L'internationalisme est un ensemble de positions idéologiques diverses et parfois antagonistes qui, par différence ou par opposition au nationalisme, défendent des programmes politiques et des intérêts sociaux au-delà des frontières.

Il est particulièrement défendu au sein du mouvement ouvrier (inspiré notamment du marxisme et du socialisme libertaire) qui prône la solidarité des prolétaires de tous les pays, mais peut également se retrouver défendu par certains partisans du courant humaniste, de l’altermondialisme et du capitalisme. L'atlantisme est par exemple une idéologie défendant l'internationalisme libéral.

Il prend parfois la forme de l'antinationalisme.

Définition et histoire Définition L’internationalisme est une idéologie qui encourage et met en place une solidarité de principes, d'intentions et d'actions parmi les individus et les forces collectives, et qui tend vers une organisation dépassant les structures nationales.

L’internationalisme souhaite la fin des affrontements entre les États et s'oppose au nationalisme et au chauvinisme, en défendant des intérêts qui sont communs à l'humanité. Le nationalisme est un principe politique qui apparaît à la fin du . Il définit le groupe national comme une essence basée sur un ensemble de principes et de valeurs ethniques, culturels ou sociaux. Le groupe national est alors lié de manière exclusive à l’État-nation. Le chauvinisme, qui tient son étymologie du nom de Nicolas Chauvin, est une forme de patriotisme exclusif.

L’internationalisme est à ne pas confondre avec plusieurs notions à caractère transnational ou international.

Le cosmopolitismeLourme, Louis. Qu’est-ce que le cosmopolitisme ? Paris : J. Vrin 2012 tire ses origines de l’Antiquité grecque. Il est pour la première fois conceptualisé par le philosophe cynique Diogène de Sinope, à partir des mots cosmos (le monde, l'univers) et politês (citoyen). Il exprime la possibilité d'être natif d'un lieu et de toucher à l'universalité, sans renier sa particularité.

L’universalisme a pour objectif de promouvoir des valeurs et des idées valides partout dans le monde, à toute époque et pour toute classe sociale. Il postule que tous les êtres humains auraient une nature commune, une unité globale et fondamentale plus forte que les différences (langues, histoire, traditions). L'universalisme républicain, qui est une doctrine d'origine française, présente la République et ses valeurs de liberté, égalité des individus et fraternité comme un idéal universel.

Le mondialisme est un mouvement idéologiquement visant à l’unité du monde et la solidarité entre les citoyens de différents états. Le mondialisme est lui-même à ne pas confondre avec mondialisation, qui est un processus économique et social.

Histoire L’idée de coopération entre les nations dans le but de créer un système de paix et d'échanges existe avant le développement de l'internationalisme au . Une de ces conceptions majeures est développée par Emmanuel Kant dans son ouvrage Vers la paix perpétuelle.. Selon lui, la paix au niveau mondial ne peut se réaliser que par la création d'un cadre juridique commun. La première étape de la construction de la paix perpétuelle est l’adoption par les États d’une constitution républicaine (c’est-à-dire de la démocratie représentative). Ces États formeraient ensuite une confédération d’États libres, capables de substituer aux relations de force des relations de droit sur la base du respect des droits des personnes. Kant n’envisage pas un gouvernement mondial.

Le concept d'internationalisme émerge au milieu du . Il définit alors les relations entre les nations puis la collaboration dans des organisations internationales (voir Internationalisme institutionnel). Il se diffuse en Europe et aux États-Unis, dans le cadre du développement des États-nations et de l'expansion coloniale européenne. Il prend une connotation politique avec le développement des Internationales ouvrières et a un sens péjoratif pour les nationalistes. Au cours du , la notion d'internationalisme aura des significations plus larges, voire contradictoires.

Les évolutions du mouvement ouvrier vignette|redresse|Le logo de l'Internationale communiste.L'internationalisme de gauche ou prolétarienClaudie Weill, « L'internationalisme en question(s) », Matériaux pour l’histoire de notre temps 2006/4. qui apparaît au vise : dans un premier temps, à la solidarité internationale entre les prolétaires (ouvriers, paysans, employés, salariés, précaires, chômeurs, etc.), puis après un processus révolutionnaire ou réformiste, à la mise en place d'un régime international supprimant les États et leurs frontières ; c'est alors le socialisme (ou communisme), une société qui ne comprend ni États, ni classes, ni exploitation.

Ses principaux théoriciens sont Karl Marx, Friedrich Engels, Herman Gorter, Anton Pannekoek, Rosa Luxemburg, Lénine, Kautsky, Karl Liebknecht, Eduard Bernstein, Jean Jaurès. Le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », dernière ligne du Manifeste du Parti communiste, le drapeau rouge et le chant « L’Internationale » en deviennent les principaux symboles. L'internationalisme de gauche est un pacifisme et s'oppose aux guerres entre les peuples.

Première Internationale, internationalisme ouvrier L'Association internationale des travailleurs est fondée à Londres en 1864. C'est une première tentative formelle pour l'union du mouvement ouvrier international naissant en Europe. Cette fédération voit se rassembler, et parfois s'opposer, deux tendances socialistes : les socialistes dits autoritaires, marxistes, ou communistes les anti-autoritaires, influencés notamment par les anarchistes comme Proudhon et Bakounine.

Ces dissensions internes font imploser le mouvement en 1872, lorsque Marx fait exclure Bakounine au congrès de l'AIT à La Haye. Cette scission vient affaiblir encore un mouvement divisé et frappé par la répression après la Commune de Paris. Le , le congrès réuni à Philadelphie décide l'auto-dissolution de l’Internationale.

Association internationale des travailleurs, internationalisme anarchiste Cette dislocation fait naître une internationale anti-autoritaire, la Fédération jurassienne fondée à St-Imier en 1872. Cette association est donc l'héritière directe de l'AIT. Elle est peu à peu délaissée par les militants anarchistes qui vont préférer de nouvelles formes de militantisme, comme la propagande par le fait, ou encore l'anarcho-syndicalisme.

Dans la suite des années 1870, malgré ces dissensions, le mouvement anarchiste ne s'essouffle pas, et gagne même en popularité. Si l'anarchisme à ses débuts était une branche virulente du marxisme, les adeptes de la pensée de Bakounine s'affirment en tant que mouvement à part entière, avec également une optique internationaliste. Ayant pour base de pensée la volonté d'abattre toute forme d'autorité institutionnelle, l'anarchisme peut difficilement se reconnaître dans un gouvernement ou un parti. Aussi, les agissements préconisés et réalisés ne rentrent pas dans une logique d’État, mais bien au contraire dans une logique clandestine et minoritaire. Ce sont à travers ces différentes actions isolées dans différents pays, européens principalement, que la pensée anarchiste voit naître une dimension internationale. On cherche à outrepasser les frontières et les structures étatiques pour répandre et renforcer la pensée libertaire. Bakounine lui-même prônait l'action par les syndicats, qui étaient selon lui « l'organisation naturelle des masses »Gaetano MANFREDONIA, L’anarchisme en Europe, puf, Paris 2001. Il s'agit d'unir les foules derrière une même pensée, mais sans jamais lui imposer une autorité quelconque. Ainsi, certains groupes anarchistes internationaux voient le jour.

L’Association internationale des travailleurs, une internationale anarcho-syndicaliste qui reprend le nom de la Première Internationale, est fondée en 1922 à Berlin. Cette association est encore active aujourd'hui et dispose de sections en Europe et en Amérique du Sud.

La dimension internationaliste du mouvement anarchiste s'est également exprimée en dehors des organisations formelles que sont les partis politiques, les fédérations ou les syndicats, à travers notamment une organisation en réseaux, façonnés au gré des rencontres et des affinités entre militants du monde entier.. En Europe particulièrement, à la fin du , les grands penseurs libertaires de différents pays sont en contact et échangent régulièrement, et les différents militants maintiennent les réseaux entre pays par le biais de périodiques internationaux.

Plus récemment a été créée la Confédération internationale du travail, parfois appelée « nouvelle AIT ». Elle vise à faire évoluer l'internationalisme des courants anarcho-syndicaliste, et syndicaliste révolutionnaire.

Deuxième Internationale, internationalisme socialiste L’Internationale ouvrière (Deuxième Internationale) est fondée le à Paris à l’initiative de Friedrich Engels. Contrairement à la Première Internationale, les délégués ne créent pas d’organismes centraux, mais organisent des conférences périodiques pour favoriser les échanges entre les groupes de travail nationaux.

La condition préalable à l'établissement de la Deuxième Internationale a été la croissance du mouvement ouvrier dans les pays européens et aux États-Unis, l’élaboration de la législation concernant les partis socialistes et communistes, la propagation des idées socialistesPatrizia Dogliani « Socialisme et internationalisme », Cahiers Jaurès, , 2009/1.

Au début du , la Deuxième Internationale exerce une forte influence dans le mouvement ouvrier avec de . Les Congrès de la Deuxième Internationale se focalisent sur les enjeux du nationalisme, du chauvinisme, de la course aux armements et de la menace d'une guerre mondiale. Mais en 1914, le principe national l’emporte sur l’idée internationaliste et la majorité de ses partis soutiennent la guerre, à l’exception des socialistes russes, serbe et de petites minorités d’autres partis.

Les opposants à la guerre dénoncent le massacre des peuples entre eux pour les intérêts des dirigeants de chaque État. Ils se réunissent en Suisse à la conférence de Zimmerwald en 1915 et à la conférence de Kiental en 1916. Dans l’après-guerre, les divisions entre les partis socialistes et la naissance de la Troisième Internationale entraînent la mort de la Deuxième Internationale. En tentant de recomposer le schisme entre communistes et socialistes, certains partis fondent à Vienne, en , l’Union des partis socialistes pour l'action internationale. En , lors de la conférence de Hambourg, cette organisation devient l’Internationale ouvrière socialiste, qui se proclame héritière de la Deuxième InternationaleZorgbibe, Charles, “L’Internationale socialiste : structure et idéologie”, Politique étrangère, Vol. 34, 1969, ..

Cette nouvelle expérience, gravement menacée par l’arrivée au pouvoir des dictatures en Europe dans les années 1930 va durer jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Après sa dissolution formelle, elle se reconstitue pendant le congrès de Francfort en 1951, sous le nom d’Internationale socialiste. Cette organisation se définit comme démocratique, anticommuniste et anti-impérialiste, s’ouvrant aux partis socialistes du Tiers Monde surtout à partir du Congrès de Genève (26-). L’Internationale socialiste est encore active aujourd’hui comme lieu de rencontre et de débat théorique et rassemble 159 partis..

Troisième Internationale, internationalisme communiste