L'histoire de la Savoie de 1815 à 1860 commence avec la défaite de Napoléon à Waterloo et le traité de Paris signé le . Le duché de Savoie est rendu aux princes de Savoie, après vingt-trois ans d’occupation révolutionnaire puis napoléonienne. Cette restauration marque cependant le début d'un éloignement entre la population savoisienne et la dynastie de Savoie. En effet, l’application d'une monarchie autoritaire donne aux Savoyards le sentiment d’être une minorité au sein d’un ensemble italophone, et par-dessus tout, les tentatives d’unification de la péninsule italienne et leurs implications financières semblent être en décalage avec les préoccupations de la population savoyarde.

De plus, l'expérience française permet aux Savoyards de prendre conscience de leurs similitudes culturelles avec leurs voisins français, malgré les différentes annexions. Un brassage culturel s'est fait notamment par le biais de l'armée sous le Premier Empire (1814) : , et de l’armée impériale sont d’origine savoyarde, sur un ensemble de ..

La déchirure s'aggrave lorsque, dans les années 1840, la maison de Savoie met en place une politique expansionniste dans la péninsule italienne qui s'inscrit dans les diverses actions indépendantistes que les Italiens appellent le . La séparation définitive est entérinée par le traité de Turin de 1860 qui remet la Savoie à la France en échange du soutien militaire qu'elle a apporté à la maison de Savoie pour se libérer du joug de l'empire d'Autriche et permettre ainsi de créer le royaume d'Italie dont elle devient les souverains.

Victor-Emmanuel de Sardaigne (1802 - 1821) et le « buon governo » thumb| (1759-1824). Le retour du duché de Savoie dans le giron du royaume de Sardaigne ne se fait définitivement qu’à partir du traité de Paris de 1815. Le roi tente alors de mettre en place une monarchie autoritaire, mais il abdique en 1821, refusant d’accorder une Constitution, face aux prémices insurrectionnels.

La réorganisation du duché

Le traité de Paris du ne rend au roi de Sardaigne qu’une partie du territoire ducal. En effet, l’article 2 du traité stipule que la France conserve ses limites d’avant le conflit européen, mais les suivants permettent à celle-ci de s'accroître. Ainsi, les articles 7 et 8 indiquent que la majeure partie de la Savoie Propre avec Chambéry, qui reste le chef-lieu, et le Genevois avec Annecy restent à la France sous le nom de « département du Mont-Blanc ». La partie restituée au roi de Sardaigne reprend l’ancien titre de duché de Savoie avec l’installation du gouverneur, de l’intendant général et du Sénat de Savoie (réduit à sept membres) dans la ville de Conflans., nommée Albertville en 1835, lors de sa fusion avec la commune de lHôpital-sous-Conflans. Joseph de Maistre considérait cette division de la population savoyarde comme :

Il faut donc attendre le traité de Paris du pour retrouver l’unité savoyarde. Toutefois, quelques communes sont cédées au canton de Genève. Le duché se réorganise et Chambéry redevient la capitale accueillant à nouveau les différents services administratifs. Une nouvelle réorganisation territoriale avec des provinces est mise en placeArchives départementales de la Savoie, , Gabriel Pérouse. :

Province Chef-lieu Mandement Commune Évolution Savoie PropreChambérycapitale du duché 12Aix ; Chambéry ; Chamoux ; Châtelard ; Échelles ; Montmélian ; La Motte-Servolex ; Pont-de-Beauvoisin ; La Rochette ; Saint-Genix ; Saint-Pierre-d'Albigny ; Yenne 142 En 1818, ajout du mandement de Ruffieux. Chablais Thonon 6Abondance ; Biot ; Bons ; Douvaine ; Evian ; Thonon 58 En 1818, le mandement de Bons disparait. Faucigny Bonneville 9Bonneville ; Chamonix ; Cluses ; Megève ; La Roche ; Saint-Jeoire ; Sallanches ; Samoëns ; Taninges 69 En 1818, disparition du mandement de Megève, création de celui de Saint-Gervais. Genevois Annecy 6Annecy ; Duingt ; Faverges ; Talloires ; Thônes ; Thorens-Sales 74 En 1818, disparition du mandement de Talloires, réunion des mandements de Rumilly et d'Albens. Haute-Savoie Conflanspuis Albertville 4Beaufort ; Conflans ; Grésy ; Ugines 41 Création en . Maurienne Saint-Jean-de-Maurienne 7Aiguebelle ; La Chambre ; Lanslebourg ; Modane ; Saint-Étienne-de-Cuines ; Saint-Jean-de-Maurienne ; Saint-Michel 69 En 1818, disparition du mandement de Saint-Étienne. Rumilly Rumilly 4La Biolle ; Ruffieux ; Rumilly ; Seyssel 60 Création en . Suppression en 1818 pour être partagée entre les provinces de Savoie-Propre, du Genevois et de Carouge. Tarentaise Moûtiers 5Bourg-Saint-Maurice ; Bozel ; Moûtiers ; Sainte-Foy ; Saint-Jean-de-Belleville 56 En 1818, disparition du mandement de Sainte-Foy. Carouge Saint-Julien 3Annemasse ; Reigner ; Saint-Julien 58Disparition de la première province lors du traité de Turin de 1816 avec le rattachement de vingt-quatre communes à la Suisse, permettant ainsi la création du canton de Genève. Rattachement en 1818 du mandement de Seyssel.

Les provinces du duché de Savoie.

Un régime autoritaire thumb|left|270px|Les armoiries du royaume de Sardaigne (1821). s'efforce d'instaurer une société cloisonnée en classes, reposant sur des pouvoirs policiers élargis. La noblesse et les familles d'affaires riches qui détiennent des responsabilités publiques, législatives ou administratives font partie de la classe riche. Les armes, le barreau, la médecine et la robe sont des professions ouvertes à la classe dite moyenne. Le travail manuel est l'héritage de la classe pauvre.

Les carabiniers royaux reçoivent, le , la mission de pourchasser les individus nuisibles à la société, le nombre de mendiants est considérable en SavoieJournal des travaux de la Société française de statistique : Par Société française de statistique universelle, publié par La Société, 1837. Le pouvoir de police est accaparé par les militaires (commandants, majors), rendant une justice expéditive, sans jugement. Joseph de Maistre dénonce cette .

Cette organisation vigilante sur une société aux bonnes mœurs, et sur une paix communale basée sur la force et l'intimidation policière est surnommée par les Savoyards et par dérision : « Le buon Governo ».. La bourgeoisie savoyarde trouve ce régime éloigné des affaires publiques, et trop voué à la défense des intérêts du trône. Par ailleurs, les seules sources d’informations critiques dont elle dispose proviennent de France ou de Genève..

La religion catholique, apostolique et romaine est déclarée religion officielle du royaume, les autres cultes sont tolérés.

Si le clergé s'est vu amputé d’une grande partie de ses biens et droits personnels, en décembre 1792Les armées révolutionnaires françaises envahissent la Savoie dans la nuit du 21 au . Voir Histoire de la Savoie de 1792 à 1815., il peut en revanche asseoir son influence sur ce nouveau régime ; les prêtres, qui tiennent déjà les registres d'état civil et le contrôle des écoles communales, introduisent dans les programmes scolaires l'enseignement religieux ainsi que la lecture et l’écriture de la langue italienne. Le retour du catholicisme d’État marque la reconstruction du patrimoine religieux détruit sous la Révolution, et pas moins de 130 églises néoclassiques sardes sont édifiées., nommé parfois le Selon le titre d'un article de Marius Hudry et Jean-Marc Ferley, publié en 1985 dans la Revue savoisienne de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie..

Cette politique trouve ses opposants auprès des libéraux que l'on retrouve dans les rangs des , une société républicaine et secrète qui avait pour but l’établissement d’un gouvernement démocratique. Ceux-ci passent à l’action dans le Piémont en , mais aussi en Savoie.. Le royaume de Sardaigne fait appel à l'Autriche dont les troupes répriment durement l'insurrection. De nombreux agitateurs sont condamnés à mort, ainsi que des officiers, sous-officiers et parlementaires . La majorité de la population reste sans réaction et la politique gouvernementale ne change pas. Cependant l’activisme de ces sociétés pousse le souverain Victor-Emmanuel à abdiquer en 1821 en faveur de son frère, Charles-Félix..

Les lois et les juges Dans le § 15, liv. 3, lit. 2 des Lois et Constitutions de sa majesté le roi de Sardaigne, il est dit que les décisions des magistrats et des sénateurs doivent préserver les Lois, les Constitutions du pays, et les statuts des lieux où l'affaire s'instruit. Les lois et ordonnances du pouvoir sont toujours rédigées en langue italienne, et traduites en français pour les publier dans le duché de Savoie.

Le corps judiciaire

Le Sénat : Après le roi, les dignitaires autoritaires sont les sénateurs. Ils ont pour charge d'instruire les procès des hauts dignitaires, et de faire exécuter les volontés princières. Le siège du Sénat en Savoie est situé à Chambéry. Ce grand corps judiciaire se compose de deux chambres, la chambre des comptes et la chambre d'appel en révision auprès du roi pour les affaires civiles (ce fut le roi Emmanuel-Philibert de Savoie qui institua les grands corps judiciaires, après avoir supprimé les États-Généraux de Savoie). Ces magistrats nommés par le roi sont administrés par un président (portant le titre d’excellence), chargé d'entériner les édits, les lettres-patentes et provisions qui émanent de l'autorité suprême, c'est-à-dire de la Maison de Savoie. Les arrêts donnés par le sénat sont sans appel, et sont exécutoires dans les vingt-quatre heuresFrédéric C. Napoléon d'Héran, Du Duché de Savoie ou état de ce pays en 1833, Delaunay, 1833, ..

Les tribunaux : . Ce tribunal existe depuis 1823, et instruit toutes les affaires civiles dont la valeur excède trois cents francs, ainsi que les appels rendus sur sa province. On ne peut faire appel du jugement de ces magistrats que lorsque l'importance de la cause dépasse la somme de mille francs. Avant 1823, la judicature mage ne comptait qu'un seul juge. C'est à partir de cette année que le système hypothécaire (droit de propriété, biens-fonds) existe en Savoie.

Les conciliations : En deçà de cette somme, le châtelain est chargé de concilier toutes les discussions, et les contestations entre habitants.

Condamnations à mort Par décret du Sénat, une personne condamnée, avertie par le greffier criminel du jugement prononcé, se trouve à la disposition de l'exécuteur des hautes œuvres (bourreau). Le public peut aller voir l'agonie du condamné, enchainé à un tabouret dans la prison, pendant vingt-quatre heures. Le jour de l'exécution, les cloches de la ville annoncent aux habitants, que le condamné marche au supplice. À la porte de la prison, des pénitents accompagnent le condamné en chantant des psaumes, guidés par un prêtre. Le bourreau tient la corde déjà passée autour du cou de la victime, en exécutant le tour de la ville, avant de se rendre sur un gibet pour l'exécution par pendaison..

Condamnations aux galères Le condamné aux galères est amené sur la place des condamnations à mort pour suivre le supplice. Il est ensuite trainé autour de la ville, avec une rame de chaloupe sur ses épaules (emblème du châtiment), surveillé par des soldats de justice, et accompagné par le tocsin. Il restera enchainé jusqu'à son départ aux galères.

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