Alan Stivell, né Alain Cochevelou le à Riom (Puy-de-Dôme), est un auteur-compositeur-interprète et musicien français d'origine bretonne.
Multi-instrumentiste, il joue principalement de la harpe celtique, mais aussi du piano, du synthétiseur, de la flûte irlandaise, de la bombarde, de la cornemuse écossaise et des percussions. Il est également chanteur et auteur (en plusieurs langues)Alan chante majoritairement en breton, mais aussi dans d'autres langues celtiques (écossais, irlandais, gallois, cornique), français, anglais et, plus accessoirement, galicien, occitan, catalan, algonquin, quechua, japonais..
Il milite pour la reconnaissance de la langue et de la culture bretonne.
À partir des années 1950, Alan Stivell participe à la grâce au travail de son père Georges Cochevelou de fabrication de l'instrument. À partir de 1966, Alan Stivell est le premier chanteur breton professionnel chantant principalement en langue bretonne (brezhoneg). Héritier du premier renouveau musical breton (qui avait vu la création des bagadoù), inspiré par le rock et le anglo-saxons, il contribue aux mouvements folk et folk rock français et celtique des années 1960 et 1970.
Alan Stivell révolutionne la musique bretonne en y incorporant principalement des influences gaéliques et anglo-saxonnes, mais aussi celle de la musique classique d'hier et aujourd'hui et celle des autres continents. Il y apporte aussi les innovations techniques de la fin du . À l'époque, d'autres interprètes bretons s'expriment déjà, mais à l'exception de Glenmor, ils n'entrent pas dans le professionnalisme et leur modernisme ne s’aventure pas au-delà de la guitare classique (à une exception près). Il est le premier à vraiment électrifier la musique celtique. À la fois sur les plans technologiques, musicaux et formels, il montre un certain éclectisme : en plus des genres déjà cités, il ajoute à la musique bretonne des touches électro (dès 1979) ou hip-hop (en 1993) et il s'ouvre à la culture japonaise en interprétant (en 2015) des haïkus du au . Il imagine, dessine et fait réaliser ses propres projets de harpes celtiques électroacoustiques et électriques.
Il popularise la Bretagne et sa musique, par son travail artistique et ses tournées internationales, par la communication mais aussi par l'effet boule de neige suscité par ses émules. À l'origine du sursaut que connaissent la langue bretonne et la fierté du peuple breton, il aura ouvert la voie à divers artistes.
Son œuvre musicale est liée à un combat pour la reconnaissance des cultures bretonne et celtique. Il ne le conçoit pas sans la transmission, au-delà des frontières, de messages empreints d'humanisme et de fraternité. Cet esprit d'ouverture se traduit dès ses débuts par des métissages culturels et des fusions musicales, ce qui en fait l'un des précurseurs de la qu'il définit déjà clairement sur son premier album Reflets paru en 1970. C’est à la fois la quête d'une « musique globale » dans l'espace et le temps et l'affirmation d'un panceltisme en même temps qu’une vision égalitariste de la personne humaine (Human~Kelt).
Biographie
Origines, formation et débuts De son vrai nom Alan Cochevelou.Ce nom breton rare trouve son origine en haute Cornouaille, vers Gourin et Langonnet. Son étymologie reste mystérieuse, pouvant avoir un lien avec les anciens celtiques Cassivellaunos et Cativelaunos. En breton, Kozh-stivelloù signifie les vieilles sources ou le vieux sourcier. Il pourrait être lié au nom Queffellou ou Quevellou, qui signifie « vieux colporteur de nouvelles », Kozh-kevelloù étant plus facilement prononcé "Cochevelou" dans le Poher. (), Alan Stivell naît le à Riom..
La famille de son père, est originaire de Gourin et Pontivy dans le Morbihan en Bretagne, sa mère Fanny-Julienne Dobroushkess est d'origine ashkénaze (française et lituanienne) .
Alan Stivell est le benjamin de deux frères nés à Paris (1935) et Épinal (1940). Avant ses deux ans, la famille revient à Paris. Il passe sa jeunesse à Belleville, puis à Vincennes, à l’exception de toutes ses vacances en Bretagne non loin de ses cousins. Il déménage enfin en Bretagne, d’abord à Langonnet, dans le pays d’origine paternelle.
Enfant, le futurisme le passionne, à travers la science-fiction, les avancées techniques et scientifiques. Il privilégie les bandes dessinées d'anticipation.. Sa découverte du monde celtique quand il a l’amène, dès les grandes classes primaires, puis le lycée, à affirmer son identité et sa passion pour tous les aspects de la culture celtique, y compris revendicatifs. Un sentiment de solitude et d’injustice, une timidité, mais aussi une hargne de faire vivre ses idées en découlent40.. Il est élève au lycée Voltaire (Paris)., étudiant en licence d'anglais à la faculté des lettres de Censier (Paris-III), en linguistique à la Sorbonne et à l'université de Rennes où il passe un certificat de celtique.. Il étudie à l'École pratique des hautes études la littérature médiévale galloise et gaélique, avec Léon Fleuriot.
Les Cochevelou et la renaissance de la harpe celtique Son père a vécu une vingtaine d'années en Pays vannetais, passe par le petit séminaire de Sainte-Anne-d'Auray, puis quitte la Bretagne pour la guerre 14-18. Il reste militaire un moment, travaillant ensuite dans une banque et un laboratoire pharmaceutique à Paris16.. Il rencontre Fanny Julienne Dobroushkess, la mère d'Alan, de père russe et de mère française (, Paris - , Limeil-Brévannes).. En 1944, Georges Cochevelou retourne à Paris où il travaille au ministère des Finances..thumb|upright|alt=Photographie de la première néo harpe bretonne|La néo-harpe celtique . Georges Cochevelou est aussi artiste : il se passionne pour la peinture, l'ébénisterie et la musique. Très éclectique, il est également inventeur (notamment un appareil de mesure optique). Les liens qu’il a toujours gardés avec le milieu culturel breton, notamment druidique, l’amènent à l’idée de reconstruire l'ancienne harpe celtique. En effet, la déclinaison celtique de la harpe était (à partir des ) un des aspects de la culture commune des pays celtes que ni la mer, ni les divers pouvoirs et territoires princiers ne purent vraiment diviser avant le . À ce moment, l’aristocratie bretonne commença progressivement à perdre ses caractères propres, et donc même chose pour la harpe, comme pour toute la culture des classes dirigeantes. Le romantisme fit de la harpe bretonne, harpe d’Arvor (autrement dit harpe celtique) un symbole mythique et mystique, qui perdura jusqu'après la guerre 14-18..
Dès la fin des années 1930 et dans les années 1940, Georges Cochevelou projette cette reconstruction. Peu après son retour à Paris, il rassemble divers documents. Il ne prend modèle sur aucune harpe, mais se sert de ces documents pour concevoir un prototype original et personnel. Du printemps 1952 au printemps 1953, tous les soirs et tous les week-ends pendant un an, Alan assiste, fasciné, à l’avancée des travaux.. Alan Stivell déclare plus tard à propos de ce qu’il appellera plus tard la « » (la « première harpe » en breton) : . La musique berce l'enfance d'Alan Stivell..
Formation musicale et culturelle
L'univers celtique de la harpe vignette|upright|alt=Jef Le Penven en chef d'orchestre|Jef Le Penven a pour œuvre majeure la Cantate du Bout du monde, d'inspiration bretonne. À l'âge de , Alan commence l’apprentissage du piano, dont jouait sa mère : , ce que L. Bourdelas interprète ainsi dans son livre, : .. C'est le prototype de harpe celtique créé par son père, au départ destiné à sa mère Fanny, qui l’incite à prendre des cours ; il bénéficie de l’enseignement de la célèbre concertiste Denise Mégevand (1917-2004). Les œuvres classiques, notamment des sonates de F.J. Naderman et, surtout, les arrangements de thèmes traditionnels celtiques, écrits par son professeur ou son père., montrent très vite le don évident de ce jeune enfant. Il va aussi, tout de suite, montrer une passion immodérée pour la Bretagne et tous les pays celtes.. Il est le premier, depuis quatre siècles environ, à faire résonner la harpe bretonne, en breton.. Il joue notamment des cantiques bretons comme , ou , des thèmes profanes (Gwerzioù et sonioù), en particulier du Barzaz Breiz, aussi des thèmes s'inscrivant dans la mouvance romantique irlandaise (comme ceux du répertoire de Mary O'Hara), comme d'Écosse et du Pays de Galles (notamment ceux qui avaient été adaptés en breton)..
Sa passion pour la harpe celtique entraîne une passion plus large pour toute la civilisation celtique. Il commence à s’initier, bien sûr au breton, mais aussi à la langue galloise, au gaélique, à l’histoire, à la mythologie, à l'art. Héritier du mouvement artistique des Seiz Breur et fort d’un début de formation en musique classique, il jette les premières notes d’une cantate (annonçant pour bien plus tard sa Symphonie celtique) après avoir découvert la (Cantate du bout du monde) de Jef Le Penven, en 1958. Il a le même enthousiasme pour la démarche parallèle de l'Irlandais Seán Ó Riada, « Une envie d'ultra-moderne : du classique au rock celtique »..
Le , alors âgé de , il joue de la première harpe bretonne des temps modernes à la maison de la Bretagne, à Paris, où l'association avait demandé à son professeur une conférence sur la harpe celtique, qu’elle prépara avec l’assistance de George Cochevelou. La salle est enthousiaste et c’est le point de départ du réveil de la , la harpe d’Armor, amenant des commandes à son père.. Il se produit également, en , à l’Unesco, lors d'une exposition bretonne au « Noël des petits Bretons de Paris ». L'été, il accompagne deux jeunes membres des Petits chanteurs de Sainte-Anne-d'Auray en la cathédrale de Vannes, , ou encore au meeting de l'Union féminine civique et sociale, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. En 1955, il se produit pour des associations bretonnes comme Kendalc'h, Kêrvreizh ou la Mission bretonne , pour la fête de la Saint-Yves aux arènes de Lutèce, la fête des œillets à Paramé, la fête du Léon-Trégor à Morlaix., etc.
La démarche de Georges Cochevelou et son fils séduit les dirigeants des scouts de Bleimor qui vont former chez les guides, à la suite d’Alan, un groupe de harpistes : la Telenn Bleimor.
Immersion dans la culture bretonne Les titres des morceaux constituent pour lui une porte d’entrée dans la langue bretonne . Il entend aussi son père en dire quelques mots lui-même. Il se concoctera un petit lexique et il en révise le vocabulaire notamment à chaque voyage en métro ou en bus. Il est déjà obsédé par tous les points communs aux pays celtes qu’il découvre : les paysages et les maisons le fascinent jusqu'à l’obsession., mais aussi le vocabulaire commun..
C’est en , après ses deux frères, qu’il adhère à l'Association de scouts Bleimor de Paris, d'abord en tant que louveteau, puis en octobre en tant que scout, sections « La Telenn Bleimor va naître à la suite d'Alan » et « Le jeune homme à la harpe »., dont le bagad Bleimor est l’antenne musicale. Il s’exerce à la bombarde puis, autour de 1960, à la cornemuse écossaise ( en breton, ou parfois ). Avec le scoutisme, les camps et le bagad, il complète son vocabulaire breton, cité par Christophe Carichon dans Scouts et guides en Bretagne, ., chante, . et apprend aussi la danse, « L'art de la danse »..
Récitals de harpe celtique En 1956, à douze ans, il se produit à l'académie de musique Raymond-Duncan, au cabaret Le Pichet, au Festival des cornemuses à Brest et, à l'automne, il réalise son premier passage à la télévision nationale, avec Sylvie Raynaud-Zurfluh, se qualifiant pour le grand concours national du « Royaume de la musique »..
vignette|gauche|alt=Photographie d'Alan Stivell de dos devant le public du concours des sonneurs à Gourin|Alan Stivell en concert de clôture du Championnat des sonneurs 2010 de Gourin, qu'il remporte à plusieurs reprises dans les . Il continue à mettre en valeur la harpe celtique. Il déclare avoir voulu électrifier la harpe sous l'influence du Rock'n'Roll..