédé à un Consortium des fabricants d'allumettes ; en 1925, l'État se désengage du secteur des téléphones, et renonce aussi à l'exécution de certains travaux publics.
Une loi de 1912 avait créé un Institut d'État pour les assurances, institut qui devait obtenir le monopole au bout de dix ans. Mais Mussolini transfère l'assurance-vie aux assureurs privés par la loi du . Les municipalités socialistes s'étaient engagées dans l'économie ; Mussolini ordonne qu'on . À Pola, Turin, etc., les podestà (instances nommées qui ont remplacé les maires élus en 1925) transfèrent au privé des régies prospères. L'Unione radiofonica italiana (URI) est fondée en 1924 par des entrepreneurs privés et une partie du groupe Marconi. L'État lui accorde le monopole des diffusions radiophoniques. Après la guerre, l'URI deviendra la RAI.