Béni Mellal (en Bani Mellal ;) est une ville marocaine située au centre du Maroc au pied du Moyen-Atlas, à la limite de la plaine de la Tadla. Avec une population de plus de , elle est la principale ville et le chef-lieu de la région de Beni Mellal-Khenifra. Ville ayant connu une croissance démographique significative au cours de la seconde moitié du , Béni Mellal tire profit de son statut de chef-lieu administratif, de la richesse de son terroir agricole, mais également de son nouveau statut de ville universitaire.

Géographie

Topographie vignette|redresse=1.5|centre|Vue de la ville depuis les collines, avec la Kasbah Bel Kouch au premier plan. Béni Mellal est située entre et d'altitude, au pied du moyen-atlas et Haut-Atlas. La ville est dominée par le mont Tassemit (« le mont du froid » en langue Amazigh) au sud-est de la ville, culminant à une altitude de , et par le djebel Ghenyen, au sud de la ville, culminant à d'altitude. Les deux sommets sont généralement recouverts de neige de novembre à avril. Elle est longée au nord par l'oued Daï, petit affluent de l'Oum Errabiâ, qui conférait autrefois son nom à la ville. Elle est également la principale agglomération de la Tadla, bien qu'elle soit située en zone de piémont (dir), en limite de la plaine.

Climat

Beni Mellal se caractérise par un climat continental, et la quantité de précipitations varie entre 350 et selon les années. Les gelées ne sont pas rares en hiver ; on a enregistré à Beni Mellal en . L'été est très chaud à cause des vents brûlants du sud-ouest-est (chergui) qui font augmenter le mercure au-dessus des ( en ), les vagues de chaleur se terminant parfois par de violents orages qui rafraîchissent le sol surtout dans les zones montagneuses.

Origine de Béni Mellal et de son nom Durant la période médiévale, Béni Mellal était appelée « Ḥiṣn Day », de hisn (ḥuṣn), fortification en arabe, et Day, aussi orthographié Daï , petit affluent de l'Oum Errabiâ coulant non loin de la ville et irriguant ses vergers. On la connaît aussi parfois dans les traités géographiques médiévaux sous le nom de Madīnat Tādla, la ville de Tadla, bien que cette dénomination soit source de confusion, ce nom ayant aussi servi à désigner la ville voisine de Kasba Tadla. Comme de nombreuses villes du Dir (piémont) du Haut et Moyen-Atlas, Béni Mellal est une ville ancienne, sans doute préislamique, bien qu'aucune donnée archéologique ne soit venue confirmer à ce jour cette intuition.

Quand Idris conquit la Tadla en , il n'y trouva qu'un petit nombre de musulmans ; la majorité de la population était encore composée de juifs ou de chrétiens. Au , le géographe andalou al-Bakri décrit Hisn Day en ces termes :

Le siècle suivant, le géographe al-Idrisi écrit dans Nuzhat al-mushtāq :

Au , le géographe al-Himyari écrit dans son traité géographique et historique :

La ville de Béni Mellal possède une caractéristique unique parmi les villes marocaines. Les constructions y ont été édifiées au-dessus de grottes. Deux hypothèses coexistent quant à l'origine de ces cavernes souterraines. La première est que ces cavités ont été creusées par l'érosion et l'écoulement des eaux souterraines. La deuxième privilégie une origine anthropique. Ces cavités auraient été creusées pour servir de refuge aux habitants durant les périodes d'insécurité, nombreuses dans la Tadla. De nos jours, ces cavités sont problématiques. Elles sont à l'origine de nombreux effondrements dans la médina.

Époque moderne

À la fin du Moyen Âge et au début de l'époque moderne, les invasions hilaliennes et les désordres qu'elles occasionnent rejaillissaient fâcheusement sur le système urbain de la région. Des villes sont détruites et rebâties, d'autres disparaissent et sur leurs décombres des cités nouvelles sont élevées. C'est ainsi qu'au Moyen Âge, la ville de Tadla était la métropole qui donna son nom à toute la province.

Situé sur la route entre les deux capitales impériales du pays, Fès et Marrakech, Béni Mellal a souvent été l'objet d'attention de la part du Makhzen. Mais la région étant souvent rebelle sous les Saâdiens et les Alaouites, la route contournait la plupart du temps la Tadla et Beni Mellal pour passer par Rabat et la région atlantique. C'est dans le cadre d'efforts militaires pour soumettre la Tadla que le sultan Moulay Ismaïl dote la cité de remparts en . La ville fortifiée est dominée par un très célèbre château, haut perché, kasbah berbère de type tighremt, en pisé.

Un siècle auparavant, au , à un kilomètre à l'est de Daï, dans un bourg voisin (ancien puisqu'il abriterait un minaret d'époque almoravide), le mystique soufi Sidi Ahmed ben Qacem Soumai fonde une zaouïa importante dans la région, toujours active de nos jours. Autour de cette zaouïa, le quartier Soumâa forme l'autre noyau historique de Béni Mellal.. De la fusion de Daï, désormais fortifiée, et de Soumâa naît progressivement Béni Mellal.

Au , la ville ancienne a bénéficié d'une restauration. En , l'explorateur français Charles de Foucauld dénombre trois mille habitants dans la ville dont 10 % de juifs qui résident dans le mellah. Il décrit une ville dont toutes les constructions sont en pisé et où les maisons ne dépassent pas un étage. Il remarque également que la ville ne comprend pas de minaret et que les murailles de la kasbah tombent en ruine."La ville à l'aspect propre est riche, rues larges, maisons neuves et bien construites: elle doit sa prospérité à ses immenses vergers, dont les fruits s'exportent loin. Les jardins de Qaçba Béni Mellal, comme ceux qui sont échelonnés dans la même situation au pied de l'Atlas, sont d'une richesse merveilleuse : ce qu'étaient au nord Chefchaouen, Tâza, Sfrou, nous le retrouvons ici à Tagzirt, à Fichtâla, à Qaçba Béni Mellal, à Demnât."En le sultan Moulay El Hassan a envahi la Tadla à la tête d'une armée et s'apprête à prendre la ville. Voici le récit qu'en livre Charles de Foucauld:"[...] à son approche, tout ce qui lui était hostile abandonne la ville et se retire dans la montagne; le parti du sultan reste, et lui envoie une députation l'assurer de son dévouement. Comme réponse, il impose les Béni Mellal de : les présents paieront pour les absents. Inutile d'ajouter qu'aujourd'hui il n'y a plus de parti du maghzen dans la Qaçba."

Urbanisme Kasbah (vieille ville) La kasbah de Beni Mellal (à ne pas confondre avec la kasbah Bel Kouch, qui domine la ville), ou médina de Beni Mellal, correspond au noyau historique de la ville. Elle a été érigée en cité par le sultan Moulay Ismaïl en , qui l'a entourée de remparts défensifs. Une bonne partie des remparts ont été abattus car ils étaient tombés en ruine (Charles de Foucauld constatait déjà le piteux état des remparts lors de son passage dans la ville en ). La portion la mieux conservée des remparts de la ville est située à l'ouest de la vieille ville, face à la place de la Marche Verte.

Bâtie au-dessus de cavernes probablement creusées par l'homme en des temps anciens, la kasbah voit régulièrement des bâtisses s'effondrer. La vieille ville souffre entre autres de manque de valorisation du bâti. Plusieurs monuments sont tombés en ruine au cours du , comme la résidence du pacha de la ville. Classée au patrimoine national., la kasbah est animée par une intense activité commerciale dont les épicentres sont la rue Ghdira El Hamra, où se trouve le marché permanent de la kasbah, et la rue El Hansali. Le tissu urbain dense de la médina est ponctué de plusieurs places aérées (place de la Résistance, place de la Liberté, place Aït Tislit, et place de la Kasbah).

Soumâa

Situé à un kilomètre à l'est de la kasbah, le quartier Soumâa forme l'autre noyau historique de la ville. Bâti à flanc de colline, il est lui aussi classé au patrimoine national. Il se structure autour de la Zaouia de Sidi Ahmed ben Qacem, saint soufi du . La zaouïa joua un rôle important dans la vie religieuse régionale pendant la période saâdienne et alaouite. Le minaret de la mosquée Soumâa date de l'époque almoravide et a été restauré en .

Centre-ville

Le centre-ville moderne de Béni Mellal est situé au nord-ouest de la médina. Les axes principaux du centre-ville sont les avenues Mohammed V, Hassan II, Ibn Khaldoun, Chaouki et Al Moutanabbi. À la différence de la vieille ville, où les bâtiments sont pour la plupart de couleur blanche, les bâtiments du centre-ville moderne sont de couleur rouge, semblables à ceux de Marrakech. Les immeubles de moyenne hauteur y sont prédominants.

Quartiers résidentiels Ouest Les quartiers résidentiels de Béni Mellal sont nombreux. Ceux relevant du centre-ville sont les quartiers al-Ouafae, al-Adarissa, al-Amria Charaf, Safae, Ghita, Oulad Hamdane, . En périphérie ouest de la ville se trouvent le vaste quartier Riad Salam, le douar Aït Tislit et celui de Oulad Ayad.

Nord Dans le centre-nord de la ville se trouvent les quartiers Kastor et El Houda. Le long de la N8 se trouvent la gare routière et l'hypermarché Marjane. Au-delà de cet axe se trouvent notamment les quartiers Atlas et Massira 2.

Est droite|vignette|200px|Rue du quartier Oum Dahr Immédiatement à l'est de la kasbah, en direction de Soumâa se trouve le quartier Bab Ftouh, Rmila et Saâda. Dans le prolongement de Soumâa se trouvent les quartiers populaires de Biyad Soumâa et Bouâachouch. Au nord-est de la ville se trouvent les grands quartiers résidentiels de Taqadoum et Oum Dahr ainsi que celui, plus petit, de Massira I. Sud Au sud de la kasbah, dans la zone collinaire, se trouvent l'hôpital provincial, la wilaya et le siège provincial, ainsi que le parc public de Tamegnout (ou parc de la wilaya). Non loin se trouvent les quartiers Miftah et Dcheira, et l'hypermarché Carrefour Market. En direction du sud-ouest se trouvent les quartiers Jnan Taher et le vaste douar Ourbii. Au sud-est de la kasbah se trouvent quartiers Asfat Serhani, Mdioula et la colline de Dar Dbah. Plus loin au sud-est se trouve le douar Aïn Ghazi, près de la source du même nom.

Population Démographie

Béni Mellal a connu depuis l'indépendance une croissance fulgurante, la population ayant quintuplé depuis . La capitale de la région Tadla-Azilal, devenue en la région Béni Mellal-Khénifra, a en effet été le réceptacle d'un exode rural massif en provenance de la plaine de la Tadla et, dans une mesure plus faible, des régions montagneuses du Haut-Atlas central.

La population de la commune de Béni Mellal a connu la progression suivante :

En raison d'une émigration importante d'hommes en âge de travailler (à la fois au niveau national et vers l'Europe), le ratio hommes-femmes est particulièrement bas.

En , le taux d'activité au sein de la population de la commune de Béni Mellal s'établissait à 46,6 % (72,7 % chez les hommes, contre 22,9 chez les femmes). Le taux de pauvreté s'établissait à 1,5 % de la population, et le taux de vulnérabilité à 6,34 %.

Concernant l'usage des langues, 99 % de la population mellalie maîtrisait en l'arabe dialectal, 10 % le tamazight, 8,8 % le tachelhit et 0,2 % le tarifit, soit un taux cumulé d'amazighophonie s'établissant à 85,3 % de la population. D'autre part, 47,5 % se déclarait francophone et 25,5 % anglophone, de plus en raison d'une forte immigration vers l’Italie un bon nombre de Mellali parlent Italien.

Migrations Dans les années 1970, la région a connu un fort courant migratoire à destination de la France (principalement vers la région parisienne, Dijon, Angers et Rouen). Dans les années 1990, les flux migratoires en provenance de Béni Mellal et de sa province se sont redirigés vers l'Italie vers les villes du Nord Milan et Turin en tête et l'Espagne.

Enseignement

Enseignement supérieur Université Sultan Moulay Slimane vignette|droite|300px|L'université Sultan Moulay Slimane.