Le Printemps Haussmann est un grand magasin détenu par le Groupe Printemps situé dans le de Paris et où sont distribuées les principales marques de mode, de beauté et de décoration de la maison. Elles sont réparties par thèmes dans les trois bâtiments du magasin ( et au total). Les façades et toitures (sauf la surélévation moderne) des anciens magasins (actuel Printemps de l'Homme) sont inscrites au titre des monuments historiques par arrêté du ..

L'histoire du Printemps Haussmann vignette|gauche|Façade sur rue. vignette|gauche|L'angle de la rue du Havre et du boulevard Haussmann tel qu'avant l'incendie de 1881, photographié par Charles Marville. vignette|Façade principale du Printemps en 1900 : les trois grandes arcades en plein cintre du rez-de-chaussée sont surmontées d'une triple et vaste baie entre les pilastres. De 1865 à la fin du : naissance d'un grand magasin Le Second Empire marque le début des grands magasins.

Après qu'Aristide Boucicaut lance Le Bon Marché sur la rive gauche en 1852, Jules Jaluzot et Jean-Alfred Duclos créent par acte notarié, le , la société en nom collectif Au Printemps, titre porteur de sens, dont le premier slogan en livre toute la profondeur : « Au Printemps, tout y est nouveau, frais et joli, comme le titre : Au Printemps ». Jaluzot fait construire son premier magasin au carrefour du boulevard Haussmann (rive droite) et de la rue du Havre, malgré son éloignement, à l'époque, du cœur vivant de Paris. Il pressent peut-être l'essor de ce quartier et l'opportunité que constitue la proximité de la gare Saint Lazare. Le , Augustine Figeac, l'épouse de Jules Jaluzot, fait l’acquisition à titre de bien paraphernal d’un terrain à l’angle du boulevard Haussmann et de la rue du Havre pour , sur lequel elle fait construire en un immeuble de rapport, par l'architecte Jules Sédille et son fils Paul : il n'est destiné à abriter le magasin qu'au rez-de-chaussée, à l'entresol et au sous-sol qui abrite les réserves et les écuries destinés aux livraisons à domicile.. Ce tout premier magasin du Printemps est doté de grandes vitrines qui laissent voir de vastes galeries et semble former une sorte de grand marché couvert soutenu par des colonnes. L'inauguration a lieu le , en présence du curé de Saint-Louis d'Antin qui vient bénir le magasin à la demande de Jaluzot..

Le Printemps compte alors 17 comptoirs et un assortiment complet pour l'habillement et la maison. Sa devise est « » (« Mon honneur est ma probité »)Catherine Deydier, « Cent cinquante Printemps », Le Figaro, encart « Le Figaro et vous », 21-22 mars 2015, .. Cette même année, le Printemps remporte son premier grand succès, avec la commercialisation en exclusivité d'une soie noire exclusive, la Marie-Blanche, qui gagne la large faveur de la clientèle jusqu'aux années 1900.

En 1866, le Printemps innove et lance le principe des soldes tels que nous les connaissons aujourd'hui : plutôt que de camoufler les produits passés de mode ou défraîchis, ils seront vendus à prix cassés tous les ans. Ce principe séduit les foules et, bien que s'étende la récession économique, et que Duclos quitte le Printemps, cessant d'être l'associé de Jaluzot et emmenant son capital avec lui, l'activité du grand magasin du boulevard Haussmann est très prospère.

Mais le , la guerre franco-prussienne est déclarée et une importante majorité des 250 employés du Printemps doit rejoindre la Garde nationale, ralentissant considérablement l'activité du magasin jusqu'en fin 1871. Les stocks conservés permettent au commerce de reprendre immédiatement son activité.

En , le Printemps Haussmann s'agrandit : non seulement son développement s'accomplit en hauteur, avec la location de nouveaux étages, mais dorénavant sa surface s'étend également à deux maisons de la rue de Provence, voisine du boulevard Haussmann. Des ponts de fer relient les bâtiments entre eux et Jaluzot innove en intégrant deux ascenseurs à ses bâtisses (créés par Léon Edoux et présentés à l'Exposition universelle de 1867), instruments totalement nouveaux et inédits dans les magasins de l'époque ; dans la presse, on peut même lire « ascenseurs de Vienne, grand succès ». Ils feront la publicité du Printemps Haussmann et seront une grande attraction pour les enfants.

Le grand magasin absorbe peu à peu les immeubles voisins du bâtiment initial et poursuit son développement en 1881 : il dispose maintenant d'une quatrième façade rue de Caumartin.

Le , un incendie se déclare : un employé chargé du balayage ayant allumé un bec de gaz pour travailler, le feu prend brusquement à un rideau de mousseline et ravage le magasin. Un peu plus tard, l'incendie fait fondre deux conduites de gaz, provoquant des explosions et ajoutant de nouveaux foyers. Le bâtiment finit par s'écrouler. Seuls les immeubles récemment acquis rue de Caumartin échappent à la catastrophe. L'épreuve est pourtant très rapidement surmontée : début 1882, l'architecte Paul Sédille monte les structures du nouveau bâtiment, qui sera achevé en 1883, installant notamment l'électricité et employant les premières fondations à air comprimé pour un bâtiment civil (technique utilisée pour la construction des ponts).. La partie incendiée est reconstruite, et les anciens bâtiments ayant survécu sont eux aussi démolis, afin d'assurer l'harmonie et la modernité complète du nouvel édifice de style néo-classique. Les façades rideaux sont des placages de pierre sur une armature en fer. L'espace de vente de est réparti sur les trois premiers des huit étages. Ils sont compris entre quatre rotondes en pierre de taille situées aux angles, Sédille s'inspirant pour ces structures des châteaux forts. Leur dômes sont couronnés de lanternons en forme de belvédère au-dessus desquels trône une girouette en forme de caducée, symbole de la réussite commerciale prospère. La nef centrale s'élevant à est surplombée d'une immense verrière qui laisse filtrer la lumière. Partisan convaincu de la polychromie et des bienfaits de la coopération des arts décoratifs avec l'architecture, Sédille fait intervenir des artistes dans la plupart des bâtiments qu'il a construits. : Carrier-Belleuse est chargé des sculptures de la rotonde, dont les coupoles sont ornées de mosaïques Art nouveau de Facchina qui laissent apparaître l'enseigne Au Printemps en feuille d'or enfermées entre deux tesselles en verre, ce qui les fait briller au soleil ; feuilles taillées dans la pierre ou en ferre forgé, colonnes monumentales ornées de visages de femmes, statues de femmes en enfilade, allégories des quatre saisons dues à Henri Chapu. Les deux ailes semi-circulaires de la façade principale sont ornées de grands pilastres corinthiens. Les clients peuvent admirer le jour de l'inauguration le les innovations architecturales et techniques du nouveau magasin : un aménagement assurant un espace fonctionnel, aujourd'hui encore reconnu par les historiens d'art et d'architecture comme le prototype du grand magasin et de l'édifice industriel moderne, l'apparition du fer comme élément visible de décoration (poutres, escaliers) et non plus comme seule armature de la bâtisse, et un tout nouvel éclairage sécurisant (foyers Jablochkoff, lampes à arc et lampes à incandescence qui remplacent l'éclairage au gaz), mettant en valeur les produits en vente..

À partir de 1903, la ligne 3 du métro dessert le magasin Printemps.

Le : essor économique du Printemps Haussmann et innovations architecturales vignette|Coupole en vitrail. vignette|Détail de la façade sur rue. En 1905, Jaluzot est poussé à la démission par ses actionnaires à la suite d'une crise économique liée à la chute des cours du sucre. Son ancien second, Gustave Laguionie, lui succède à la direction du Printemps, bien décidé à moderniser le magasin. Pour améliorer la mise en valeur des articles en vente, Laguionie est persuadé que le magasin a besoin de plus d'espace pour qu'un maximum de marchandises soit visible par la clientèle. Les agrandissements ont lieu sous la direction de René Binet qui fait installer, dans le grand hall, un grand escalier central à quatre révolutions, qui symbolise une ascension : c'est non seulement plus fonctionnel, mais également décoratif. En parallèle, Laguionie procède aussi à l'ouverture d'une nouvelle salle au sous-sol, à la location de nouveaux bâtiments pour des ateliers rue Joubert, rue de Mogador et rue de Rochechouart, et à l'acquisition de nouveaux emplacements rue de Caumartin et rue de Provence.

En 1906, le Printemps se dote du téléphone.

En 1907, Laguionie lance la construction d'un nouveau bâtiment qui, dès 1908, ouvre plusieurs de ses nouvelles galeries à l'angle des rues Caumartin et de Provence. Il est relié au magasin plus ancien par un sous-sol. C'est en qu'a lieu l'inauguration de ce qui est appelé les Nouveaux Magasins. À l'époque ils occupent environ la moitié de la surface de l'actuel Printemps de la Femme. Le style du nouveau bâtiment, coiffé d'une coupole et d'une terrasse, est assez proche de celui du magasin de Sédille pour conserver une certaine homogénéité. Les innovations architecturales ne passent pas inaperçues : le nouveau hall octogonal est perçu comme audacieux, la ferronnerie des balcons et des rampes d'escalier est une réalisation de style art nouveau, l'éclairage du nouveau bâtiment étonne, et les nouveaux ascenseurs panoramiques émerveillent les visiteurs.

En 1912, avec la naissance des arts nouveaux, puis des arts décoratifs, le Printemps propose des catalogues de mobilier ou de vaisselle : c'est l'atelier d'art Primavera, dont les pièces sont fabriquées dans deux ateliers de Montreuil.

Les premiers mannequins arrivent dans les vitrines du Printemps durant la Première Guerre mondiale. Des mannequins sont spécialement créés pour le Printemps : leur style original les différencie des mannequins de série. Pendant le conflit, les étalages du Printemps deviennent un but de promenade pour les Parisiens n'ayant plus beaucoup de distraction. Les vitrines, pas encore animées comme aujourd'hui en période de fêtes, mettent tout de même en scène des soldats de plomb en pleine bataille.

vignette|L'incendie du .

Le , un court-circuit électrique dans une cage d'ascenseur est à l'origine d'un nouvel incendie aux conséquences désastreuses dans le nouveau magasin. Très peu de pans de façades et de charpentes sont épargnés. L'architecte Georges Wybo dirige les travaux de reconstruction, basés sur les mêmes plans qu'avant le sinistre. Wybo, très au fait des nouvelles méthodes de sécurité américaines, utilise de nouvelles techniques d'édification plus sûres (notamment le réseau d'extinction automatique de ) pour éviter définitivement au magasin les incendies). À la suite de cet incendie, le Régiment des sapeurs-pompiers de Paris, institué en 1866 et ancêtre de la Brigade des sapeurs-pompiers, créée en 1967, met au point un plan-type d'intervention pour immeuble recevant du public, qui sera un modèle adopté ensuite par les différents corps de pompiers français.

En 1923, une seconde ligne de métro - la ligne 9 - dessert la station Havre - Caumartin, qui donne directement sur le Printemps. La même année, le grand maître verrier Brière repose les deux coupoles en de vitraux des Nouveaux Magasins.

À partir de 1924, le Printemps Haussmann commence à organiser des expositions et à créer l'événement au sein de ses bâtiments. Par exemple, une exposition est organisée chaque année au mois de janvier pour marquer la saison du blanc. Depuis sa reconstruction, le Printemps du boulevard Haussmann donne également la priorité aux étalages : ses vitrines représentatives de la mode sont des œuvres d'art qui font venir tout Paris. C'est également à cette époque qu'est créé le concept des vitrines animées de Noël, qui déplacent des foules importantes.