thumb|right|Portrait de Constance II de la Chronographie de 354, Vatican, Cod. Barber. XXXI, 39, fol. 13 Dans le christianisme ancien du , on distingue quatre conciles de Sirmium (ou synodes de Sirmium) et quatre symboles de Sirmium (ou formules de Sirmium) du nom de la ville impériale de Sirmium en Pannonie. Ces différentes réunions et professions de foi ont pris place sous le règne de Constance II, durant la crise arienne qui divisait le christianisme et marquent l'apogée de l'arianisme.

Les dates rapprochées de ces évènements entretiennent parfois une certaine confusion chez les auteurs anciens qui se prolonge jusqu'à nos jours dans les différentes appellations.

L'appellation Concile de Sirmium désigne souvent le troisième des quatre conciles dont est issu le deuxième symbole appelé « blasphème de Sirmium » par ses détracteurs. On parle également du « formulaire de Sirmium » pour désigner parfois la deuxième formule parfois la quatrième formule qui marquent la victoire temporaire de l'arianisme.

Contexte Au milieu du , l'arianisme est en pleine expansion dans les communautés chrétiennes de l'Empire au point qu'il devient le courant majoritaire au détriment du courant dit nicéen des tenants du Symbole de Nicée. Les débats théologiques se succèdent âprement dans des luttes d'influences incessantes caractérisées par de nombreux revirements et retournement de situations. thumb|right|Province romaine de PanonieLes différentes tendances peuvent se schématiser en quatre groupes, bien qu'il existe de nombreuses variantes dans ces groupesJacques Noël Peres, Le débat sur la nature du Christ aux : De l'arianisme au monophysisme, in conférences de l'ERF, 16/12/1995, texte en ligne : les nicéens affirmant que le Père et le Fils (Jésus de Nazareth) sont de même substance (homo-ousios). C'est le courant dit homoousien les ariens radicaux, pour lesquels le Père et le Fils sont dissemblables (an-omoios). C'est le courant dit anoméen. les semi-ariens, affirmant que le Père et le Fils sont de substance semblable (homoi-ousios). C'est le courant dit homéousien. les tenants d'un compromis, affirmant plus simplement que le Père et le Fils sont semblables sans préciser de quoi relève cette similitude. C'est le courant dit homéen.

Problèmes historiographiques thumb|right|Situation de la Pannonie dans l'Empire romain L'historien et philologue classique Timothy D. Barnes relève que la seule référence à un premier concile de Sirmium est en fait une référence antidatée au concile de 351 qui est le seul des conciles de Sirmium convenablement attesté. Il pose ensuite que les conciles de 357 puis 358 ne furent en fait que les réunions d'une poignée de participants plutôt que des conciles à proprement parlercf. Timothy D. Barnes, Athanasius and Constantius. Theology and Politics in the Constantinian Empire éd. Harvard University Press, 2001, .

Conciles et formules Premier concile de Sirmium Ce concile se serait tenu à Sirmium en 349 pour condamner l'évêque anti-arien de la ville, Photin, disciple de Marcel d'Ancyre. Il n'est mentionné qu'une fois dans la littérature antique et il est probable qu'il s'agisse en fait d'une confusion de dates remontant à l'Antiquité avec le concile de 351

Deuxième concile et première formule Ce concile est réuni en 351 à l'instigation de l'empereur Constance II, proche du courant arien et régnant désormais seul sur l'Empire. Le but du concile est de faire condamner les doctrines du populaire évêque d'Alexandrie Athanase d'Alexandrie, de Photin et de son maître Marcel d'Ancyre, accusés de sabellianisme, dont la doctrine sera frappée d'une série de vingt-sept anathèmes. Photin sera quant à lui déposé et exiléAline Pourkier, L'hérésiologie chez Epiphane de Salamine, éd. Beauchesne, 1992, , extrait en ligne.

Ce concile rassemblait essentiellement des évêques orientaux d'un arianisme modéré. Marquée par le subordinationisme, sa profession de foi se rapproche de celle rédigée au concile de Trèves de 342 et évite le problématique homoousios - la consubstantialité du Fils - du concile de NicéeAdalbert-G. Hamman, Études patristiques, éd. Beauchesne, 1991, extrait en ligne. La formule sera signée par l'évêque de Rome LibèreIbid., et reprise aux conciles d'Arles et de Milan.

Troisième concile et deuxième formule

Le concile de 357 rassembla un petit nombre d'évêques exclusivement occidentaux - au nombre desquels Libère - alors que le christianisme était essentiellement développé dans la partie orientale de l'Empire romain, qui rédigèrent une profession de foi fortement marquée par l'arianisme radical de type anoméen. Rédigé en latin, ce credo, connu sous le nom de deuxième symbole de Sirmium et qualifié de blasphème de Sirmium par Hilaire de Poitiersin De Synodis, XI, proscrivait la notion de consubstantialité du Fils et, par conséquent l'usage des termes homoousios (consubstantiel) et homoiousios (de même substance) jugés trop polémiques.

La formule écartait ainsi toute spéculation sur le mode de génération du Fils, se bornant à affirmer la subordination de ce dernier au Père dont « l’unicité », donc la solitude dans la divinité, est affirmée. Le texte stipule qu'. Les anoméens obtiennent même la signature d'Ossius de Cordoue, alors centenaire, dont on soupçonne qu'elle a été extorquée tant ce credo va à l'encontre des convictions affichées par l'influent théologien. C'est alors le triomphe du parti radical arien dirigé par les évêques illyriens Ursace et Valens de Mursa.

Loin d'apaiser les querelles, ce credo radical sera rejeté par la plupart des courants théologiques de l'époque et divisa le camp arien tout en rassemblant les tenants de la doctrine de la consubstantialité du Père et du Fils. Ce concile aura pourtant un retentissement considérable car l'influent évêque d'Antioche Eudoxe, passé du parti eusébien à l'arianisme radical fit sienne cette confession de foi lors d'un concile d'Antioche postérieur, de tendance anoméenneLuc Fritz, Symbole du deuxième concile de Sirmium (357), in Patristique.org, 14/02/2004, article en ligne.

Troisième formule Cette appellation rare désigne un ensemble de trois pièces signées par Libère : la formule de foi composée à Antioche en 341 et connue comme deuxième formule du synode in Encaeniis ; la condamnation prononcée à Sirmium de 351 contre Photin; une troisième pièce semi-arienne dont Libère est lui-même l'auteur et qui affirme que le Fils est semblable au Père par essenceA. d'Ales, Le dogme de Nicée, éd. Beauchesne, 1926, ouvrage en ligne.

Quatrième concile et quatrième formule

Après le concile d'Ancyre de 358, durant l’été de la même année Constance II convoque une nouvelle réunion à Sirmium qui réunit les différents courants modérés et auquel il assiste personnellement. Les débats durent des mois et l’Empereur finit par trancher en faveur du courant arien, y voyant un compromis entre les nicéens et les ariens anoméens, et promulgue l'année suivante un nouveau symbole de foi connu sous le nom de « quatrième symbole de Sirmium » ou « formulaire de Sirmium » qui sera revu à Nikè puis à Constantinople (360) pour devenir un temps le credo officiel de l'Empire.

Daté du et rédigé par Marc d'Aréthuse, c'est le plus ancien symbole de foi mentionnant la descente du Christ aux enfers :

Ce symbole tente de faire un compromis entre les anoméens et les homéens d'Ursace et Valens, et affirme que le terme de « substance » ne doit pas s'appliquer à Dieu puisqu'il ne figure pas dans les Écritures, ajoutant que, comme le disent les Écritures, « le Fils est semblable au Père en toutes choses » en se conformant de la sorte à la tendance originelle de l'arianisme de suivre les Écritures à la lettreJacques Zeiller, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'Empire, éd. L'Erma di Bretschneider, 1967, , ouvrage en ligne. Cette formule de compromis, qu'Athanase nommera par dérision le credo daté, à la formulation trop vague et imposée par l'empereur lui-même aura pour effet de mécontenter tout le mondeLuc Fritz, Quatrième symbole de Sirmium (359), in Patristique.org, 15/02/2004, article en ligne.

Outre les conciles de Nikè et le premier concile de Constantinople, le concile de Sirmium sera suivi par celui d'Ariminum (Rimini).

Annexes Texte de la formule de 351

Texte de la formule de 357

Texte de la formule de 359 Le « Credo daté » du :

Notes et références

Bibliographie Jacques Zeiller, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l'Empire romain, éd. L'Erma di Bretschneider, 1967 Timothy D. Barnes, Athanasius and Constantius. Theology and Politics in the Constantinian Empire éd. Harvard University Press, 2001 Pierre Maraval, Le christianisme de Constantin à la conquête arabe, PUF, 1997, p. 329-332.

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